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Full text of "Essais sur la question agraire en Belgique"

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Emile  Vandervelde 


E5SAIS 

sur  la 


QUESTION  AGRAIRE 

en  Belgique 


I.  La  Petite  Propriété  Rurale 
II.  Les  Villes  Tentaculaires 
IIL  La  Coopération  Rurale 


PARIS 
Editions  du   MOUVEMENT  SOCIALISTE 

10.  rue  Monsieur-le-Prince  (Vl^J 

■1902  / 


HJ) 


SEPB    1972 


Indications  Bibliographiques 


1.  Recensement  général  de  iSçS,  publié  parle  Ministre  de  l' Agricul- 

ture i:t  des  Tr.waux  Publics.  Bruxelles,  igoo. 

2.  Ministère  de  l'Agriculture  (Service  des  agronomes  de  l'Etal)  : 

Monographie  agricole  de  la  région  delà  Campine.  Bruxelles  iSgg. 
Monographie  agricole  de  la  région  del'Ardenne.  Bruxelles  i8gg. 
Monographie  agricole  de  la  région  sablonneuse  des  Flandres. 

Bruxelles  igoo 
Monographie  agricole  du  pays  de  Hervé.  Bruxelles  igoo. 
Monograpliie  agricole  de  la  région  du  Conciroz.  Bruxelles  igoo. 
Monographie  agricole  de  la  région  Jurassique.  Bruxelles  igoi. 
Monographie  agricole  de  la  région  Limoneuse  et  Sablo-Limo- 

neuse.  Bruxelles  igoi 

3.  Ministère  de  l'Agriculture  (Administration  de  l'Agriculture)  : 

Exposés  statistiques  de  la  situation  des  associations  d'intérêt 
agricole  pendant  les  années  iSgget  igoo.  Bruxelles,  Weissen- 
bruch,  igoo  et  iqoi. 

4.  Congrès  NATioN.\L  d'Agriculture.  Namur  i.goi.  Rapports  préli- 

minaires et  compte-rendu  des  travaux  du  Congrès.  Bruxelles, 
\'romant,  igoi. 

5.  Le  Laboureur,  organe  hebdomadaire  de  la  démocratie  socialiste 

rurale,  édité  à  Huy. 

6.  Bertrand.  La  question  agraire.  Avenir  social,  n"  Cj,  i8g6,  p.  65-88. 

7.  Delà  Vallée  Poussin.  La  propriété  paysanne  en  Belgique.  Revue 

sociale  catholique,  i"""  février  i8q8. 

8.  Hector  Denis.  Proposition  relative  à  l'organisation  du  crédit  fon- 

cier rural  mutuel.  Annales  de  l'Institut  des  sciences  sociales,  iSgy. 
p.  146.  Bruxelles,  1897. 


b  INDICATIONS  RIBLIOGRAPHIQUES 

g.  \'ANnF,Rvi;LnE.  L'influence  des  villes  sur  les  campagnes  :  La  Hulpe, 
Rixensart,  Genval.  —  La  propriété  foncière  en  Brabant.  — 
La  propriété  foncière  dans  les  proA'inces  d'Anvers  et  de  Lim- 
bourg.  —  La  propriété  foncière  dans  les  provinces  de  Hainaut 
et  de  Liège.  —  La  propriété  foncière  dans  les  provinces  du 
Luxembourg,  de  Namur,  de  la  Flandre  Orientale  et  Occiden- 
tale. —  Annales  de  V Institut  des  sciences  sociales.  1898,  p.  439  ; 
1899,  pp.  257.  304,  592,  752.  Bruxelles,  i8g8  et  i8gq. 

10.  VANDERVELni:.    La     propriété     foncière     en     Belgique.     Paris, 

Schleicher,  igoo. 

1 1 .  Vandervelde.  Le  socialisme  et  la  transformation  capitaliste  de 

l'agriculture.  Revue  socialiste.  Juin  igoo. 

12.  Vaniiervelde.  I  .a  question  agraire  en  Belgique,  dans  «  Le  Socialis- 

me en  Belgique  ».  Paris,  Giard  et  Brière,  1898. 

13.  Vlieberg.  Le  socialisme  agraire.  Revue  sociale  catholique,  i^'"  fé- 

vrier 1900, 

14.  von  Chlapowo  Chlapoavski.    Die  Belgische  Land\\irtschaft  in 

19  Jahrhundert.  Stuttgart,  igoo. 

15.  voN  Steffens-Frauweiler.    Der   Agrarsozialismus   in    Belgien. 

Stuttgart,  igoo. 


INTRODUCTION 


Pour  les  Editions  du  Mouvement  socialiste,  je  réunis  en 
volume,  ces  trois  Essais  sur  la  question  agraire  en  Belgique. 

Le  premier  est  un  Rapport  sur  la  petite  propriété  rurale, 
présenté  au  Congrès  socialiste  agricole  de  Waremme, 
le  19  décembre  1897.  Les  deux  autres  sont  des  confé- 
rences faites  aux  Etudiants  collectivistes  de  Paris,  en  1899 
et  1901,  publiées  d'abord  dans  le  Mouvement  Socialiste, 
puis  rédigées,  sous  une  forme  plus  précise,  pour 
paraître  dans  la  Revue  d'Economie  politique. 

En  vue  de  la  présente  publication,  je  me  suis  borné 
à  les  mettre  au  point,  sans  essaj-er  de  leur  donner, 
après  coup,  une  coordination  artificielle.  Il  m'a  paru 
de  quelque  intérêt,  au  contraire,  de  laisser  à  peu  près 
intactes,  des  publications  qui,  se  succédant  à  deux  et 
quatre  années  de  distance,  reflètent  les  transformations 
qui  se  sont  produites  dans  les  faits,  et  aussi  dans  les 
idées,  pendant  ce  laps  de  temps. 

Quand,  pour  la  seconde  fois,  en  Belgique,  un  Congrès 
socialiste  agricole  se  réunit,  à  la  fin  de  1897,  notre 
propagande  à  la  campagne  ne  faisait  que  commencer  : 
la  plupart  des  congressistes  étaient  des  citadins;  quel- 
ques cultivateurs,  à  peine,  se  trouvaient  présents  et  ne 
jouèrent  dans  les  délibérations  qu'un  rôle  effacé;  nous 
possédions  à  peine  quelques  vagues  rudiments  d'organi- 
sation rurale. 


O  INTRODUCTION 

Aujourd'hui,  la  situation  s'est  modifiée  :  nos  Congrès 
annuels  sont  réellement  des  Congrès  agricoles;  dans 
presque  toutes  les  régions  du  pa3's,  il  existe,  sous  des 
formes  diverses,  des  groupements  de  campagnards 
socialistes;  enfin,  les  monographies  agricoles,  publiées 
par  le  Parti  Ouvrier,  ainsi  que  les  nombreuses  publica- 
tions du  Département  de  l'agriculture,  permettent  de  se 
faire  une  idée  plus  exacte  de  la  situation  économique 
et  sociale  des  classes  agricoles,  dans  notre  pays. 

Ces  documents  nouveaux,  au  surplus,  ne  font  que 
rendre  plus  évidents  les  trois  phénomènes  caractéristi- 
ques sur  lesquels,  principalement,  ont  porté  nos  études  : 
la  décadence  de  la  propriété  paysanne;  l'accroissement  d' in- 
fluence des  villes  sur  les  campai;nes  ;  le  développement  progressif 
de  la  coopération  rurale. 

A  l'époque  où  parut  notre  Rapport  sur  la  petite  pro- 
priété, le  gouvernement  n'avait  pas  encore  publié  les 
résultats  du  dernier  Recensement  général  de  Vai^riculture 
(i8ç5).  Ces  résultats,  que  nous  possédons  aujourd'hui 
—  la  publication  n'en  est  achevée  que  depuis  1900  — 
établissent,  mieux  encore  que  les  recensements  anté- 
rieurs, la  continuelle  décroissance  du  faire  valoir  direct, 
au  profit  de  la  propriété  capitaliste. 

Si  l'on  fait  abstraction,  en  effet,  des  bois  et  des 
terrains  incultes,  pour  ne  tenir  compte  que  des 
cultures  ordinaires,  le  tableau  suivant,  que  nous  em- 
pruntons à  la  partie  analytique  du  recensement, 
met  en  évidence  le  recul  de  la  propriété  paysanne 
(déjà  fort  réduite  en  1846)  pendant  la  seconde  moitié 
du  XIX«  siècle  : 


INTRODUCTION 


Nombre  d'hectares  cultivés  en  faire  valoir  direct 
pour  100  hectares  d'étendue  cultivée 


PROVINCES 

184(3 

1856 

1866 

1880 

1895 

Anvers 

Brabant     

Flandre  Occidentale     .     . 
Flandre  Orientale    . 

Hainaut 

Liège 

Limbourg 

Luxembourg 

Namur 

27.16 

^9-57 
15.08 

-4-05 
36.77 

74-37 
40.98 

27.06 
30.17 
13.72 
24.96 

35-67 
37.20 

45-63 

75.88 

40.96 

27.40 
30.S7 
12.24 
24.01 

34-9' 
35-i6 
43.18 

66.87 
36.41 

40.51 
28.88 
16.00 
26.01 
34.91 

39-95 
58.22 
65.61 

38.83 

27.04 

27.95 
11.66 
22.24 
30-97 
3» -03 
40.86 
66.01 
36.34 

Le  royaume 

34--- 

34-3- 

32.68 

35-95 

31.11 

Le  commentateur  officiel  de  ce  tableau  fait  observer 
que  «  la  comparaison  avec  les  renseignements  recueillis 
en  1880  ne  peut  s'effectuer  parce  que  ces  derniers  pré- 
sentent, avec  les  données  des  recensements  antérieurs, 
des  écarts  que  la  connaissance  des  circonstances  écono- 
miques de  l'époque  ne  permet  pas  de  justifier  »  (i). 

Les  autres  chiffres  du  tableau  nous  apprennent  que 
sur  100  hectares  de  cultures  ordinaires,  84  h.  22  étaient 
mis  en  valeur  par  le  propriétaire  lui-même,  en  1846; 


(1)  Recensement  général  de  1895.  Partie  Analytique,  p.  25.  Bru- 
xelles, igoo  —  Cf.  p.  21  :  «  Il  convient  de  faire  des  réserves,  quant 
à  l'exactitude  des  données  recueillies  en  1S80.  On  a  vu,  précédemment 
que,  d'après  le  recensement  de  1880,  le  total  de  l'étendue  exploitée 
dépassait  de  beaucoup  le  chiffre  des  mêmes  étendues  recensées  en  1846, 
1866  et  surtout  en  1895;  la  différence  avec  le  recensement  actuel  est 
de  97443  hectares.  11  a  été  démontré,  d'autre  part,  que  les  chiffres 
recueillis  en  1 895  se  rapprochent  suffisamment  de  la  réalité  pour  qu'on 
puisse  avancer  que  les  renseignements  de  la  statistique  de  1880  sont 
exagérés....  », 


10  INTRODUCTION 

34  h.  32  en  i856;  32  h.  68  en  1866;  3i  h,  11  en  i8g5. 
Le  faire  valoir  direct  a  donc  subi,  en  i8g5,  une  réduc- 
tion de  4.80  p.  c,  relativement  à  i856  et  de  9,09  p.  c. 
relativement  à  1846.  Ces  diminutions  se  manifestent 
principalement  dans  les  provinces  de  Brabant,  de 
Flandre  Orientale  et,  surtout,  de  Hainaut  et  de  Liège, 
où  elles  atteignent,  par  rapport  aux  données  de  1866, 
une  proportion  de  11.29  ^*  *^^  11 -75  p.  cent.  Dans  cha- 
cune de  ces  provinces,  ce  sont  les  régions  à  culture 
intensive  et  les  parties  industrielles  qui  contribuent  le 
plus  à  déterminer  cette  diminution;  c'est  le  cas  pour 
les  arrondissements  de  Louvain, [Nivelles,  Alost,  Aude- 
narde,  Termonde,  Ath,  Charleroy,  Mons,  Soignies, 
Tournai,  Liège,  Waremme,  Tongres  et  Hasselt. 

D'une  manière  générale,  on  peut  dire  que  la  propriété 
paysanne  est  d'autant  plus  en  recul  'que  les  progrès  de 
l'agriculture  et  de  l'industrie  font  hausser  la  valeur 
vénale  du  sol.  Il  résulte,  en  effet,  des  tableaux  annexés 
à  la  partie  analytique  du  recensement  de  1895  que,  dans 
toutes  les  provinces,  chatiue  fois  que  la  proportion  du 
faire  valoir  direct  est  au-dessus  ou  au-dessous  de  la 
moyenne  générale,  la  valeur  vénale  des  terres  est  au- 
dessous  ou  au-dessus  de  la  valeur  moyenne  correspon- 
dante ;  autrement  dit,  à  un^écart  positif  ou  négatif  dans, 
le  faire  valoir  direct,  correspond  un  écart  négatif  ou 
positif  dans  la  valeur  vénale  (i). 

Dans  les  régions  pauvres,  la  propriété  pa3'sanne 
occupe  encore  une  notable  partie  du  territoire  ;  dans, 
les  régions  riches,  au  contraire,  elle  tend  à  disparaître 
presque  complètement. 

(1)  Recensement  de  iS(j5.  Partie  analytique  p.  lû. 


INTRODUCTION  II 

Ainsi  se  vériiàe  cette  affirmation  de  Marx,  dans  le 
III^  volume  du  Capital  :  «  Une  conséquence  nécessaire 
«  de  la  propriété  privée  du  sol,  en  régime  capitaliste, 
((  c'est  la  séparation  du  cultivateur-propriétaire  en  deux 
n  personnes,  le  propriétaire  et  l'entrepreneur  ». 

Ce  qui  provoque  ce  divorce,  ce  qui  tue  la  propriété 
paysanne,  c'est  bien  moins  telle  ou  telle  cause,  spéciale- 
ment déterminée  —  lois  successorales,  infériorité  tech- 
nique, matériel  défectueux  —  que  le  développement  tout 
entier  de  la  société  bourgeoise,  du  mode  de  production 
capitaliste. 

Partage  égal  et  forcé,  aggravation  des  charges  fiscales 
et  militaires,^ destruction  des  industries  accessoires  du 
travail  agricole,  expropriation  des  communaux  et  des 
forêts  domaniales,  suppression  des  droits  d'usage,  inten- 
sification des  cultures,  nécessitée  par  les  besoins  d'une 
population  industrielle  toujours  plus  nombreuse,  délo- 
calisation des  marchés,  invasion  des  céréales  et  autres 
produits  d'outremer,  provoquée  par  les  mêmes  besoins  et 
rendue  possible  par  l'extension  de  l'industrie  des  trans- 
ports, accroissement  de  la  valeur  du  sol,  surtout  aux 
alentours  des  agglomérations  urbaines,  sont  autant  de 
conséquences  du  règne  social  de  la  bourgeoisie,  et 
autant  de  facteurs  de  la  décadence  des  formes  ancien- 
nes de  la  pi'opriété  rurale. 

Mutilée  par  la  disparition  des  communaux,  dépouil- 
lée des  petites  industries  qui  fournissaient  au  ménage  un 
supplément  de  ressources,  réduite  à  n'être  plus,  exclu- 
sivement, qu'une  exploitation  agricole,  produisant,  en 
majeure  partie,  des  valeurs  d'échange,  la  propriété 
paysanne  n'offre  plus  qu'une  faible  résistance  aux  causes 
d'expropriation  qui  la  menacent. 


12  INTRODUCTION 

L'action  de  ces  causes  se  fait  sentir  avec  d'autant  plus 
de  force  que  les  Villes  tentamlaires  —  c'est  l'objet  de  notre 
2«  étude  —  exercent  une  influence  plus  grande  sur  la 
situation  économique  des  campagnes. 

A  mesure  que  grandissent  les  agglomérations  indus- 
trielles et  urbaines,  l'importance  relative  des  classes 
agricoles  décroît,  le  domaine  cultivé  se  réduit,  la  faci- 
lité croissante  des  communications  incorpore  les  moin- 
dres villages  au  marché  du  monde  et  les  soumet  aux 
lois  de  la  concurrence  universelle. 

C'est  de  la  ville  que  viennent  les  crises,  mortelles  pour 
la  propriété  pa3'sanne,  dès  l'instant  où  elle  produit  pour 
le  marché;  c'est  dans  les  villes  que  régnent  ceux  qui 
imposent  aux  campagnes  le  triple  joug  de  l'impôt,  du 
fermage  et  de  la  caserne;  c'est  vers  les  villes  que  se 
tournent  ceux  à  qui  la  terre  ne  suffit  plus,  pour  subvenir 
à  leurs  besoins. 

Or,  il  n'est  pas  de  pays  sur  le  continent  —  sauf  peut 
être  la  Saxe  —  où  la  concentration  urbaine  s'effectue 
avec  autant  de  force  et  de  rapidité  qu'en  Belgique. 

Les  cinq  arrondissements  administratifs  d'Anvers^ 
de  Bruxelles,  de  Gand,  de  Liège  et  de  Charleroy, 
qui  comprennent  les  quatre  principales  villes  et  l'ag- 
glomération industrielle  la  plus  dense  représentent, 
à  eux  seuls,  environ  40  pour  cent  de  la  population 
totale. 

Les  communes  de  cinq  mille  habitants  et  au  dessus, 
contiennent  plus  de  la  moitié  de  la  population  du 
royaume. 

Les  résultats  du  dernier  recensement  (  1 90 1  )  établissent 
à  toute  évidence,  que  les  migrations  internes  enlèvent 
aux  arrondissements  agricoles,  une  notable  partie  de 


INTRODUCTION 


i3 


leur  population,  pour  la  porter  aux  centres  urbains  et 
aux  arrondissements  industriels. 

Et,  parmi  ceux  qui  restent  dans  les  campagnes,  il  en 
est  des  milliers  qui,  grâce  au  bas  prix  des  transports, 
s'en  vont  travailler  tous  les  jours  en  ville  et  diminuent 
d'autant  la  population  agricole. 

Sans  revenir  plus  amplement^  sur  les  constatations 
que  nous  avons  fait  à  cet  égard,  dans  les  Villes  tcntacu- 
laires,  il  ne  sera  pas  inutile  de  reproduire  ici,  pour 
montrer  l'importance  de  ces  migrations  quotidiennes, 
le  tableau  des  coupons  de  semaine  délivrés  annuelle- 
lement,  par  l'administration  des  chemins  de  fer  : 


Relevé  des  billets  d'abonnements  d'ouvriers 

délivrés  depuis  la  date  de  la  créatioa  de  ces  billets,  10  février  1870, 

jusqu'au  31  décembre  1900  : 


Années 

1 
Nombre  des  coupons 
de  semaine 

Années 

Nombre  des  coupons 
de  semaine 

1870 

14  223 

1885 

667  522 

1871 

32  972 

1886 

714  408 

1872 

71  245 

1887 

798  135 

t873 

97  789 

1888 

935  039 

1874 

'33  442 

1889 

1  018  383 

J875 

193  675 

1890 

1  188  415 

1876 

212  759 

1891 

1  337  730 

.877 

2.6  7>. 

1892 

I  404  370 

1878 

241  552 

1893 

1  518  777 

1879 

=49  75^ 

1894 

1  633  780 

1880 

355  556 

'895 

1  759025 

1881 

440  465 

1896 

2  204  613 

1883 

523  832 

>897 

2  699  594 

1883 

585  283     1 

1898 

3  267  588 

1884 

6]  6  8(56 

1900 

4  590  980 

14  INTRODUCTION 

En  supposant  que  les  ouvriers  ruraux  qui  travaillent 
hors  de  chez  eux  soient  occupés  en  mo3'enne  pendant 
deux  tiers  de  l'année  et  prennent,  par  conséquent,  de 
3o  à  35  coupons  de  semaine,  il  y  aurait  donc  de  i3o  à 
i5o.ooo  travailleurs  voyageant  quotidiennement  sur  les 
lignes  de  l'Etat  —  sans  parler  des  voyageurs  ouvriers 
sur  les  tramways  vicinaux  et  sur  les  quelques  lignes 
exploitées  par  des  Compagnies. 

Aussi  n'existe-t-il  plus  que  bien  peu  de  villages  où  il  n'}^ 
ait  pas  un  nombre  plus  ou  moins  considérable  d'ou^■riers 
industriels,  en  contact  permanent  avec  les  villes. 

C'est  en  grande  partie  à  cette  interpénétration  de 
l'industrie  et  de  l'agriculture  que  l'on  doit  attribuer  la 
progression  rapide  du  socialisme  dans  nos  campagnes 
et  les  résultats  encourageants  obtenus  par  le  Parti  Ouvrier 
Belge,  au  point  de  vue  du  développement  de  la  coopé- 
ration rurale. 

x^u  moment  ou  nous  écrivons  cette  introduction,  le 
département  de  l'agriculture  vient  de  publier  1'  «  Exposé 
statistique  de  la  situation  des  associations  d'intérêt  agricole 
pendant  l'année  igoo.  » 

Cette  situation  n'a  pas  subi  de  modifications  considé- 
rables depuis  iSgg. 

Le  développement  des  associations  rurales  continue, 
mais,  semble-t-il,  avec  une  force  ralentie. 

Au  3i  décembre  iSgg,  il  y  avait  i55  comices  agricoles 
et  les  membres  de  ces  associations  étaient  au  nombre 
de  27402  ;  en  igoo,  il  y  en  a  i56,  avec  28i33  membres. 

Les  Ligues  agricoles,  confessionnelles  pour  la  plu- 
part, sont  actuellement  au  nombre  de  626,  avec 
45o59  membres. 


INTRODUCTION  l5 

En  i8gg,  on  comptait  632  sociétés  (avec  5oS5y  mem- 
bres) pour  l'achat  d'engrais,  de  semences,  de  matières 
alimentaires  pour  le  bétail;  il  y  en  a  maintenant  jSi, 
avec  5 1979  membres,  mais  leur  chiffre  d'affaires  a 
décru. 

Les  coopératives  de  crédit  agricole  (Caisses  Raiffei- 
sen),  qui  étaient  au  nombre  de  229,  sont  aujourd'hui 
257,  avec  9783  membres  cultivateurs  et  1886  non  culti- 
vateurs. Le  total  des  prêts  effectués  par  ces  associations 
a  augmenté  :  1,263,952  fr.  aux  cultivateurs;  280,957  fr. 
aux  non  cultivateurs  ;  mais  on  voit  que  leur  chiffre 
.d'affaires  reste  minime. 

Enfin,  le  nombre  des  laiteries  coopératives  en  activité 
s'est  élevé  de  298,  en  1899,  à  356  en  1900  et  le  chiffre 
des  coopératives,  de  34205  à  40706. 

Il  semble,  d'ailleurs,  quand  on  examine  les  tableaux 
du  commerce  de  beurre  avec  les  pays  étrangers,  que  le 
développement  de  la  coopération  laitière  soit  à  la  veille 
d'être  arrêté,  si  les  laiteries  ne  parviennent  pas  à  trouver 
de  nouveaux  débouchés  à  l'extérieur  ou  de  nouvelles 
ressources  dans  la  fabrication  des  fromages,  qui  n'a, 
pour  le  moment,  aucune  importance. 

Bref,  les  résultats  de  l'année  1900,  ne  sont  pas  de 
nature  à  modifier  les  conclusions  de  notre  étude  sur  la 
Coopération  rurale. 

Par  contre,  en  comparant  ces  conclusions  au  chapitre 
de  notre  rapport  sur  la  petite  propriété,  qui  traite  des 
associations  agricoles,  on  constatera  certaines  contra- 
dictions, que  nous  n'avons  pas  voulu  faire  disparaître, 
parcequ'elles  marquent,  de  notre  part,  à  quatre  ans  de 
distance,  un  changement  d'appréciation  sur  l'avenir  du 
mouvement  coopératif  à  la  campagne. 


l6  INTRODUCTION 

En  1897,  nous  fondions  de  grandes  espérances  sur  la 
transformation  éventuelle  de  la  propriété  paysanne  en 
propriété  coopérative. 

En  igo2,  sans  avoir  complètement  abandonné  notre 
ancien  point  de  vue,  nous  sommes,  à  cet  égard,  beau- 
coup plus  sceptique. 

Mais,  quoiqu'il  en  soit,  ce  qui  nous  apparaît  comme 
certain,  c'est  l'inéluctable  nécessité  et  l'inévitable  abou- 
tissement des  transformations  qui  s'opèrent  dans  les 
campagnes. 

Le  cultivateur  isolé  fait  place  au  cultivateur  associé, 
pour  l'achat,  le  crédit  ou  la  vente. 

Le  village  isolé  n'existe  plus  :  il  multiplie  ses  contacts 
avec  les  agglomérations  urbaines  et  industrielles. 

Le  propriétaire  isolé,  produisant  des  valeurs  d'usage, 
pour  ses  propres  besoins  et  soustrait,  par  conséquent, 
à  l'action  de  la  concurrence,  tend  à  disparaître  devant 
le  fermier  locataire  ou  le  paysan  parcellaire. 

Et  c'est  ainsi  que  se  forme  dans  le  plat  pays  une  popu- 
lation, toujours  plus  nombreuse,  de  petits  cultivateurs, 
obligés  de  chercher  des  ressources  supplémentaires 
dans  le  salariat,  ou  bien  d'ouvriers  salariés,  se  livrant 
accessoirement  à  la  culture. 

Pour  ne  parler  que  de  la  Belgique,  on  peut  classer, 
sous  l'une  ou  l'autre  de  ces  rubriques,  les  catégories 
suivantes  : 

1°  Les  ouvriers  agricoles  (domestiques  à  gages  et 
journaliers  permanents). 

2°  Les  ouvriers  nomades  (aoùterons,  betteraviers, 
etc.)  particulièrement  nombreux  dans  le  sud  de  la 
province  d'Anvers  et  le  Hageland  (Brabant),  ainsi  que 
dans  la  partie  des  Flandres  où  dominait,  jadis,  l'indus- 


INTRODUCTION  I7 

trie  linière  à  domicile.  On  peut  évaluer  leur  nombre  à 
45  ou  5o,ooo.  Absents  pendant  la  moitié  de  l'année,  ils 
abandonnent  à  leur  femme,  et  à  d'autres  membres  de  la 
famille,  la  plupart  des  soins  de  leur  petite  culture. 

3°  Les  ouvriers  mi-agricoles,  mi-industriels,  travail- 
lant par  exemple  dans  les  sucreries  ou  dans  les  mines, 
en  hiver,  et  dans  les  champs,  à  l'époque  de  la  moisson, 
quand  la  demande  de  travail  augmente  temporairement. 

40  Les  ouvriers  des  industries  rurales  à  domicile  : 
chapeliers  en  paille  de  la  vallée  du  Geer,  armuriers  des 
environs  de  Liège,  sabotiers  du  pays  de  Waas  ou  de 
l'Entre  Sambre-et-Meuse,  tisserands  des  alentours  de 
Renaix  ou  de  Braine-l'Alleud,  etc. 

5°  Enfin,  les  ouvriers  qui  vont,  tous  les  jours,  ou 
pendant  toute  la  semaine,  ou  pendant  des  laps  de 
temps  plus  considérables,  travailler  dans  les  villes  ou 
dans  les  localités  industrielles. 

Tels  sont,  par  exemple,  les  ouvriers  des  chemins  de 
fer,  les  paveurs,  les  maçons  et  les  plafonneurs  qui 
habitent  aux  environs  des  grands  centres,  les  carriers 
du  Condroz,  les  ardoisiers  de  la  Semo3's  et  de  la  Salm, 
les  ouvriers  des  hauts  fourneaux  du  Luxembourg,  les 
tisserands  des  régions  voisines  de  Roubaix  et  de 
Tourcoing,  les  terrassiers  de  la  région  des  polders  et, 
dans  toute  la  Belgique  moyenne,  les  métallurgistes,  les 
bouilleurs,  les  lamineurs  et  autres  ouvriers  de  fabrique, 
emplo3"és  dans  les  bassins  de  Mons,  de  Liège  ou  de 
Charleroy. 

C'est,  naturellement^  parmi  ces  prolétaires  que  la 
propagande  socialiste  à  la  campagne  produit,  en  géné- 
ral, les  meilleurs  résultats.  C'est  en  s'adressant  à  eux 
qu'elle  évite  le  risque  de.  dégénérer  en  un  réformisme 


l8  INTRODUCTION 

petit  bourgeois,  qui  n'a  rien  à  voir  avec  le  socialisme 
proprement  dit. 

Certes,  nous  sommes  bien  loin  de  prétendre  qu'il 
faille  s'abstenir  de  tout  effort  de  propagande  parmi  les 
petits  cultivateurs,  propriétaires  ou  locataires,  qui  ne 
sont  bien  souvent  que  des  prolétaires  déguisés.  Nous 
ne  prétendons  pas  non  plus,  généraliser  des  observa- 
tions qui  s'appliquent  surtout  à  la  Belgigue,  c'est-à-dire 
à  un  pays  dont  l'évolution  agricole  est  plus  puissamment 
influencée  que  toute  autre  par  l'évolution  industrielle. 

Il  est  certain,  par  exemple,  que  les  problèmes  se 
posent  d'une  manière  différente,  pour  ces  régions 
rurales  à  population  décroissante,  dont  parle  Jaurès 
dans  ses  Etudes  socialistes (i). 

Néanmoins,  les  travaux  publiés  svir  la  question 
agraire,  au  point  de  vue  socialiste,  depuis  le  Congrès 
international  de  Londres  (i8g6),  et,  en  première  ligne, 
le  livre  magistral  de  Karl  Kautsky,  montrent  bien  que, 
dans  tous  les  pays,  des  phénomènes  analogues  à  ceux 
que  nous  décrivons  ci-après,  appellent  des  méthodes 
identiques  et  que,  dans  les  campagnes  aussi  bien  que 
dans  les  villes,  c'est  le  prolétariat  qui  constitue  «  le 
rocher  sur  lequel  s'élèvera  l'église  de  l'avenir   ». 

^i)  Ji:an  Jaurès,  Etudes  socialistes.  —  Le  mouvement  rural.  (OUeii- 
dorf.  Paris.  igo2.) 


LA  PETITE  PROPRIETE  RURALE    ■) 

CHAPITRE  I 
La  petite  et  la  grande  propriété 

De  toutes  les  formes  de  la  propriété  privée,  il  n'en  est 
point  qui  ait  été  condamnée  par  un  plus  giand  nombre 
de  théoriciens,  que  celle  du  sol  et  des  agents  naturels. 

A  côté  des  land  nationalisators  et  des  socialistes  propre- 
ment dits,  beaucoup  d'économistes  libéraux,  reflétant 
l'antagonisme  des  industriels  à  l'égard  des  landlords,  se 
prononcent  plus  ou  moins  explicitement  contre  le 
monopole  des  propriétaires  fonciers. 

Ricardo  constate  que  leur  classe  est  la  seule  dont  les 
intérêts  soient  toujours  opposés  à  ceux  des  autres  classes 
sociales.  Senior  prétend  qu'ils  n'ont  d'autre  rôle  «  que 
de  tendre  la  main  pour  recevoir  des  ofliandes  du  reste 
de  la  communauté  ».  J.  B.  Say,  lui-même,  dans  son 
«  Cours  d'économie  politique  » ,  reconnaît  que  la  pro- 
priété foncière  est  «  le  genre  de  propriété  dont  la  légiti- 
mité est  la  plus  douteuse;  ou,  plutôt  qu'il  n'y  a  pas  un 

(i)  Rapport  présenté  au  Congrès  agricole  de  Waremme.  le 
ly  décembre  iSqy.  au  nom  du  Groupe  agricole  central.  Les  conclu- 
sions de  ce  rapport  ont  été  adoptées  à  l'unanimité,  moins  une 
abstention. 


20        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

héritage  qui  ne  remonte  à  une  spoliation  violente  ou 
frauduleuse,  récente  ou  ancienne  »  (i).  Stuart  Mill  dit  à 
son  tour  :  «  Lorsqu'on  parle  du  caractère  sacré  de  la 
propriété,  on  devrait  toujours  se  rappeler  que  ce  carac- 

ftère  sacré  n'appartient  pas  au  même  degré  à  la  propriété 
de  la  terre.  Aucun  homme  n'a  fait  la  terre.  Elle  est 
l'héritage  primitif  de  l'espèce  humaine  tout  entière. 
Son  appropriation  est  entièrement  une  question  d'utilité 
générale.  Si  la  propriété  privée  de  la  terre  n'est  pas 
utile,  elle  est  injuste  »  (2). 

Il  n'est  pas  jusqu'à  H.  Spencer,  qui,  dans  ses  «  Prin- 
cipes de  sociologie  »,  n'ait  soutenu  que,  probablement 
«  la  terre  habitée,  que  le  travail  ne  saurait  produire, 
finira  par  se  distinguer  des  autres  choses,  comme  un 
objet  qui  ne  saurait  être  possédé  à  titre  privé  »  (3). 

Et  cependant,  partout  où  la  propriété  paysanne  a 
conservé  des  racines  profondes,  nous  vo3'ons  les  partis 
socialistes — si  catégoriques  lorsqu'il  s'agit  de  la  propriété 
industrielle  —  transiger,  au  contraire,  avec  la  propriété 
rurale  et  considérer  la  socialisation  de  la  terre  comme 
le  dernier  terme  d'une  longue  évolution. 

«  Nous  entendons  —  disait  Jules  Guesde,  en  1882, 
au  Congrès  de  Saint-Etienne,  —  suivre,  et  non  inter- 
vertir, comme  Colins,  l'ordre  de  la  concentration 
économique,  en  commençant  par  la  propriété  indus- 
trielle et  financière,  et  en  terminant  par  la  propriété 
agricole  »  (4). 

(il  J.  B.  Say,  Cotas  d'Economie  politique,  t.  II,  p.  2^7. 

(2)  Mill,  Pri^icipes  d'Économie  politique,  Trad.  Courcelle  Seneuil. 
I,p.267. 

(3)  Spencer,  Principes  de  Sociologie,  III.  p.  741 

(4/  Cf.  Gabriel  Deville.  Discours  prononcé  à  la  Chambre  des 
députés  de  France.  J ournal  Officiel  â\x  -  novembre  1897,  p.  2316. 


LA    PETITE    PROPRIETE    RURALE  21 

La  même  pensée  se  retrouve  dans  le  programme 
agricole  adopté  parle  «  Parti  ouvrier  français  »,  au  Con- 
grès de  Nantes,  le  14  septembre  1S94,  sur  le  rapport  de 
Paul  Lafargue  (i).  Les  considérants  de  ce  programme 
affirment,  il  est  vrai,  que  l'état  de  choses,  caractérisé 
par  la  piopriété  paysanne,  est  fatalement  appelé  à 
disparaître,  mais  ils  déclarent,  immédiatement  après, 
que  le  devoir  impérieux  du  socialisme  est  de  maintenir 
en  possession  de  leur  lopin  de  terre,  contre  le  fisc, 
l'usure  et  les  envahissements  de  nouveaux  seigneurs 
du  sol,  les  propriétaires  cultivant  eux-mêmes  (2). 

Il  nous  paraît  impossible  de  méconnaître  le  caractère 
contradictoire  de  ces  deux  affirmations. 
—  Si  la  petite  propriété  est  condamnée  à  disparaître, 
par  la  force  des  choses,  par  la  fatalité  même  de  l'évolu- 
tion économique,  les  socialistes  ne  doivent  pas  assumer 
la  tâche  impossible  de  maintenir  en  possession  les 
petits  propriétaires.  Certes,  ils  peuvent  ne  rien  faire 
\  pour  accélérer  cette  évolution  ;  ils  peuvent  se  préoccuper 
1   d'adoucir  cette   agonie  d'une   classe,   de  soulager  les 

(i)  Paul  Lafargie,  La  propriété  et  l'évolution  économique.  Rapport 
présenté  au  Congrès  de  Nantes,  au  nom  du  Conseil  national  du  Parti 
ouvrier  français;  dans  V Ère noiiveïïe,  revue  du  socialisme  scientifique. 
Novembre  1894. 

(2)  «  Considérant  qu'aux  termes  mêmes  du  programme  général  du 
Parti,  «  les  producteurs  ne  sauraient  être  libres  qu'autant  qu'ils  seront 
«  en  possession  des  moyens  de  production  »  ; 

«  Considérant  que  si,  dans  le  domaine  industriel,  ces  moyens  de 
production  ont  déjà  atteint  un  tel  degré  de  centralisation  capitaliste, 
qu'ils  ne  peu^ent  être  restitués  aux  producteurs  que  sous  la  forme 
collective  ou  sociale,  il  n'en  est  pas  de  même  actuellement,  en  France 
du  moins,  dans  le  domaine  agricole  ou  terrien,  le  moyen  de  produc- 
tion, qui  est  le  sol,  se  trouvant  encore,  sur  bien  des  points,  possédé, 
à  titre  individuel,  par  les  producteurs  eux-mêmes; 

«  Considérant  que,  si  cet  état  de  choses,  caractérisé  par  la  propriété 
paysanne,  est  fatalement  appelé  à  disparaître,  le  socialisme  n'a   pas  à 


22         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

misères  qui  en  résultent  pour  les  individus  qui  la  com- 
posent; mais  dès  l'instant  où  on  admet  que  fatalement, 
la  petite  propriété  doit  être  absorbée  par  la  propriété 
capitaliste,  et  que  c'est  précisément  la  concentration 
de  celle-ci,  qui  seule  rendra  possible  l'instauration  de 
la  propriété  collective,  on  ne  saurait,  en  bonne  logique, 
admettre  en  même  temps  que  les  collectivistes  aient  pour 
devoir  impérieux,  de  s'opposera  ces  inéluctables  trans- 
formations. 

C'est  ce  que  Frédéric  Engels  (i),  et,  après  lui  Charles 
Gide,  dans  une  spirituelle  étude  sur  le  Néo-collecti- 
visme (2),  ont  à  notre  avis  irréfutablement  démontré. 

Seulement,  il  reste  à  voir  si  la  ((  loi  de  concentration 
capitaliste  »,  la  loi  des  trois  états  de  la  sociologie,  — 
propriété  individuelle,  propriété  capitaliste  et  propriété 
sociale,  —  a  l'inflexible  rigueur  que  la  plupart  du 
temps,  on  lui  prête,  pour  les  facilités  de  la  propagande, 
ou  pour  celles  de  la  réfutation;  s'il  est  vrai  que 
l'évolution  de  chaque  industrie  doit  récapituler  toutes 
les  phases  de  l'évolution  capitaliste;  s'il  est  incontestable 
que  la  transformation  de  la  propriété  individuelle  en 
propriété    sociale,    ne   peut    être   directe,    et   suppose 

précipiter  cette  disparition,  son  rôle  n'étant  pas  de  séparer  la  propriété 
et  le  travail,  mais,  au  contraire,  de  réunir,  dans  les  mêmes  mains,  ces 
deux  facteurs  de  toute  production,  dont  la  di\ision  entraîne  la  ser\"i- 
tude  et  la  misère  des  tra\ailleurs  tombés  à  l'état  de  prolétaires  ; 

«  Considérant  que  si,  au  moyen  des  grands  domaines  repris  à  leurs 
détenteurs  oisifs,  au  même  titre  que  les  chemins  de  fer,  mines,  usines, 
etc.,  le  devoir  du  socialisme  est  de  remettre  en  possession,  sous  la 
forme  collective  ou  sociale,  les  prolétaires  agricoles  ;  son  dcvoi'y,  non 
moins  impérieux,  est  de  maintenir  en  possession  de  leurs  lopins  de  terre, 
contre  le  (isc,  l'usure  et  les  en\ahissements  des  nou\eanx  seigneurs  du 
sol,  les  propriétaires  cultivant  eux-mêmes  ». 

'i)  Ntue  Zeit,  icSr)4-r)5,  n°  10  Die  Bauernfrage  in  Frankrcich  tind 
Deulschland.  Voir  Mouvement  Socialiste,  n'^^  43  et  44(1900). 

(2/  Rexue  d'Economie  politique,    1894.  p.  423. 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  23 

nécessairement    l'expropriation    préalable    des    petits 
propriétaires  par  les  grands  capitalistes? 

Autant  de  questions,  sur  lesquelles  nous  aurons  à 
revenir,  dont  nous  ne  songeons  nullement  à  mécon- 
naître l'importance  théorique  et  pratique,  qui  ont  déjà 
soulevé,  et  soulèveront  encore,  des  controverses  arden- 
tes, mais  qui  n'empêchent  pas  l'accord  de  tous  les 
socialistes  sur  le  but  à  atteindre,  sinon  sur  les  moyens 
à  employer.  Il  suffit  de  rappeler  qu'au  congrès  interna- 
tional de  Londres  (1896),  c'est  à  l'unanimité  que  l'on 
adopta  la  résolution  suivante  : 

Les  maux  toujours  croissants,  que  rexploitation  capita 
liste  de  l'agriculture  entraîne  pour  le  cultivateur  du  sol  et 
pour  la  société  toute  entière,  ne  disparaîtront  complètement 
que  dans  vme  société  où  le  sol,  aussi  bien  que  les  autres 
moyens  de  production,  appartiendront  à  la  collectivité, 
qui  les  fera  exploiter  dans  l'intérêt  commun,  en  employant 
les  procédés  de  culture  les  plus  perfectionnés. 

La  condition  économique  et  la  division  en  catégories  de  la 
population  agricole,  dans  les  différents  pays,  présentent 
une  diversité  trop  grande  pour  qu'il  soit  possible  d'adopter 
une  formule  générale,  qui  imposerait  à  tous  les  Partis 
Ouvriers  les  mêmes  moyens  de  réalisation  de  leur  idéal 
commun,  et  qui  seraient  applicables  à  toutes  les  classes  qui 
ont  intérêt  à  cette  réalisation. 

Ce  qui  est  vrai  des  différents  pays  —  l'influence  que 
peut  exercer  sur  Ja  politique  agraire  des  partis  socia- 
listes le  degré  d'avancement  de  l'agriculture  et  de 
concentration  de  la  propriété  —  l'est  également  des 
différentes  régions  d'un  même  pays. 

Il  est  évident,  en  effet,  que  l'appropriation  indivi- 
duelle du  sol  devient  surtout  injustifiable,  à  partir  du 


24         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

moment  où  la  densité  de  la  population,  les  progrés 
de  l'industrie  et  de  la  culture,  le  développement  des 
grandes  agglomérations  urbaines,  assurent  aux  déten- 
teurs des  agents  naturels  une  part  de  plus  en  plus 
considérable  du  revenu  social. 

Peu  importe  —  si,  bien  entendu,  l'on  ne  songe  pas 
à  l'avenir  —  que,  dans  des  régions  comme  l'Ardenne, 
où  il  n'y  a  que  cinquante  habitants  par  kilomètre 
carré  (i),  les  terres  communales  soient  alloties  tous  les 
trente  ans,  ou  bien  abandonnées,  une  fois  pour  toutes, 
aux  particuliers  en  pleine  propriété.  Dans  l'un  et  l'autre 
cas,  chaque  ménage  a  son  lopin,  et,  comme  il  }•  en  a 
pour  tout  le  monde,  nul  ne  peut  s'en  servir  pour 
exploiter  autrui. 

A   ce  degré  de  développement,  on   peut  prétendre 

que  l'homme  et  la  terre  sont  unis,  en  légitime,  si  pas 

en   indissoluble    mariage.    La   propriété    individuelle, 

^combinée,  d'ailleurs,  avec  la  propriété   collective  des 

'{pâtures  et  des  bois,  garantit  à  chacun  une    existence 

■  médiocre,  mais  indépendante. 

Il  en  est  tout  autrement,  par  contre,  dans  les  régions 
plus  étendues,  où  les  circonstances  historiques  ont  fait 
disparaître  les  communaux,  supprimé  les  anciennes 
tenures,  arraché  la  terre  à  ceux  qui  la  cultivaient  et 
divisé  le  domaine  arable,  soit  en  grandes  et  moyennes 
fermes,  comme   dans  le   Condroz,  la  Hesbaye  ou  les 


l'ii  Au    31    décembre     iSqg.     il    y 

avait,    pour    la  pro\ince   de 

Luxembourg  : 

Arrondissement  d'Arlon.     .     . 

.     68  hab.  par  k.  carré. 

—              de  Marclie. 

.     46                — 

—             de  Neufchâteau 

•     40                — 

Soit  pour  la  province     .     .     . 

•     50                — 

LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  25 

Polders,  soit  en  minuscules  exploitations,  chèrement 
affermées  à  des  locataires,  comme  dans  la  région 
sablonneuse  des  Flandres,  ou  la  banlieue  morcelée  des 
grandes  villes. 

Ici,  la  propriété  foncière,  semi-féodale  encore,  ou 
bien  décidément  capitaliste,  n'apparaît  plus  comme  un 
gage  d'indépendance  pour  le  producteur;  elle  devient, 
au  contraire,  un  moyen  de  domination  et  d'exploitation 
d'autant  plus  puissant  et  plus  fructueux  que  la  popula- 
tion se  condense  et  qu'une  demande  plus  active  fait 
hausser  le  prix  des  terres  et  le  taux  des  loyers. 

Enfin,  quand,  au  sortir  des  jardins  de  la  Flandre  et 
des  plaines  de  la  Hesbaye,  on  pénètre  dans  les  fourmi- 
lières industrielles  et,  plus  encore,  dans  les  centres 
de  consommation  et  d'accumulation,  dans  ces  «  villes 
tentaculaires  »,  qui  étendent  sur  les  campagnes  leur 
triple  domination,  capitaliste,  politique  et  fiscale,  les 
inconvénients  de  l'appropriation  individuelle  du  sol 
—  fonds  et  tréfonds  — ,  les  criantes  inégalités  qu'elle 
engendre,  les  formes  raffinées  d'exploitation  qu'elle  fait 
naître,  se  dégagent  dans  tout  leur  éclat. 

Qu'est-ce,  en  effet,  que  cent  ou  deux  cents  hectares 
dans  les  bruyères  de  la  Campine  ou  les  fagnes  du 
Luxembourg  auprès  de  ces  terrains  à  bâtir  des  grandes 
villes  qui  atteignent  fréquemment  —  sans  que  leur 
propriétaire  ait  dû  rien  faire  pour  cela  —  200  à  3oo 
francs  le  mètre,  assez  souvent  700  à  800  et,  parfois, 
jusque  2,000  ou  3, 000  francs.  Un  notaire  de  Bruxelles 
nous  citait  dernièrement  un  terrain  situé  dans  les 
quartiers  du  Centre,  qui  s'était  vendu  8,000  francs  le 
mètre  —  ce  qui  ferait  quatre-vingt  millions  l'hectare! 

Est  il  possible  d'assimiler  et  de  confondre  dans  le 


26        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

même  jugement  le  produit  du  travail  d'un  paysan 
propriétaire  et  Vunearued  incrément  du  propriétaire  des 
villes,  incessamment  grossi  par  le  seul  jeu  du  progrès 
général  et  de  l'accroissement  de  la  population  ? 

N'est-ce  pas  une  dérision  que  de  réunir  sous  le  même 
vocable  —  capitalistes  —  l'ouvrier  qui  n'a  d'autre  bien 
que  sa  maisonnette,  le  paysan  qui  possède  quelques 
verges  de  terre,  acquises  et  fécondées  par  son  travail, 
et  les  grands  bénéficiaires  de  l'ordre  social  actuel,  les 
coffres-forts  du  pays  noir,  les  princes  de  la  laine  et  du 
coton,  les  araignées  de  la  finance,  couvrant  toute  la 
contrée  de  leur  toile,  et  ces  marquis  de  Carabas,  à  qui 
tout  appartient  aussi  loin  que  s'étend  la  plaine,  —  ceux 
pour  qui  le  cidtivateur  travaille  toujours  et  qu'il  ne  voit 
jamais,  sauf,  peut-être,  quand  ils  viennent,  à  l'époque 
de  la  chasse,  fouler  aux  pieds  ses  betteraves. 

Entre  la  petite  et  la  grande  propriété,  la  propriété 
parcellaire  et  la  propriété  capitaliste,  il  n'y  a  pas 
seulement  une  diftérence  de  quantité,  mais  une  diffé- 
rence de  qualité. 

L'une  est  un  mo3^en  de  travailler;  l'autre,  de  faire 
travailler.  Celle-ci  décourage  la  production;  celle-là 
tend  à  la  sui'exciter.  La  première  —  quand  le  capita- 
lisme ne  l'a  pas  encore  dépouillée  de  ses  conditions 
d'existence  normale  —  est  une  forme  de  la  liberté  ;  la 
seconde,  une  forme  de  l'esclavage,  donnant  à  ceux  qui 
en  profitent  le  dioit  de  prendre  leur  part,  plus  ou  moins 
large,  dans  la  plus-value  produite  par  la  classe  salariée  : 
et  cependant,  malgré  ces  différences  essentielles,  ces 
caractères  diamétralement  opposés,  nous  voyons  con- 
stamment les  classes  maîtresses  s'efforcer  de  créer  une 
confusion  entre  la  propriété  privée  des  travailleurs  et  la 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  27 

propriété  privée  des  non-travailleurs,  de  légitimer 
celle-ci,  en  invoquant  les  mérites  de  celle-là,  et  de 
rallier  autour  d'elles,  en  les  terrorisant,  la  grande 
masse  des  petits  propriétaires,  soucieux  de  conserver  le 
fruit  de  leurs  épargnes. 

Il  importe  que  les  socialistes  ne  perdent  jamais  une 
occasion  de  déjouer  cette  tactique  et  de  mojitrer  que 
tous  les  théoriciens  du  collectivisme  —  quelle  que  soit, 
d'ailleurs,  leur  opinion  sur  l'avenir  de  la  petite  pro- 
priété —  sont  entièrement  d'accord  pour  établir  une 
distinction  très  nette  entre  la  propriété  du  travailleur 
sur  les  moyens  de  son  activité  productrice  et  celle  du 
capitaliste  sur  les  moyens  d'exploitation  du  travail 
d'autrui. 

Rien  de  plus  caractéristique  à  cet  égard  que  l'article, 
déjà  cité,  qu'écrivit  Engels,  quelques  mois  avant  sa 
mort,  pour  critiquer  les  considérants  du  progrannne 
élaboré  par  le  «  Parti  ouvrier  français  »   : 

Quelle  position  prendrons-nous,  dit-il,  vis-à-vis  des  petits 
paj'sans,  et  comment  devrons -nous  procéder  avec  eux.  si 
nous  avons  en  mains  le  pouvoir  de  l'Etat  ? 

D'abord,  cette  proposition  du  programme  français  est 
absolument  juste  :  nous  devons  prévoir  l'irrémédiable  ruine 
des  petits  paysans,  mais  nous  ne  sommes  en  rien  appelés  à 
l'accélérer  par  des  mesures  venant  de  nous. 

Et  de  même,  en  second  lieu,  il  est  évident  que,  si  les 
pouvoirs  publics  tombaient  entre  nos  mains,  nous  ne  songe- 
rions pas  à  exproprier  les  petits  paysans  par  la  contrainte 
(que  ce  soit  avec  ou  sans  indemnité),  comme  nous  serions 
obligés  de  le  faire  vis-à-vis  des  grands  propriétaires.  Notre 
avis,  en  ce  qui  concerne  le  petit  paysan,  c'est  qu'il  faut 
l'amener  à  transférer  son  entreprise  et  sa  propriété  privée 


28        ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

'/ à  des  associations  coopératives,  non  par  la  force,  mais  par 
l'influence  de  l'exemple  et  avec  l'aide    des  pouvoirs  pu. 
'  blics  II], 

Ainsi  donc  Frédéric  Engels,  l'ami  et  le  continuateur 
de  Marx,  dépositaire  de  leur  pensée  commune,  se 
'déclare  d'accord  avec  Guesde,  Deville,  Lafargue  ou 
Jaurès,  pour  ne  poursuivre  que  l'expropriation  de  la 
[grande  propriété,  à  l'exclusion  de  la  petite. 

On  n'a  pas  manqué  d'objecter  qu'il  est  impossible 
^de  dire  à  quel  moment  précis  la  petite  propriété  finit, 
et  la  grande  commence.  Natura  non  facit  saltits.  Entre 
les  latifundia  de  l'Ecosse  ou  du  Mecklembourg  et  les 
Gelwfte  des  paysans  saxons  ou  bavarois,  on  trouve  toute 
la  série  des  intermédiaires;  mais  il  en  est  ainsi  de 
toutes  les  formes,  de  toutes  les  espèces,  organiques  ou 
sociales,  et  cela  n'empêche  nullement  les  statisticiens, 
les  auteurs  des  recensements  agricoles,  les  gouverne- 
ments qui  légifèrent  en  faveur  des  paysans,  de  tracer 
une  ligne  de  démarcation  entre  la  petite  et  la  grande 
propriété,  d'après  le  revenu  cadastal,  le  nombre 
d'hectares  cultivés,  ou  le  mode  d'exploitation  du 
domaine. 

Certes,  nous  reconnaissons  volontiers,  que,  dans  l'hy- 
pothèse d'une  expropriation  sans  indemnité,  respectant 
l'une  et  confisquant  l'autre,  pareille  distinction  serait 
fatalement  l'arbitraire;  mais,  d'autre  part,  il  est  évident 
que  l'objection  perd  toute  raison  d'être,  dès  l'instant 
où  il  s'agit,  —  comme  notre  programme  le  propose,  — 
de  l'extension  progressive  du  domaine  collectif  suivant 
la  ligne  de   moindre  résistance,  en  commençant,  par 

(i)  Fr.  Engels,  Die  Bauernfrage  in  Frankreich  und  Deulschlaiid- 
{Die  Neue  Zeit,  1894-95,  11°  loj. 


LA    PETITE    PROPRIETE    RURALE  29 

exemple,  parla  reprise  des  mines  et  carrières,  la  socia- 
lisation des  forêts,  la  reconstitution  et  le  développement 
du  domaine  communal,  la  confiscation  par  l'impôt  des 
accroissements  de  la  rente  foncière,  de  Vunearned  incré- 
ment of  land,  spécialement  dans  les  agglomérations 
urbaines. 

Cette  expropriation,  graduelle  et  pacifique,  est-elle 
dans  les  probabilités  de  l'avenir?  Les  projets  que  l'on 
fait  à  cet  égard,  n'auront-ils  pas  le  sort  des  proposi- 
tions que  l'on  faisait,  à  la  veille  de  la  Révolution  fran- 
çaise, en  vue  d'indemniser  les  maîtres  des  corporations, 
les  membres  des  congrégations  religieuses,  les  titulaires 
de  droits  féodaux  ? 

Questions,  dont  la  solution  dépendra  beaucoup 
moins  de  nos  préférences  individuelles  ou  collectives, 
que  des  circonstances  qui  donneront  le  pouvoir  au 
prolétariat  socialiste,  et  de  l'attitude  que  prendront  les 
classes  dirigeantes  actuelles  ;  mais,  en  tous  cas,  nous 
souscrivons  entièrement  à  l'avis  que  rapporte  Engels 
dans  son  article  déjà  cité.  «  Nous  ne  considérons  pas 
du  tout  l'mdemnisation  des  propriétaires  comme  une 
impossibilité,  quelles  que  soient  les  circonstances. 
Combien  de  fois  Karl  Marx  ne  m'a-t-il  pas  exprimé 
l'opinion,  que  si  nous  pouvions  racheter  toute  la  bande, 
ce  serait  encore  le  moj-en  de  s'en  débarrasser  au  meil- 
leur marché  »  (i). 

D'ailleurs,  au  point  de  vue  théorique,  —  le  seul  dont 
nous  ayons  à  nous  préoccuper  en  ce  moment,  —  cette 
question  de  liquidation,  amiable  ou  forcée,  ne  présente 
qu'un  intérêt  secondaire. 

(i)  Frédéric  Engels,  Neue  Zeit^  ibid.,  p.  305. 


3o         ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Les  deux  propositions  que  nous  avions  à  rappeler, 
ou  à  démontrer  dans  ce  chapitre,  c'est  : 

1°  Que  l'utilité  sociale  peut  seule  donner  à  la  pro- 
priété foncière  une  légitimité,  toute  historique  et 
relative. 

2°  Que  la  distinction,  admise  par  les  socialistes,  entre 
les  deux  formes,  —  capitaliste  et  non  capitaliste  —  de 
la  propriété  privée  ne  repose  pas  sur  des  considérations 
d'opportunité  et  de  tactique,  mais  sur  des  différences 
intrinsèques,  tellement  profondes,  que  la  propriété 
privée  capitaliste,  bien  loin  de  se  confondre  avec  la 
propriété  privée  du  travailleur,  en  est  le  contrepied  et 
la  négation. 

Après  avoir  ainsi  constaté  et  justifié  notre  accord 
pour  ne  rien  faire  contre  la  propriété  paysanne,  «  parce 
que  le  rôle  du  socialisme  n'est  pas  de  séparer  la 
propriété  et  le  travail,  mais,  au  contraire,  de  l'éunir 
dans  les  mêmes  mains  ces  deux  facteurs  de  toute 
production,  )>  nous  nous  proposons  de  rechercher,  — 
spécialement  en  ce  qui  concerne  la  Belgique,  —  s'il  y 
a  quelque  chose  à  faire  pour  elle,  et  l'attitude  que  nous 
avons  à  prendre  à  l'égard  des  mesures  législatives  qui 
ont  pour  but  de  la  consolider,  de  la  développer,  ou  de  la 
reconstituer  ;  mais,  avant  d'exposer  ces  mesures,  et  de  les 
discuter,  il  importe  de  donner  une  idée,  aussi  exacte 
que  possible,  de  l'état  de  la  petite  propriété  rurale  dans 
notre  pa3^s. 


CHAPITRE  II. 
La  répartition  du  sol  en  Belgique 


?^  I. 


Le  Nombre  des  Propriétaires. 


Nous  ne  possédons  aucune  statistique  récente  et 
précise  sur  le  nombre  des  propriétaires  fonciers  et  celui 
des  propriétés  rurales,  grandes,  moyennes  et  petites. 

Le  tableau  suivant,  qui  nous  a  été  fourni  par  l'admini- 
stration des  finances,  fait  connaître  seulement  le  nombre 
des  parcelles  cadastrales  et  des  cotisations  foncières  (i)  : 

SITUATION    AU    3l    DÉCEMBRE    1896    {2). 

Parcellks  Articles  des  rôles 

cadastrales  fonciers 

Provinces  Nombres  Nombres 

—  Nombres  par  Nombres        par 

absolus    100  liectares    absolus      100  habit. 

Anvers 527,3(52  186  88,gSG  1 1 

Brabant 768,306  234  2o6,26()  17 

Flandre  occidentale  .  724,004  224  97,Q20  i-^ 

Flandre  orientale .     .  893,505  298  164,938  16 

Hainaut 928,401  249  220,151  20 

Liège 677,719  234  126,191  16 

Limbourg    ....  511,967  212  81,026  35 

Luxembourg   .     .     .  901,096  204  99-237  46 

Namur 506,829  166  103,138  30 

Le  Royaume  .     .     .     6,559,189        222      1,187,855         18 

(i)  Une  cote,  ou  cotisation  foncière,  est  la  part  de  l'impôt  foncier 
que  chaque  propriété  doit  acquitter  dans  la  commune,  à  raison  de 
son  revenu. 

(2)  Au  31  décembre  1899,  la  situation  était  la  suivante  : 

Parcelles  cadastrales  Articles  des  rôles  fonciers 

Nombre  absolu   Nombre  p.  100  hect.    Nombre  absolu  Nombre  p.  lŒi  hab. 

6,610,662  224  1,208,234  18 


02         ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Il  y  a  donc,  en  mo^'enne,  une  demie  douzaine  de 
parcelles  cadastrales  pour  une  cote  foncière,  et,  d'autre 
part,  un  propriétaire  réunit  autant  de  cotes  foncières 
qu'il  possède  de  pi-opriétés  dans  des  communes 
différentes. 

Aussi,  dans  certaines  régions,  et  spécialement  dans 
les  Flandres,  où  de  grands  domaines  d'un  seul  tenant 
sont  rares,  il  arrive  parfois  que  le  même  individu  soit 
représenté  par  trente,  quarante,  voire  même  cinquante 
cotisations  foncières,  pour  des  parcelles  éparpillées 
dans  autant  de  communes  (i). 

Cet  écart  entre  le  nombre  des  cotisations  et  celui  des 
propriétaires  augmente,  selon  toutes  probabilités,  avec 
le  morcellement  de  sol,  qui  a  toujours  été  croissant 
depuis  un  demi  siècle. 

Malheureusement,  nous  n'avons  aucun  moyen  de 
vérifier  cette  présomption. 

Le  seul  relevé  que  l'on  ait  fait,  jusqu'à  présent,  du 
nombre  des  propriétaires  fonciers  en  Belgique  date  de 
1848.  A  cette  époque,  il  y  avait  758, 5i2  propriétaires, 
urbains  ou  ruraux,  pour  940,666  cotisations;  soit  donc, 
approximativement  le  rapport  de  7  à  9. 

Faute  de  moyens  d'investigation  plus  certains  et  plus 

(i)  De  Landbouwer  (I^e  Laboureur),  journal  agricole  des  socialistes 
gantois,  a  publié,  le  7  mars  1^97.  une  liste  nominative  de  quelques 
grands  propriétaires  de  la  \illc  de  Gand.  avec  le  relevé  des  cotisations 
foncières  qu'ils  réunissaient  dans  les  diflerentes  communes  du  pa\-s. 

M.  de  P...  possède,  dans  41  communes  Belges  et  en  Hollande.  1  .U)5 
hectares  67  ares  50  centiares.  Slu-  ces  44  cotes  foncières,  vingt  se 
rapportent  à  des  parcelles  de  moins  de  5  hectares;  cinq  seujement 
dépassent  cinquante  hectares. 

M.  de  G...  réunit  38  cotes  foncières,  formant  un  ensemble  de  1 .  130 
hectares  99  ares  55  centiares. 

Voir  pour  plus  de  détails  :  Kmili;  \'ANm.R\i;i,m:.  La  propriété 
foncière  en  Bdgiqite,  p.  p.  26S  et  suiv  (Paris,  Schleichcr.  kjooj. 


ANNÉES 

PARCELLES    COTISAT 

1846 

5.720,076 

1870 
1880 

6.346,885 

6,472,845 

i8qo 

6,490,254           1 

.8q4 

0,516,424           1 

i8g6 

0,039,189           1 

LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RUR.\LE  33 

directs,  M.  Hector  Denis,  dans  ses  Leçons  sur  rimpôt,  a 
essa3^é  d'évaluer  le  nombre  actuel  des  propriétaires, 
urbains  et  ruraux,  en  partant  de  cette  supposition,  que 
le  rapport  de  7  à  g,  qui  existait  en  1848,  ne  s'est  pas 
modifié  depuis  lors. 

En  complétant  ses  chiffres,  d'après  Y  Annuaire  officiel 
et  les  renseignements  qui  nous  ont  été  fournis  par  le 
Ministère  de  Finances,  on  obtient  le  tableau  suivant  : 

IONS    FONCIÈRES  PROPRIÉTAIRES 

014-037  71  ''617 

,118.113  859,628 

,181,177  918,700 

,174,165  913,240 

,180,445  918,120 

.187,855  -    923,342 

Pour  déterminer,  ensuite,  le  nombre  et  les  variations 
du  nombre  des  propriétaires  ruraux,  M.  Denis  considère 
chaque  maison  comme  une  parcelle  disticnte  : 

rapport    u/0 
a:<nées     parcelles         maisons  parcelles    maisons  sol 

1846      5,720,976         799,848      4,921.476      14  0/0      86  0/0 
1880      0,472,845       1,061.469      5.411.376       16,4         83,6 
1890      6,790,254       1,198,058      5,292,196       18.4         81.6 

Et,  à  l'aide  de  ces  rapports  pour  cent,  il  évalue  très 
approximativement,  cela  va  sans  dire,  le  nombre  des 
propriétaires  du  sol  rural  à  : 

1)12.014        "^n  1846 
768,033         en   18S0 

735,203         en    1890  (il 

Il  semble  donc,  à  première  vue,  que,  de  J.8S0  à  1890, 

(1)  Denis,  Leçons  sur  l'impôt.  Bruxelles.  Monnom.  i88(),  p.  154.  — 
Denis,  La  dépression  économique  et  rurale,  et  l'histoire  des  prix.  Bruxelles, 
Huysmans,  1895.  p.  352. 


34         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EX   BELGIQUE 

le  nombre  des  propriétaires,  et  spécialement  des  pro- 
priétaires l'uraux,  ait  subi  une  réduction  sensible:  mais, 
s'il  est  vrai  que  la  propriété  bâtie  gagne  constamment 
du  terrain  sur  la  propriété  rurale,  la  différence  en 
moins,  pour  le  nombre  absolu  des  côtes  foncières,  porte 
uniquement  sur  les  chiffres  du  Brabant  et  de  la  province 
de  Liège;  et  elle  provient  de  ce  que  les  renseignements 
fournis  par  ces  provinces  à  l'administration  centrale 
avaient  été  établis,  précédemment,  d'après  une  base 
défectueuse  (i). 

En  réalité,  le  nombre  des  cotes  foncières  n'a  jamais 
cessé  de  s'accroître,  d'année  en  année.  Toutefois,  ce 
mouvement,  qui  tend  d'ailleurs  à  se  ralentir,  depuis 
1880,  a  été  moins  rapide  que  le  mouvement  ascensionnel 
de  la  population. 

C'est  ce  que  démontre  le  tableau  suivant  : 

NOMRUE    1)];    COTICS    PAU     1 0(  1    HAHITANTS    '■2) 

1845   1850   1860   1870   1880   1890   1896 

21  22  22  22  21  IQ  l8 

Ainsi  donc,  malgré  le  morcellement  provoqué  par 
l'action  continue  des  lois  successorales,  le  nombre  des 
prolétaires  obligés  de  pa3'er  un  lo3'er  aux  propriétaites 
du  sol  augmente  plus  rapidement  que  le  nombre  de  ces 
derniers  ;  et,  cependant,  on  classe  parmi  les  propriétaires 
fonciers  des  milliers  de  contribuables  qui   n'ont  qu'un 

(i)  Antiuaire  officiel,  1S95,  p.  48. 

(2)  D'après  \  Annuaire  ei  les  renseignements  fournie  par  l'admini- 
stration des  finances  pour  uSgq,  la  proportion  reste  la  même  :  iS  cotes 
par  100  habitants. 


I 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  35 

haillon  de  propriété,  dont  le  revenu  cadastral  se  réduit 
à  quelques  francs,  (i). 

D'autre  part,  si  nous  adoptons,  sous  toutes  réserves, 
le  chiffre  approximatif  de  746,000  propriétaires  du  sol 
rural,  ce  serait  une  grave  erreur  de  croire  que  la  majo- 
rité d'entre  eux  soient  des  paysans-cultivateurs,  exploi- 
tant en  faire-valoir  direct  un  ]o\nn  de  terre  leur  appar- 
tenant. 

Les  recensements  agricoles  nous  apprennent,  au 
contraire,  qu'environ  les  trois  quarts  de  la  surface 
cultivée  sont  exploités  par  des  fermiers-locataires,  et 
qu'en  1880,  sur  gio,ooo  exploitations  agricoles,  il  y 
en  avait  seulement  293,524,  —  petites,  grandes  ou 
moyennes,  —  exploitées  en  faire  valoir  direct  (2). 

Encore  faut-il  ajouter  que,  si  le  faire-valoir  direct 
détient  un  tiers  du  domaine,  au  point  de  vue  quantita- 
tif, la  proportion  lui  est  beaucoup  plus  défavorable 
quand  on  se  place  au  point  de  vue  qualitatif,  au  point 
de  vue  de  la  valeur  des  terres  arables. 

En  effet,  la  décroissance  du  faire-valoir  direct  coïn- 
cide partout  avec  le  progrès  de  la  culture.  L'agriculture 
capitaliste,  caractérisée  par  la  séparation  de  la  propriété 
et  du  travail,  accapare  presque  tous  les  bons  morceaux. 
La  terre  aux  paysans  n'existe  plus,  comme  forme  domi- 
nante, que  dans  les  régions  les  plus  pauvres  du  pa3's  : 
le  Luxembourg,  les  cantons  forestiers  de  la  province  de 
Namur,  la  Fagne  et  la  Thierache  du  pa5^s  de  Chimay, 

(1  I  Sur  cent  cotisations  foncières,  en  1864,  88  correspondaient  à  un 
revenu  cadastral  de  1  à  26=;  francs  (moins  de  :;o  ares  à  5  hectares)  ; 
11  à  un  revenu  de  2(55  à  2.640  francs  (de  5  à  5o  hectares)  ;  1  seulement 
à  un  revenu  de  2.640  à  52.000  francs  et  plus  (plus  de  50  hectares). 

(2)  D'après  le  recensement  de  1895,  il  y  avait  829625  exploitations 
agricoles,  dont  23131g  en  faire-valoir  direct  et  598306  en  faire-valoir 
indirect. 


36         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION   AGRAIRE  EN"   BELGIQUE 

et  certaines  parties  de  la  Campine  Limbourgeoise  (i)- 

Si  nous  nous  demandons,  maintenant,  comment  se 
répartit  la  fraction  du  domaine  appartenant  encore  à 
ceux  qui  la  cultivent,  le  recensement  de  1880  nous 
apprend  qu'elle  était  occupée,  à  cette  époque,  par 
293,524  propriétaires  exploitant  en  faire-valoir  direct 
pour  la  totalité  ou  pour  plus  de  la  moitié. 

Parmi  eux,  il  en  est  i  ,01 5,  dont  l'exploitation  atteint,  ou 
dépasse,  5o  hectares  et  que  l'on  peut  considérer,  — si  l'on 
adopte  la  classification  proposée  pour  la  France,  par  M. 
de  Foville,  —  comme  de  grands  propriétaires,  emplo3^a'nt 
un  nombre  plus  ou  moins  considérable  de  salariés. 

Par  contre,  il  est  imposible  de  considérer  comme 
des  propriétés  paysannes  les  218,144  exploitations  de 
o  à  2  hectares  (2). 

A   part  quelques   exceptions    dans    les    régions    de 

(\)  Y.  Recensement  général  de  rSSo.  Deuxième  partie,  pp.  ();.;S  et  s. 
Pour  i8t)5,  le  nombre  des  propriétés  en  faire  valoir  direct  est  de  2;.;  1 3 1 9. 

La  proportion  du  faire-valoir  direct  et  de  la  location  pour  cent 
hectares  de  la  surface  cultivée,  était,  en  1880,  de  : 

En  faire-valoir  direct    En  loL'alion 

33-09 
5Q-»4 
72. o() 

68,07 
63,00 

69.03 
72,05 

77'7'> 
88,-4 

68.80 

(2)  D'après  M.  Hectnr  Denis,  retendue  d'une  exploitation  fami- 
liale moyenne,  variable  selon  les  régions,  serait  de  :  3  hectares  0  ares 
du  territoire  productif  pour  la  Flandre  orientale;  4  hectares  poui- 
Anvers;  4  hectares  11  pour  le  Brabant;  4  hect.  54 pour  la  Flandre 
occidentale;  4  hect.  8'.;  pour  le  Limbourg;  6  hect.  5  pour  le  Luxem- 
bourg; 6  hect.  52  pour  le  Hainaut  ;  q  hect.  67  pour  Namur.  {Annales 
parlementaires.  Séance  du  7  mai  1807.  p.  1302). 


Luxembourg 

66,01 

I  imbourg 

40,86 

Anvers 

27,04 

Liège 

31.03 

Namur 

3'''-34 

Hainaut 

30'97 

Brabant 

27'95 

Flandre  orientale 

22,24 

Flandre  occidentale 

1  1  ,ûû 

Royaume 

31,1  1 

LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  Sy 

culture  maraîchère,  —  exceptions  compensées,  et  au- 
delà,  par  des  exceptions  en  sens  contraire,  —  ces 
propriétés  naines  sont  absolument  insuffisantes  pour 
l'entretien  d'une  famille  :  ce  sont  des  jardins,  des  pota- 
gers, de  petites  parcelles  de  terre  que  dos  ouvriers, 
industriels  ou  ag'ricoles,  cultivent  à  leurs  moments 
perdus  pour  obtenir  un  supplément  de  salaire. 

Restent  donc,  en  tout  et  pour  tout,  6o,5g8  exploi- 
tants de  2  à  lo  hectares,  qui  représentent  en  Belgique 
la_petite  et  la  moyenne  propriété  paysanne  ! 

Or,  pour  autant  que  l'on  puisse  se  fier  aux  statistiques 
officielles,  le  nombre  des  producteurs  agricoles,  en 
1880,  s'élevait  à  environ  douze  cent  mille. 

Abstraction  faite,  par  conséquent,  des  «  mouchoirs 
de  poche  »,  qui  n'enlèvent  pas  à  ceux  qui  les  possèdent 
leur  caractère  de  salariés,  on  peut  dire  qu'il  n'y  a  pas 
un  agriculteur  sur  dix  qui  soit  propriétaire  de  son 
exploitation. 

La  proportion  serait  beaucoup  plus  défavorable 
encore  à  la  petite  propriété  paj'sanne  si  nous  connais- 
sions l'étendue  du  territoire  qu'elle  occupe. 

Les  documents  officiels  ne  nous  fournissent  aucun 
renseignement  à  cet  égard,  mais  il  suffit  de  consulter  le 
cadastre  d'une  commune  quelconque  pour  se  rendre 
compte  que,  même  dans  des  villages  où  les  petits  pro- 
priétaires sont  relativement  nombreux,  ils  ne  possèdent 
qu'une  bien  faible  partie  du  domaine  cultivé. 

Nous  avons  pu  le  constater,  récemment  encore, 
pendant  un  séjour  que  nous  avons  fait  en  Hesbaye. 

De  toutes  les  communes  qui  s'étendent  entre  Perwez 
et  Eghezée,  Aische-en-Refail  est  probablement  celle  qui 
contient  la  plus  forte  proportion  de  petits  propriétaires 


38        ES'^AIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

indépendants.  On  y  compte,  sur  une  population  de 
douze  cents  habitants  (i),  plus  de  cent  familles,  dont  le 
chef,  ou  l'un  des  membres,  exerce  le  métier  de  maçon 
et  va  travailler  au  dehors,  tandis  que  les  enfants,  les 
femmes,  les  vieillards  cultivent  la  terre  familiale. 

Or,  sur  i,ooi  hectares,  représentant  la  superficie  de 
la  commune,  plus  de  huit  cents  appartiennent  à  des 
étrangers  au  village,  une  cinquantaine  d'autres  sont 
des  biens  communaux.  La  petite  propriété  ne  détient 
qu'un  peu  plus  de  cent  hectares. 

MêmesituationàThorembais-les-Béguines,où,sur  700 
hectares,  60,  à  peine,  appartiennent  aux  gens  du  village. 

Il  faut,  pour  trouver  une  situation  plus  favorable  à 
la  propriété  pa3''sanne,  aller  dans  les  régions  qui  n'ont 
guère  été  influencées,  jusqu'à  présent,  par  le  déve- 
loppement capitaliste  et  où  les  formes  archaïques  d'amo- 
diation du  sol  doivent  leur  survivance  à  la  difficulté  et 
à  la  rareté  des  communications. 

Aussi  pouvons-nous,  dès  à  présent,  conclure  que  la 
petite  et  la  mo3'enne  propriété,  en  tant  que  support 
économique  de  la  classe  des  paj'sans,  ne  constituent 
pas  dans  notre  pa3's,  comme  dans  certaines  régions  de 
la  France,  de  la  Saxe  ou  de  la  Bavière,  un  des  facteurs 
essentiels  de  la  production  agricole. 

Certes,  le  nombre  des  propriétaires  fonciers  en  Bel- 
gique est  relativement  considérable,  mais  la  majorité 
d'entre  eux,  —  petits  ou  grands,  — ne  cultivent  pas  eux- 
mêmes,  et  la  population  agricole  se  compiose  surtout  de 
non-propriétaires,  exploitant  des  terres  en  location,  ou 
travaillant  chez  des  fermiers  comme  ouvriers  salariés. 

(i)   1,170  d'après  le  recensement  de  iSi)n. 


I.A  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  Sq 


§  2.  —  La  Décadence  de  la  Propriété  paysanne 

L'insuffisance  et  la  notoire  inexactitude  de  nos  recen- 
sements agricoles  ne  permettent  point  d'accueillir,  sans 
des  réserves  expresses,  les  renseignements  qu'Us  con- 
tiennent sur  les  transformations  de  la  propriété  foncière 
en  Belgique,  depuis  un  demi  siècle. 

Le  rapport  entre  le  nombre  d'hectares  cultivés  en 
location  et  en  faire-valoir  direct  ne  semble  pas  avoir 
subi  de  variations  importantes  (i). 

En  1846,  il  y  avait  —  l'on  tient  compte  seulement  des 
cultures  ordinaires  —  6:3,575  hectares  cultivés  par  leurs 
propriétaires  et  i,i79,5S3  hectares  par  des  locataires  (2). 

En  1880  il  y  a  7i3,o3g  hectares  en  faire-valoir  direct 
et  1,270,512  hectares  en  location. 

Le  domaine  agricole  s'est  donc  étendu  aux  dépens 
des  terres  incultes,  mais  la  proportion  entre  la  loca- 
tion et  le  faire-valoir  direct  ne  s'est  guère  modifiée  : 
65  :  35  en  1846;  64  :  36  en  1880. 

1)  Pendant  l'intervalle  des  recensements  de  1880  et  de  1895,  la 
régression  du  faire  valoir  direct  parait  s'être  notablement  accentuée. 
Il  résulte,  en  effet,  du  recencement  de  1895,  que  «  sur  100  hectarc-s 
d'étendue  cultivée,  34  h.  22  étaient  mis  en  valeur  par  le  propriétaire, 
en  -.S^ô;  34  h.  32  en  1856;  32  h.  68  en  1866;  31  h.  11  en  1893. 
Relativement  à  iS66,  le  faire-valoir  direct  a  donc  subi,  en  1893,  une 
réduction  de  4,80  p.  c,  et  de  9,09  p.  c,  comparativement  à  1846.  Ces 
diminutions  se  manifestent  principalement  dans  les  provinces  de 
Brabant,  de  Flandre  Orientale  et,  surtoiu,  de  Hainaut  et  de  Liège, 
où  elles  atteignent,  par  rapport  aux  données  de  1866,  une  proportion 
de  1 1.29  et  de  1 1,73  p.  c.  Dans  chacune  de  ces  provinces,  ce  sont  les 
régions  à  culture  intensive  et  les  parties  industrielles  qui  contribuent 
le  plus  à  déterminer  cette  diminution  ».  Recensement  généra!  dé  iSçS. 
Partie  Analytique.  Introduction,  p.  23  (Bruxelles,  igoo.i 

2)  En  ajoutant  aux  cultures  ordinaires  :  1°  Les  bois;  2°  Les  ter- 
rains incultes  appartenant  à  l'Etat,  aux  communes  et  aux  établisse- 
ments publics,  l'étendue  exploitée  en  faire-valoir  direct  s'élève  à 
1,434, 143  hectares  en  1886;  1,423,452  en  1846. 


40        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

En  revanche,  le  nombre  des  exploitations  agricoles, 
dans  chacune  de  ces  deux  parties  du  domaine,  a  subi 
des  modifications  profondes.  Nous  en  avons  dressé  le 
tableau  suivant,  pour  les  différentes  catégories  d'exploi- 
tation, d'après  les  données  des  recensements  de  1846, 
1866  et  1880  : 

RÉPARTITION  DU  NOMURM  ni:S  KXPI.OITATIÔNS  n"  APRES  LEL  R  ÉTKNni  E 

Année  1S46  : 

En  t'ai  je  Ivi 

Désignation  DBS  GROiPES  valoii-dirert    loc;iiii>n       "I'otaiix. 

Très  petite  propriété  de  o  à  2  liectares.  i2Q,ii2  273,392  400.314 

iPetite  propriété  de  2  à  10  hectares.      .  57.16g  69,9(11  120.120 

^.Moyenne  propriété  de  i  o  à  50  hectares .  1 6. 587  2  4,9q7  4 1 .683 
(fGrande    propriété    de    50    hectares    et 

\    au-dessus i>359  -•<^74  3-333 

Totaux    ....     201,226     371,324     572,350 

Année  1S66  : 

En  faire  E-i 

DÉSIGNATION  DES  GRoiPKs  Valoir  direct    location       Totaux 

Très  petite  propriété  de  o  à  2  hectares.  22q,929  207,98(1  326,015 

Petite  propriété  de  2  à  10  hectares.      .  (58, 398  94,713  163,303 

Moyenne  propriété  de  10  à  30  hectares.  19.3-9  -7-733  47,062 
Grande   propriété   de    30   hectares    et 

au-dessus -•823  -v'^S  5'*"*-7 

Totaux    ....      320.971      423.036     744.007 

Année  iSSo  : 

En  Caire  En 

DÉSIGNATION  DES  GRorpES  valoir  (li l'ei'l    location        Totaitx. 

Très  petite  propriété  de  o  à  2  hectares.  218,144  49(1,419  7  m. 5(13 

Petite  propriété  de  2  à  10  hectares.      .  ()o.398  ()7,663  158,261 

Moyenne  propriété  de  10  à  30  liectares.  ■3-7'^7  24,402  38,169 
Grande   propriété    de    30    hectares   et 

au-dessus '."13  2,388  3-403 

Totaux    ....     293.324     316,872     910.399 


LA  PETITE  PROPRIETE  RURALE  4I 

En  somme  donc,  le  morcellement  de  la  culture  a 
considérablement  augmenté,  depuis  1846,  pour  les 
exploitations  de  toutes  les  catégories  (i). 

D'autre  part,  le  nombre  des  petites  et  des  moyennes 
propriétés,  cultivées  en  faire-valoir  direct,  après  avoir 
augmenté,  d'une  manière  absolue,  de  1846  à  1866,  a 
subi,  depuis  lors,  une  réduction  considérable.  Lors  du 
recensement  de  1880,  on  en  était  à  peu  près  revenu  aux 
chiffres  de  1846. 

En  ce  qui  concerne  spécialement  les  propriétés  de 
de  2  à  10  hectares,  exploitées  par  des  paysans-proprié- 
taires, il  y  en  avait  56,i6g  en  1846,  68,Sgo  en  1866  et 
60,598  seulement  en  1880  (2). 

Cette  réduction  du  faire-valoir  direct  depuis  la  crise 
et  le  morcellement  continu  de  la  culture  correspondent 
à  une  situation  foncière  que  AI.  Schaetzen,  député  con- 
servateur de  Tongres,  caractérisait  en  ces  termes,  le 
5  juin  i885  : 

Le  partage  continu  de  la  propriété  foncière  a  fini  par 
accumuler  sur  elle  des  charges  énormes  par  l'effet  des  droits 
de  succession,  des  soultes  et  des  droits  de  vente  forcée  pour 
sortir  d'indivision.  Le  capital  a  été  ainsi  nécessairement 
entamé;  la  dette  hypothécaire  a  pris  des  proportions  sou- 
vent effrayantes,  et,  dans  des  conditions  si  onéreuses, 
qu'elle  a  formé  un  premier  et  sérieux  obstacle  à  tout  pro- 
grès. La  pulvérisation  du  sol  a  fatalement  empêché  des 
améliorations  que.  du  reste,  les  ressources  amoindries  du 
propriétaire  ont.   trop  souvent,    rendu  impossibles,  et  il  a 

II)  11  convient  de  n'accueillir  que  sous  de  formelles  réserves,  les 
résultats  du  recensement  de  j8So.  En  1895,  le  recensement  ne  constate 
l'existence  que  de  829,625  exploitations,  dont  710.503  inférieures  à 
2  hectares. 

(2)  5 1298  en  1895. 


42         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

fallu  donner  au  fisc  ce  qui  eût  pu  servir  à  des  transforma- 
tions fécondes  (i). 

On  voit  que  s'il  ne  reste  pas  grand  chose  de  la  pro- 
priété paysanne  en  Belgique,  ce  qui  en  reste  est  bien 
loin  de  se  trouver  dans  une  situation  riante. 

Nous  ne  connaissons  pas  les  charges  réelles,  moins 
encore  les  charges  personnelles  des  propriétaires  ruraux, 
mais  il  n'est  point  douteux  que  leur  fardeau  ne  se  soit 
considérablement  alourdi  pendant  ces  vingt-cinq  der- 
nières années. 

En  i85o,  M.  Frère-Orban,  dans  l'exposé  des  motifs 
de  son  projet  de  loi  sur  le  crédit  foncier,  évaluait  la 
dette  hypothécaire  totale  à  environ  800,000,000  de 
francs  (798,103,870),  dont  un  peu  plus  de  la  moitié, 
56  °/o  sur  la  terre,  la  propriété  non  bâtie,  440, 1 5 1 ,098  francs, 
et  44  0/0,  357,952,771  francs,  sur  la  propriété  bâtie.  En 
1878,  dans  le  rapport  qu'il  présenta  à  l'Exposition  de 
Paiis,  au  nom  des  sociétés  agricoles  de  Belgique,  E.  de 
Laveleye  évaluait  cette  même  dette  totale  à  un  mil- 
liaid  (2);  en  admettant  la  même  répartition  de  la  dette 
qu'en  i85o,  la  terre  supportait  un  fardeau  de  56o  millions 
environ,  le  vingtième  de  sa  valeur.  Depuis,  M.  H.  Denis 
a  évalué  approximativement  la  dette  hj'pothécaire  totale 
en  1897,  à  1,588  millions,  dont  870  millions  sur  ]a  terre  (3). 

On  a  prétendu,  il  est  vrai,  dansundébatparlementaire, 
—  sans  apporter  d'ailleurs  une  ombre  de  preuves  à  l'appui 


(1)  Chambre  des  Représentants.  Séance  du  3  juin  icSS^.  Dociunent 
n»  ]()j^,  p.  63. 

(2)  L'Agriculture  belge,  p.  cxn.  Bruxelles,  Merzbach.  i<S-j<S. 

{■X,)  Proposition  de  loi  relative  à  l'organisation  du  crédit  foncier 
rural  mutuel.  Chaïubre  des  Représentants,  189(3-97,  n»  100,  p.  ô. 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  43 

de  cette  assertion  —  que  ces  charges,  grèvent  surtout 
la  grande  et  la  moyenne  propriété  (i),  mais  un  député 
catholique  de  Nivelles,  M.  Stoufts,  a  répondu  en  ces 
termes  topiques,  à  celui  de  ses  collègues  qui  avait 
émis  pareille  affirmation  : 

Si  vous  représentez,  disait-il,  un  pays  de  petite  culture 
ordinaire,  où  il  n'v  a  pas  d'exploitation  industrielle,  et  où  il 
y  a,  comme  culture  industrielle,  tout  simplement  la  bette- 
rave, alors  une  seule  opinion  s'impose  :  la  petite  culture  est 
obéiée.  Elle  l'est  d'autant  plus,  que  nous  devons  nous 
associer  avec  de  puissants  fabricants  pour  réaliser  notre 
récolte  betteravière  et  que,  quand  nous  liquidons  notre 
opération  d'association,  on  nous  prend  la  crème  et  on  nous 
laisse  le  petit  lait... 

C'est  ce  qui  fait  que  chez  nous,  la  petite  culture  est  obérée 
et  ruinée,  et  il  en  est  de  même  pour  presque  toute  la  Bel- 
gique (2). 

Un  certain  nombre  de  notaires,  questionnés  par  nous 
sur  le  point  de  savoir  si  les  charges  h^'pothécaires  grè- 
vent surtout  la  petite,  la  moj'enne,  ou  la  grande  pro- 
priété, nous  ont  transmis  des  réponses  contradictoires, 
qui  prouvent,  une  fois  de  plus,  combien  les  situations 
diffèrent  de  région  à  région  (3). 

(i)  V.  eu  sens  contraire.  De  Laveli;ve,  Rapport  sur  l'agriculture 
belge,  présenté  à  l'Exposition  de  Paris.  Annexes. 

Comice  agricole  de  Bruges  (région  sablonneuse)  :  «  La  petite  pro- 
priété est  beaucoup  plus  hypothéquée  que  la  grande  »  (p.  72). 

Société  agricole  du  Limbourg  :  c<  La  petite  propriété  est  plus  fortement 
grevée  d'hypothèques  que  la  grande  »  (p.  ujy). 

Haute  Ardenne  (pays  de  la  Salm >  :  «  La  petite  propriété  est  assez 
hypothéquée  ;  la  grande,  moins  ». 

Ce  sont  les  trois  seules  notices,  envoyées  au  rapporteur,  qui  trai- 
tent de  cette  question. 

(2)  Chambre  des  Représentants.  Annales  parlementaires,  séance  du 
6  mai  1897.  p.  129g. 

(;^)  Canton  de  Fosses  {arr.  de  Namur)  :  a  II  y  a  certainement  des 


44        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

Seulement  il  ne  faut  pas  oublier  que,  dans  un  grand 
nombre  de  cas,  les  charges  personnelles,  plus  encore 
que  les  charges  réelles,  contribuent  à  obérer  la  petite 
propriété  rurale,  voire  même  à  la  réduire  à  l'état  de 
pure  et  simple  apparence. 

Un  fermier  de  Thorembais  nous  disait  dernièrement 
que,  dans  sa  commune,  la  plupart  des  petits  proprié- 
taires se  trouvent  sous  la  coupe  de  quelques  notaires 
des  environs,  qui  leur  ont  prêté  —  sans  hypothèque  et 
à  5  o/o  d'intérêts  —  une  partie  de  l'argent  nécessaire  à 
l'acquisition  de  la  terre  qu'ils  occupent. 

Des  faits  de  ce  genre,  et  ils  sont  nombreux,,  montrent 
qu'il  est  impossible  de  se  rendre  un  compte  exact  de  la 
situation  des  paysans  propriétaires  —  situation  que  les 
statistiques  ne  peuvent  révéler  et  que  les  cultivateurs 
s'efforcent  soigneusemant  de  dissimuler. 

Néanmoins,    il    est   impossible   de    contester  qu'en 


charges  hypothécaires  assez  considérables,  mais  il  serait  difficile 
d'en  tixer  le  quantum,  eût-nn  même  à  sa  disposition  les  registres  du 
conservateur  des  hypothèques,  car,  souvent,  les  campagnards  qui 
remboursent,  économisent  les  frais  de  main-levée.  La  dette  hypotlié- 
caire  grè\e  plus  particulièrement  la  petite  propriété,  mais  j'estime, 
qu'en  général,  la  dette  hypothécaire,  dans  notre  canton,  tend  plutôt 
à  diminuer,  parce  que  le  pa\san  n'achète  plus  que  des  terres  par 
raison  de  con\enance,  et  non  comme  placement,  ainsi  qu'il  le  faisait 
autrefois.  Un  individu  qui  avait  2,000  francs  disponibles,  achetait 
pour  3  ou  4,000  francs  et  empruntait  ce  qui  lui  manquait.  Mainte- 
nant, le  culti\'ateur  n'achète  plus  que  s'il  a  de  l'argent  pour  payer,  et 
il  emploie  l'argent  cju'il  économise  à  acheter  des  obligations  de  ville, 
ou  bien  il  le  place  à  la  (>aisse  d'épargne.  Comme  je  viens  de  le  dire, 
la  propriété  foncière  est  en  grande  défaveur  et  il  est  très  rare  de  ren- 
contrer des  personnes  qui  achètent  des  terres,  comme  placement.  Si 
parfois  il  arrive  qu'un  propriétaire  disparait,  par  suite  de  déconfiture, 
il  en  surgit  un  autre;  je  ne  crois  donc  pas  que,  dans  notre  canton,  le 
nombre  des  propriétaires  aille  diminuant  ». 

Canton  de  Genappe  (arr.  de  Nivelles}  :  ((  Les  charges  hypothécaires 
de  la  propriété  rurale  sont  fort  considérables,  mais  je  crois  qu'elles 
s'amoindrissent  ;  elles    grèvent   surtout   la    moyenne   propriété  ;    le 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  45 

Belgique,  comme  dans  toute  l'Europe,  la  propriété 
parcellaire  se  trouve  dans  une  position  extrêmement 
précaire  qu'a  parfaitement  décrite,  dans  un  article 
récent  de  la  Réforme  Sociale,  un  écrivain  conservateur, 
M.  Cheysson  : 

«  La  petite  propriété,  dit-il,  est  bordée  par  deux 
abîmes  où  elle  est  menacée  de  s'engloutir  :  d'un  côté  la 
grande  et  la  moyenne  propriété,  qui  peuvent  l'absorber; 
de  l'autre,  la  propriété  indigente  qui,  par  suite  du  mor- 
cellement excessif,  ne  suffit  plus  à  nourrir  et  à  occuper 
la  famille  rurale,  et  dès  lors,  a  perdu  la  vertu  écono- 
mique et  sociale  de  la  petite  propriété  proprement  dite. 
Il  est  vrai  que,  par  suite  du  morcellement  qu'amène  la 
loi  successorale,  cet  empiétement  de  la  grande  propriété 
se  trouve  en  partie  masqué.  C'est  une  toile  de  Pénélope, 
dont  la  statistique  est  impuissante  à  nous  retracer  le 
travail.   Elle  constate  bien,  à  la  fin  de  l'année,  que  la 

nombre  des  propriétaires  de  maisons  augmente,  mais  non  celui  des 
propriétaires  ruraux.  Depuis  quelques  années,  la  grande  propriété 
s'est  accrue,  par  suite  du  manque  de  ressources  chez  les  cultivateurs, 
qui  n'achètent  plus  ». 

Canton  de  Lierre  (arr.  de  Malines)  :  «  Les  charges  hypothécaires 
grevant  la  propriété  rurale,  dans  nos  environs,  sont  peu  considérables  ; 
les  notaires  ne  passent  que  très  rarement  des  actes  de  constitution 
d'hypothèque.  Le  morcellement  de  la  grande  propriété  est  manifeste  : 
il  n'existe  plus  de  grandes  exploitations  rurales  autres  que  celles 
appartenant  à  des  administrations  charitables  et  patriciennes.  A 
chaque  vente,  quelle  qu'en  soit  l'importance,  les  biens  sont  présentés 
en  lots  ;  très  exceptionnellement,  l'accumulation  porte  sur  la  masse 
entière  ». 

Canton  de  Malines  (arr.  de  Malines)  :  «  Dans  les  campagnes  des 
environs  de  Malines,  les  immeubles  sont  beaucoup  moins  grevés 
qu'en  ville. 

«  Cependant,  dans  ces  dernières  années,  il  y  a  une  tendance  assez 
accentuée,  cliez  les  propriétaires  moyens  et  chez  les  petits,  à  recourir 
à  l'hypothèque,  chaque  fois  qu'un  besoin  d'argent  se  fait  sentir.  La 
propriété  rurale,  dans  notre  arrondissement,  s'est  légèrement  mor- 
celée :  le  nombre  des  titulaires  a  augmenté  depuis  30  ans  ». 


46       ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

toile  est  restée  à  peu  près  stationnaire,  mais  elle  ne 
nous  dit  pas,  et  ne  peut  nous  dire  comment  le  tissu  se 
fait  le  jour  et  se  défait  la  nuit  » . 

Ces  dangers  que  court  la  petite  propriété  se  sont 
aggravées  dans  ces  derniers  temps,  à  raison  de  la  crise 
agricole.  Michelet  a  soutenu  que  c'est  aux  époques  de 
crise  que  la  terre  tombe  des  mains  du  riche  dans  celles 
de  l'indigent  :  —  Nul  acheteur  ne  se  présentant,  dit-il, 
le  paysan  arrive  avec  sa  pièce  d'or  et  il  acquiert.  — 
C'est  une  erreur  de  fait,  qui  a  été  réfutée  par  M.  de 
Foville  :  «  Quand  les  grands  et  les  moyens  propriétaires 
sont  aux  abois,  les  petits  eux-mêmes  ont  vidé  leurs  bas 
de  laine,  et,  pour  ceux-ci,  comme  pour  ceux-là,  c'est 
moins  l'heure  d'acheter  que  de  vendre.  La  ville,  alors, 
où  il  y  a  toujours  de  grosses  fortunes  en  formation,  jette 
ses  filets  sur  les  campagnes,  et  la  petite  propriété  se 
trouve  absorbée  par  la  grande  )). 


CHAPITRE  m 

Les  mesures  législatives  en  faveur  de  la  petite 
propriété  rurale 

Afin  de  conserver,  —  dans  la  mesure  où  l'intérêt  des 
classes  dirigeantes  l'exige,  —  ce  qui  reste  de  la  propriété 
pa3'sanne,  et  de  maintenir  les  formes  archaïques  de  la 
production  agricole  que  l'action  révolutionnaire  du 
capitalisme  tend  à  faire  disparaître,  on  s'efforce,  depuis 
quelque  temps,  de  rajeunir  ou  de  ressusciter  les  cou- 
tumes qui  régissaient,  jadis,  la  propriété  et  les  succes- 
sions. 

Nous  voyons  reparaître,  sous  des  formes  plus  ou 
moins  réduites,  atténuées,  facultatives,  le  droit  d'aî- 
nesse ou  de  juveigneur,  la  transmission  intégrale  des 
biens  à  l'héritier  désigné  (Anerhenrecht),  les  tenures 
perpétuelles  {Rentengilter),  l'indivisibilité  et  l'incessibilité 
des  terres  roturières. 

En  Allemagne,  en  France,  en  Autriche,  on  s'attache 
à  constituer,  —  par  des  moyens  différents,  mais  dans 
un  but  identique,  —  des  biens  de  famille  {Homesteads, 
Heimstaette),  limités  en  valeur,  exonérés  de  certaines 
charges  fiscales,  inaliénables,  insaisissables,  indivisibles, 
transmissibles  du  père  à  l'un  des  enfants,  suivant  cer- 
tains projets,  ou  réunissant  seulement,  suivant  d'autres, 
une  partie  de  ces  conditions. 

C'est  dans  cet  esprit,  notamment,  que  la  «  Société 
d'Economie  sociale  »,  inspirée  par  les  théories  de  Le 
Play,  formula,  il  y  a  quelques  années,  un  avant-projet 


48         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

de  loi,  dont  M.  Levasseur  résume,  comme  suit,  les  prin- 
cipales dispositions  : 

Tout  propriétaire  peut  constituer  un  bien  de  famille  — 
traduction  libre  de  l'expression  Hoinestead  —  en  faisar.t 
une  déclaration  dans  ce  sens.  Cette  déclaration  rend  le  bien 
insaisissable.  Ce  bien  ne  peut  excéder,  en  valeur,  10,000  fr. 
S'il  est  constitué  par  contrat  de  mariage,  il  ne  peut  être 
aliéné  qu'à  condition  de  remploi.  Si  le  propriétaire,  en 
mourant,  laisse  des  enfants,  le  bien  ne  peut  être  vendu,  tant 
que  ceux-ci  sont  mineurs.  D'autre  part,  les  successions  au- 
dessus  de  19,000  francs,  ne  sont  plus  soumises  aux  articles 
826  et  832  du  Code  civil,  afin  de  prévenir  le  morcellement; 
le  père  peut,  dans  tous  les  cas,  disposer  par  testament  de  la 
moitié  de  sa  fortune  ;  enfin,  tout  héritier  peut  retenir  le  «  bien 
de  famille  ».  même  si  la  valeur  excède  10.000  francs,  en 
payant  aux  autres  héritiers  une  soulte  dont  l'intérêt  serait 
fixé  à  3  %(i). 

Cette  proposition-type  a  été  partiellement  reproduite, 
depuis  lors,  dans  les  projets  de  lois  pi'ésentés  au  Parle- 
ment français  par  MÎM.  De  Mun,  Léveillé  et  consorts;  au 
Parlement  belge,  par  'Si.  Van  der  Bruggen  et  ses  amis. 

Mais  il  ne  suffit  pas,  —  aux  3'eux  des  partisans  du 
homestead — ,  de  consolider  la  petite  propriété  là  où  elle 
existe  encore;  on  s'efforce  également  de  la  dévelopiper 
dans  les  régions  où  elle  n'existe  plus. 

En  Angleterre,  la  loi  du  27  juin  1892  autorise  les 
Comtés  à  acquérir  des  terrains,  pour  les  revendre,  avec 
des  grandes  facilités  de  paiement,  aux  personnes  qui 
désirent  les  acheter  et    les   cultiver  elles-mêmes    (2). 

(1)  Revue  d'Economie  politique,  1894,  p.  7(12. 

(2)  ...the  council  may  ...acquire  any  suitable  land  for  the  purpose  of 
providing  small  holdings  for  persans  u'ho  désire  io  buy  and  ivill  tkemselves 
eultivate  the  holdings  <• . 


LA  PETITE  PROPRIETE  RURALE  49 

Seulement,  le  droit  de  propriété  de  ces  personnes  reste 
soumis  à  de  multiples  restrictions,  servitudes  et  clauses 
résolutoires,  procédant  du  désir  de  créer  une  classe  de 
paysans-propriétaires  (i). 

En  Prusse,  les  lois  du  27  juin  i8go,  du  7  juillet  1891 
et  du  8  juin  1896,  autorisent  le  gouvernement,  ou  des 
particuliers,  à  diviser  leurs  domaines  en  petites  exploi- 
tations paysannes,  soumises  à  VAnerheiirecht  et  grevées 
de  rentes  perpétuelles  non  rachetables  {Rentenguter)  (2). 

De  même,  en  Autriche,  le  Parlement  a  été  saisi, 
Tannée  dernière,  d'un  projet  de  loi  sur  la  création  de 
Rcntengiiter ,  élaboré  par  l'ancien  Ministre  de  l'agricul- 
ture, M.  de  Falkenheyn  (3). 

Bref,  il  n'est  pas  un  Parlement  en  Europe,  où  la 
question  de  la  petite  propriété  ne  soit  à  Tordre  du  jour. 
Partout  on  manifeste  pour  les  pa3-sans  une  sollicitude 
à  laquelle  les  progrès  du  socialisme  ne  sont  évidemment 
pas  étrangers. 

En  Belgique  même,  où,  pendant  si  longtemps,  on 
n'a  rien  fait  pour  les  petites  gens  des  campagnes,  le 
gouvernement,  depuis  quelques  années,  a  présenté  ou 
pris  sous  son  patronage  une  série  de  lois  et  de  projets 
de  loi  a3'ant  pour  but  de  maintenir,  développer,  ou 
reconstituer  la  petite  propriété  rurale. 

Nous  allons  exposer  brièvement  ces  diverses  mesures, 
que  Ton  peut  classer  sous   trois   rubriques  :   mesures 


(1)  Small Holdings  Act.  1893(55  et  56,  Vict.  c.  31).  Voy.  Maurice 
Valthœr,  Le  Gouvernement  local  de  l'Angleterre,  Paris,  Rousseau.  18Q5. 

(2)  Brenïano,  Agrarian  Reform  in  Prussia.  (The  Economie  journal. 
May.,  June,  1897). 

(3)  Blondkl,  Etudes  sur  les  pupidat ions  rurales  de  V Allemagne.  Paris, 
Larose,  1897. 


ÛO        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

fiscales;  organisation  du  crédit  foncier;  modifications 
au  régime  successoral  des  petits  héritages. 

§  I.   Les  Mesures  fiscales 

Notre  étude,  —  consacrée  exclusivement  aux  mesures 
spéciales  en  faveur  de  la  petite  propriété,  —  ne  comporte 
pas  l'examen  des  réformes,  d'ordre  plus  général,  tendant 
à  établir  l'équilibre  des  charges  de  l'agriculture  et  des 
autres  branches  de  la  production,  à  réduire  les  droits 
exorbitants  qui  entravent^  les  mutations  immobilières, 
à  faire  disparaître  les  inégalités  de  répartition  de  l'impôt 
foncier,  et  à  séparer  les  deux  branches  de  celui-ci, 
confondues  aujourd'hui  sous  la  même  rubrique  :  l'impôt 
sur  le  sol,  qui  tend  à  frapper  le  propriétaire,  et  l'impôt 
sur  les  maisons,  qui  tend  à  atteindre  le  locataire. 

Bornons-nous  à  rappeler  que  le  gouvernement  s'est 
engagé,  vis-à-vis  des  agrariens,  à  réduire,  dans  une 
certaine  mesure,  l'impôt  foncier,  sitôt  après  l'achève- 
ment de  la  péréquation  cadastrale  (i). 

En  attendant,  la  Chambre  a  été  saisie,  par  l'initiative 
parlementaire,  d'une  proposition  de  loi  qui  réduit  la 
contribution  foncière  grevant  les  terres  arables,  à 
l'exclusion  des  forêts,  bruyères,  prairies  et  pâtures  (2). 

Le  rapport  de  la  section  centrale,  favorable  à  cette 
proposition,  estime  qu'il  n'y  a  pas  lieu  d'attendre  le 
parachèvement  de  la  péréquation  cadastrale,    et  qu"il 

(1)  Jusqu'à  présent  aucune  suite  n'a  été  donnée  à  ces  engagements 
et  la  péréquation  cadastrale  ne  sera  terminée  qu'après  les  élections 
de  igoi. 

(2)  Proposition  de  loi  réduisant  la  contribution  foncière  des  terres 
arables,  présentée  par  .M.  Hoyois.  le  1 1  février,  n°  qq.  —  Rapport  de 
M.  Vanderlinden,  le  11  juillet  i8q3,  n°  270. 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  5l 

importe  de  prendre  des  iTiesures  immédiates  et  provi- 
soires : 

Une  réduction  uniforme  dùt-elle.  dans  certains  cas  et 
pour  certaines  propriétés,  apporter  des  allégements  de 
charges,  dont  la  nécessité  semblerait  moins  démontrée,  il 
est  certain  qu'elle  s'impose  pour  l'ensemble  des  terres  ara- 
bles. Si  l'on  tient  compte  de  ce  que  la  propriété  rurale  est. 
pour  la  très  grande  partie,  entre  les  mains  de  la  petite  cul- 
ture, il  faut  dire  qae  ce  sera  la  masse  de  la  population 
agricole  qui  sera  appelée  à  en  tirer  profit  et  qu'aucune 
mesure  ne  peut  être  plus  directement  utile  à  l'agricultvu-e. 

On  met  donc  en  avant  l'intérêt  des  petits  proprié- 
taires, mais  on  applique  la  mesure  à  tous  les  propriétaires 
indistinctement  ;  on  accorde  un  avantage  apparent,  ou 
tout  au  moins  temporaire,  au  fermier,  et  l'on  augmente, 
en  réalité,  la  part  de  la  rente  foncière;  on  dégrève,  à  la 
fois  et  dans  les  mêmes  proportions,  les  terres  surtaxées, 
et  celles  qui  échappent,  en  attendant  la  péréquation 
cadastrale,  aux  charges  qui  devraient  leur  incomber. 

Il  ne  s'agit  donc  pas,  en  réalité,  d'une  mesure  en 
faveur  de  la  petite  propriété,  mais  d'un  véritable  cadeau 
à  offrir  aux  propriétaires  fonciers,  en  général. 

Aussi  ne  croyons-nous  pas  devoir  insister  sur  une 
proposition  qui  ne  rentre  qu'en  apparence  dans  le  cadre 
de  ce  travail,  et  que,  d'ailleurs,  le  gouvernement  ne 
manquerait  pas  de  faire  rejeter  comme  incomplète  et 
prématurée,  si,  par  hasard,  elle  arrivait  en  ordre  utile. 

C'est  dans  une  autre  voie  qu'il  convient,  à  notre  avis, 
de  poursuivre  la  réduction  des  charges  de  l'agriculture. 

La  Belgique,  en  effet,  jouit  du  privilège,  fort  peu 
enviable,    d'être   l'un  des  pays  d'Europe  où   les  droits 


52         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

qui  frappent  la  transmission  des  immeubles  sont  les 
plus  élevés. 

Actuellement,  on  paie,  en  France,  sur  les  mutations 
immobilières,  6,87  «/o;  en  Belgique,  6,75  0/0;  en 
Hollande,  avant  la  loi  du  22  septembre  1892,  6,55  0/0, 
aujourd'hui  2,1 5  "/o  seulement  ;  dans  le  Grand-Duché 
de  Luxembourg,  5,85  °jo,  avant  la  loi  du  22  mai,  qui 
réduisit  les  droits  à  3,25  «/o;  en  Italie,  4,80  °/o. 

Si  nous  passons  maintenant  en  Angleterre  et  en  Alle- 
magne, nous  constatons  que,  dans  ces  deux  pays,  les 
droits  de  mutation  correspondent  simplement  à  une 
redevance  que  l'on  paie  à  l'Etat  pour  les  services  qu'il 
rend  aux  contractants  en  les  garantissant  contre  toute 
éviction  et  en  donnant  date  certaine  aux  actes  de  vente. 
En  Prusse,  la  loi  du  7  mars  1822  fixe  à  i  0/0  le  Stempel- 
pflicht,  et,  en  Angleterre,  VActàe  1870  établit  seulement 
un  droit  de  1/2  "/o  sur  les  transmissions  immobilières. 

En  définitive,  donc,  nous  sommes  tout  en  haut  de 
l'échelle,  à  peine  un  échelon  plus  bas  que  la  France; 
en  comptant  les  frais  de  timbre  et  les  honoraires  des 
notaires,  les  droits  à  payer  par  les  contractants  attei- 
gnent 8  à  10  0/0  au  moins  du  prix  de  vente. 

Ces  droits  exorbitants,  «  superfiscaux  »  ■ —  comme  dit 
A.  Wagner,  —  ont  été  condamnés  par  des  économistes 
de  toutes  les  écoles.  Il  constituent  un  obstacle  perma- 
nent àla  circulation  des  immeubles,  aupassagedes  terres 
entre  les  mains  de  ceux  qui  sont  le  mieux  à  même  de  les 
culti  ver;  ils  frappent  la  petite  propriétéplus  que  la  grande, 
parce  que  les  immeubles  de  peu  d'importance  subissent 
des  mutations  plus  fréquentes  que  les  grands  domaines  ; 
qu'en  outre  les  honoraireset  les  droits  fixes  pèsent,  d'au- 
tant jjIus  lourdement,  que  le  prix  de  vente  est  plus  faible. 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  53 

Aussi,  dès  leur  entrée  au  Parlement,  les  membres  de 
la  fraction  socialiste  prirent  l'initiative  d'un  projet 
d'impôt  généra]  sur  le  revenu,  qui  devait  être  substitué 
à  divers  impôts  et,  notamment,  aux  droits  de  mutation 
et  aux  droits  de  transcription  et  d'hypothèque,  réduits 
de  cinquante  pour  cent  (  i  ). 

Trois  jours  après,  le  1 8  janvier  i8g5.  le  Gouveine- 
ment  déposait,  à  son  tour,  un  projet  réduisant  aussi  de 
moitié  ces  droits  de  mutation  et  de  transcription,  mais 
seulement  pour  les  petites  propriétés  rurales,  «  pour  les 
ventes  d'immeubles  ruraux  dont  le  revenu  cadastral 
n'excède  pas  200  francs  fce  qui  correspond,  approxima- 
tivement, à  une  valeur  vénale  de  7,000  francs)  (2). 

Encore  faut-il,  pour  que  la  réduction  soit  accordée, 
que  l'acquéreur  ne  possède  pas  d'autres  immeubles, 
dont  le  revenu  cadastral  forme, avec  celui  de  l'immeuble 
acquis,  un  total  supérieur  à  200  francs;  en  outre,  pour 
que  cette  réduction  soit  maintenue,  il  faut  que,  dans  le 
délai  de  18  mois,  à  compter  de  l'acte  de  vente,  les 
acquéreurs  exploitent  en  faire-valoir  direct,  l'immeuble 
objet  du  contrat. 

Nous  nous  trouvons  donc  cette  fois  en  présence  d'un 
privilège  accordé  à  la  petite  propriété  rurale. 

L'exposé  des  motifs  définit,  en  ces  termes,  l'idée  fon- 
damentale du  projet  de  loi  :  «  faciliter  la  constitution 
entre  les  mains  du  cultivateur  et  de  l'ouvrier  agricole 
d'un  petit  patrimoine,  modeste,  mais  suffisant  pour 
former  le  fonds  d'une  petite  exploitation  ». 

D'après  des  supputations  approximatives,  le  sacrifice 

(1)  Session  1894-95,  n°  57. 
(2j  Session  1804-95,  n°6o. 


54         ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

de  recettes,  auquel  le  gouvernement  se  résoud  dans  ce 
but,  pourra  s'élever  à  5oo,ooo  francs  par  an. 

Ce  projet  a  été  voté  unanimement,  en  mai  1897  ;  mais, 
tout  en  lui  accordant  leur  vote,  les  membres  de  la  fraction 
socialiste  se  sont  attachés  à  démontrer  que  ce  pourboire 
d'un  demi  million  apporterait  sans  doute  un  léger  sou- 
lagement aux  petits  cultivateurs,  accablés  de  charges 
de  toutes  espèces,  mais  qu'il  serait  sans  action  réelle  sur 
les  causes  dissolvantes  de  la  propriété  paysanne. 

A  plus  forte  raison  en  serait-il  de  même  d'une  déduc- 
tion de  l'impôt  foncier. 

En  effet,  «  d'après  le  seul  document  qui  nous  donne 
une  idée  nette  de  la  répartition  de  l'impôt  et  du  revenu 
foncier  en  Belgique,  les  contribuables  qui  payaient  en 
1864  moins  de  3o  fr.  d'impôt  et  dont  le  revenu  cadastral 
était  au-dessous  de  265  fr.  représentaient  g53,ooo  coti- 
sations sur  1,083,179,  c'est-à-dire  88  0/0,  près  des  g/io 
du  nombre  total  des  contribuables.  Il  y  avait  189,987 
contribuables,  pa3'ant  moins  de  i  fr.  et  jouissant  d'un 
revenu  de  moins  de  9  fr. 

En  admettant  donc,  que  l'impôt  foncier  soit  réduit 
d'un  tiers,  la  grande  masse  des  cultivateurs  n'y  gagne- 
rait pas  10  fr.  par  an  et  prés  de  200,000  d'entre  eux 
seraient  dégrevés  de  quelques  centimes  seulement. 

Ce  ne  sont  évidemment  pas  des  remèdes  aussi  homœo- 
pathiques  qui  peuvent  exercer  une  influence  quelconque 
sur  les  conditions  d'existence  de  la  petite  propriété 
rurale. 

§  2.  —  Le  Crédit  foncier. 

Rien  n'a  été  fait,  jusqu'à  présent,  en  Belgitiuc,  poui 
faciliter,  par  une  organisation  sociale  du  crédit,  l'accès- 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  55 

sion  des  cultivateurs  à  la  propriété,  ou  le  dégrèvement 
des  charges  hypothécaires  qui  pèsent  sur  les  biens 
ruraux. 

Une  loi  du  i5  avril  1884  autorise,  il  est  vrai,  la  Caisse 
d'épargne  à  employer  une  partie  de  ses  fonds  disponi- 
bles en  prêts  aux  agriculteurs  par  l'intermédiaire  d'une 
institution  capitaliste  :  les  comptoirs  agricoles  :  une 
autie  loi,  du  21  juin  1894,  a  élargi  le  cadre  des  opéra- 
tions en  donnant  à  la  Caisse  d'épargne  la  faculté  de 
faire,  directement,  des  avances  de  capitaux  aux  sociétés 
coopératives  de  crédit  agricole,  qui,  depuis  lors,  ont 
pris  une  assez  grande  extension  (  i  )  ;  mais  ces  avances 
ne  sont  accordées  que  si  les  fonds  empruntés  sont  desti- 
nés au  développement  ou  à  l'amélioration  de  l'exploita- 
tion agricole  :  ils  doivent  être  appliqués,  soit  à  l'achat 
de  bestiaux,  de  machines,  d'engrais  ou  de  semences, 
soit  à  des  travaux  de  drainage  ou  de  défrichement. 

Quant  au  Crédit  foncier  proprement  dit,  destiné  à 
faciliter  l'acquisition  ou  le  dégrèvement  des  propriétés 
rurales,  toutes  les  tentatives  d'organisation,  qui  ont  été 
faites  depuis  un  demi-siècle,  ont  complètement   avorté. 

Vers  i85o,  sous  l'influence  de  Ciezkowski  et  de 
Wolowski,  directement  inspirés  par  les  institutions  de 
ce  genre  qui  existaient  en  Prusse  et  en  Pologne  depuis 
la  fin  du  xviii^  siècle,  im  grand  nombre  de  projets  virent 
le  jour  en  France  et  en  Belgique. 


(1)  V.  Compte-rendu  des  opérations  de  la  Caisse  d'épargne  et  de 
retraite.  Année  1896.  p.  8. 

Solde  des  prêts,  par  l'intermédiaire  des  Comptoirs  agricoles,  au 
31  décembre  i8g6  :  fr.  2,907,341.  —  D'autre  part,  à  la  même  date, 
le  nom.bre  des  sociétés  coopératives  de  crédit  agricole  s'élevait  à  77. 
Depuis,  leur  nombre  a  considérablement  augmenté.  ^^  infra.  III,  La 
Coopération  rurale. 


56        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Le  8  mai  i85o,  Frère-Orban,  au  nom  du  Gouverne- 
ment belge,  déposa  un  projet  d'organisation  du  Crédit 
foncier,  combinant  l'administration  par  l'État  avec  une 
véritable  association  entre  les  propriétaires  emprunteurs. 

Les  prêts  devaient  être  faits  au  taux  de  4  °/o,  plus  i  "/o 
pour  l'amortissement,  avec  une  garantie  h^'pothécaire 
vérifiée  par  l'administration  : 

Le  gouvernement  voulait  prouver  que  le  système  qui,  en 
Prusse  et  en  Pologne,  originairement  n'avait  été  appliqué 
qu'à  la  grande  propriété,  aux  biens  nobles,  —  équestres 
comme  dit  Roscher,  —  était  extensible  à  b  petite  propriété, 
au  moins  dans  certaines  limites.  Le  projet  s'arrêtait  à  la 
limite  d'une  valeur  foncière  de  1,000  francs,  considérée 
comme  permettant  d'assurer  encore  le  recouvrement  des 
annuités  ;  mais  les  petits  propriétaires  pouvaient  s'associer 
pour  donner  hypothèque  (i). 

Ce  projet  provoqua  une  très  vive  opposition  dans  les 
rangs  du  parti  catholique.  On  prétendit  qu'il  poi'tait 
l'empreinte  du  socialisme,  qu'il  consacrait  un  envahis- 
sement du  pouvoir  central.  Adopté,  néanmoins,  par  la 
Chambre  en  i85i,  il  finit  par  succomber,  devant  le 
Sénat  et,  le  20  décembre  1854,  un  arrêté  ro\'al  en 
décréta  le  retrait  pur  et  simple. 

Après  cet  échec,  et  jusqu'en  1896,  la  question  du 
Crédit  foncier  continue  à  préoccuper  les  théoriciens, 
donne  lieu  à  des  travaux  forts  intéressants  [projets  de 
MM.  Haeck  (1857),  't  Serclaes  de  \\'ommersom  (1888), 


(  1  )  Développement  de  la  proposition  de  loi  déposée  par  .M .  H .  Denis, 
le  -2^  février  iHcjy,  relative  à  l'orf^anisation  du  Crédit  foncier  rural 
mutuel.  Session  1896-^7  n"  100,  p.  2.  —  Le  même  document  contient 
un  exposé  historique  fort  intéressant  de  la  question  en  Belsique. 


LA   PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  5y 

Van  Overloop  (1894)],  mais  elle  ne  pénètre  plus  dans 
le  cercle  de  l'activité  parlementaire. 

C'est seulementl'annéedernière  (i8g6)  que, reprenant 
sous  une  forme  d'ailleurs  très  imparfaite,  l'initiative  que 
ses  amis  politiques  avaient  fait  échouer,  en  1854,  M.  de 
Smet  de  Naeyer,  ministre  des  finances,  déposa,  le 
ig  novembre  1896,  un  projet  de  loi  relatif  au  Crédit 
foncier  agricole  : 

Le  Gouvernement  estime,  dit  l'exposé  des  motifs,  que  la 
Caisse  d'épargne  ferait  chose  éminemment  utile  si  elle  réa- 
lisait, grâce  à  l'intervention  de  ses  comptoirs  agricoles,  des 
opérations  de  crédit  foncier  proprement  dit,  en  les  réglant 
de  manière  à  faciliter  le  développement  progressif  de  la 
propriété  rurale. 

Les  prêts  hypothécaires  consentis  par  les  particuliers 
sont  généralement  remboursables  en  une  fois  :  le  préteur  ne 
désire  pas  recevoir  le  remboursement  par  annuités,  ce 
système  entraînant  pour  lui,  à  chaque  échéance,  le  souci 
du  remploi  d'une  fraction  de  son  capital. 

L'emprunteur,  de  son  côté,  n'étant  pas  préoccupé  d'une 
prochaine  échéance,  néglige  de  reconstituer,  par  des  place- 
ments successifs,  le  capital  emprunté,  ou  affecte  à  d'autres 
usages  les  sommes  économisées  par  lui  en  vue  du  rembour- 
sement de  s:î.  dette. 

Il  en  résulte,  qu'à  l'expiration  du  terme,  le  débiteur  n'est 
pas  en  mesure  de  rembourser  le  prêt  et  que  celui-ci,  succes- 
sivement renouvelé,  finit  par  se  transformer  en  une  dette 
perpétuelle.  C'est  là  un  mal  qui  place  pour  toujours  le  culti- 
vateur dans  une  situation  précaire;  si,  pour  acquérir  de 
nouveaux  biens  destinés  à  étendre  son  exploitation,  pour 
sortir  d'un  état  de  gène  momentanée,  ou  pour  reprendre 
l'exploitation  familiale,  il  a  dû  contracter  un  emprunt  hypo- 
thécaire, il  se  trouve,  en  fait,  dessaisi  à  jamais  du  plus 
puissant  élément  de  crédit  dont  il  dispose. 


58        ESSAIS  SUR  LA   QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

C'est  à  ce  mal  que  le  Gouvernement,  avec  le  concours 
de  la  Caisse  d'épargne,  voudrait  porter  remède. 

A  cet  effet,  il  serait  hautement  désirable,  continue  l'exposé 
des  motifs,  de  voir  la  Caisse  d'épargne  organiser  résolu- 
ment le  service  du  crédit  foncier  agricole,  mais  exclusivement 
sous  la  forme  de  prêts  remboursables  par  annuités  :  telle  est  la 
raison  d'être  de  l'article  i"  du  projet  de  loi,  qui  stipule  que 
«  les  pi'êts  hypothécaires  consentis  par  la  Caisse  générale 
d'épargne  et  de  retraite,  à  l'intervention  des  comptoirs 
agricoles,  devront  être  remboursables  par  annuités  dans  un 
délai  maximum  de  3o  ans  ». 

Le  second,  et  dernier  article  du  projet,  a  pour  objet, 
d'écarter  l'obstacle  que  notre  législation  fiscale  apporterait 
en  fait  à  la  réalisation  du  second  but  poursuivi  par  le  Gou- 
vernement :  la  substitution  avec  le  concours  de  la  Caisse 
d'épargne,  de  dettes  remboursables  par  annuités  aux  dettes 
rembovirsables  en  une  fois,  qui  grèvent  actuellement  la 
propriété  foncière  jurale. 

Le  contrat  tout  indiqué  à  cette  fin  est,  en  effet,  le  paie- 
ment avec  subrogation,  prévu  par  les  articles  1249  et  sui- 
vants du  code  civil  :  la  Caisse  d'épargne  paie  le  créancier 
hvpothécaire,  et  est  subi  ogée  à  ses  droits  contre  le  débiteur  ; 
mais,  dans  l'état  de  la  législation  sur  la  matière,  pai'eil 
contrat  donnerait  ouverture,  soit  au  droit  de  1.48  %,  établi 
pour  les  cessions  de  créances,  soit,  parfois,  au  droit  de 
même  impôt  pour  les  obligations  de  sommes,  et,  c'c  plus, 
à  un  droit  de  quittance  de  0.65  °/o.  Il  n'est  pas  un  seul 
instant  douteux  que  nos  agriculteurs  hésiteraient  souvent  à 
faire  une  opération  (]ui  se  manifesterait,  à  son  début,  avec 
un  caractère  aussi  onéreux;  de  là,  la  disposition  du  projet 
de  loi  qui  exonère  de  tout  droit  proportionnel  les  contrats  dont  il 
s'agit. 

Il  n'échappera  pas,  dit  en  terminant  l'exposé  des  motifs, 
que  les  développements  de  l'institution  des  comptoirs  agri- 
coles, et  de  leur  action  dans  le  sens  exposé  plus  haut,  est 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  5g 

appelé  à  aider  puissamment  à  la  diffusion  de  la  petite  pro- 
priété rurale.  Le  présent  projet  de  loi  rentre  ainsi  dans  les 
vues  dont  s'est  inspiré  celui  que  le  Gouvernement  a  déposé 
le  iS  janvier  i8g5  (Réduction  des  droits  d'enregistrement 
et  de  transcription  pour  les  acquisitions  de  petites  propriétés 
rurales  i. 

Renvoyé  devant  les  sections  de  la  Chambre  le  projet 
de  M.  de  Smet  n'y  a  reçu  qu'un  accueil  très  réservé. 

On  a  fait  remarquer,  tout  d'abord,  que  la  réduction 
des  droits  d'h3'pothèque,  au  profit  d'une  seule  classe 
de  prêts,  est  une  mesure  boiteuse,  une  réforme  impar- 
faite, qui  heurte  la  justice  distributive  et  le  principe 
constitutionnel  de  l'égalité  devant  l'impôt. 

De  plus,  si  le  mécanisme  légal  que  l'on  propose 
d'introduire,  devait  effectuer  un  grand  nombre  d'opé- 
rations, les  administrateurs  de  la  Caisse  d'épargne  mani- 
festent la  crainte  de  voir  immobiliser,  dans  une  trop 
large  mesure,  des  capitaux  qu'ils  ont  l'obligation  de 
rembourser  à  la  première  demande. 

D'autres  ont  rappelé  ce  que  disait,  au  congrès  de 
l'agriculture  (i),  le  regretté  Mahillon,  directeur  général 
de  la  Caisse  d'épargne  : 

((  A  l'époque  actuelle,  je  me  demande  si,  en  général, 
on  rend  service  aux  cultivateurs,  en  les  poussant  par 
l'avance  de  capitaux,  même  à  bon  marché,  à  acheter 
des  terres.  » 

Trop  souvent,  en  effet,  les  campagnards  ont  ((  les 
yeux  plus  grands  que  le  ventre  d  ;  poussés  par  le 
démon  de  la  propriété  personnelle,  ils  se  disputent 
avec  acharnement  les  lopins  de  terre  qu'ils  convoitent, 

(ij  Session  1893-1894.  p.  168. 


6o        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

contractent,  pour  les  payer,  des  engagements  qu'il 
leur  est  à  peu  près  impossible  de  tenir  et  finissent  par 
se  trouver,  vis-à-vis  de  leurs  créanciers,  dans  une 
situation  plus  onéreuse  que  les  fermiers  vis-à-vis  de 
leurs  propriétaires. 

Il  est  vrai  que  la  crise  les  a  rendus  prudents  et  que, 
d'autre  part,  le  projet  de  Smet  de  Nayer  paraît  surtout 
avoir  en  vue  de  faciliter  le  paiement  de  dettes  ancien- 
nes, en  subrogeant  la  Caisse  d'épargne  aux  créanciers 
hypothécaires,  mais  à  quelles  conditions? 

Les  prêts  ne  pourront  être  faits  que  par  l'intermé- 
diaire des  Comptoirs  agricoles,  moyennant  une  commis 
sion  à  toucher  par  ceux-ci,  et  ils  devront  être  remboursés, 
par  annuités,  dans  le  laps  de  trente  ans. 

Or,  par  arrêté  du  conseil  général  de  la  Caisse  d'épar- 
gne, —  20  juin  i8g5,  —  «  le  taux  de  l'intérêt  des  prêts 
agricoles,  conclus  à  l'intervention  des  Comptoirs  agri- 
coles, est  fixé,  }•  compris  le  tantième  alloué  aux 
comptoirs,  à  3  fr.  75  °/o,  pour  les  prêts  supérieurs  à 
10.000  francs,  et  à  3  fr.  5o  °jo  pour  les  prêts  ne  dépas- 
sant pas  ce  montant.  » 

En  y  ajoutant  l'amortissement,  l'annuité  à  payer  par 
l'emprunteur,  que  nous  avons  calculée  d'après  les  tables 
de  Pereire,  s'élèvera  à  5  fr.  61  «/o,  au- taux  d'inliMêt  de 
3  fr.  75;  à  5  fr,  44  "/o,  au  taux  de  3  fr.  5o. 

Les  cultivateurs  obérés  auront  donc  le  choix  entre 
ces  deux  alternatives  :  payer  indéfiniment  à  leurs  créan- 
ciers un  intérêt  hypothécaire,  que  M.  Beernaert,  en  i8go, 
fixait,  en  moj'enne,  de  4  1/4  à  4  1/2  °/o,  ou  bien,  payer 
pendant  trente  ans  à  la  Caisse  d'épargne  une  annuité  de 
5  fr.  44  0/0. 

Il  faut  bien  mal  connaîtie  leur  psychologie,  et  vou- 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  6l 

loir  ignorer  la  pénible  situation  dans  laquelle  ils  se 
débattent,  pour  expiimer  l'espoir  que  les  paysans,  en 
grand  nombre,  se  décideront  à  augmenter  leurs  charges, 
pendant  trente  ans,  en  échange  de  la  perspective  d'être 
libérés  dans  la  suite. 

Pour  que  le  Crédit  foncier  produise  des  résultats, 
dont  il  convient  d'ailleurs  de  ne  pas  exagérer  l'impor- 
tance, il  faudrait  que  les  annuités  à  payer  soient  infé- 
rieures au  montant  des  intérêts  touchés  actuellement 
par  les  créanciers  hypothécaires. 

C'est  dans  l'espoir  d'arriver  à  ce  résultat,  de  «  cher- 
cher la  solution  qui  impose  aux  individus,  unis  par  la 
solidarité,  le  minimum  de  risques  et  les  charges  éven- 
tuelles les  moins  onéreuses,  »  que,  le  25  février  1897, 
Denis  a  opposé,  au  projet  de  Smet,  sa  proposition  de 
loi  relative  à  l'organisation  du  Crédit  foncier  rural 
mutuel. 

Au  lieu  de  faire  directement  des  prêts  aux  cultiva- 
teurs par  l'entremise  des  Comptoirs  agricoles,  la  Caisse 
d'épargne  se  bornerait  à  consacrer  une  partie  de  ses 
fonds  à  l'acquisition  de  lettres  de  gage,  émises  en  repré- 
sentation de  prêts  fonciers  ruraux. 

L'organisation,  proprement  dite,  du  Crédit  foncier 
rural  comprendrait  deux  ordres  d'organes  distincts  : 

a)  Les  mutualités  foncières  locales. 

b)  Les  caisses  provinciales  de  Crédit  foncier. 

Les  mutualités  locales  traiteraient  les  opérations  de 
prêts  avec  leurs  membres,  de  cession  avec  subrogation 
des  créances  dues  par  leurs  membres,  et  de  négociation 
des  lettres  de  gage. 

Les  caisses  provinciales  feraient  l'émission  des  lettres 


62         ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

de  gage  ;  elles  les  délivreraient  aux  mutualités  locales  et 
en  assureraient  périodiquement  le  remboursement  aux 
porteurs  par  voie  de  tirage. 

Nous  renvoyons,  pour  le  détail  de  cette  ingénieuse 
conception,  au  texte  même  et  aux  développements  de 
la  proposition  Denis. 

Etant  donné  le  point  de  vue  qui  nous  occupe  en  ce 
moment,  il  suivra  de  constater  que  cette  proposition 
n'accorde  aucun  privilège  à  la  petite  propriété,  qu'elle 
n'a  d'autre  but  que  d'assurer  à  tous  les  cultivateurs  du 
crédit  aux  conditions  les  moins  onéreuses  possibles  et 
que  son  auteur  lui-même  est  d'avis  «  que  la  meilleure 
organisation  du  Crédit  foncier  ne  pourra  aujourd'hui, 
que  dans  des  limites  étroites,  sans  doute,  permettre  de 
faire  passer  la  terre  aux  mains  de  ceux  qui  y  applique- 
raient la  plus  grande  énergie  productive  ».  (i) 

§  3.  —  Les  Lois  successorales 

Après  l'examen  des  mesures  que  l'on  propose,  pour 
faciliter  l'accession  des  cultivateurs  à  la  propriété,  l'ordre 
logique  nous  amène  à  parler  de  celles  a3^ant  pour  but  de 
consolider  ces  acquisitions,  de  stabiliser  les  biens  de 
famille,  et,  notamment,  de  soustraire  les  petits  héri- 
tages à  la  vente  forcée  en  cas  de  décès. 

La  seule  proposition  qui  ait  été  faite,  dans  cet  ordre 
d'idées,  émane  de  l'initiative  parlementaire  :  c'est  le 
projet  de  loi  déposé  par  AL  Van  der  Bruggen,  député 
de  Thielt,  le  i8  mars  i8gi,    (!  apportant  des  modifica- 


(i)  Jusqu'à    présent  aucune  des  propositions  relatives  au  Crédit 
foncier  n'a  été  discutée  au  Parlemeiu  belge. 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  63 

tions  au  régime  successoral  des  petits  héritages  »  (i). 

On  sait  qu'aux  termes  des  articles  8x5  et  suivants  du 
Code  civil,  nul  ne  peut  être  contraint  à  demeurer  dans 
l'indivision;  chacun  peut  demander  sa  part,  en  nature, 
des  meubles  et  immeubles  de  la  succession  ;  s'il  y  a  des 
mineurs,  ou  si  les  immeubles  ne  peuvent  pas  se  parta- 
ger commodément,  il  doit  être  procédé  à  la  vente  par 
licitation  devant  le  tribunal. 

D'autre  part,  aux  termes  de  l'article  gi3  du  Code 
civil,  les  libéralités,  soit  entre  vifs,  soit  par  testament, 
ne  peuvent  excéder  la  moitié  des  biens  du  disposant, 
s'il  ne  laisse  à  son  décès  qu'un  enfant  légitime;  le  tiers, 
s'il  laisse  deux  enfants;  le  quart,  s'il  en  laisse  trois  ou 
un  plus  grand  nombre. 

Enfin,  l'article  1094  du  Code  civil  restreint  dans  des 
limites  assez  strictes  le  droit  pour  l'époux  de  disposer 
de  ses  biens  par  contrat  de  mariage,  ou  pendant  le 
mariage,  en  faveur  de  l'autre  époux. 

On  est  assez  généralement  d'accord  aujourd'hui  pour 
admettre  que  ce  régime  successoral  présente  des  incon- 
vénients graves  quand  il  s'agit  de  petites  successions 
dont  l'avoir  se  réduit  à  une  maison,  ouvrière  ou  pay- 
sanne, entourée  de  son  jardin,  ou  de  quelques  parcelles 
de  terre  arable. 

En  cas  de  décès  du  chef  de  famille,  s'il  y  a  des  mi- 
neurs, si  les  héritiers  ne  parviennent  pas  à  s'entendre,  si, 
pour  un  motif  quelconque,  l'un  deux  réclame  le  partage, 
la  propriété  se  dissout,  l'exploitation  rurale  se  morcelle, 
le  bien  de  famille  Dasse  en  des  mains  étrangères. 


(1)  N°  120  (Session  de  1890-gi).  —  Rapport  de  la  section  centrale, 
no  128.  —  Reprise  du  projet,  le  31  janvier  1893;  n°  75.  (Sess.  de 
1892-93). 


64        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Il  n'est  pas  contestable.  —  dit  M.  de  Corzwarem,  dans 
le  rapport  de  la  Section  centrale  sur  la  proposition  \''an  der 
Bruggen,  —  que  la  disparition  graduelle  de  la  petite  pro- 
priété urbaine  et  rurale  doit  être  attribuée,  pour  une  grande 
partie,  disons  plus,  pour  la  plus  grande  partie,  à  l'action 
de  notre  régime  successoral.  C'est  là  un  fait  d'observation 
quotidienne  :  une  maison  appartenait  jadis  à  un  ouvrier; 
elle  est  aujourd'hui  passée  en  d'autres  mains;  cherchez  la 
cause  du  changement,  et,  dans  la  plupart  des  cas,  vous 
trouverez  une  licitation  entre  héritiers. 

Ce  qui  est  non  moins  grave  que  la  disparition  rapide  de 
la  classe  des  ouvriers  propriétaires,  ce  sont  les  pertes  énor- 
mes que  la  vente  des  petits  immeubles,  —  actuellement  à 
peu  près  inévitable  lorsqu'il  y  a  plusieurs  héritiers.  —  cause 
annuellement  à  la  classe  ouvrière.  Ces  pertes  prennent  la 
proportion  d'un  véritable  désastre,  lorsqu'il  y  a  plusieurs 
mineurs  parmi  les  héritiers. 

M.  de  Corzwarem,  dans  le  même  rapport,  donne 
quelques  exemples  caractéristiques  de  cette  absorption 
des  petites  propriétés  par  les  frais  de  justice  : 

jo  Vente  à  Dinant,  en  mai  1890,  d'une  petite  maison, 
avec  deux  parcelles  de  terre,  d'une  contenance  totale 
d'environ  10  ares  :  prix  de  vente,  1,1000  francs;  frais 
363  fr.  53,  soit  plus  de  3o  0/0. 

2°  Vente  à  Hoogstraeten  du  16  décembre  1S90  : 
prix  de  vente,  3oo  francs,  frais  taxés  par  le  tribunal, 
134  fr.  82,  soit  45  °/o  du  prix. 

3fVente  d'une  petite  maison  à  I.oenhout:  prix  de  vente, 
200  francs,  frais  liofrancs,  soit  exactement  6oo/odu  prix. 

4"  Enfin,  en  i8go,  un  jugement  du  tribunal  de 
Dinant  ordonne  la  licitation  entre  majeurs  et  mineurs, 
d'une  petite  maison  à  Thynes.  La  maison  est  adjugée 
à  100  francs  :  les  frais  montent  à  112  francs. 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  65 

Les  détails  de  ces  états  de  frais  démontrent,  à  toute 
évidence,  qu'une  simple  réforme  fiscale  serait  impuis- 
sante à  mettre  un  terme  à  cette  déplorable  situation. 
Même  en  réduisant  au  minimum  les  droits  et  frais  à 
payer,  les  petites  successions  resteraient  encore  grevées 
de  charges  hors  de  proportion  avec  l'importance  de 
l'actif.  Aussi  la  proposition  Van  der  Bruggen  cherche  à 
remédier  à  la  situation  que  nous  venons  de  décrire  en 
rendant  les  liquidations  forcées,  non  pas  moins  oné- 
reuses, mais  moins  fréquentes. 

Lorsque  le  revenu  industriel  des  immeubles  d'une 
succession  ne  dépasse  pas  200  francs,  et  que  cette  suc- 
cession comprend  une  maison  occupée  par  le  de  cujus, 
son  conjoint,  ou  l'un  de  ses  enfants,  cette  proposition 
de  loi  —  dans  son  texte  primitif  —  comporte  une  triple 
dérogation  aux  règles  générales  du  Code  : 

1°  La  quotité  disponible,  au  profit  d'un  ou  de  plu- 
sieurs des  enfants  légitimes  ne  sera  pas  intérieure  à  la 
moitié  de  l'actif  immobilier. 

2°  Chacun  des  héritiers  en  ligne  directe,  de  même 
que  le  conjoint  survivant,  s'il  a  un  droit  de  co-propriété, 
a  la  faculté  de  reprendre  sur  estimation  la  maison,  avec 
les  terres  qui  en  dépendent. 

30  Par  dérogation  à  l'article  1094  du  Code  civil, 
l'époux  pourra,  soit  par  contrat  de  mariage,  soit  pen- 
dant le  mariage,  disposer  en  faveur  de  l'autre  époux, 
de  l'usufruit  de  tout  l'actif  immobilier. 

En  somme  donc,  on  propose  de  donner  au  père,  à 
l'époux  ou  aux  héritiers  —  quand  il  ■  s'agit  de  petits 
héritages  —  le  droit  d'empêcher  le  partage  et  la  vente 
du  bien  de  famille,  soit  en  le  léguant  à  l'un  des  enfants, 
soit  en  le  donnant  en   usufruit  au  conjoint  survivant, 


66        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

soit    en    reprenant    sur    estimation   l'actif   immobilier. 

Le  projet  Van  der  Bruggen,  favorablement  accueilli 
par  la  section  centrale  de  la  Chambre,  a  passé,  depuis 
lors,  par  de  multiples  vicissitudes.  Il  était  inscrit  en 
tète  de  l'ordre  du  jour,  quand  il  vint  à  tomber  par  suite 
de  la  dissolution  des  Chambres,  nécessitée  par  la  révi- 
sion constitutionnelle.  Son  auteur  le  reprit,  en  janvier 
i8g3,  mais  en  supprimant  les  dispositions  relatives  à  la 
quotité  disponible  et  en  stipulant  que  «  sauf  disposition 
contraire,  le  conjoint  survivant  aurait  l'usufruit  de  la 
part  de  communauté  revenant  à  la  succession  du 
prémourant  dans  la  maison,  le  mobilier  qui  la  garnit  et 
les  terres  qui  en  dépendent,  3^  compris  le  matériel  agri- 
cole et  les  animaux  attachés  à  la  culture  ».  De  plus,  un 
article  nouveau,  suggéré  par  M.  H.  Denis,  autorisait  le 
juge  de  paix,  dans  les  successions  où  il  y  a  des  mineurs, 
à  maintenir  l'indivision  des  biens  frappés  d'usufruit 
jusqu'à  la  majorité  de  ceux-ci. 

Cette  nouvelle  proposition  eut  le  sort  de  la  précé- 
dente. Elle  disparut  en  même  temps  que  le  Parlement 
censitaire  de  1894,  rnais,  a  plusieurs  reprises,  depuis 
lors,  le  ]\Iinistre  des  Finances  a  manifesté  l'intention 
de  la  reproduire  au  nom  du  gouvernement  (i  j, 

(1)  Cetteproposition.  amendée  par  M .  deSmet  de  Naeyer,  a  été  dé- 
posée à  nouveau  le  4  juillet  iHgqetest  dexenuela  lui  du  itîMai  1900 sur 
le  régime  successoral  des  petits  héritages.  Elle  déroge  aux  principes 
généraux  du  Code  civil,  lorsqu'une  succession  comprend,  pour  la  tota- 
lité, ou  pour  ime  quotité,  des  immeubles  dont  le  revenu  cadastral  ne 
dépasse  pas  300  fr.  —  Elle  consacre  le  droit  pour  le  juge  de  paix,  de 
maintenir  l'indivision  lorsqu'il  y  a  des  enfants  mineurs,  et  le  droit  pour 
chacun  des  héritiers  en  ligne  directe  et,  le  cas  échéant,  Icconjoint  sur- 
vivant s'il  est  co-propriétairc,  de  reprendre,  sur  estimation, soit  l'habi- 
tation occupée  par  le  de  cujus,  son  conjoint  ou  l'un  de  ses  descendants, 
ainsi  que  les  meubles  meublants,  soit  la  maison,  les  meubles,  les  terres 
que  l'occupant  de  la  maison  exploitait  personnellement  et  pour  son 
propre  a  mipte,  le  matériel  agricole  et  les  animaux  attachés  à  la  culture. 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  67 

Quoiqu'il  en  advienne,  du  reste,  les  auteurs  de  la 
proposition  Van  der  Bruggen  ne  doivent  pas  se  faire 
beaucoup  d'illusions  sur  l'influence  qu'elle  pourrait 
avoir,  lors  même  que  l'on  rétablirait  les  dispositions 
relative  à  la  quotité  disponible.  Certains  abus  du  par- 
tage forcé  disparaîtraient,  sans  doute,  mais  l'extension 
de  la  liberté  testamentaire,  dans  l'immense  majorité  des 
cas,  n'empêcherait  pas  le  partage  égal  des  petites  suc- 
cessions. Comme  le  dit  Rossi  :  «  L'égalité  est  dans  nos 
mœurs  ;  bien  peu  de  parents  oseraient  avantager  un  de 
leurs  enfants  au  détriment  des  autres.  Que  l'on  pense 
ce  qu'on  voudra  de  cette  disposition  des  esprits,  il  n'en 
est  pas  moins  vrai  qu'elle  existe  ». 

§  4.  —  Les  Socialistes  et  la  Propriété  familiale. 

Pour  apprécier,  dans  leur  ensemble,  les  projets  et 
les  lois  que  nous  venons  d'analyser,  il  importe,  tout 
d'abord,  de  se  rendre  un  compte  exact  de  la  pensée  qui 
les  inspire. 

Chose  étrange,  les  modifications  que  l'on  propose  au 
régime  successoral  et  propriétaire  du  Code  civil,  pour- 
suivent le  même  but  que  les  dispositions  contenues 
dans  celui-ci. 

Quand  la  Révolution  française  ordonnait  le  partage 
des  communaux,  procédait  à  la  vente  des  biens  du 
clergé  et  d'une  grande  partie  de  ceux  de  la  noblesse, 
organisait  cette  vaste  h  noce  économique  »,  dont  les 
reliefs  ont  enrichi  tant  de  familles  bourgeoises,  c'était, 
—  comme  le  dit  la  loi  du  14  avril  1792,  —  »  dans  la 
vue  de  multiplier  le  nombre  des  petits  propriétaires  ». 

Quand  le  Code  Napoléan,  donnant  sa  forme  défini- 


68  ESSAIS  SUR  LA  gUESTION  AGRAIRE  EN    BELGIQUE 

tive  à  la  pensée  du  Tiers-Etat  révolutionnaire,  procla- 
mait la  liberté  absolue  des  transmissions  entre  vifs  et 
le  partage,  égal  et  forcé,  des  transmissions  à  cause  de 
mort,  on  déclarait  aussi  que  ce  découpage  automatique 
et  cette  mobilisation  de  la  terre  devraient  nécessaire- 
ment aboutir  à  la  généralisation  de  la  petite  propriété. 

Et,  maintenant  qu'il  apparaît  à  toute  évidence  que  la 
grande  masse  des  biens  noirs  et  des  terres  communales 
a  passé  dans  les  mains  de  la  grosse  bourgeoisie,  que 
dans  beaucoup  de  régions  le  nombre  des  paysans  pro- 
priétaires diminue  au  lieu  d'augmenter,  qu'ailleurs 
l'égale  division  des  biens  aboutit,  en  dernière  analyse, 
à  la  pulvérisation  de  la  propriété  rurale,  nous  voyons 
les  gouvernements  faire  machine  en  arrière,  et,  —  tou- 
jours dans  l'intérêt  de  la  petite  propriété  —  opposer 
à  la  liberté  d'endettement,  l'insaisissabilité  des  petits 
domaines,  au  partage  égal  et  forcé,  la  transmission  inté- 
grale des  petits  héritages. 

Seulement,  il  ne  faut  pas  se  méprendre  sur  la  portée 
de  ces  propositions  :  ce  que  leurs  promoteurs  ont  en  vue, 
ce  n'est  pas  la  création  d'une  démocratie  égalitaire,  d'un 
peuple  de  petits  propriétaires,  cultivant  chacun  pour 
soi  quelques  pai  celles  du  territoire. 

En  réalité,  les  mesures  en  faveur  de  la  petite  pro- 
priété ont,  avant  tout,  pour  objet  de  protéger  la  grande. 

On  agit  à  l'égard  des  paysans  comme  ces  Romains 
de  la  décadence  qui  assignaient  des  terres  aux  Barbares, 
à  charge  de  protéger  le  surplus  contre  de  nouveaux 
assaillants;  on  essaie  d'opposer  un  certain  nombre  de 
cultivateurs  propriétaires  à  la  grande  masse  des  prolé- 
taires sans  feu  ni  lieu;  et,  en  même  temps,  on  se  flatte 
d'enrayer   l'émigration    vers   les   villes,    d'attacher  les 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  6g 

campagnards  à  la  glèbe,  en  leur  procurant  la  propriété 
d'une  maison  et  de  quelques  verges  de  terre,  de  consti- 
tuer des  ((  biens  de  famille  » ,  intégralement  transiTiis  à  l'un 
des  enfants,  et  fournissant  aux  grands  propriétaires,  en  la 
personne  des  autres,  de  la  main  d'œuvre  à  bon  marché. 

Bref,  l'idéal  que  l'on  poursuit,  c'est  le  maintien,  ou 
la  reconstitution,  à  l'ombre  des  châteaux  ou  des  grandes 
fermes,  de  la  vieille  communauté  rurale,  avec  ses  tenan- 
ciers soumis  et  fidèles,  vivant  paisiblement,  sous  la 
dépendance  et  la  protection  d'une  «  autorité  sociale  », 
soucieuse  de  ses  devoirs  autant  que  jalouse  de  ses 
droits. 

En  admettant  que  pareil  retour  en  arrière  soit  pos- 
sible, —  malgré  les  chemins  de  fer,  les  transatlantiques, 
la  concurrence  des  pays  neufs,  l'envahissement  des 
campagnes  par  le  capitalisme,  le  divorce  croissant  de 
la  propriété  et  du  travail,  —  encore  serions-nous  résolu- 
ment hostiles  à  cette  conception,  plus  ou  moins  rajeunie, 
du  bon  seigneur  et  du  lo3'al  sujet.  Stuart  Mill  en  a  fait 
justice  dans  ces  admirables  pages  sur  l'avenir  des  classes 
laborieuses,  où  il  montre  que  cet  idéal,  fondé  sur  la 
conduite  de  quelques  individus  isolés,  n'a  jamais  été 
réalisé  dans  l'histoire;  que  toujours  les  classes  privilé- 
giées et  puissantes  se  sont  servi  de  leur  pouvoir  au 
profit  de  leur  égoïsme  et  non  dans  l'intérêt  de  ceux 
qu'elles  avaient  à  charge  de  protéger. 

Aussi  repoussons  nous  formellement,  comme  des 
utopies  réactionnaires,  les  plans  de  réforme  sociale  qui 
visent  à  reconstituer,  ou  à  maintenir,  par  des  mo3'ens 
artificiels,  le  régime  patriarcal,  hiérarchique  et  autori- 
taire, dans  la  famille  et  dans  la  société. 

Néanmoins,  cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  faille  rejeter  en 


70        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

bloc,  etsansles  examiner  en  elles-mêmes, toutes  lespropo- 
sitions  qui  se  réclament  de  l'idéal  que  nous  combattons. 

En  partant  du  pi-incipe  diamétralement  opposé,  il 
arrive  fréquemment  que  l'on  tombe  d'accord  sur  cer- 
taines mesures  d'intérêt  immédiat. 

Au  congrès  de  Zurich,  par  exemple,  en  août  1897, 
socialistes  et  catholiques,  en  désaccord  absolu  sur  le 
rôle  social  de  la  femme,  — ■  ceux-ci  voulant,  ceux-là  ne 
voulant  pas,  lui  interdire  tout  travail  industriel, — étaient 
unanimes  cependant  à  réclamer  la  suppression  du  travail 
féminin  dans  les  mines  et  les  industries  insalubres. 

De  même,  si  l'on  fait  abstraction  des  considérants 
qui  les  accompagnent,  pour  s'en  tenir  à  leur  dispositif, 
la  plupart  des  lois  et  des  projets  de  loi  présentés  par  le 
gouvernement  belge  et  ses  amis  «  en  faveur  de  la  petite 
propriété  »  sont  parfaitement  acceptables  pour  tous, 
quelle  que  soit  l'opinion  que  l'on  ait  sur  les  avantages 
ou  les  inconvénients  des  biens  de  famille. 

La  loi  de  1897  sur  les  droits  de  mutation,  notamment, 
se  réduit  à  un  dégrèvement,  dont  l'insuffisance  et  Tappli- 
cation  restreinte  n'empêchent  pas  la  légitimité. 

Les  projets  de  loi  relatifs  au  Crédit  foncier  sont 
applicables  à  tout  le  monde  et  n'établissent  des  privi- 
lèges en  faveur  de  personne. 

Quantaux  propositions  VanderBruggen,  —  plusdirec- 
tement  inspirées  par  des  théories  contraires  aux  nôtres, 
—  leur  texte,  cependant,  ne  renferme  absolument  rien 
qui  soit   en    opposition   avec  les  doctrines  socialistes. 

Quel  que  soit,  en  effet,  le  point  de  vue  d'où  l'on 
parte,  tout  le  monde  estimera  qu'il  est  équitable  de 
laisser  au  conjoint  survivant  la  jouissance  du  fo3^er 
conjugal  ou  d'accorder,  soit  au  père  de  famille,  soit  à 


LA    PETITE    PROPRIETE    RURALE  71 

ses  héritiers,  Xd^  faculté  de  se  soustraire  aux  conséquences 
préjudiciables  du  partage  forcé. 

Autant  nous  serions  adversaires  de  toute  législation 
qui  imposei'ait  les  anciennes  coutumes  successorales  à 
des  populations  qui  n'en  veulent  plus,  autant  nous 
trouvons  légitime  que,  —  dans  la  mesure  où  se  iTiaintient 
la  transmission  héréditaire  des  biens,  —  on  permette  à 
chacun  d'user  de  sa  liberté  testamentaire  conformément 
à  ses  traditions  et  à  ses  préférences. 

Seulement,  il  va  sans  dire  que  pareilles  propositions 
n'ont  rienà  voir  avec  le  socialisme;  que  l'on  ne  pourrait, 
sans  créer  des  malentendus  et  des  équivoques,  les 
inscrire  dans  nos  programmes  et  en  faire  l'objet  de 
notre  propagande. 

Le  rôle  qui  nous  incombe,  au  contraire,  c'est  de 
montrer  l'inanité  de  pareilles  mesures,  la  vanité  des 
illusions  que  leurs  promoteurs  entretiennent  dans 
l'esprit  des  petits  propriétaires. 

Ce  n'est  évidemment  pas  en  accordant  quelque  dégrè- 
vement aux  cultivateurs,  en  leur  offrant  des  prêts  à 
5,44  0/0,  en  les  autorisant  à  user  d'une  liberté  testamen- 
taire dont,  la  plupart  du  temps,  ils  ne  profiteront  pas, 
que  l'on  protégera  les  biens  de  famille  contre  les  mœurs 
qui  les  dissolvent  et  les  transformations  économiques 
qui  les  menacent,  ou  qui  les  ruinent. 

On  propose,  il  est  vrai,  de  les  déclarer  intangibles, 

de  tracer  autour  d'eux  un  cercle  que  les  créanciers  et 

les  recors  ne  pourraient  franchir,  en  un  mot,  d'ajouter 

V insaisissabilité  du  domaine  à  son  indivisibilité  (i). 

(1)  V.  dans  ce  sens,  Carton  de  Wiart.  Proposition  de  loi  relative 
à  Tinsaisissabilité  de  la  petite  propriété  familiale.  Chambre  des 
Représentants  de  Belgique.  Séance  du  20  mars  iqoi.  Doc.  pari 
Session  de  igoo-igoi.  N°  130.    ' 


72  ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

Des  travaux  récents  ont  montré  ce  que  vaudrait  cette 
mesure,  qui  tuerait  le  crédit  réel  du  paysan,  substitue- 
rait à  l'hypothèque  les  engagements  personnels  plus 
onéreux,  et  immobiliserait  les  terres  aux  mains  de  ceux 
qui  se  seraient  montrés  incapables  d'en  tirer  un  parti 
fructueux  (i). 

Mais  allons  plus  loin,  et  supposons,  avec  ]\I.  du 
Maroussem,  la  transformation  accomplie,  intégrale, 
complète,  telle  que  la  rêvent  les  partisans  de  V Anerhen- 
recht  et  du  Jwmestead  : 

«  Le  majorât  paysan  passe,  d'aîné  en  aîné,  en  une 
immuabilité  parfaite.  Le  but  étant  de  créer  des  ruraux  : 
les  fils  cadets  ont  pris,  pour  la  plupart,  le  chemin  des 
centres  industriels  et,  grossissant  une  armée  déjà  trop 
nombreuse,  sont  venus  rendre  plus  aiguë  la  crise  du 
prolétariat. 

«  L'insaisissabilité  a  étendu  sur  la  réserve  sociale  des 
«  domaines  indivisibles  »  une  protection  qui  arrête  les 
calculs  de  l'usure.  Mais,  une  série  de  mauvaises  récoltes 
ou  de  malheurs  publics  est  survenue;  les  épargnes 
s'épuisent;  il  faut  emprunter,  ou  la  culture  recule.  Les 
stratagèmes  se  multipliant,  la  vente  volontaire,  encore 
permise,  leur  sert  de  base.  C'est  l'écroulement  du  sys- 
tème et  le  retour  des  dangers  » . 

Bref,  on  peut  mettre  la  petite  propriété  hors  de  la  loi 
civile  ;  on  ne  saurait  la  mettre  hors  du  monde  capitaliste. 

En  dépit  des  préoccupations  sentimentales,  des  vel- 
léités  philantropiques,    ou   des    calculs    intéressés   de 

(i)  Levassecr,  Le Homestead  en  Amérique.  Rapport  sur  le  concours 
Rossi  de  1894,  présenté  à  TAcadémie  des  sciences  morales  et  poli- 
tiques. {Revue  d'Economie  politique,  18Q4,  p.  701  et  suiv.) 

(2)  Dl  Maroussem,  Divisibilité  oh  indivisibilité  de  la  propriété  fonciire 
en  France.  (Revue  d'Economie  politique.  18X4,  pp.  880  et  suiv.) 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  73 

ceux  qui  veulent  conserver  des  ilôts  de  patriarcat  dans 
l'océan  du  monde  moderne,  et  intéresser  une  fraction 
du  prolétariat  au  maintien  de  l'ordre  établi,  l'évolution 
industrielle  poursuit  sa  marche  inflexible,  substitue  la 
production  rationnelle,  le  travail  collectif,  la  culture 
intensive,  aux  formes  surannées  de  l'ancienne  agricul- 
ture, —  et,  comme  nous  allons  le  montrer,  en  un  der- 
nier chapitre,  —  entraîne  irrésistiblement  vers  des  voies 
nouvelles  ceux-là  même  qui  tentent  de  s"}'  opposer. 

Fata  volenteni  dncimt,  nolentem  tralnint. 


CHAPITRE  IV 
La  révolution  agricole 

Les  phénomènes  que  présente  l'évolution  de  la  pro- 
priété rurale  en  Belgique,  semblent  donner  également 
tort  à  ceux  qui  affirment  sa  division,  de  plus  en  plus 
grande,  au  profit  des  cultivateurs  du  sol,  et  à  ceux, 
parmi  les  socialistes,  qui  se  figurent  un  peu  naïvement 
que,  dans  toutes  les  branches  de  la  production  capita- 
ste,  les  petites  exploitations  disparaissent,  ou  sont  à  la 
veille  de  disparaître,  pour  faire  place  à  un  nombre  tou- 
jours décroissant  de  grandes  exploitations. 

A  première  vue,  tout  au  moins,  —  et  pour  qui  ne 
connaît  pas  ou  ne  veut  pas  connaître  les  dessous  de  la 
propriété  paysanne,  rongée  par  les  dettes  —  la  répar- 
tition du  domaine  cultivé,  entre  les  diverses  catégories 
de  propriétaires,  paraît  se  modifier  très  lentement 
et  plutôt  dans  le  sens  d'une  diffusion  croissante  de  la 
propriété. 

Il  est  bien  vrai  que,  dans  certaines  régions,  la  pro- 
priété foncière  se  concentre;  que,  depuis  le  recense- 
ment de  18,66,  le  faire-valoir  direct  a  perdu  du  terrain; 
qu'auparavant  déjà,  le  nombre  des  cotes  foncières  allait 
en  diminuant,  relati\^ement  au  chiffre  de  la  population; 
mais,  d'autre  part,  —  à  l'encontre  de  ce  qui  se  produit 
dans  la  plupart  des  branches  de  l'industrie  proprement 
dite,  —  le  nombre  des  exploitations  agricoles  augmente,. 


LA  PETITE   PROPRIÉTÉ  RURALE  75 

les  anciens  domaines  féodaux,  à  culture  extensive,  se  mor- 
cellent, et,  dans  la  banlieue  des  grandes  agglomérations 
urbaines,  la  subdivision  incessante  des  parcelles  trans- 
forme le  domaine  arable  en  un  vaste  jardin  potager. 

Bref,  pour  le  moment,  nous  ne  voyons  rien  en  agricul- 
ture qui  ressemble  à  l'expropriation  des  petits  commer- 
çants par  les  grands  magasins,  ou  des  gens  de  métier 
par  les  grandes  fabriques.  La  Belgique,  au  contraire, 
tend  à  devenir,  de  plus  en  plus,  un  pays  de  petite  cul- 
ture, (i) 

Et  cependant  il  n'est  pas  douteux  qu'en  général,  et 
sauf  à  faire  très  large  part  aux  exceptions,  les  grandes 
exploitations  l'emportent  sur  les  petites  pour  l'abon- 
dance de  leurs  capitaux,  la  supériorité  de  leur  outillage, 
l'organisation  plus  rationnelle  du  tjavail,  l'initiative  et 
l'esprit  de  recherche  du  chef  d'entreprise  :  c'est  pourquoi 
Ouesnay  réclamait  catégoriquement  dans  sa  xv^  maxime, 
que  les  terres  employées  à  la  culture  des  grains  fussent 
réunies,  autant  que  possible,  en  grandes  fermes  exploi- 
tées par  de  riches  laboureurs. 

Comment  se  fait-il,  dès  lors,  que  jusqu'à  présent,  mal- 
gré ces  avantages  techniques  incontestables,  le  nombre 
des  grandes  fermes  ait  diminué,  tandis  que  celui  des 
petites  cultures  a  toujours  été  en  augmentant? 

'  1  )  Il  faut  noter,  cependant,  que  si  les  chiffres  des  recensements  de 
18^0  et  1895  sont  exacts,  le  nombre  des  exploitations  de  plus  de50  hec- 
tares a  augmenté  dans  l'intervalle  des  deux  recensements.  L'Annuaire 
statistique  de  la  Belgique,  pour  igoo,  dit  à  cet  égard  :  «  La  concentra- 
tion de  la  propriété  foncière,  qui  correspond  au  développement  de  la 
grande  culture  et  de  l'élevage  s'accuse  ici  d'une  façon  très  nette.  Il 
s'est  produit,  depuis  1880.  un  mouvement  en  sens  inverse  de  celui  qui 
a^•ait  été  constaté  de  1866  à  1880,  où  le  nombre  des  petites  exploita- 
tions s'était  considérablent  accru,  tandis  que  celui  des  grandes  exploi- 
lations  avait  beaucoup  diminué.  Actuellement,  c'est  la  petite  propriété 
rurale  qui  s'efface  devant  la  grande  culture  ».  (p.  XLIj 


76        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

Cette  apparente  anomalie  s'explique  par  les  motifs 
suivants  : 

I.  —  D'abord,  les  intérêts  immédiats  des  propriétai- 
res sont  fréquemment  en  opposition  avec  les  intérêts  de 
la  culture  :  dans  les  contrées  à  population  dense,  —  et 
surtout  dans  les  Flandres,  où  la  nature  du  terrain, 
sablonneux  et  léger,  n'exige  pas  de  forts  attelages,  — 
ils  ont  le  plus  grand  avantage  pécuniaire,  soit  à  vendre 
leurs  terres  en  détail,  soit  à  les  diviser  en  toutes  petites 
fermes,  ou  en  minuscules  parcelles,  données  en  loca- 
tion à  des  ouvriers  agricoles. 

Je  connais  des  villages.  —  disait  l'abbé  Daens.  à  la  Cham- 
bre des  représentants,  le  25  mai  1897,  —  ou  deux  ou  trois 
propriétaires  capitalistes  accaparent  toutes  les  terres  mises 
en  vente  ;  ils  les  afferment  à  des  ouvriers  agricoles  au 
prix  incroyable  de  i  franc  la  verge,  c'est-à-dire  820  francs 
l'hectare  ! 

Ces  prix  sont  assurément  exceptionnels,  mais  la 
pratique  est  constante  :  il  est  de  règle  que  le  prix  de 
location  à  l'hectare,  pour  les  petites  parcelles,  est  sensi. 
blement  plus  élevé  que  pour  les  grandes  exploitations. 
D'autre  part,  il  n'est  pas  douteux  que  ce  morcellement 
excessif  présente  des  inconvénients  graves,  au  point  de 
vue  de  la  culture,  et  surtotit  au  point  de  vue  du  cultiva- 
teur. ((Vous  voyez,  écrivait  Ducpétiaux,  dans  les  ((  Bud- 
gets économiques  des  classes  ouvrières»,  l'ouvrier  porter 
le  fuiuier,  brouette  par  brouette,  sur  un  champ  qui  est 
souvent  à  un  quart  de  lieue  de  son  habitation,  et  repor- 
ter, de  la  même  manière,  les  récoltes  à  la  maison.  Vous 
le  voyez,  courbé  sur  la  terre,  la  remuer  à  grand'peine 
avec  la  houe.  Vous  vo3'ez  mari,  femme  et  enfants,  tous 


LA  PETITE  PROPRIETE  RURALE  77 

attelés  à  la  herse,  la  traîner  péniblement,  à  coups  de 
collier,  n  (i) 

O  Fortunatos  nimium, 

Sua  si  hona  norint,  agr kolas  ! 

Ce  travail  surhumain,  ou  plutôt  inhumain,  parvient 
à  suppléer,  dans  une  certaine  mesure,  au  défaut  de  capi- 
taux et  aux  autres  causes  d'infériorité  de  la  petite  culture  ; 
la  terre,  malgré  tout,  porte  des  fruits  assez  abondants, 
■ —  au  moins  dans  les  terres  maigres  et  légères  de  la 
Campine  et  des  Flandres.  Aussi  le  propriétaire  trouve- 
t-il  avantage  à  maintenir  et  à  développer  un  système 
d'exploitation  qui  lui  permet  d'absorber,  sous  le  nom  de 
fermage,  non  seulement  la  plus-value  produite  par  son 
locataire,  mais  souvent  même  une  partie  du  salaire 
normal  que  celui-ci  toucherait,  pour  la  même  quantité 
de  travail,  dans  d'autres  conditions  (2). 

De  plus,  indépendamment  de  l'intérêt  direct  de  ceux 
qui  encaissent  ces  redevances  exorbitantes,  ces  ({ferma- 
ges compétitifs  »,  il  ne  faut  pas  oublier  que,  —  même  dans 
les  régions,  comme  la  Hesbaye,  où  la  petite  culture  est 
décidément  inférieure,  —  les  capitalistes  agricoles  ont 
intérêt,  comme  classe,  à  ce  que  les  ouvriers  soient 
attachés  à  la  glèbe  par  la  propriété  ou  l'exploitation  d'un 
lopin  de  terre  :  c'est  le  moyen,  ou  plutôt  c'était  le  moj'en, 
avant  les  trains  ouvriers  à  prix  réduits,  de  les  rendre 
moins  exigeants  quant  au  salaire  en  espèces,  parce  qu'ils 
trouvent  un  supplément  de  ressources  dans  leurs  petites 


(1)  Dlcpétiaux,  Budgets  économiques  des  classes  ouvrières  en  Belgique, 
p.  279. 

(2)  Voir  Marx,  Das  Kapital.  Buch    111.  Zweiter  Theil,  p.    165, 
Hamburg,  1894. 


78         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

exploitations.  Ces  ouvriers,  d'ailleurs,  sont  en  meilleure 
situation  que  les  cultivateurs  isolés  pour  gagner  un  peu 
de  gi"ain,  des  pommes  de  terre,  quelques  légumes,  à  un 
prix  de  revient  favorable,  parce  que,  généralement,  les 
premiers  mettent  à  leur  disposition  le  matériel,  les 
attelages,  voire  même,  le  peu  d'engrais,  dont  ils  ont 
besoin.  Leurs  exploitations  naines  constituent  donc,  en 
somme,  des  accessoires,  de  véritables  départements 
extérieurs,  des  exploitations  capitalistes.  De  même  que, 
jadis,  les  terres  des  manants  et  celles  du  seigneur,  les 
unes  et  les  autres  font  partie  d'un  même  ensemble  ;  bien 
loin  de  se  faire  concurrence,  elles  concourent  au  même 
but  et  se  prêtent  un  mutuel  appui  (i). 

II.  —  Toute  autre  est  la  situation  des  pioducteurs 
autonomes,  des  cultivateurs  indépendants,  vis-à-vis  de 
la  grande  culture. 

Leur  nombre  diminue;  leur  situation  devient  de  jour 
en  jour  plus  précaire.  Le  développement  du  capitalis- 
me, en  détruisant  les  communaux  et  les  industries 
accessoires,  qui  se  greffaient  jadis  sur  les  petites  exploi- 


(i)  Cf.  Lafargui:,  La  propriété  paysanne  et  Vévolutioti  économique. 
Rapp.  présenté  au  Congrès  de  Nantes  : 

«  Avant  la  Révolution,  pour  se  procurer  des  travailleurs  aux  épo- 
ques des  moissons,  et  dans  le  courant  de  Tannée,  les  pn  )priétaires 
étaient  obligés,  dans  un  grand  nombre  de  provinces  de  les  établir  sur 
leurs  domaines,  dans  des  maisonnettes  auxquelles  étaient  annexés  des 
champs  de  un  à  deux  hectares  ;  on  nommait  manouvreries  ces  petites 
fermes  concédées  aux  laboureurs,  en  échange  d'un  certain  noinbre  de 
journées  de  travail.  » 

Leroy- Beacliel,  Journal  des  Débats,  30  novembre  1893,  cité  par 
Deville.  dans  son  discours  à  la  Chambre  française,  du  ()  novem- 
bre !(Sq7  : 

'(  r,é  petit  propriétaire,  qui  fait  des  journées  dans  le  grand  et  le 
moyen  domaine  du  voisinage,  a  toujours  quelques  jours  libres,  qu'il 
eut  passés  inoccupés;  il  les  einploie  sur  sa  terre;  c'est  là  le  vrai  rôle 
de  la  petite  propriété.  » 


LA  PETITE  PROPRIETE  RURALE  79 

tations  rurales,  compromet  leur  existence  même.  Mal- 
gré le  travail  acharné,  l'auto-exploitation  à  laquelle  ils 
se  livrent,  les  producteurs  isolés  ne  sont  plus  guère  en 
mesure  de  lutter  contre  l'agriculture  capitaliste. 

En  effet,  si  les  exploitations  rurales  ont  diminué  en 
étendue,  elles  ont  incontestablement  augmenté  en  im- 
portance. Sous  la  pression  de  la  concurrence  étrangère, 
la  culture  est  devenue  plus  intensive,  l'emploi  des  ma- 
chines plus  fréquent,  l'usage  des  engrais  artificiels  plus 
général.  En  un  mot,  les  capitaux  nécessaires  à  l'exploi- 
tation des  fermes  sont  devenus  beaucoup  plus  considé- 
rables. 

Or,  la  plupart  du  temps  —  et  aussi  longtemps  que 
l'association  entre  cultivateurs  n'intervient  pas,  —  les 
exploitations  parcellaires  en  faire-valoir  direct  sont  infé- 
rieures, à  ce  point  de  vue,  aux  exploitations  capitalistes. 

Les  héritages  ruraux  exploités  par  le  propriétaire,  dit 
M.  d'Aulnis  de  Bourouil,  malgré  les  soins  plus  actifs,  et 
continuels,  ne  profitent  pas  de  rassociation  heureuse  des 
capitaux  de  deux  parties  intéressées  ;  chez  le  propriétaire 
exploitant,  le  capital  d'exploitation  fait  souvent  défaut  (i). 

Dans  l'enquête  agricole  de  1886,  le  gouverneur  de  la 
Flandre  occidentale,  —  le  pays  de  la  petite  culture,  par 
excellence,  —  répond,  en  ces  termes,  à  la  question  de 
savoir  si  a  les  exploitants  ont  des  ressources  suffisantes  »  : 

Avant  la  crise,  oui.  Ce  n'est  pas  l'insuffisance  des  capitaux 
qui  a  empêché  l'industrie  agricole  d'augmenter  sa  force 
productrice;  c'est,  en  général,  la  courte  durée  des  baux. 

(1)  Les  rapports  entre  le  propriétaire  et  l'exploitant  du  sol.  Revtie 
d'Economie  politique.  iSq2.  p.  723.  V.  aussi  M.^rx,  Das  Kapital, 
Dritter  Band,  Zweiter  Theil,  p.  342  et  suiv. 


8o         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

Mais,  depuis  1870.  des  krachs  financiers,  sur  divers  points 
de  la  province,  ont  englouti  la  plus  large  part  des  épargnes 
réalisées  dans  les  campa<5ries;  il  faut  y  ajouter  plusieurs 
mauvaises  récoltes,  et  surtout  l'avilissement  du  prix  des  blés, 
des  chevaux,  du  bétail,  du  lin.  de  la  chicorée,  du  colza,  etc. 

L'on  pevit  dire  que  généralement,  le  cultivateur  n'a  plus 
les  ressources  suffisantes  pour  les  besoins  de  son  exploita- 
tion..,. Aussi  n'est-il  pas  rare  d'entendre  dire,  dans  les  cam- 
pagnes, que  telle  ou  telle  exploitation  est  épuisée,  ce  qu'on 
appelle  très  expressivement  en  flamand  :  îiitgesaaid. 


Si  nous  passons  maintenant  dans  une  autre  région, 
dans  les  terres  grasses  de  la  Hesbaye,  les  inconvénients 
de  la  petite  culture,  au  point  de  vue  de  la  technique 
agricole,  vont  nous  apparaître  plus  éclatants  encore  : 
charrues  et  attelages  insuffisants  pour  labourer  à  une 
profondeur  normale;  bétail  mal  nourri,  fournissant  un 
fumier  de  qualité  inférieure;  routine  et  absence  de 
notions  scientifiques  sur  l'agriculture;  exploitation  des 
petits  paysans  par  les  marchands  de  grains  et  les  fabri- 
cants de  sucre;  insuffisance  manifeste  des  ressources 
nécessaires  à  l'exploitation.  «  La  petite  culture  »,  disait 
feu  Cartuyvels,  le  leader  des  agrariens  à  la  Chambre 
belge,  dans  la  même  Enquête  agricole  de  1886,  n  n'a  pas 
le  quart  du  capital  nécessaire  ;  elle  se  ruine,  en  ruinant 
le  sol  )). 

Rien  de  plus  aisé,  d'ailleurs,  que  de  se  convaincre  de 
la  vérité  de  ces  paroles,  et  de  constater,  de  visu,  que,  — 
toities  autres  conditions  étant  égales,  —  la  petite  culture  se 
trouve  dans  un  état  de  plus  grande  infériorité  vis-à-vis 
de  la  grande. 

Dans  son  Traité  d'économie  rurale,  M.  Piret  dit  : 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ  RURALE  8l 

Nous  avons  en  Belgique  des  pavs  avancés  en  agriculture, 
ou  de  grandes  exploitations  agricoles,  plus  ou  moins  agglo- 
mérées, se  rencontrant  à  côté  de  petites  exploitations, 
formées  d'un  grand  nombre  de  parcelles  éparses  sur  tous 
les  points  du  territoire  ;  et,  sous  le  point  de  vue  de  la  pro- 
ductivité des  terres,  l'avantage  n'est  certainement  pas  du 
côté  de  ces  dernières,  bien  qu'elles  payent  ordinairement 
un  prix  de  location  plus  élevé  à  l'hectare.  Les  terres  du 
grand  cultivateur  à  parcelles  agglomérées  sont  généralement 
bien  et  profondément  ameublies,  non  infestées  par  les  mau- 
vaises herbes  ;  elles  sont  abondamment  fumées  avec  des 
engrais  de  ferme  et  de  commerce  :  conséquence  de  tout 
cela  :  belles  et  abondantes  récoltes.  Au  contraire,  les  peti- 
tes parcelles  éparses  des  petites  exploitations  sont  cultivées 
superficiellement  et  imparfaitement  par  des  attelages  impuis- 
sants, elles  sont  envahies  par  les  mauvaises  herbes,  ne 
reçoivent  que  des  engrais  insuffisants  et  ne  portent  que  de 
misérables  récoltes.  Ce  tableau  n'est  nullement  chargé,  et, 
pour  s'en  convaincre,  il  suffit  de  parcourir  la  plus  grande 
partie  de  la  province  de  Liège  (Hesbave  ,  le  nord  de  la 
province  de  Namur,  le  sud  du  Brabantet  le  Hainaut  presque 
tout  entier,  et  l'on  rencontrera  à  chaque  pas  des  exemples 
qui  le  démontreront  '^i). 

Malgré  tous  ces  désavantages,  cependant,  ]a  petite 
culture  ne  se  laisse  pas  supplanter  par  la  grande  et  con- 
tinue à  vivoter,  tant  bien  que  mal,  et  plutôt  mal  que 
bien,  aux  côtés  de  celles-ci. 

Cette  force  de  résistance  tient  à  des  causes  complexes, 
inhérentes  au  régime  capitaliste,  et  que  nous  allons 
essayer  de  dégager; 

1°  Tandis  que,  dans  l'industrie,  les  producteurs  les 
mieux  outillés  se  débarrassent  de  leurs  concurrents  en 

(i)  PiRET,  Traité  d'Economie  rurale,  1,403. 


82         ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

abaissant  les  prix  et  en  produisant  à  leur  place,  dans 
l'agriculture,  au  contraire,  où  les  prix  sont  déterminés 
par  le  coût  de  production  sur  les  terres  les  moins  favo- 
risées, la  supériorité  d'une  exploitation  sur  une  autre 
se  traduit  par  une  rente  au  profit  de  la  première,  et  non 
par  une  réduction  des  prix,  qui  mettrait  la  seconde  hors 
de  combat.  Par  conséquent,  avant  la  crise,  les  petites 
productions  parvenaient  à  vivre  tout  juste,  tandis  que 
les  grands  propriétaires  touchaient  des  fermages  plan- 
tureux. 

2°  D'autre  part,  la  grande  culture,  produisant,  à  peu 
près  exclusivement,  des  valeurs  d^échange  destinées  à  la 
vente,  a  plus  souffert  de  la  dépression  des  prix  que  les 
exploitations  paysannes,  produisant,  pour  une  large 
part,  des  valeurs  d'usage,  consommées  par  les  produc- 
teurs. 

3"  Enfin,  l'exploitation  agricole  capitaliste  présente, 
au  point  de  vue  même  de  la  productivité,  des  inconvé- 
nients multiples,  qui  neutralisent enpartie  ses  avantages. 

D'abord,  les  valets  de  ferme  et  les  journaliers  agri- 
coles, n'a^'ant  aucun  intérêt  à  travailler  dur,  et  ne  pou- 
vant être  soumis,  à  cause  de  la  nature  des  travaux,  à  la 
surveillance  qui  existe  dans  les  établissements  indus- 
triels, fournissent  beaucoup  moins  de  besogne  que  les 
cultivateurs  travaillant  pour  leur  compte  (i). 

Dans  le  travail  à  la  journée,  dit  M.  Piret.  l'activité  de 
l'ouvrier  n'est  stimulée  que  par  la  crainte  d'être  renvoyé 
et  cette  crainte  est  en  proportion  du  nombre  d'ouvriers  dis- 
ponibles dans  la  contrée. 

(i)  «  Une  preuve  convaincante  de  l'activité  au  travail  lies  petits 
cultivateurs,  propriétaires  ou  fermiers,  c'est  que  les  journaliers,  pour 
travailler  avec  eux,  exigent  un  salaire  plus  élevé  que  pour  travailler 
pour  des  culti\  ateurs  ne  prenant  pas  part,  si  ce  n'est  exceptionnelle- 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  83 

Oi",  l'émigration  des  ouvriers  agricoles  vers  les  villes 
et  les  centres  industriels  a  rendu  la  main  d'oeuvre  très 
rare  et  très  chère.  Le  coût  de  production  pour  les  culti- 
vateurs emplo3'ant  des  salariés  s'en  est  accru  d'autant, 
et  bien  loin  de  rendre  plus  de  services,  les  journaliers 
en  profitent,  généralement,  pour  réduire  leur  activité 
au  minimum. 

Quant  aux  valets  de  ferme,  c'est  pis  encore  : 

N'ayant  pas  à  craindre  d'être  renvoyés  du  jour  au  lende- 
main, si  ce  n'est  pour  des  faits  d'une  gravité  exceptionnelle  ; 
payés  d'après  leur  temps  de  service,  ils  ne  sont  pas  maté- 
riellement intéressés  à  faire,  dans  un  temps  donné,  la  plus 
grande  somme  de  travail  possible  :  pour  eux,  s'occuper  avec 
une  lenteur,  calculée  seulement  pour  éviter  des  reproches 
troD  violents,  c'est  bien  souvent  laseuleligne  de  conduite  (i). 

Il  en  est  autrement,  cela  va  sans  dire,  des  tâcherons 
pavés  aux  pièces,  mais  pareil  mode  de  rémunération 
n'est  possible  que  pour  un  nombre  relativement  peu 
considérable  de  travaux,  tels  que  le  battage  en  grange, 
ou  l'arrachae^e  des  betteraves. 


ment,  aux  travaux  manuels.  Selon  de  Gasparin  ce  le  prix  que  les 
ouvriers  exigent  pour  les  journées  faites  à  côté  du  travailleur  proprié- 
taire (nous  croyons  pouvoir  ajouter  :  ou  fermier)  en  sui\ant  son  impul- 
sion et  en  accomplissant  le  même  travail,  est  à  celui  des  journaliers 
ordinaires  comme  14  :  10,  et  ils  ne  s'engageraient  pas  à  les  continuer 
longtemps,  ce  qui  prouve  qu'elles  dépassent  généralemeni  les  forces 
qu'ils  peuvent  déployer  sans  s'épuiser  ». 

Dans  d'autres  circonstances,  nous  avons  vu  souvent  les  petits 
cultivateurs  nourrir  leurs  ouvriers  et  leurpia\er  le  même  salaire  que 
celui  gagné  par  des  ouvriers  non  nourris,  mais  travaillant  pour  des 
cultivateurs  ne  prenant  pas  part,  si  ce  n'est  exceptionnellement,  aux 
travaux  manuels... 

Beaucoup  de  journaliers  ne  veulent  pas  travailler  pour  les  petits 
cultivateurs,  parce  que  ceux-ci  les  surmènent  ». 

(1)  PniET,  Economie  rurale,  t.  H,  p.  18g. 


84        ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Si  donc,  la  plupart  du  temps,  le  salariat  déprime 
l'activité  des  travailleurs  manuels,  d'autre  part,  la  légis- 
lation qui  régit  les  relations  entre  propriétaires  et  fer- 
miers semble  avoir  été  calculée,  tout  exprès,  pour 
compenser  les  avantages  de  la  grande  culture  par  les 
inconvénients  de  la  propriété  capitaliste, 

A)  Le  privilège  accordé  au  propriétaire,  pour  trois 
ans  de  fermages,  sur  le  matériel  de  culture  lui  permet 
de  louer  sa  ferme  au  plus  offrant,  sans  avoir  intérêt  à 
choisir  l'homme  le  plus  capable,  et  de  s'enquérir  s'il 
dispose  des  ressources  nécessaires  pour  exploiter  conve- 
nablement. 

B)  Le  fermier,  n'a3-ant  droit  à  aucune  indemnité 
pour  la  plus-value  qu'il  donne  à  la  terre,  se  garde  bien 
de  faire  des  améliorations  qui  ne  lui  rapporteraient,  en 
dernière  analyse,  qu'une  augmentation  de  son  fermage 
à  la  fin  du  bail.  En  effet,  plus  la  terre  serait  en  bon  état 
à  l'expiration  de  celui-ci,  plus  nombreux  seraient  ses 
concurrents.  Le  meilleur  moyen  donc,  pour  un  fermier, 
de  garder  sa  terre,  ce  seia  de  la  mettre  dans  le  plus 
mauvais  état  possible. 

D'où  la  situation,  désastreuse  pour  la  culture,  qu'un 
agronome  de  l'Etat,  nullement  hostile  à  l'appropriation 
capitaliste  du  sol,  a  décrite  en  ces  termes  : 

Les  praticiens  savent  parfaitement  que.  dans  le  mode 
d'exploitation  des  terres  par  fermage,  tel  qu'il  est  pratiqué 
dans  la  plupart  des  pays,  il  faut  distinguer  deux  périodes 
bien  caractérisées  :  une  période  d'amélioration  et  une 
période  d'épuisement  ou  de  détérioration.  Pendant  la 
])remière.  qui  se  présente  au  commencement  du  bail,  le 
cultivateur  ameublit,  nettoyé  et  fertilise  les  terres,  négligées 
sous  tous  les  rapports,  que  lui  a  abandonnées  son  prédé- 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  85 

cesseur.  Cette  période  dure  au  moins  trois  ans,  dans  le  cas 
de  l'assolement  triennal,  parce  que  c'est  seulement  après 
trois  années  écoulées  que  toutes  les  parcelles  de  la  ferme 
auront  passé  par  la  sole,  jachère  morte  ou  cultivée,  et 
qu'elles  auront  pu  être  ameublies,  nettoyées,  fertilisées, 
remises,  en  im  mot.  en  bon  état  de  production.  Pendant 
cette  période,  les  produits  ne  remboursent  généralement 
pas  les  avances  des  cultivateurs  avec  un  excédent  conve- 
nable pour  bénéfice.  Ce  n'est  que  pendant  la  dernière 
période  de  son  bail,  quand  le  cultivateur  prend  le  plus 
possible  à  la  terre  et  lui  rend  le  moins  possible,  qu'il  rentre 
dans  les  avances  extraordinaires  qu'il  a  dû  faire  au  com- 
mencement de  son  bail.  Entre  ces  deux  périodes  de  culture 
complètement  opposées,  il  y  a  or-dinairement  une  période 
intermédiaire,  de  culture  stationnaire,  pendant  laquelle  le 
cultivateur  se  borne  à  jouir  des  avances  faites,  tout  en 
maintenant  le  bon  état  du  sol  (i). 

En  résumé  donc,  toutes  les  formes  actuelles  d'entre- 
prises agricoles,  présentent,  au  point  de  vue  de  la 
production,  des  inconvénients  multiples. 

Les  jardins  potagers  et  autres  petites  parcelles,  qui 
fournissent  aux  ouvriers,  ruraux  ou  urbains,  les  a  con- 
diments de  leur  salaire  »,  peuvent  avoir  leur  raison 
d'être  dans  l'état  actuel  des  choses;  peut-être  se  main- 
tiendraient-ils, sous  un  autre  régime,  pour  l'agrément 
de  leurs  possesseurs;  mais,  si  on  les  considère  comme 
des  exploitations  agricoles,  leur  existence  constitue  un 
obstacle  permanent  à  toute  culture  rationnelle. 

Quant  aux  petites  fermes,  aux  «  biens  de  famille  », 
mutilés  par  la  disparition  ou  la  décadence  de  leurs 
industries  accessoires  et  l'aliénation  ou  l'usurpation  des 
communaux,  ils  ne  représentent  plus  aujourd'hui,  — 

II)   PiRFT,    loC.   Cit,   II,   20. 


86        ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

tout  au  moins  dans  les  régions  envahies  par  le  capita- 
lisme, —  que  le  sic^eatiinj;  systcm  appliqué  à  l'agriculture, 
l'exploitation  forcenée  du  travail  de  la  femme,  des 
enfants,  du  cultivateur  lui-même,  pour  suppléer  à  Tin- 
suffisance  des  capitaux  et  à  l'inféi'iorité  des  mo3"ens  de 
production. 

La  grande  culture  capitaliste  enfin,  grevée  du  lourd 
fardeau  de  la  rente  foncière,  obligée  de  payer  relative- 
ment cher  des  ouvriers  qui  ne  sont  nullement  intéressés 
à  fournir  beaucoup  de  travail,  contrariée  dans  son  déve- 
loppement par  une  législation  qui  sacrifie  l'intérêt 
général  à  l'intérêt  mal  entendu  des  propriétaires,  —  la 
grande  culture,  disons-nous,  ne  possède  pas,  pour  h 
moment,  une  supériorité  décisive  sur  les  autres  formes 
d'entreprise  agricole. 

Dans  les  exploitations  en  faire-valoir  direct,  le  ma- 
riage de  la  propriété  et  du  travail  ne  compense  pas  les 
inconvénients  du  travail  isolé;  dans  les  exploitations 
capitalistes,  leur  divorce  neutialise,  partiellement,  les 
avantages  du  travail  associé. 

Aussi  devons-nous  considérer  la  propriété  parcel- 
laire, aussi  bien  que  la  propriété  capitaliste,  comme  des 
formes  de  production  destinées,  dans  un  avenir  plus  ou 
moins  proche,  à  disparaître,  ou  plutôt,  à  se  transformer 
en  propriété  sociale, —  forme  supérieure  et  S3'nthétique, 
qui  unirait  leurs  avantages  en  éliminant  leurs  inconvé- 
nients. Ce  qui  manque  à  la  grande  culture  capitaliste, 
c'est  le  caractère  collectif  de  la  propriété  :  elle  n'y  arri- 
vera que  par  l'expropriation;  ce  qui  manque,  au  con- 
traire, à  la  propriété  parcellaire,  c'est  le  caractère 
collectif  du  travail  :  elle  peut  y  arriver  par  l'association. 

Nous  ne  cro3'ons  pas,  en  effet,  que  pour  s'élever  à  la 


LA   PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  87 

propriété  collective,  les  paysans  propriétaires  soient 
fatalement,  inéluctablement,  condamnés  à  descendre  la 
pente  qui  conduit  au  prolétariat  et  à  gravir  ensuite  le 
calvaire  douloureux  de  l'exploitation  capitaliste.  Il  leur 
appartient,  au  contraire,  d'y  arriver  par  d'autres  chemins 
et  d'éviter  la  phase  de  prolétarisation  qui  les  menace, 
en  associant  leurs  efforts,  en  opposant  la  coopération 
libre  à  la  coopération  forcée  des  grandes  entreprises  ; 
mais,  en  tous  cas,  il  n'est  pas  douteux  que  la  transfor- 
mation, et  sans  exagération  l'on  peut  dire,  la  révolution 
qui  s'opère,  depuis  quelques  années  dans  nos  cam- 
pagnes, entraînera  forcément  la  disparition  des  formes 
individualistes  de  la  culture  au  profit  de  la  culture 
associée. 

Dans  les  exploitations  capitalistes,  d'une  part,  les 
progrès  de  la  technique  éliminent  partiellement  les 
drawbacks  que  nous  avons  signalés  :  pour  suppléer  à 
l'insuffisance  de  la  main-d'œuvre,  on  ajoute  aux  machi- 
nes usitées  depuis  longtemps  tout  un  matériel  nouveau, 
dont  les  rapports  trimestriels  des  agronomes  de  l'État 
nous  fournissent  l'inventaire  :  faucheuses  mécaniques, 
râteaux  à  cheval,  faneuses,  machines  pour  arracher, 
décolleter  et  nettoyer  les  betteraves,  etc.  ;  avec  l'indus- 
trialisation des  cultures,  le  travail  aux  pièces  prend  une 
extension  de  plus  en  plus  grande  et  les  tâcherons  fla- 
mands viennent  aux  moments  de  presse  combler  les 
vides  causés  par  l'attraction  des  centres  industriels.  Tôt 
ou  tard,  la  réglementation  du  contrat  de  fermage,  la 
suppression  du  privilège  du  propriétaire,  le  droit  aux 
indemnités  de  plus-value,  viendront  augmenter  égale- 
ment les  forces  productives  des  grandes  exploitations. 
Enfin,  la  simplification  croissante  des  procédés,  dans 


88        ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

l'agriculture  intensive,  favorisera  la  création  d'entrepri- 
ses plus  vastes  et  le  développement,  —  réagissant  à  son 
tour  sur  leur  étendue,  —  de  la  culture  à  vapeur  ou  du 
transport  dynamique  de  l'électricité. 

Déjà,  dans  quelques  parties  de  la  Hesbaye,  on  trouve 
des  fermiers  capitalistes  qui  ont  deux  ou  trois  proprié- 
taires différents  et  qui  dirigent  des  exploitations  de 
plusieurs  centaines  d'hectares,  comprenant,  comme  les 
entreprises  de  charbonnages,  divers  sièges  ou  ateliers 
de  travail,  constitués  par  les  fermes  de  l'ancienne 
agriculture. 

A  ce  degré  de  développement,  les  sociétés  par  actions 
ne  tarderont  pas  à  devenir  indispensables  pour  consti- 
tuer le  capital  requis,  et,  devant  ces  associations  de 
capitaux,  le  petit  cultivateur  se  trouvera  dans  les  mêmes 
conditions  d'infériorité,  s'il  reste  livré  à  ses  propres 
forces,  que  les  petits  commerçants  ou  les  artisans  de 
l'ancienne  industrie  vis-à-vis  de  l'industrie  et  du  com- 
merce moderne. 

Seulement,  tandis  que  ces  derniers  sont  générale- 
ment réfractaires  à  l'association  dans  la  lutte  pour 
l'existence  et  n'opposent  qu'une  résistance  passive  à 
l'expropriation  capitaliste,  nos  populations  rurales 
semblent  avoir  plus  de  ressort,  plus  de  confiance  dans 
l'effort  collectif,  plus  d'aptitudes  à  la  coopération. 

Il  suffit  pour  s'en  convaincre  de  parcourir  les  Bulle- 
tins de  l'agriculture  (i). 

Nous  assistons,  depuis  quatre  ou  cinq  ans,  à  une 
véritable  floraison  d'associations  de  toutes  espèces  : 
caisses  rurales  de  crédit,  sociétés  d'assurance  contre  la 

(ij  BiiUetin  derAgriciiUiire,  publié  en  exécution  de  Tarrêté  royal  du 
II";  juillet  iS(S5.  Bruxelles,  Havermans. 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  89 

mortalité  du  bétail,  associations  pour  l'achat  d'engrais, 
de  semences,  et  de  matières  alimentaires  pour  les  ani- 
maux, distilleries  coopératives,  syndicats  betteraviers, 
sociétés  d'élevage,  ligues  d'agriculteurs  et  d'aviculteurs; 
enfin,  et  surtout,  sociétés  coopératives  de  laiterie. 

A  l'heure  actuelle,  il  y  a  en  Belgique  plus  de  deux 
cents  coopératives  laitières,  dont  plusieurs  contiennent 
au-delà  de  mille  associés.  Leur  organisation  varie  d'après 
les  régions  et  s'adapte  aux  conditions  économiques 
locales. 

Dans  le  Limbourg,  ces  institutions  sont  nombreuses, 
mais  de  peu  d'importance  ;  chaque  village  y  possédera 
bientôt  une  coopérative,  fonctionnant  à  bras,  avec  un 
outillage  modeste. 

Dans  le  Luxembourg  méridional  et  l'Ardenne,  inter- 
vient le  système  des  crémeries  coopératives,  envoyant 
leur  crème  à  une  beurrerie  centrale. 

Dans  le  Hainaut,  s'établissent,  au  contraire,  de 
grandes  coopératives  vraiment  industrielles,  très  bien 
outillées  et  régies  par  un  conseil  d'administration  éma- 
nant des  associés. 

Dans  les  Flandres,  enfin,  les  associations  laitières  ont 
été  fondées  soit  par  quelques  propriétaires,  s'intéressant 
eux-mêmes  à  la  direction  des  affaires,  soit  par  les  petits 
cultivateurs,  à  l'intervention  d'un  comice  agricole  (i). 

I^e  type  le  plus  remarquable  et  le  plus  démocratique 
de  ces  coopératives  laitières  du  pays  flamand  est  incon- 
testablement la  laiterie  de  Borsbeke-lez-Alost,  dépen- 
dant du  comice  d'Herzele. 

Dans   la    circonscription   de  ce   comice,  le  nombre 

(1)  Rapp.  sur  la  situation  de  l'industrie  laitière  en  Belgique,  par 
MM.  Marchal  et  Misson.  Btdl.de.V Agriculture.  i8g6,  p.  31. 


go        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

d'hectares  de  terre  arable  s'élève  à  9,048  ;  sur  ces 
9,043  hect.,  il  3'  a  6,328  exploitations  agricoles,  de  sorte 
qu'on  moyenne  une  ferme  ne  comprend  que  1,4  hectare. 
Nous  sommes  donc  dans  un  pays  de  toute  petite  cul- 
ture :  ((  Les  cultivateurs  n'ont  guère  de  capitaux,  la 
grande  masse  est  peu  instruite  et  assez  routinière.  On 
se  trouve  déjà  hors  des  cultures  industrielles  qui  rappor- 
tent, telles  que  le  tabac,  la  betterave  à  sucre,  la  chico- 
rée ou  le  houblon  ;  le  lin  n'y  est  cultivé  que  sur  une 
petite  échelle.  Les  cultivateurs  font  peu  d'engraisse- 
ment; ils  doivent  tirer  leur  profit  de  tous  les  autres 
produits,  c'est-à-dire  de  ceux  dont  la  valeur  a  tant 
baissé  sur  le  marché  )).  Bref  l'agriculture  dans  cette 
région  se  trouve  dans  des  conditions  tout  à  fait  désavan- 
tageuses, et  cependant,  grâce  à  l'influence  des  agrono- 
mes de  l'Etat,  et  à  l'initiative  des  principaux  membres 
du  comice,  l'association  y  fait  merveille  :  les  achats 
d'engrais  et  de  matièies  alimentaires  pour  le  bétail  se 
font  en  commun  ;  les  membres  peuvent  se  faire  assurer 
contre  les  accidents,  ou  contre  la  mortalité  du  bétail  ; 
on  s'occupe  de  la  fondation  de  sociétés  d'épargne  et 
de  crédit,  du  développement  de  l'enseignement  agricole, 
et  surtout  de  l'industrie  laitière,  qui  est  la  grande  affaire, 
nécessairement,  dans  un  district  qui  compte  2,990 
vaches,  contre  752  chevaux. 

La  laiterie  coopérative  de  Borsbeke,  affiliée  au  comi- 
ce, date  de  décembre  1891.  Les  petits  cultivateurs  qui 
l'ont  fondée,  s'étaient  adressés  d'abord  aux  divers  pro- 
priétaires ayant  des  biens  fonds  dans  la  commune.  On 
leur  demandait  seulement  d'avaficer  les  sommes  néces- 
saires pour  permettre  aux  fermiers  de  mieux  paj'er  leurs 
loyers,  par  suite  des  avantages  qu'ils  comptaient  trou- 


LA    PETITE    PROPRIÉTÉ    RURALE  CI 

ver  dans  l'exploitation  de  la  laiterie.  Sur  une  vingtaine 
de  propriétaires,  —  tous  étrangers  à  la  commune,  —  trois 
seulement  répondirent  affirmativement.  Les  autres  ne 
donnèrent  aucune  réponse;  l'un  d'eux  renvoya  la 
requête,  non  affranchie,  forçant  ainsi  l'association  nais- 
sante à  payer  une  taxe  supplémentaire.  En  présence  de 
cette  attitude  des  propriétaires,  ce  fut  le  bourgmestre  de 
la  commune  qui  fit  les  avances  pour  le  matériel  et  mit 
gratuitement  les  bâtiments  nécessaires,  à  la  disposition 
des  cultivateurs  (i). 

Aujourd'hui,  la  laiterie  de  Borsbeke  compte  70  mem- 
bres, possédant  ensemble  i5o  vaches,  et  touchant  un 
bénéfice  net,  en  1896,  de  70  fr.  par  vache.  On  cherche 
maintenant  à  étendre  les  avantages  de  cette  organisation 
coopérative  à  tout  le  ressort  du  Comice,  mais  en  admet- 
tant seulement  un  bénéfice  de  5o  francs  par  vache  ;  le 
surplus  serait  consacré  à  des  œuvres  d'intérêt  général. 
Les  actionnaires  de  la  laiterie  viennent  de  créer  égale- 
ment un  syndicat  d'élevage  et  une  distillerie  coopéra- 
tive. En  outre,  —  et  ceci  mérite  une  mention  toute 
spéciale,  —  ils  utilisent  le  moteur  de  leur  usine,  pour 
l'éclairage  électrique  de  tout  le  village. 

L'administration  communale  pour  la  voie  publique,  la 
fabrique  d'église  pour  l'église,  l'administration  des  chemins 
de  fer  pour  sa  halte,  le  bureau  de  bienfaisance  pour  deux 
demi-lampes  gratuites  aux  pauvres  dont  les  chaumières  sont 
trouvées  les  plus  propres,  les  cultivateurs,  les  aubergistes, 
les  dentellières  ont  souscrit  à  autant  d'actions  qu'ils  dési- 
raient avoir  de  lampes  de  16  bougies.  Ce  sont  donc  les 
actionnaires  qui  sont  consommateurs...  Plus  tard  le  même 

(1)  Monographie  de  la  laiterie  coopérative  de  Borshekc-lez-Alost. 
Louvain.   Uytspruyt,  1S07. 


92         ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

réseaii  servant  à  l'éclairage  sera  utilisé  pour  transmettre  la 
force  dans  les  fermes.  Il  suffirait  d'acquérir  un  dynamo 
récepteur  et  de  le  mettre,  moyennant  certaines  conditions, 
à  la  disposition  des  premiers,  par  exemple  pour  le  battage 
des  céréales.  La  société  pour  l'amélioration  des  semences, 
dont  le  siège  est  également  à  Borsbeke,  se  propose  d'acqué- 
rir une  batteuse  pour  être  installée  dans  un  hangar  voisin  de 
la  laiterie  et  mue  par  la  machine  à  vapeur.  Plus  tard,  cette 
machine  pourrait  être  louée  aux  premiers  et  mise  en  mouve- 
ment, à  domicile,  par  l'électricité  (i). 

Nous  avons  insisté,  un  peu  longuement,  sur  l'exem- 
ple donné  par  le  Comice  d'Herzele,  parce  qu'il  met 
admirablement  en  lumière,  les  transformations  qui 
s'opèrent,  à  la  fois  dans  les  procédés  de  la  petite  cul- 
ture, et  dans  la  psychologie  des  petits  cultivateurs. 

Certes,  on  est  beaucoup  moins  avancé  dans  la  plupart 
des  autres  régions  du  pays.  Si  les  associations  laitières 
sont  nombreuses,  leui  s  procédés  de  fabrication  sont 
bien  souvent  encore  rudimentaires,  et,  loin  d'être  en 
mesure  de  supplanter  les  beurres  des  autres  pa3's  sur 
les  marchés  étrangers,  elles  souffrent  beaucoup  de  la 
concurrence  que  le  beurre  étranger  vient  leur  faire  sur 
le  marché  intérietu'. 

Aussi  faudra-t-il  bientôt,  si  l'on  veut  éviter  une  sur- 
production désastreuse,  se  tourner  vers  d'autres  bran- 
ches de  l'industrie  laitière,  —  fromagerie,  vente  du  lait 
en  nature,  etc.,  — et,  d'autre  part,  oi'ganiser  la  produc- 
tion et  la  vente  du  beurre.  Pour  arriver  à  ce  résultat,  le 
congrès  de  laiterie  qui  s'est  tenu  à  Bruxelles,  le  i6  octo- 
bre 1897,  a  voté  les  résolutions  suivantes  : 

(11  Le  comice  d'Herzele  et  ses  affiliations,  à  l'exposition  de  Bruxelles,  en 
iSq'j.  Bruxelles,  Mayolez,  1897. 


LA   PETITE  PROPRIÉTÉ   RURALE  qS 

1°  Il  y  a  lieu  de  créer,  parallèlement  aux  beurreries 
et  fromageries,  des  sociétés  coopératives  pour  la  vente, 
la  stérilisation,  la  concentration  et  autres  utilisations 
du  lait  ; 

2'^  Pour  donner  à  Tindustrie  laitière  tout  le  dévelop- 
pement dont  elle  est  susceptible,  et  l'unité  dont  elle  a 
besoin,  il  }'  a  lieu  : 

a)   De  fédérer  toutes  les  laiteries  d'une  même  région. 

/')  D'unir  en  une  société  générale  les  fédérations  des 
différentes  régions  du  pa3^s. 

30  II  y  a  lieu,  pour  la  vente  à  l'intérieur  du  pays, 
d'établir  une  comptoir  général  de  vente  et  d'organiser 
en  outre  le  commerce  d'exportation. 

Nous  aurons  donc  bientôt  le  trust  de  la  laiterie,  fondé 
par  les  petits  cultivateurs,  comme  nous  avons  déjà  le 
trust  de  la  sucrerie,  fondé  par  les  grands  fabricants. 

Bon  gré  mal  gré,  l'agriculture  devient  une  industrie 
comme  un  autre;  elle  commence  à  présenter,  d'une  part, 
les  phénomènes  de  concentration  capitaliste,  d'autre 
part,  ceux  d'association  coopérative  qui  se  sont  produits, 
depuis  longtemps  dans  d'autres  branches  de  la  produc- 
tion. 

Ces  deux  mouvements,  parallèles  ou  contradictoires, 
ont  néanmoins  ceci  de  commun,  que  l'une  et  l'autre, 
s'éloignant  également  des  formes  individualistes  de  la 
culture  et  de  la  propriété,  nous  rapprochent  d'un  état 
social  qui  saura  unir  l'association  dans  le  travail,  à 
l'association  dans  la  propriété. 


CHAPITRE  V 
Résumé  et  conclusions 

La  résolution  agraire,  adoptée  par  nos  camarades 
Allemands,  au  Congrès  de  Breslau  (6-11  octobre  i8g5), 
se  termine  par  un  vœu,  dont  la  réalisation  aura  cet 
inappréciable  avantage,  de  soumettre  à  l'épreuve  des 
faits,  —  plus  respectables  que  les  plus  respectables 
autorités,  —  les  divergences  qui  se  sont  produites  entre 
socialistes,  au  sujet  de  la  petite  propriété  rurale  : 

Le  Congrès  reconnaît  que  l'agriculture  doit  être  régie  par 
des  lois  spéciales,  différant  de  celles  qui  régissent  l'industrie. 
Il  est  nécessaire  d'étudier  et  d'approfondir  ces  lois,  si  le 
socialisme  veut  entreprendre  une  propagande  efficace  dans 
les  campagnes.  Il  charge  donc  le  comité-directeur,  en  utili- 
sant les  travaux  de  la  commission  agraire,  de  désigner  im 
certain  nombre  de  camarades,  qui  étvidieront  à  fond  les 
questions  agraires  et  publieront  le  résultat  de  leurs  études 
dans  une  série  de  brochures. 

L'exposé  que  nous  venons  de  faire,  peut  être  consi- 
déré comme  une  contribution  modeste  à  cette  œuvre 
collective. 

Sans  vouloir  généraliser  hâtivement  des  observations 
qui  se  restreignent  à  la  Belgique,  elles  semblent  appor- 
ter un  témoignage  de  plus  à  cette  thèse  que,  tout  au 
moins  dans  un  pays  ou  le  régime  capitaliste  est  aussi 
développé  que  le  nôtre,  la  propriété  parcellaire,  culti- 
vée par  des  ]U'oducteurs  holcs,  abandonnés  à  leurs  seules 


LA  PETITE  PROPRIÉTÉ   RURALE  g5 

forces,  est  incapable  de  résister,  longtemps  encore,  aux 
causes  de  destruction  qui  la  menacent. 

En  revanche,  et  à  l'encontre  de  ceux  qui  affirment, 
comme  un  fait  indiscutable,  que  la  propriété  foncière 
devra  nécessairement  passer  par  une  phase  de  concen- 
tration capitaliste,  avant  d'être  socialisée,  il  ne  nous 
paraît  nullement  démontré  que  la  prolétarisation  des 
paysans,  soit  —  inévitahlement  —  la  condition  préalable 
de  leur  émancipation  totale. 

Rien  n'empêche,  tout  d'abord  que,  dans  certaines 
régions,  la  propriété  non  encore  capitaliste,  soit  direc- 
tement incorporée  au  domaine  collectit,  par  le  rachat 
et  la  mise  en  valeur  de  landes,  de  bruyères  et  autres 
terres  plus  ou  moins  incultes,  appartenant  à  des  parti- 
culiers. 

On  peut  concevoir  également,  et  il  serait  à  souhaiter, 
que  les  paysans,  reconnaissant  qu'il  leur  est  impossi- 
ble de  lutter  seuls  contre  les  entreprises  capitalistes, 
transforment  leurs  propriétés  parcellaires  en  propriétés 
associées. 

C'est  à  ce  point  de  vue,  qu'indépendamment  des 
avantages  directs  qu'elles  procurent  à  leurs  membres, 
les  associations  entre  cultivateurs  pour  l'achat  des  ma- 
tières premières,  la  vente  et  l'industrialisation  des  pro- 
duits agricoles,  doivent  être  considérées  à  la  fois  comme 
une  première  étape  vers  la  propriété  associée  et  le 
moyen  le  plus  efficace  d'en  faire  comprendre  les 
avantages. 

Par  conséquent,  si  nous  devons  écarter  de  notre 
programme  agraire  tout  ce  qui  est  de  nature  à  créer  des 
équivoques  et  à  obscurcir  notre  conception  socialiste 
intégrale,    rien   ne    nous    empêche    d'accorder    notre 


g6        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

adhésion  à  toutes  les  mesures  que  l'on  propose,  soi- 
disant  en  faveur  de  la  petite  propriété,  dès  l'instant  où 
elles  ont  pour  eftet  de  faciliter  ou  d'accélérer  sa 
transformation  dans  le  sens  coopératif. 

Telles  sont,  par  exemple,  les  dispositions  relatives  au 
crédit  agricole,  à  la  réduction  des  charges  de  l'agricul- 
ture, à  l'enseignement  agricole  et  à  l'intervention 
des  pouvoirs  publics,  en  faveur  des  associations  de 
cultivateurs. 

Ainsi  que  le  disait  notre  ami  Lafargue  dans  son 
rapport  au  congrès  de  Nantes,  «  le  Parti  socialiste, 
avant  même  d'arriver  au  pouvoir,  peut  acculer  le  gou- 
vernement capitaliste  à  des  réformes...  qui  apporteront 
quelques  soulagements  aux  misères  des  cultivateurs  de 
tout  ordre:  journaliers,  paysans,  propriétaires,  métayers 
et  fermiers  »  ;  mais,  à  la  condition,  bien  entendu,  que 
ces  réformes  n'aient  pas  pour  effet  de  ralentir  l'évolu- 
tion agricole,  de  conserver  artificiellement  des  formes 
surannées  de  la  production,  d'entraver,  par  conséquent, 
le  développement  technique  de  l'agriculture. 

En  un  mot,  il  faut  protéger  le  pa3'san,  non  pas 
comme  propriétaire,  mais  comme  travailleur,  en  adop- 
tant, et  en  poussant  à  l'adoption,  de  toutes  les  mesures 
qui  peuvent  atténuer  ses  souffrances  et  développer  en 
lui  l'esprit  d'association. 

Quelles  que  soient  en  effet,  les  tendances  politiques 
et  religieuses  de  leurs  membres,  le  caractère  confes- 
sionnel et  anti-socialiste  qu'on  leur  donne,  les  mobiles 
réactionnaires  de  ceux  qui  les  ont  fondées,  il  n'est  pas 
douteux  que  les  associations  de  cultivateurs  marchent, 
inconsciemment,  au  même  but  que  les  groupements 
socialistes  eux-mêmes. 


LA    PETITE    PROPRIETE    RURALE  97 

1^'Echo  du  Commerce,  organe  officiel  de  l'Association 
des  commerçants  de  Bruxelles,  écrit,  dans  son  numéro 
■d'Octobre  1897  : 

Les  Boerenbonden  (ligues  de  paysans;,  sont  des  concur- 
rents redoutables,  parce  qu'ils  sont  conduits  par  les  curés 
et  par  les  vicaires,  qui  dans  les  villages,  ont  une  influence 
prépondérante. 

Espèces  de  machines  pneumatiques  infernales,  ces  cer- 
cles font  le  vide,  autour  des  commerçants  isolés,  en  attirant 
tous  leurs  clients  ;  ils  les  ruinent,  et  ils  les  plongent  dans  la 
misère.  Les  plus  fervents  catholiques  sont  impitoyablement 
jetés  sur  la  paille  par  les  Boerenbonden  qui  tous  aspirent, 
dans  leurs  milieux,  à  une  domination  souveraine.  De  sorte, 
que  l'influence  du  seigneur  et  celle  du  notaire  disparais- 
sent peu  à  peu,  ce  qui  explique  les  protestations  de  députés 
catholiques  contre  l'existence  même  des  Boerenbonden. 

Ces  protestations  et  ces  appréhensions  se  sont  mani- 
festées, notamment,  dans  le  débat  qui  a  eu  lieu  à  la 
Chambre  belge,  sur  la  personnification  civile  des 
Unions  professionnelles. 

Les  associations  de  cultivateurs,  et  spécialement  la 
Ligue  des  paysans,  réclamaient  le  droit  de  faire  le 
commerce  et  de  créer  des  établissements  pour  l'indus- 
trialisation et  la  vente  des  produits  agricoles,  (laiteries, 
sucreries,  distilleries,  brasseries  etc.). 

Deux  amendements  avaient  été  déposés,  dans  ce 
sens,  l'un  par  M.  Helleputte,  au  nom  des  démocrates 
chrétiens,  l'autre  par  E.  Vandervelde,  au  nom  du 
groupe  socialiste. 

Ils  furent  repoussés  par  la  majorité  conservatrice, 
après  que  le  chef  du  cabinet,  M.  de  Smet  de  Naeyer, 
eut  déclaré  que  le  gouvernement  retirerait  son  projet, 


98        ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

plutôt  que  d'accorder  les  droits  des  sociétés  commer- 
ciales à  des  corporations  perpétuelles,  dont  le  patri- 
moine ne  pourrait,  en  aucun  cas,  être  partagé  entre  les 
syndiqués. 

On  parle  d'industrialiser  les  produits  agricoles,  —  disait 
M.  de  Smet,  le  28  octobre  1897  —  ,  de  les  transformer,  par 
conséquent;  mais  l'agriculture  tout  entière  n'est-elle  pas, 
par  essence,  une  industrie?  Et  conçoit-on  une  industrie,  en 
dehors  de  la  transformation  des  produits?  Le  moyen  de 
faire  une  distinction  logique  entre  l'opération  qui  consiste, 
par  exemple,  à  extraire  le  sucre  de  la  betterave  ou  le  beurre 
du  lait,  et  celle  qui  consiste  à  convertir  le  produit  végétal 
en  produit  animal?  Si  la  corporation  peut  posséder  une 
sucrerie,  une  distillerie,  il  faut  aller  plus  loin  :  il  faut,  pour 
être  logique,  aller  jusqu'à  demander  qu'elle  soit  propriétaire 
de  l'étable,  qu'elle  possède  et  exploite  le  champ  lui-même, 
cette  usine  primaire  du  cultivateur!  A  cet  égard,  l'honorable 
M.  Vandervelde  ne  me  contredira  pas. 

L'amendement  de  M.  Helleputte  tend  donc  en  fin  de 
compte,  à  une  véritable  socialisation  du  sol  et  des  instru- 
ments de  travail.  Voilà  où  vous  aboutirez,  le  jour  où  vous 
serez  amenés  à  subir  toutes  les  conséquences  du  principe 
qvie  vous  voulez  poser  aujourd'hui. 

Ces  paroles  renferment,  à  coup  sur,  une  large  part 
de  vérité,  et  ce  n'est  pas  sans  raison  qu'un  autre  député 
conservateur,  M.  de  Lantsheere,  a  pu  dire  que  «  l'idéal 
des  Boerehbonden,  c'était  une  sorte  de  collectivisme 
décentralisé  ». 

Nous  savons  bien  que,  dans  la  pensée  de  leurs  pro- 
moteurs, les  corporations  chrétiennes  s'arrêtent  à  mi- 
chemin  ;  qu'elles  repoussent  tous  ceux  qui  ne  font  pas 
adhésion  formelle  au  principe  de  la  propiiété  privée; 


LA    PETITE    PROPRIETE    RURALE  99 

qu'elles  essaient  d'adapter  au  milieu  moderne  les. 
formes  médiévales  de  la  production  ;  qu'elles  n'ont,  au 
fond,  d'autre  but,  que  de  faire  la  part  du  feu,  de  vacci- 
ner les  paysans  contre  le  socialisme,  en  leur  inoculant 
un  peu  du  virus  socialiste. 

Mais,  l'avenir  des  associations  rurales  ne  dépend  pas 
des  conceptions  théoriques,  des  préférences  indivi- 
duelles de  ceux  qui  les  ont  fondées  :  les  paysans,  que 
l'on  a  groupés  d'abord  contre  les  petits  commerçants, 
—  les  boucs  émissaires  du  capitalisme,  —  manifestent 
déjà  l'intention  d'industrialiser  eux-mêmes  leurs  pro- 
duits, et,  par  conséquent,  de  se  débarrasser  des  capita- 
listes qui  exploitent  les  industries  agricoles. 

Si,  comme  c'est  infiniment  probable,  ces  derniers 
résistent  victorieusement  à  leur  effort,  écrasant  comme 
des  mouches  les  coopératives  de  production  qui  essaient 
de  leur  faire  concurrence,  les  cultivateurs  se  tourneront 
nécessairement  du  côté  de  ceux  qui  réclament  la  socia- 
lisation des  fabriques  de  sucre,  des  distilleries,  des 
manufactures  de  tabac,  en  un  mot,  de  toutes  les  gran- 
des industries  agricoles. 

Et,  à  mesure  que  s'effaceront  ainsi  leurs  préjugés 
actuels  contre  la  socialisation  des  moj^ens  de  produc- 
tion, qu'une  propagande  socialiste  intégrale  leur  mon- 
trera les  misères  qui  résultent  de  l'appropriation 
capitaliste  du  sol,  ils  comprendront  plus  facilement 
que  leur  propriété  parcellaire,  humble  larve  dont 
l'existence  arrive  à  son  terme,  doit  se  chrysalider  sous 
forme  coopérative,  en  attendant  qu'elle  prenne,  —  en 
régime  socialiste,  —  sa  forme  définitive  et  parfaite. 
Sinon,  arrêtée  dans  son  développement,  rongée  par  les 
parasites,  privée  de  ses  moyens  de  défense  contre  un 


lOO     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

milieu  de  plus  en  plus  défavorable,  elle  sera  fatale- 
ment absorbée  par  la  proprié*;é  capitaliste,  mieux 
armée  pour  la  lutte  et  mieux  adaptée  au  milieu 
moderne. 

Expropriation  ou  coopération,  tel  est  le  dilemne  qui 
se  pose,  pour  les  paysans  que  l'évolution  capitaliste  n'a 
pas  déjà  séparés  de  leur  moyen  de  production, 

La  propagande  socialiste  doit  donc  leur  montrer, 
en  même  temps,  l'expropriation  inévitable  pour  le 
producteur  isolé,  et  le  salut  possible  pour  les  produc- 
teurs associés. 

Il  faut  aller  à  eux  sans  rien  cacher  de  notre  idéal 
et  sans  rien  proposer  qui  soit  en  contradiction  avec 
celui-ci. 

Réduction  des  charges  fiscales,  diffusion  de  l'en- 
seignement agricole,  intervention  des  pouvoirs  publics 
au  profit  des  associations  rurales,  soit  pour  perfectionner 
leurs  formes  légales,  soit  pour  leur  avancer  des  capitaux 
et  leur  octroyer  des  subsides,  expropriation  des  grandes 
industries  agricoles,  organisation  sociale  de  la  vente  des 
produits,  etc.,  telles  sont,  à  titre  exemplatif,  les  réfor- 
mes immédiates  qui  peuvent,  et  doivent,  à  notre  avis, 
être  réclamées  par  les  socialistes,  pour  amélioier  la 
situation  des  paysans. 

Mais  si  nous  respectons  leur  propriété  individuelle,  si 
nous  encourageons  leur  propriété  coopérative,  nous 
devons,  ayant  tout  et  surtout,  ne  jamais  négliger  une 
occasion  de  leur  faire  sentir,  par  des  exemples  clairs  et 
tangibles,  (]ue,  dans  la  société  qui  grandit  autour  d'eux, 
leur  amour  farouche  de  la  terie  aboutit  fatalement  à 
l'appauvrir,  à  l'épuiser,  ou  à  l'endetter,  ne  laissant  au 
paysan  (]ue  l'écorce,  donnant  l'amande  à  ses  créanciers. 


LA    PETITE    PROPRIETE    RURALE  lOI 

Et  agir  autrement,  nous  répandre  en  déclarations 
d'amour  à  la  petite  propriété,  ce  serait  peut  être  le 
moyen  de  faire  pénétrer  plus  facilement  les  socialistes 
dans  les  campagnes,  mais  en  laissant  le  socialisme 
à  la  maison.  Et  à  quoi  servirait-il  de  conquérir  le 
monde,  si  nous  devions  perdre  notre  âme  ? 

Notre  devoir  est  donc  de  déclarer  hautement,  —  à 
ceux  là  même  dont  les  préjugés  s'en  inquiètent,  —  que 
la  nouvelle  terre  promise  n'est  plus  et  ne  peut  plus  être 
celle  que  le  Dieu  de  la  Bible  distribua  jadis  aux  enfants 
d'Israël  :  «  Chaque  chef  de  famille  reçut  son  champ  en 
partage,  et  la  loi  avait  rendu  inaliénable  le  champ,  ainsi 
que  la  maison  qui  y  était  élevée...  Elle  voulait  que 
chacun  fut  heureux  à  l'ombre  de  sa  vigne  et  de  son 
figuier,  et,  que  nul  ne  put  l'y  troubler,  n 

Ce  homestead  biblique  n'existe  plus,  et  n'existera  plus 
jamais  que  dans  l'imagination  pieuse  des  membres  de 
la  Ligue  du  coin  de  terre  et  du  foyer  insaisissables.  Le 
petit  cultivateur  d'aujourd'hui,  n'a  plus  le  temps  de  se 
reposer  sous  son  arbre  ;  toutes  les  lois  du  monde  n'em- 
pêcheraient pas  l'invisible  puissance  du  capital  de 
venir  l'y  troubler  et  il  serait  aussi  facile  de  remplacer  le 
Code  Napoléon  par  les  tables  de  Moïse  que  de  donner 
à  chacun,  dans  le  système  capitaliste  moderne,  un  petit 
champ  où  il  vivrait  à  l'aise,  entouié,  comme  un 
patriarche,  des  membres  de  sa  famille. 

Notre  terre  promise,  à  nous,  ne  sera  pas  découpée 
en  une  multitude  de  parcelles,  péniblement  écorchées, 
avec  des  instruments  de  sauvages.  Chacun  y  aura  sa 
maison,  s'il  le  désire;  sa  place  dans  une  maison  com- 
mune, s'il  le  préfère;  mais  il  n'}'  aura  plus  de  clôtures 
autour  des  châteaux,  dé  pièges  à  loups  dans  les  parcs 


I02      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

et  de  bornes  dans  les  champs,  limités  seulement  par  les 
besoins  de  la  culture.  Les  terres  seront  inaliénables, 
mais  au  profit  de  la  collectivité  ;  il  y  poussera  des 
vignes,  mais  dans  nos  froids  pays,  on  devra  les  mettre 
sous  verre,  et,  si  l'on  cultive  encore  des  céréales,  —  en 
un  temps  où  peut  être  on  fabriquera  les  aliments  par 
d'autres  mo3-ens,  —  c'est  à  l'abri  des  crises,  de  l'angoisse 
des  ventes  difficiles,  des  fermages  lourds  et  des  dettes 
onéreuses,  qu'à  l'heure  du  repos  le  travailleur  du  sol 
contemplera,  sur  la  terre  féconde,  ((  le  sourire  paisible 
et  rassurant  des  blés.  » 


II 

LES  VILLES  TENTACULAIRES 


«  Quelles  sont,  parmi  nous,  les  causes 
))  qui  concourent  à  diminuer  le  nombre  des 
»  agricoles?  Ou,  pour  mieux  dire,  quelles 
»  sont  les  causes  qui  n'y  concourent  pas? 
n  La  guerre,  la  marine,  la  finance,  la  jus- 
»  tice,  le  commerce,  les  arts,  les  églises 
»  même,  arrachent,  tour  à  tour,  les  enfants 
n  de  nos  cultivateurs,  aux  hameaux  qui 
»  les  ont  vu  naître  ». 

(Les  Ephémérides  du  citoyen.   1765). 

J'habite  la  commune  de  La  Hulpe,  aux  environs  des 
plaines  de  Waterloo. 

C'est  la  Creuse  de  la  Belgique,  le  pays  des  maçons  et 
des  plafonneurs.  Tous  les  villages  d'alentour  envoient, 
chaque  matin,  des  centaines  d'ouvriers  du  bâtiment, 
travailler  à  Bruxelles.  La  ville  est  à  18  kilomètres  de 
distance,  derrière  les  hautes  futaies  de  la  forêt  de 
Soignes.  Invisible  pendant  le  jour,  elle  apparaît  seule- 
ment, comme  un  mirage,  dans  les  nuits  obscures,  avec 
ses  lumières  projetées  sur  le  ciel  nuageux. 

Symbolique  spectacle,  qui  fait  songer  à  ces  vers 
d'Emile  Verhaeren  : 


I04     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Lorsque  les  soirs 

Sculptent  le  tirmameut  de  leurs  marteaux  d'ébène, 

La  ville,  au  loin,  s"étale  et  domine  la  plaine 

Comme  un  nocturne  et  colossal  espoir; 

Elle  surt;it  :  désir,  splendeur,  hantise  ; 

Sa  clarté  se  projette  en  miroirs  jusqu'aux  cieux. 

Son  gaz  myriadaire  en  buisson  d"or  s'attise. 

Ses  rails  sont  des  chemins  audacieux 

Vers  le  bonheur  fallacieux 

Que  la  fortune  et  la  force  accompapient  ; 

Ses  murs  s'enflent,  pareils  à  une  armée 

Et  ce  qui  vient  d'elle  encore  de  brume  et  de  fumée 

Arrive,  en  appels  clairs,  vers  les  campa£,nies. 

r/est  la  ville  tentaculaire... 

C'est  elle,  en  effet,  ce  sont  les  grandes  cités  aux  tenta- 
cules d'acier,  filles  du  capitalisme,  qui  absorbent  de 
plus  en  plus  les  hommes,  les  produits  et  l'argent  des 
campagnes  :  l'argent  sous  forme  d'impôt  et  de  fermage  ; 
les  produits,  dépréciés  par  la  concurrence  mondiale, 
affluant  aujourd'hui  des  quatre  coins  de  la  terre,  pour 
emplir  les  ventres  de  Paris,  de  Berlin  ou  de  Londres; 
les  hommes,  enfin,  déracinés,  expropriés  de  leurs 
«  biens  de  famille  /),  de  leurs  communaux,  de  leurs 
industries  du  fo^'er,  réquisitionnés  par  la  caserne,  le 
magasin  ou  la  fabrique,  hallucinés  par  la  ville-lumière, 
comme  ces  oiseaux  marins  qui,  le  soleil  tombé,  volent 
éperdus  vers  la  clarté  des  phares. 

En  Angleterre,  où  Anderson  (iraham  a  étudié, 
dans  un  fort  beau  livre,  les  conséquences  de  l'exode 
rural,  la  moitié  de  la  population  habite  les  grandes 
villes,  le  chiffre  des  ouvriers  agricoles  est  tombé  de 
996,000  en  1871,  à  moins  de  huit  cent  mille,  soit  une 
1  éduction  de  plus  de  vingt  pour  cent,  et  cette  réduction 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  Io5 

engendre  de  telles  difficultés,  que,  le  22  février  1892,  le 
Ministre  de  l'agriculture  s'écriait,  à  la  Chambre  des 
Communes,  «  que  la  question  de  l'avenir,  ce  ne  sera 
pas  la  question  de  la  concurrence  étrangère,  mais  la 
difficulté  pour  les  fariner  s  de  trouver  des  ouvriers  ». 

En  France,  la  population  urbaine  représentait  en 
1S46,  24  "/o,  en  i8gi,  37  °/o  de  la  population  totale  et 
l'on  peut  admettre  que,  vers  1820,  la  moitié  de  la  popu- 
lation habitera  dans  les  villes.  De  1891  à  1896,  la 
population  urbaine  (communes  de  plus  de  2,000  hab.) 
s'est  accrue  de  714520  personnes,  tandis  que  la  popula- 
tion rurale  a  diminué  de  5394g3. 

En  Allemagne,  les  derniers  recensements  de  la 
population  établissent  que  l'exode  rural,  commencé  plus 
tard  qu'en  Angleterre  ou  en  France,  auginente  au- 
jourd'hui avec  la  rapidité  d'une  avalanche.  C'est  ainsi 
que,  malgré  l'énorme  acroissement  de  la.  population 
totale,  que  révèle  le  recensement  de  1901,  nombre  de 
districts  ruraux,  surtout  dans  les  provinces  de  la  Prusse 
Orientale,  ont  vu  diminuer  le  chiffre  de  leurs  habitants. 
De  plus  en  plus,  la  population  se  concentre  dans  les 
villes,  et  ces  migrations  internes  ont  une  telle  impor- 
tance que,  suivant  le  mot  du  professeur  Sering,  elles 
laissent  loin  derrière  elles,  au  point  de  vue  de  leurs 
effectifs,  celles  qui  se  sont  produites,  il  y  a  quinze  cents 
ans. 

Les  mêmes  phénomènes  se  retrouvent  à  des  degrés 
divers,  dans  tous  les  pays  où  l'industrie  a  pris  quelque 
développement,  mais,  plus  encore  que  partout  ailleurs, 
c'est  en  Belgique,  avec  ses  deux  cents  habitants  par 
kilomètre  carré,  ses  fourmilières  industrielles,  ses  chefs- 
lieux  de  province,  à  peine  séparés  par  une  ou  deux 


I06     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

heures  de  chemin  de  fer,  que  l'action  des  villes  sur  les 
campagnes  se  fait  énergiquement  sentir. 

Nous  nous  proposons  de  rechercher  ci-après  les  con- 
séquences qui  en  résultent,  au  point  de  vue  des  condi- 
tions du  travail,  de  la  culture  et  de  la  propriété 
foncière. 


CHAPITRE    I 
L'âge  d'or  des  propriétaires  fonciers 

Le  lo  janvier  1845,  dans  une  lettre  adressée  au  séna- 
teur Biolley,  sur  la  condition  des  laboureurs  et  des 
ouvriers  belges,  J.  Arrivabene  décrivait  en  ces  termes 
l'influence  exercée  par  le  développement  des  villes  et 
des  centres  industriels,  sur  la  rente,  les  profits  et  les 
salaires  : 

(I  Dans  la  distribution  de  ses  bienfaits,  la  part  que  la 
Providence  a  faite  à  la  Belgique,  est  aussi  grande  que 
belle.  Ses  villes,  couvertes  de  nobles  monuments  élevés 
par  la  piété  et  le  génie  de  leurs  habitants,  ses  gigantes- 
ques travaux  d'art,  ses  grands  établissements  d'industrie, 
ses  beaux  villages,  ses  riantes  campagnes,  sont  des 
témoignages  aussi  irréfragables  que  glorieux,  d'une 
richesse  à  la  création  de  laquelle  plusieurs  générations 
successives  ont  contribué. 

»  Mais  il  y  a  peu  de  pays  aussi  où  le  phénomène  que 
nous  avons  signalé  plus  haut  —  l'acroissement  de  la 
part  proportionnelle  de  richesses  dévolue  aux  proprié- 
taires —  se  soit  manifesté  d'une  manière  plus  saisis- 
sante qu'en  Belgique. 

»  L'individu  qui,  au  commencement  de  ce  siècle, 
aurait  employé  dans  ce  pays  une  somme  d'argent  en 
achat  de  terres,  aurait  doublé  et  plus  que  doublé  son 
capital,  et  augmenté  de  beaucoup  son  revenu.  Celui, 
au  contraire  qui,  à  dater  de*  la  même  époque,  aurait 
placé  et  replacé  successivement  à  intérêt  une  somme 


Io8     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

égale  d'argent,  non  seulement  ne  posséderait  pas  un 
capital  plus  grand  qu'alors,  mais  il  se  trouverait  avoir 
un  revenu  réduit  par  la  baisse  progressive  des  intérêts 
et  la  dépréciation  de  la  monnaie.  Et  quant  aux  travail- 
leurs, peut-on  dire  qu'ils  aient  partagé  les  brillantes 
destinées  des  acquéreurs  de  terres  ?  Absolument 
non  »  (i). 

Arrivabene  affirmait  cependant  que  le  salaire  réel  des 
travailleurs,  leur  «  part  réelle  des  choses  produites  » 
avait  quelque  peu  augmenté,  mais  il  suffît  de  jeter  un 
coup  d'œil  sur  les  diagrammes  de  l'Atlas  économique 
d'Hector  Denis,  pour  se  convaincre  que  pendant  toute 
cette  période,  le  mouvement  ascensionnel,  à  peine 
marqué,  des  salaires,  et  spécialement  des  salaires  agri- 
coles, n'a  suivi  que  de  très  loin  l'élévation  progressive 
du  prix  des  denrées  et  du  taux  des  fermages. 

La  concurrence  des  pays  neufs  n'agissait  pas  encore 
sensiblement  sur  le  prix  des  denrées  ;  l'acroissement  de 
la  population  et  le  développement  de  l'industrie  aug- 
mentaient constamment  la  demande  des  produits  agri- 
coles :  c'était  l'âge  d'or  des  propriétaires  fonciers;  mais 
ce  fut  l'âge  d'airain  du  prolétariat,  quand,  à  la  fin  de 
la  cinquième  décade,  la  révolution  capitaliste  de  l'in- 
dustrie textile,  coïncidant  avec  de  mauvaises  récoltes, 
jeta  des  milliers  de  travailleurs  sur  le  pavé. 

u  Nul  ne  peut  méconnaître,  écrivait  Ducpétiaux,  en 
i853  —  dans  ses  Budgets  économiques  de  la  classe  ouvrière 
—  la  gravité  de  cette  situation  qui  se  manifeste  par  le 
prix  élevé  des  baux,  la  concurrence  des  locataires, 
l'abaissement    graduel  de   la  condition  du  paysan,   le 

(i)  Sur  la  condition  des  labourcuvs  cl  des  ouvriers  belges,  p.  j., 
Bruxelles,  1845. 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  IO9 

chômage  fréquent  et  la  réduction  du  taux  de  la  journée 
de  l'ouvrier  agricole.  Tant  que  la  petite  propriété  et  la 
petite  culture  ont  pu  être  considérées  comme  l'expres- 
sion d'un  fait  normal,  comme  le  signe  d'une  sorte 
d'égalité  d'aisance  ;  tant  que  l'association  du  travail 
agricole  au  travail  manufacturier  a  continué  à  exercer 
sa  bienfaisante  influence,  on  a  pu  se  dissimuler  les 
inconvénients  du  régime;  on  a  pu  même  l'exalter  et  le 
proposer  comme  modèle  avec  une  apparence  de  raison. 
Mais,  lorsque  les  propriétaires,  séduits  par  l'espoir 
d'augmenter  leurs  revenus,  ont  continué  et  continuent 
à  dépecer  leurs  fermes;  lorsque  la  chute  de  l'industrie 
linière  a  enlevé  au  petit  cultivateur  sa  ressource  la  plug 
précieuse,  lorsque  la  maladie  des  pommes  de  terre, 
continuant  ses  ravages,  menace  sérieusement  jusqu'à 
l'existence  des  infortunés  qui  sont  forcément  réduits  à 
la  culture  de  ce  tubercule,  il  devient  de  plus  en  plus 
urgent  d'aviser  aux  moyens  de  rétablir  le  rapport  entre 
l'étendue  des  cultures  et  le  nombre  de  bras  nécessaires 
pour  l'économie  des  travaux,  et  par  suite  de  relever  le 
salaire  de  l'ouvrier  agricole,  de  manière  à  le  mettre  à 
même  de  subvenir  à  ses  besoins  les  plus  impérieux  ». 

En  somme  donc,  à  cette  époque,  l'action  des  villes 
sur  les  campagnes  se  traduisait  par  le  renchérissement 
des  produits  agricoles,  l'augmentation  du  taux  des  fer- 
mages, la  destruction,  par  l'industrie  mécanique,  des 
formes  anciennes  de  la  production. 

On  imaginerait  difficilement  un  plus  parfait  contraste 
que  cette  situation  et  la  situation  actuelle  de  l'agricul- 
ture, que  les  plaintes  de  Ducpétiaux  sur  la  condition 
des  ouvriers  ruraux  et  celles  de  nos  agrariens  sur  leur 
propre  condition. 


IIO     ESSAIS  SUR  LA  Ql^ESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

En  i853,  la  population  tout  entière  souffrait  de 
l'accroissement  de  la  rente,  au  profit  exclusif  des  proprié- 
taires fonciers;  ceux-ci  gémissent  maintenant  de  la 
dépréciation  du  sol  et  de  l'abaissement  des  fermages. 

On  se  lamente  aujourd'hui  sur  l'avilissement  des  prix 
et  l'envahissement  des  céréales  étrangères  ;  il  y  a 
cinquante  cinq  ans,  le  Ministre  des  finances  s'effrayait, 
au  contraire,  du  déficit  de  nos  récoltes  (i). 

On  déplore  enfin  la  raréfaction  de  la  main  d'œuvre 
agricole,  l'impossibilité  presque  absolue  de  trouver 
de  bons  valets  de  ferme,  l'exode  croissant  des  travail- 
leurs vers  les  villes  et  les  centres  industriels.  Plus 
de  cent  mille  ouvriers  habitant  la  campagne,  prennent 
le  chemin  de  fer,  tous  les  matins,  vers  Bruxelles,  Liège, 
Anvers,  Charleroy  et  autres  localités.  Dès  le  printemps 
et  jusqu'en  hiver,  des  milliers  de  Flamands,  moisson- 
neurs, briquetiers,  terrassiers,  arracheurs  de  betteraves, 
se  répandent  dans  toute  la  Wallonie,  dans  les  départe- 
ments du  nord  et  même  du  centre  de  la  France,  partout 
où  ils  espèrent  gagner  de  quoi  vivre  pendant  la  mau- 
vaise saison.  Il  semble  que  ces  «  instincts  nomades  )>- 
soient  innés  chez  les  Belges  en  généial,  chez  les  Flamands 
en  particulier,  et  cependant,  dans  son  u  Mémoire  sur  le 
paupérisme  des  Flandres  »,  Ducpétiaux  considérait  au 
contraire    comme    leur    caractéristique    essentielle    la 

(])"  De  1830  à  1839,  nos  importations  de  céréales  (seigle  et  f  o- 
rnent)  ont  été  en  moyenne  de  41  millions  par  année;  de  1840  à  1852 
cette  moyenne  s" est  élevée  annuellement  à  102  millions  d'hectolitres. 

»  Si  à  l'ombre  de  la  paix,  la  population  de  la  Belgique  continue  à 
s'accroître  dans  la  même  proportion,  avant  dix  ans,  le  déficit  de  nos 
récoltes  de  céréales  —  je  n'ose  presque  pas  dire  le  chiffre  —  sera  d'à 
peu  près  deux  millions  d'hectolitres.  .Je  reste  au-dessous  de  la  vérité, 
pour  que  ces  chiffres  ne  puissent  pas  être  contestés  ».  (Annales parle- 
meiitaires.  Chambre  des  représentants,  25  novembre  1853). 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  III 

«  tendance  à  l'isolement  »,  la  «  répugnance  à  se  dépla- 
cer »,  les  «  dispositions  sédentaires  »,  qui  les  attachaient 
désespérément  à  la  glèbe  natale  (i). 

Pour  déraciner  ces  terriens  et  transformer  en  noma- 
des ces  ouvriers,  qui  rompaient  leur  contrat  d'engage- 
ment au  bout  de  quelques  jours  passés  hors  de  chez 
eux,  il  n'a  fallu  rien  moins  qu'un  bouleversement 
complet  de  l'ancienne  économie  rurale. 

C'est  ce  qui  arriva,  lorsque  la  concurrence  de  l'industrie 
des  villes  tua,  dans  les  campagnes,  l'industrie  linière  et 
d'autres  industries  accessoires  du  travail  agricole. 

(i)  «  Lorsque  l'ouvrier  anglais  ou  allemand  voit  décliner  le  travail 
et  s'approcher  la  misère,  il  cherche  à  échapper  au  danger  en  transfor- 
mant son  industrie,  en  demandant  ailleurs  les  moyens  d'occupation 
qui  viennent  à  manquer  chez  lui  :  il  s'ingénie  pour  se  tirer  d'embarras, 
il  lutte  jusqu'au  bout  ;  l'ouvrier  flamand,  au  contraire,  se  résigne  sur 
place  aux  plus  dures  privations;  sans  rien  changer  à  ses  habitudes,  il 
réduit  son  ordinaire;  victime  de  la  routine,  il  succombe  sur  son 
métier,  sans  avoir  pris  la  peine  de  l'abandonner.  Aurait-il  d'ailleurs 
la  velléité  d'aller  demander  l'emploi  de  ses  bras  dans  une  autre  pro- 
vince ou  dans  un  aiUre  pays?  Il  en  est  le  plus  souvent  empêché  par 
l'obstacle  de  la  différence  du  langage;  si  cet  obstacle  ne  l'arrête  pas, 
le  souvenir  du  village,  de  la  famille,  la  nostalgie,  ne  tardent  pas  à  le 
ramener  à  son  domicile.  On  a  vainement  essayé  d'appliquer  des 
ouvriers  flamands  aux  travaux  de  terrassement  exéciués  dans  les 
Flandres  ;  ils  ont  renoncé  les  uns  après  les  autres  aux  avantages  qui 
leur  étaient  offerts,  préférant  aller  reprendre  le  collier  de  misère 
suspendu  au  fo}er  domestique  ». 


CHAPITRE  II 

La  révolution  industrielle  dans  les  campagnes 

Des  renseignements  publiés  par  le  Département  de 
l'intérieur,  dans  le  Moniteur  bels^e  du  i3  mai  1846,  portent 
à  328.24g,  le  nombre  d'individus  de  tout  âge  et  des. 
deux  sexes,  occupés,  en  1843,  dans  les  diverses  branches, 
de  l'industrie  linière.  D'après  ce  relevé  qui  comprenait 
quatre  provinces,  les  deux  Flandres,  le  Hainaut  et  le 
Brabant,  les  ouvriers  se  subdivisaient  comme  suit  : 

57.(S2i   tisserands, 
194.091    fileuses, 
76.337  tailleurs  et  séranceurs. 


32S.249 

Presque  tous  ces  ouvriers  habitaient  la  campagne  et 
combinaient  leur  travail  avec  l'agriculture  :  le  sol  pro- 
duisait la  matière  première;  tous  les  membres  de  la 
famille  concouraient  aux  diverses  manipulations  du  lin  ; 
les  occupations  étaient  alternées  :  le  chef  de  famille 
passait  de  la  culture  de  son  champ  à  son  métier;  la 
ménagère  quittait  son  rouet  pour  veiller  aux  soins  du 
ménage;  chacun  avait  sa  tâche  et  nul  instant  n'était 
perdu.  La  vente  du  fil  et  de  la  toile  suffisait  au  paiement 
du  loyer  et  des  contributions.  La  petite  culture,  associée 
à  la  filature  et  au  tissage,  dit  Ducpétiaux,  apparaissait 
aux  yeux  de  tous  comme  l'expression  d'un  système  qui 
était  proposé  comme  modèle  aux  autres  nations. 

De  ce  système,  on  peut  dire  qu'il  ne  reste^^plus  que 
des  survivances  insignifiantes'. 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  Il3 

Pas  plus  que  John  Ruskin,  dans  le  Westmoreland, 
celui  qui  voudrait  ressusciter  les  anciennes  fileuses,  ne 
parviendrait  à  trouver  un  rouet  dans  nos  campagnes. 
Les  derniers  tisserands  à  la  main  sont  à  la  veille  de  dis- 
paraître. Au  dernier  recensement  industriel  (3i  octobre 
1896),  il  n'y  avait  plus  que  34,236  personnes  —  dix  fois 
moins  que  quarante  années  auparavant  —  occupées 
dans  l'industrie  linière  :  23,466  ouvriers  et  ouvrières 
de  fabrique  et  seulement  10,770  ouvriers  à  domicile. 

Quant  aux  autres,  ou  à  leurs  descendants,  obligés  de 
chercher  au  dehors  les  moyens  d'existence  qu'ils  ne 
trouvent  plus  chez  eux,  les  uns  travaillent  dans  les 
villes  de  fabrique,  d'autres  sont  allés  grossir  la  clientèle 
des  riches  bureaux  de  bienfaisance  d'Ypres,  de  Bruges 
ou  d'Audenarde;  il  en  est  qui,  venant  tous  les  jours  du 
cœur  de  la  Flandre  ou  formant  de  véritables  colonies  en 
pays  wallon,  travaillent  dans  les  charbonnages  du  Hai- 
naut  (i);  les  plus  nombreux,  enfin,  forment  le  principal 
contingent  de  cette  grande  armée  ouvrière  qui  s'en  va, 
tous  les  ans,  faire  campagne  en  France  et  dans  le  grand 
duché  de  Luxembourg. 

C'est  ce  qui  résulte,  à  toute  évidence,  des  statistiques 
qui  nous  ont  été  communiquées  par  le  Département  de 
l'intérieur  :  les  arrondissements  qui  envoient  le  plus 
grand  nombre  d'ouvriers  agricoles  à  l'étranger  sont 
ceux  d'Alost,  de  Gand,  de  Termonde,  d'Audenarde  et 

(i)  Auliameau  de  Taillis-Pré,  près  de  Charleroy,  la  population 
flamande  est  si  nombreuse  qu'à  l'église  on  prêche  en  flamand  tous  les 
dimanches.  F^es  ouvriers  flamands  de  l'arrondissement  d'Alost. et  du 
sud  de  l'arrondissement  de  Bruxelles,  qui  tous  les  jours  viennent 
travailler  dans  les  mines,  se  dirigent  surtout  vers  les  charbonnages  du 
Centre  où  la  main  d'œu\Te  commence  à  devenir  insuffisante  :  un 
grand  nombre  d'ouvriers  mineurs,  en  effet,  trouvant  leur  métier  trop 
pénible,  font  de  leurs  enfants  des  métallurgistes,  des  employés,  etc. 


114      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

d'Ath,  c'est-à-dire  précisément  les  principaux  centres 
de  l'industrie  linière  il  y  a  cinquante  ans. 

Il  en  est  de  même  d'ailleurs  en  Allemagne,  où 
M.  Sohnrey  considère  également  la  décadence  du  tissage 
à  la  main  comme  une  des  principales  causes  de  l'exode 
rural. 

Ce  ne  sont  donc  pas,  tout  au  moins  au  début  de  l'évo- 
lution capitaliste,  les  villes  qui  attirent  les  ouvriers 
ruraux,  mais  les  campagnes  qui  les  repoussent,  qui 
déversent,  dans  les  régions  urbaines  et  industrielles,  le 
trop-plein  de  leur  population. 

Mais  cette  surpopulation  est  toute  relative.  Elle  pro- 
vient de  l'aliénation  des  communaux,  de  la  concentra- 
tion et  du  morcellement  excessifs  des  propriétés,  de  la 
destruction  des  industries  rurales  accessoires. 

Or,  toutes  ces  transformations  dérivent  en  dernière 
analyse  d'une  seule  et  même  cause  :  l'action  des  villes 
tentaculaires,  dont  les  habitants  acquièrent  les  propriétés 
rurales  et  dont  les  fabriques  détruisent  les  formes 
archaïques  de  la  production,  qui  survivaient  encore 
dans  les  campagnes. 

Ceux  qui  pensent  que  l'agriculture  ne  subit  que  fai- 
blement l'influence  capitaliste,  oublient  que  successive- 
ment toutes  les  branches  qui  constituaient  jadis  une 
exploitation  agricole  se  détachent  du  tronc  principal, 
pour  former  des  industries  distinctes. 

11  y  a  cinquante  ans,  par  exemple,  presque  tous  les 
fermiers  brassaient  eux-mêmes  leur  bière  :  le  seul  sou- 
venir qui  reste  actuellement  de  ce  mode  de  production 
patriarcal,  ce  sont  les  houblons  sauvages,  derniers  ves- 
tiges des  houblonnières  familiales,  que  l'on  trouve 
encore  fréquemment  dans  les  haies  du  Brabant  Wallon. 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  I  l5 

Vers  i835,  fleurissait  l'alambic  de  famille  :  on 
comptait  en  Belgique  plus  de  2,000  distilleries  agrico- 
les. Aujourd'hui,  les  dernieis  distillateurs  agricoles 
individuels  achèvent  de  disparaître,  tués  par  la  concur- 
rence de  la  distillerie  industrielle  et  des  pseudo-coopé- 
ratives agricoles,  qui  se  sont  constituées  à  la  suite  de 
la  loi  sur  les  distilleries  de  1896  (i). 

Cette  irrémissible  décadence  des  industries  de  la 
ferme  et  du  foyer,  liées  au  travail  agricole,  se  manifeste 
dans  toutes  les  branches  de  la  production  et,  toujours, 
a  pour  résultat  de  transformer  en  ouvriers  nomades  ou 
industriels,  les  petits  cultivateurs  et  les  artisans  de 
village,  expropriés  de  leurs  moyens  de  production.  Ce 
qui  s'est  produit  en  Flandre  pour  l'industrie  linière,  se 
produit,  en  ce  moment,  pour  l'armurerie  dans  le  pays 
de  Liège,  pour  la  saboterie  dans  d'autres  régions. 

Les  couteliers  des  environs  de  Gembloux,  qui  jadis 
cultivaient  en  môme  temps  un  petit  lopin  de  terre,  sont 
devenus  des  ouvriers  ambulants  :  depuis  que  la  coutel- 
lerie ne  va  plus,  ils  s'emploient  dans  les  sucreries,  à 
aiguiser  les  couteaux  à  betteraves. 

Les  tisserands  de  la  vallée  de  la  Lasne  (Ohain,  Plan- 
cenoit,  Rixensart)  —  depuis  l'établissement  des  métiers 
mécaniques  à  Braine  l'Alleud,  se  sont  faits  maçons  ou 
plafonneurs  et  vont  tous  les  jours  travailler  à  Bruxelles. 

De  même,  quantité  de  scieurs  de  long,  depuis  que 
l'on  emploie  des  scieuses  à  vapeur  ambulantes. 

Ou  bien  encore  —  et  nous  connaissons  peu  d'exem- 
ples aussi  frappants  d'une  industrie  locale  déformée  par 
le  capitalisme  —  les  chapeliers  en  paille  de  la  vallée  du 
Geer  (Liège  et  Limbourg). 

(1)  Voir  infra  :  III.  —  La  Coofération  rurale  en  Belgique. 


Il6     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

A  l'époque  où  E.  de  Laveleye  décrivait  cette  industrie, 
dans  son  rapport  sur  l'agriculture  belge  à  l'exposition 
de  Paris  (1878),  elle  était  encore  en  pleine  prospérité, 
donnait  lieu  à  un  mouvement  d'affaires  de  six  à  sept 
millions,  pour  une  vingtaine  de  villages,  et  avait  sa 
base  naturelle  dans  la  constitution  géologique  du  sol  et 
les  conditions  spéciales  de  la  culture  :  «  Les  terrains 
crétacés  de  Alaestricht,  se  poursuivant  dans  le  bassin 
du  Geer,  donnent  aux  pailles  des  céréales  ceitaines 
qualités  particulières  :  de  la  souplesse,  de  la  force  et 
surtout  une  blancheur  que  l'on  ne  peut  obtenir,  dit-on. 
nulle  part  au  même  degré  ». 

Il  y  a  quelque  vingt  ans  donc,  l'industrie  chapelière. 
dans  cette  région,  se  rattachait  directement  au  travail 
agricole  :  les  familles  ouvrières  se  procuraient  dans  les 
fermes  d'alentour,  ou  produisaient  sur  une  pièce  de 
terre  prise  en  location,  la  paille  d'épeautre,  dont  le 
chaume  était  emplo3'é  de  préférence  pour  le  tressage. 
Les  enfants,  les  filles  et  les  femmes  faisaient  la  tresse, 
soit  en  menant  paître  les  vaches,  soit  à  domicile  en 
surveillant  le  ménage,  soit  à  Vsize,  à  la  soirée,  quand 
les  tresseuses  se  rendaient  en  collectivité  dans  une 
même  maison,  pour  s'adonner  à  leur  travail.  Les  chape- 
liers, c'est-à-dire  presque  tous  les  hommes  valides,  se 
rendaient  dans  les  principales  villes  de  l'Europe  où  ils 
cousaient  et  apprêtaient,  suivant  le  goût  local,  la  tresse 
qui  leur  était  expédiée  de  Glons,  de  Roclange  ou  quel- 
qu'autre  village  de  leur  vallée. 

Bref,  culture,  tressage  et  chapellerie  formaient  alors 
un  ensemble  d'opérations  intimement  liées  les  unes  aux 
autres. 

Aujourd'hui,  sous  l'influence  grandissante  du  capita- 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  II7 

lisme.  cette  ancienne  organisation  du  travail  est  en 
pleine  décomposition. 

Les  pâturages  remplacent  les  cultures  d'épeautre  ;  les 
machines  réduisent  le  nombre  des  chapeliers  et  depuis 
quelque  vingt  ans,  par  suite  de  l'introduction  du  cou- 
sage  mécanique,  beaucoup  de  filles,  de  i5  à  20  ans,  et 
jusqu'à  leur  mariage,  se  sont  mises  à  émigrer  à  leur 
tour  et  à  remplacer  les  hommes  dans  les  fabriques  de 
chapeaux.  Enfin,  l'industrie  de  la  tresse  de  paille  achève 
de  mourir,  tuée  par  l'invasion  des  tresses  fabriquées  à 
vil  prix,  en  Italie,  au  Japon,  et,  surtout,  en  Chine. 

Dans  une  étude  de  M.  Ansiaux,  nous  trouvons  des  don- 
nées intéressantes  sur  les  conséquences  de  cette  agonie 
industrielle,  au  point  de  vue  de  l'exode  vers  les  villes  : 

((  Il  n'}'  a  plus  guère  que  des  femmes,  des  enfants  et 
des  vieillards  qui  se  livrent  encore  au  tressage.  Un 
certain  nombre  d'hommes  adultes  s'y  sont  consacrés 
jadis,  à  l'époque  où  ce  travail  était  suffisamment  payé. 
Alors,  toute  la  population  masculine  de  la  vallée  du 
Geer  était  occupée  à  l'industrie  de  la  paille  (tressage  et 
fabrication  des  chapeaux).  Personne,  paîmi  eux,  n"eut 
consenti  en  ce  temps-là,  à  accepter  une  occupation 
différente.  Nul  ne  se  présentait,  par  exemple,  pour  être 
facteur  des  postes.  » 

Maintenant  la  situation  s'est  sensiblement  modifiée. 
Un  grand  nombre  d'ouvriers  mâles  ont  abandonné  la 
paille  pour  être  mécaniciens,  bouilleurs,  manœuvres 
dans  les  fabriques  du  bassin  de  Liège.  Ceux  qui  font 
encore  régulièrement  la  campagne  de  chapellerie  dans 
les  principales  villes  d'Europe,  et  qui  ne  s'y  fixent  pas 
définitivement,  cherchent,  à  leur  retour,  de  la  besogne, 
tantôt  chez  les  maraîchers  des  environs  de  Liège,  tantôt 


Il8     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

dans  les  usines.  En  sorte  qu'actuellement,  le  personnel 
de  l'industrie  du  tressage  —  considérablement  réduit  — 
est  presqu'exclusivement  féminin  et  infantile.  Et, 
comme  la  situation  empire,  d'année  en  année,  beaucoup 
de  jeunes  filles  ont  été  obligées  de  chercher  d'autres 
moyens  d'existence,  et  notamment,  de  se  faire  coutu- 
rières ou  servantes,  à  Liège  et  dans  les  communes  des 
environs. 

Aussi  la  population  a-t-elle  décru  dans  la  plupart  des 
villages  de  la  région,  et  surtout  dans  ceux  qui  se  trouvent 
éloignés  du  bassin  industriel  de  la  Meuse. 

En  résumé  donc,  la  révolution  industrielle  complète 
l'œuvre  commencée  par  l'aliénation  des  communaux  et 
la  suppression  des  droits  d'usage,  qui  consolidaient 
jadis  les  petites  exploitations  rurales. 

Au  début  du  régime  capitaliste,  —  et  nous  nous  en 
référons  sur  ce  point  aux  célèbres  chapitres  du  Capital 
de  Aiarx  —  c'était  l'éviction  brutale  des  campagnards 
qui  fournissait  aux  industriels  de  la  main-d'œuvre  à 
bon  marché  :  on  expulsait  les  tenanciers  (clearins.  of 
estâtes)  et  on  volait  les  communaux  (inclosiire  of  commons). 

Aujourd'hui  les  mêmes  résultats  sont  obtenus,  auto- 
matiquement, pour  ainsi  dire,  par  le  développement 
technique  de  l'industrie  et  de  l'agriculture  ;  les  indus- 
tries rurales  archaïques  disparaissent;  les  industries 
nouvelles  qui  s'établissent  à  la  campagne  —  sucreries^ 
fabriques  de  chicorée,  laiteries  à  vapeur  etc.  —  occupent 
un  personnel  qui  ne  participe  plus,  d'une  manière 
permanente,  à  la  culture  du  sol. 

Au  lieu  d'ouvriers  employés  toute  l'année,  la  popu- 
lation agricole  se  compose,  de  plus  en  plus,  d'un  petit 
nombre  d'ouvriers  fixes,  auxquels  viennent  s'ajouter,  à 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  II9 

certains  moments,  des  troupes  nombreuses  d'ouvriers 
adventices. 

Dans  les  environs  des  villes,  les  cultures  ordinaires 
reculent,  pour  faire  place  à  des  pâturages  et  des  reboise- 
ments. Les  machines  agricoles  réduisent  la  main- 
d'œuvre  nécessaire  ou,  plus  fréquemment,  servent  à 
combler  les  vides  causés  par  l'attraction  des  grands 
centres;  car,  dans  cette  complexe  transformation,  les 
causes  et  les  effets  s'enchevêtrent  :  si  les  ouvriers 
ruraux  et  les  petits  cultivateurs  ont  d'abord  été 
contraints  de  chercher  du  travail  en  ville,  faute  de 
trouver  chez  eux  des  moyens  d'existence  suffisants,  il 
n'est  pas  douteux  qu'aujourd'hui,  et  surtout  depuis  la 
crise  agricole,  les  facilités  des  transports,  l'appât  de 
salaires  plus  élevés,  la  contagion  de  l'exemple,  la  fasci- 
nation exercée  par  l'éclat  de  la  vie  urbaine,  constituent 
des  îacteurs  essentiels  de  l'exode  rural. 

Les  villes  tentaculaires  n'absorbent  plus  seulement  le 
trop  plein  des  campagnes;  elles  enlèvent  à  l'agriculture 
les  forces  de  travail  dont  elle  a  strictement  besoin. 

Et  c'est  ainsi  que  partout,  aux  alentours  des  grandes 
villes,  la  population  tend  à  se  réduire,  la  culture  tradi- 
tionnelle à  se  transformer,  la  propriété  paysanne,  enfin, 
à  disparaître  au  profit  de  la  propriété  parcellaire  ou  de 
la  propriété  capitaliste. 


CHAPITRE  III 
La  réduction  du  nombre  des  agricoles 

Dans  tous  les  pays  de  l'Europe  occidentale,  et  notam- 
ment en  France,  en  Angleterre,  en  Allemagne,  les  der- 
niers recensements  constatent  une  réduction  sensible  de 
la  population  agricole. 

Seule,  et  contre  toute  attente,  la  Belgique  ferait 
exception,  s'il  fallait  en  croiie  les  statistiques  publiées 
par  le  Département  de  l'Agriculture. 

En  effet,  la  population  agricole  qui  était  de  i,o83,6oi, 
à  l'époque  du  recensement  de  1846,  se  serait  élevée  à 
1,199,319,  en  1S80,  et,  quinze  ans  après,  en  i8g5,  elle 
aurait  atteint  1,204,810;  soit,  pour  cette  dernière 
période,  une  augmentation,  très  légère  d'ailleurs,  de 
cinq  mille  unités  environ. 

Mais,  pour  qui  connaît  la  situation  réelle  de  l'agricul- 
ture belge,  il  n'est  pas  douteux  que  cette  prétendue 
augmentation  n'existe  que  sur  le  papier. 

C'est  ce  qui  résulte,  du  reste,  des  documents  officiels 
eux-mêmes. 

Tout  d'abord,  on  peut  lire  dans  la  partie  analytique 
du  recensement  «  que  l'accroissement  constaté  pour  les 
provinces  de  Liège  et  de  Namur  (-j-  17263)  est  vraisem- 
blablement dû  à  ce  que  la  population  ouvrière,  qui 
cultive  des  lopins  de  terre  pour  son  propre  compte  dans 
plusieurs  parties  de  ces  provinces,  a  été  considérée 
comme  population  agricole.  »  (i) 

(1)  Recensement  général  agricole  de  iSç5,  p.  438. 


TENTACl'LAIRES  123 

LES  VILLES 

gnes,    déjà  si  populeuses,    on 
D'autre    part,    le    rec    ^      ,  ,  ,.  •         •      , 

.    ^  ,.     'lits  de  population  qui  varient 

3i  décembre,  c'est-à-dire., 

al.  carre, 
travaillent  à  l'étranger  é1     .         .       .     -^ 

'='         qui  contraste  étrangement  avec 
du  chiffre  total  de  la  r  , .       ,  ,     r  •  -, 

^  départements  irançais,  ou  des 
toujours  croissant  des  oi    ,  ^ 

■"      .         .  .       •  .  «^ieterre. 

aux  migrations  saisonnièi  ,  ,  r  •         •      i. 

°    .  emple,  on  peut  taire  vingt- 

En  réalité  donc,  bien  loin  d  augmenter,  la  population 

agiicole  a  sensiblement   décru   de    1880   à    i8g5,    et, 

comme  dans  les  autres  pays,  cette  décroissance  a  porté 

surtout  sur  «  les  personnes  des  deux  sexes,  qui  louent 

leur  travail  à  autrui  d'une  manière  permanente,  n 

Pour  l'ensemble  du  royaume,  ces  réductions  ont 
atteint  le  taux  de  8  "/o  pour  les  hommes,  de  22  °/o  pour 
les  femmes. 

«  Sauf  dans  le  Luxembourg  —  dit  l'introduction  au 
recensement  de  i8g5  —  un  grand  nombre  d'ouvriers 
des  deux  sexes  ont  abandonné  les  travaux  agricoles 
salariés  ou  ne  s'}'  adonnent  plus  d'un  façon  permanente. 
Le  développement  des  industries  saisonnières  et  l'ex- 
tension prise  par  toutes  les  industries  exti  actives  ont 
contribué,  pour  une  large  mesure,  à  amener  cet  état  de 
choses.  Les  données  qui  précèdent  concordent,  d'ail- 
leurs, avec  les  renseignements  fou:nis  par  les  statistiques 
de  la  population,  qui  démontrent  que  la  proportion  des 
Belges  résidant  dans  leur  commune  de  naissance  va, 
sans  cesse,  en  s'affaiblissant  ;  il  y  a  une  émigration  con- 
stante des  centres  agricoles  vers  les  centres  industriels, 
et  elle  porte  principalement,  comme  le  statistique  agii- 
cole le  démontre,  sur  la  population  ouvrière.  Le  peison- 
nel  féminin  s'est  surtout  réduit;  l'emploi  des  machines 

1)  Cf.  Iittroduction  au  recensement. général  de  i S ç5.  (Partie  analytique. 
Noti'  à  la  page  425.) 


3RAIRE  EN   BELGIQUE 

ermes  et  dans  les  travaux 

de  restreindre  le  nombre 

,,    parceque   le  soin   de 

.  ^      .        ,  .    -nt  confié  aux  hommes  ; 

La  réduction  du  nombre  ... 

es  et  des  mdustiies  est 

Dans  tous  les  pays  de  l'Eurr  femmes;  enfin,  les  con- 
aitions  moaernes  a  existence  permettent,  de  plus  en 
plus,  à  la  femme  de  l'ouvrier  de  se  consacrer  exclusive- 
ment aux  soins  du  ménage.  » 

Bref,  la  popidation  agricole,  et  surtout  la  population 
ouvrière  agricole,  diminue,  en  Belgique  comme  ail- 
leurs. 

Néanmoins,  en  dépit  de  cette  réduction  du  nombre 
des  agriculteurs,  et  contrairement  à  ce  qui  se  passe  dans 
d'autres  pays,  la  population  des  campagnes  continue  à 
s'accroître,  sauf  dans  quelques  régions  où  les  mo3'ensde 
transport,  relativement  peu  développés,  ne  permettent 
pas  aux  ouvriers  de  rentrer  chez  eux  tous  les  soirs,  après 
avoir  travaillé  en  ville  pendant  la  journée. 

Les  cartogrammes  annexés  à  l'Annuaire  de  statistique 
pour  1896  montrent  que,  dans  l'intervalle  des  recense- 
ments de  1880  et  i8go,  la  population  spécifique  par 
kilomètre  carré  a  augmenté  dans  tous  les  arrondisse- 
ments, sauf  celui  de  Neufchâteau  ou  il  3'  a  statu  quo  et 
dans  ceux  d'Ath,  de  Philippeville  et  de  Virton,  où  il  y  a 
diminution  de  i  à  4  habitants  par  kilomètre  carré. 

Certes,  l'augmentation  est  beaucoup  plus  forte  dans 
les  arrondissements  industriels  (de  ib  à  45  habitants 
par  k.  c.)  et  surtout  dans  les  arrondissements  qui  ont 
pour  centre  une  grande  ville,  comme  Anvers  (96  hab. 
en  plus  par  k.  c),  Bruxelles,  Liège,  Charleioy  (98  à 
60  habitants  en  plus).   Mais  dans  les  arrondissements 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  123 

ruraux,  dans  les  campagnes,  déjà  si  populeuses,  on 
constate  des  accroissements  de  population  qui  varient 
de  I  à  i5  habitants  par  Idl.  carré. 

C'est  là  une  situation  qui  contraste  étrangement  avec 
celle  de  la  plupart  des  départements  français,  ou  des 
comtés  agricoles  de  l'Angleterre. 

Dans  le  Norfolk,  par  exemple,  on  peut  faire  vingt- 
cinq  kilomètres,  sans  rencontrer  une  ferme  occupée 
(Anderson  Graham). 

En  France  (i8g5),  il}'  avait  dans  58  départements 
sur  87,  excédent  des  décès  sur  les  naissances  (A. 
Dumontj. 

S'il  en  est  autrement  en  Belgique,  c'est  en  partie, 
croyons-nous  —  et  sans  méconnaître  l'action  d'autres 
causes,  sur  lesquelles  on  a  maintes  fois  attiré  l'atten- 
tion —  parce  que  les  chemins  de  fer,  au  lieu  d'être 
exploités  par  des  Compagnies  privées,  dans  rintéi"êt  de 
leurs  actionnaires,  sont  exploités  par  l'Etat,  en  tenant 
compte,  au  moins  dans  une  certaine  mesure,  de  l'intérêt 
général. 

L'Etat  belge,  en  effet,  dont  les  tarifs  ordinaires  sont 
déjà  parmi  les  plus  bas  de  l'Europe,  délivre  aux 
ouvriers,  des  coupons  de  semaine,  comportant  six 
trajets,  aller  et  retour,  qui  coûtent  beaucoup  moins 
cher  qu'un  seul  trajet  au  tarif  ordinaire.  Pour  5o  kilo- 
mètres, par  exemple,  l'ouvrier  paie  son  coupon  de 
semaine  2  fr.  25;  les  autres  voyageurs  doivent  pa3'er 
3  fr.  o5  pour  leur  unique  billet  d'aller  et  retour  en  troi- 
sième classe. 

Dans  ces  conditions,  il  est  tout  naturel  que  des  mil- 
liers d'ouvriers  —  on  a  délivré  en  1900,  4.590.980  cou- 
pons de  semaine  —  aient  avantage  à  se  rendre,  quoti- 


124      ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

diennement,  de  la  campagne  vers  les  villes,  au  lieu  de 
se  fixer  définitivement  dans  celles-ci. 

En  France,  au  contraire,  où  les  Compagnies,  consti- 
tuées ad  lucrum  faciendum,  ne  peuvent  évidemment  pas 
avoir  les  mêmes  préoccupations  sociales  que  l'Etat,  les 
tarifs  sont  trop  élevés  et  les  trains  ouvriers  trop  rares 
pour  que  ces  déplacements  journaliers  de  la  main- 
d'œuvre  soient  possibles  sur  une  vaste  échelle.  Le 
système  n'est  guère  organisé  que  dans  la  banlieue  de 
Paris  et  dans  les  environs  de  quelques  grands  centres 
d'industrie.  Aussi,  les  ouvriers  agricoles  qui  se  trans- 
forment en  ouvriers  industriels  affluent  dans  les  quar- 
tiers pauvres  des  villes,  pour  le  plus  grand  profit  de 
M.  Vautour;  et  comme  ce  sont  les  éléments  les  plus 
jeunes,  les  plus  actifs,  les  plus  féconds,  qui  émigrent 
ainsi,  il  en  résulte  une  double  perte  pour  la  population 
des  campagnes  :  le  vide  causé  par  leur  départ,  tout 
d'abord,  et,  ensuite  —  comme  il  ne  reste  plus  guère 
que  des  vieux  au  village  —  une  diminution  considérable 
de  la  natalité, 

«  L'émigration  des  campagnes  vers  les  villes,  dit 
j\L  Lannes  (i),  est  la  cause  principale,  la  cause  méca- 
nique de  la  diminution  du  taux  de  la  natalité. 

))  Tous  les  jeunes  gens  qui  désertent  le  village  n'enlè- 
vent pas  seulement  des  bras  à  l'agriculture,  suivant 
l'expression  consacrée  ;  ils  privent  la  commune  de  ses 
meilleurs  reproducteurs  » . 

Les  instituteurs  qui  tiennent  les  registres  de  l'Etat 
civil,  ne  se  lassent  pas  de  lépéter  : 

((  On  fait  bien  encore  quelques  enfants  pour  s'occu- 

1 1  I  Lannes,  L'influence  de  l'émigration  des  campagnes  sur  la  natalité 
des  villes.  Revue  folitiqne  et  i>arlemcittaire,  1893,  p.  325  et  s. 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  125 

per  en  hiver,  mais  il  n'y  a  plus  que  des  vieux  au 
village;  tous  les  jeunes  sont  partis  à  la  ville  ». 

Il  semble  donc  que  l'on  puisse,  sans  paradoxe,  dire 
que  les  Compagnies  de  chemin  de  fer  sont  une  des 
causes  de  la  dépopulation  de  la  France. 

Et  de  même,  en  Angleterre  malgré  le  »  Cheap  Trains 
Act  »  (i883),  obligeant  les  Compagnies  à  établir  des 
trains  ouvriers  à  bon  marché,  les  résultats  obtenus  sont 
insuffisants  et  les  villes  tentaculaires  s'emparent  de  la 
plus  grande  partie  de  la  population  rurale. 

((  I/augmentation  de  la  population  de  Londres,  dit 
M.  C.  H.  Denyer,  dans  un  article  récent,  est  due  surtout 
à  l'immigration  des  gens  de  la  campagne;  on  évalue  à 
5o.ooo,  le  nombre  des  personnes  qui  viennent  s'}'  établir 
annucUemcut;  le  dernier  recensement  indiquait  que  le 
quart  de  la  population  de  Londres  était  né  en  dehors  de 
ses  limites  ». 

Dans  cette  immense  agglomération,  aussi  peuplée  à 
elle  seule  que  la  Belgique  entière,  les  trains  ouvriers, 
établis  en  vertu  de  l'acte  de  i883,  transportent  tous  les 
jours,  de  la  périphérie  vers  le  centre,  un  nombre  for- 
midable de  travailleurs  :  d'après  le  rapport  du  Londou 
coîtnty  Coiincil,  du  27  janvier  1897,  le  chiffre  des  billets 
émis  pour  les  Workmev''s  trains,  s'est  élevé  de  7.9S7.877 
en  1887,  à  31.074.812  en  1896,  et  chaque  billet  repré- 
sentant deux  voyages  ou  deux  voyageurs,  le  nombre 
des  passagers  transportés  par  les  trains  ouvriers  en 
1896,  a  dépassé  62.000.000. 

^lais,  dans  le  reste  du  pa^'s,  malgré  les  efforts  inces- 
sants de  l'Association  nationale  pour  l'extension  des 
Workmen^s  trains,  le  Bhie  book  àw.  20  mai  1900  établit  que 
ces  trains  n'ont  qu'une  importance  très  secondaire. 


120     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

En  189g,  les  Compagnies  anglaises  ont  distribué 
plus  de  68  millions  de  tickets  aller  et  retour  à  des 
ouvriers;  seulement,  cette  gigantesque  circulation  s'ef- 
fectue pour  la  plus  grande  partie,  dans  les  environs  im- 
médiats d'un  petit  nombre  de  grandes  villes,  telles  que 
Glasgow,  Manchester,  Liverpool  et,  surtout,  dans 
l'agglomération  urbaine  et  suburbaine  de  la  capitale. 

Au  delà  des  faubourgs  de  Londres,  et  sans  transition, 
le  désert  commence  :  c'est  la  zone  des  vergers  et  des 
pâturages,  à  peu  près  dépeuplés,  étendant  à  perte  de 
vue  leurs  herbages  plantés  de  chênes.  A  la  fenaison 
seulement,  ces  campagnes  s'animent,  quand  les 
ouvriers  urbains,  les  tinemployed  de  la  capitale,  les  irré- 
guliers du  travail,  des  dockers  viennent  faucher  les 
foins,  avant  de  s'en  aller  faire  la  cueillette  du  houblon 
dans  le  Kent. 

Rien  de  plus  frappant,  pour  le  vo3'ageur  qui  passe 
d'Angleterre  en  Belgique,  que  le  contraste  de  ces  parcs 
solitaires  des  environs  de  Londres  avec  la  banlieue  si 
populeuse  de  nos  grandes  villes. 

Autour  de  Bruxelles,  par  exemple,  et  surtout  dans  le 
Brabant  wallon,  tous  les  coteaux  sont  couverts  de  blan- 
ches maisonnettes,  habitées  le  plus  souvent  par  des 
ouvriers  urbains.  Au  lieu  de  se  fixer  en  ville,  ils  y  vont 
travailler  tous  les  jours,  mais  conservent  leur  dortoir  à 
la  campagne  et  —  grâce  à  l'exploitation  sociale  des 
chemins  de  fer —  paient  des  loyers  moins  élevés,  vivent 
dans  un  milieu  plus  salubre  et  se  procurent  un  supplé- 
ment de  ressources  en  cultivant  une  pièce  de  terre  ou 
un  jardin  légumiei'. 


CHAPITRE  IV 

La  transformation  capitaliste  des  cultures 

L'extension  de  la  propriété  bâtie,  la  multiplication 
des  parcelles  ouvrières  aux  dépens  de  la  propriété 
paysanne  et  le  développement  des  transports  interna- 
tionaux, ont  eu  pour  principaux  résultats,  au  point  de 
vue  de  1  "agriculture,  la  réduction  du  domaine  cultivé, 
la  diminution  du  nombre  des  exploitations  indépendan- 
tes et  la  transformation  des  terres  à  blé  en  pâturages, 
bois  et  cultures  diverses, 

§  I.  —  Réduction  du  domaine  cultivé 

Dans  l'intervalle  des  recensements  de  1880  et  de 
1895  (vol.  I),  le  domaine  agricole  s'est  réduit  sensible- 
ment, au  profit  des  propriétés  urbaines,  des  exploita- 
tions industrielles,  etc.  En  1880,  il  avait  une  étendue 
totale  de  2.704.958  h.  ;  en  1895,  de  2.607.514  h.  seule- 
ment, soit  une  réduction  de  près  de   100.000  hectares. 

§  IL  —  Diminution  du  nombre  des  exploitations 
indépendantes 

Paradoxe  étrange,  tandis  que  le  domaine  et  la  popu- 
lation agricoles  se  réduisent,  le  nombre  des  exploita- 
tions dites  agiicoles  augmente  dans  tous  les  pays  et 
spécialement  en  Belgique  : 

1^4(5  :     57--550  exploitations 
1895   :     "820.588  )) 

Les  journalistes,  les  orateurs  parlementaires  et  autres 


128     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

docteurs  Pangloss,  qui  lisent  tant  bien  que  mal,  des 
statistiques  faites  plutôt  mal  que  bien,  tirent  de  ces 
chifïres  cette  conclusion  que,  contrairement  aux  théories 
socialistes  sur  la  concentration  capitaliste,  le  nombre 
des  exploitations  agricoles  augmente  constamment, 
alors  que  celui  des  grandes  exploitations  (5o  hectares  et 
plus)  va  toujours  diminuant. 

Ces  affirmations,  conformes  d'ailleurs  à  celles  des 
documents  officiels  eux-mêmes,  reposent  sur  une  pure 
apparence,  ou  plutôt,  sur  une  notion  manifestement 
inexacte  de  ce  qu'il  faut  entendre  par  les  mots  : 
exploitation  agricole. 

La  vérité  est  que  si  l'on  compare  les  recensements 
agricoles  de  iS56  et  de  1895,  le  nombre  des  exploita- 
tions agricoles,  petites,  moyennes  et  grandes,  a  diminué. 


Expliiitations  de  50  hects.  et  au-dessus. 

»  de  40  à  50  h 

»  de  30  à  40  h 

)>  de  20  à  ■:;n  h 

))  de  1  o  à  20  h 

»  de    3  à  H)  Il 

))  de     ).  à    5  h 

»  de    -yd    4  11 


1866 

1895 

5-5-7 

3-584 

2. 1 17 

1  .001 

3.982 

3- '87 

q.Qt)7 

8.i()-^ 

30.990 

28.1 5 > 

52-^)50 

4(l.ot)3 

22.lb5 

20.213 

32.987 

3'>-732 

160.391    i4i^.r)96 


Ainsi  donc,  il  3'  a  diminution  pour  toutes  les  catégo- 
ries de  3  à  ro  h.,  de  10  à  5o  h.,  aussi  bien  qu'au-dessus 
de  5o  hectares. 

D'autre  part,  il  est  vrai,  les  recensements  constatent 
une  augmentation  considi'rable  du  nombre  des  exploi- 
tations dites  agricoles,  d'une  étendue  inférieure  à 
3  hectares  et  surtout  une  énorme  multiplication  des 
«  exploitations  agricoles  de  5o  aies  et  moins  »  ;  mais  il 


LES  VILLES  TENTACl'LAIRES  I  29 

est  évident  que  ces  minuscules  parcelles,  jardins 
légumiers,  carrés  de  choux  ou  champs  de  pommes  de 
terre,  ne  sont  pas,  sauf  de  rares  exxeptions,  de  vérita- 
bles exploitations  rurales;  la  grande  majorité  d'entre 
•elles  restent  complètement  en  dehors  de  la  sphère  de  la 
production  capitaliste  :  elles  ne  produisent  guère  que 
des  valeurs  d'usage  et  ceux  qui  les  cultivent  en  font 
l'accessoire  d'une  autre  occupation,  métier  ou  com- 
merce. 

Quant  aux  exploitations  agricoles  véritables,  pro- 
duisant des  valeurs  d'échange  et  soumises,  par  consé- 
quent, à  l'action  de  la  concurrence,  la  diminution  de 
leur  nombre  provient  de  l'accroissement  des  cultures 
parcellaires  d'une  part,  et,  d'autre  part,  de  la  réduction 
du  domaine  agricole. 

§  III.  —  Transformation  des  cultures. 

De  1880  à  i8g5,  l'accroissement  des  villes  et  le 
développement  des  moyens  de  transport  qui  les  mettent 
en  communication  facile  avec  les  pays  d'outre-mer,  ont 
produit  des  modifications  profondes  dans  le  régime  des 
cultures  :  les  céréales  reculent,  les  cultures  industrielles 
restent  à  peu  près  stationnaires  et  si  les  terres  incultes 
deviennent  de  plus  en  plus  rares,  les  bois,  les  parcs,  les 
vergers,  les  pâturages  occupent  une  étendue  grandis- 
sante du  domaine  cultivé. 

1°  Les  céréales,  qui  occupaient  394,663  hectares  en 
1880,  sont  tombées,  en  1895,  à  809,691  hectares.  Cette 
réduction  de  plus  de  100,000  hectai'es  porte  exclusive- 
ment sur  les  céréales  qui  servent  de  nourriture  à 
l'homme  :  le  froment  et  l'épeautre;  celles,  au  contraire, 
que  l'on  emploie  surtout  pour  l'alimentation  du  bétail, 


l3o     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

l'avoine  et  le  seigle,  sont  restées  à  peu  près  station- 
naires.  Depuis  le  dernier  recensement  on  a  établi  des 
droits  d'entrée  sur  les  avoines  ;  aussi  les  emblavures 
d'avoine  ont  de  beaucoup  augmenté. 

2°  Les  plantes  industrielles  occupaient  en  i8g5, 
105,740  hectares  contre  96,777  hectares  en  1880.  Cette 
légère  augmentation  provient  de  l'extension  du  tabac, 
de  la  chicorée  et  de  la  betterave,  qui  compense,  et 
au-delà,  le  recul  du  lin,  du  chanvre,  du  houblon  et  du 
colza,  détrôné  par  les  huiles  minérales. 

3°  On  cultive  un  peu  moins  de  pommes  de  terre,  un 
peu  plus  de  racines  fourragères.  ?^Iais,  outre  les  bois, 
qui  ont  gagné  près  de  100,000  hectares  (aux  dépens 
surtout  des  terres  incultes),  le  changement  essentiel  qui 
s'est  opéré  depuis  1880,  c'est  la  grande  extension  des 
vergers,  des  prairies  fauchées  et  des  prairies  pâturées. 


1880 

1 8(|5 

\'ergers     .     .     .     . 
Prairies  fauchées     . 

37,947  hect. 
213.273      « 

47.500  hect. 
232.135      » 

Prairies  pâturées     . 

137.879      » 

1(55.257      » 

389.102      »         444-9^^      » 

En  somme  donc,  la  Belgique  devient  de  plus  en  plus 
une  terre  d'élevage,  une  vaste  fabrique  de  sucre,  de 
beurre,  de  viande  et  d'autres  produits  animaux.  Les 
cultures  maraîchères  s'étendent.  Les  laiteries  coopéra- 
tives se  multiplient  sans  cesse.  Le  «  train  du  beurre  » 
qui  part  tous  les  jours  d'Arlon,  ramasse  sur  son  passage 
l'excédent  de  nos  produits  pour  le  transporter  sur  le 
marché  de  Londres.  On  vient  de  fonder  à  Bruges  une 
important  société,  «  Mercurius  »,  pour  l'exportation 
en  Angleterre  des  porcs  nourris  avec  le  petit  lait  des 
laiteries  du  pays  flamand.  Aux  environs  de  Tournay  et 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  l3l 

■dans  l'ancien  comté  de  Looz  (Limbourg),  des  villages 
•entiers  s'adonnent  à  la  production  des  fruits  et  trouvent 
■des  débouchés  dans  les  fabriques  de  confitures  récem- 
ment établies  en  Belgique.  Autour  de  Bruxelles,  l'éle- 
vage des  poulets,  la  culture,  en  serres  ou  en  couches, 
des  primeurs,  des  fraises,  des  raisins,  des  tomates  se 
•développent  de  plus  en  plus. 

En  un  mot,  l'agriculture  tend  à  devenir  une  industrie 
■comme  une  autre.  Si  l'étendue  du  domaine,  le  nombre 
des  travailleurs  agricoles  et  celui  des  exploitations 
diminuent,  sous  l'influence  des  villes,  la  production 
augmente,  la  culture  s'intensifie,  le  machinisme  se  déve- 
loppe, les  associations  rurales  se  multiplient,  le  cheptel 
et  les  capitaux  incorporés  au  sol  acquièrent  une  impor- 
tance et  une  valeur  croissante. 

Or,  ces  trois  phénomènes  :  réduction  du  nombre  des 
•exploitations,  diminution,  tout  au  moins  relative,  du 
nombre  des  travailleurs,  accroissement  du  capital  con- 
stant par  rapport  au  capital  variable,  se  reproduisent, 
à  des  degrés  divers  dans  toutes  les  industries  qui  pren- 
nent la  forme  capitaliste. 

Certes,  nous  ne  prétendons  pas  assimiler  l'évolution 
de  l'agriculture  à  l'évolution  industrielle  proprement 
dite;  ce  serait  une  grave  erreur  de  soutenir  qu'elles 
obéissent  aux  mêmes  lois,  mais  à  notre  avis,  c'est  tom- 
ber dans  l'excès  contraire  que  de  méconnaître  les  analo- 
gies réelles  et  profondes  que  le  développement  capitaliste 
présente  dans  les  diverses  branches  de  la  production. 


CHAPITRE  V 
La  concentration  de  la  propriété  foncière 

Un  dernier  point  qui  nous  reste  à  examiner  —  avec 
l'intention  d'y  revenir  dans  une  autre  étude  (i)  — 
c'est  l'influence  exercée  par  les  villes  sur  la  répartition 
de  la  propriété  foncière. 

Avec  l'aide  de  quelques  amis,  nous  avons  entrepris 
à  cet  effet  le  dépouillement  des  quinze  ou  vingt  mille 
volumes  du  cadastre  —  cet  œuvre  de  géant  conçue  par 
un  géant  (Balzac)  —  qui  dorment,  poussiéreux,  dans 
les  bureaux  des  conservations  provinciales. 

Connaissant  par  les  statistiques  officielles  le  nombre 
total  des  cotes  foncières,  nous  avons  relevé  pour  les 
2.600  communes  du  pays,  les  cotes  foncières  de  100  hect- 
ares et  plus,  en  i8g8  et  en  1834,  époque  de  l'achève- 
ment du  cadastre. 

Ces  recherches  pour  les  piovinces  de  Brabant  et 
d'Anvers  —  dont  les  chefs-lieux  sont  les  deux  princi- 
pales villes  de  notre  pays  —  aboutissent  aux  résultats 
suivants  :  il  y  a  progrès  de  la  grande  propriété  (cotes 
foncières  de  100  h.  et  plus)  dans  les  cantons  qui  subis- 
sent le  plus  directement  l'influence  de  Bruxelles  et 
d'Anvers;  regrès  au  contraire  dans  les  cantons  où  cette 
influence  se  fait  moins  sentir. 

L'explication  de  ce  double  mouvement  nous  ])araît 
devoir  être  recherchée  dans  l'action  contradictoire  des 
lois  successorales,  qui  divisent  et  subdivisent  constam- 

(i)  Cette  étude  a  paru  sous  le  titre  suivant  :  La  Propiiétc  foiuilrc  en 
Belgique  iPan^,  Schleicher  ujoi). 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  l33 

ment  les  propriétés  et,  d'autre  part,  des  acquisitions  qui 
les  agglomèrent  et  les  concentrent. 

L'action  des  lois  successorales  l'emporte,  dans  les 
régions  écartées,  où  les  spéculations  sur  la  plus-value 
des  terrains  ne  sont  guère  fructueuses  et  où,  pour  des 
motifs  divers,  les  industriels  ou  les  banquiers  enrichis 
ne  se  soucient  pas  de  bâtir  des  châteaux  et  d'acheter  de 
vastes  domaines. 

La  concentration  prend  le  dessus,  au  contraire,  dans 
les  cantons  assez  rapprochés  de  la  capitale  ou  de  la 
métropole,  pour  offrir  aux  gens  riches  des  séjours 
agréables  ou  des  placements  avantageux. 

Et  c'est  ainsi  que  nous  assistons  à  une  évolution 
divergente  de  la  propriété  foncière  :  malgré  les  lois 
successorales  de  la  Révolution  française  qui  avait  pour 
but  de  l'entamer,  de  la  morceler,  de  la  pulvériser,  au 
profit  de  la  démocratie  paysanne,  le  bloc  de  la  grande 
propriété  reste  intact,  ou  même  grandit;  à  cause  des  lois 
successorales  et  des  facteurs  multiples  qui  agissent  dans 
le  même  sens,  la  petite  et  surtout  la  très  petite  pro- 
priété, la  propriété  parcellaire,  la  propriété  naine,  gagne 
également  du  terrain.  C'est  donc  la  propriété  moyenne, 
la  propriété  familiale,  qui  tend  à  se  réduire  par  morcel- 
lement ou  par  absorption  ;  de  telle  sorte  que  nous  mar- 
chons à  grands  pas  vers  un  état  de  choses  déjà  réalisé 
dans  beaucoup  de  régions:  de  larges  domaines  occupant 
la  majeure  partie  du  territoire,  ou  des  propriétés  minus- 
cules, se  partageant  le  surplus. 

D'autre  part  —  et  c'est  un  signe  évident  de  la  main- 
mise des  villes  sur  les  campagnes  —  l'étendue  du 
domaine  agricole  exploité  en  location,  de  la  propriété 
capitaliste    par    conséquent,     continue    à    s'accroître, 


l34     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

aux  dépens  de  la  propriété  paysanne  du  faire-valoir 
direct. 

En  1880,  1. 270.512  h.,  soit  47,4  p.  100  du  domaine 
agricole,  étaient  cultivés  par  des  fermiers  locataires;  en 
1895,  il  }•  en  a  I.320.358  h.,  soit  5o,6  p.  100,  un  peu 
plus  que  la  moitié  du  domaine  exploité. 

Mais  il  importe  de  remarquer,  en  outre,  que  les 
recensements  agricoles  rangent  dans  la  catégorie  du 
faire-valoir  direct,  non  seulement  les  cultures  ordinai- 
res, mais  les  terrains  incultes  et  les  propriétés  boisées 
qui  occupent  à  elles  seules  plus  de  Soo.ooo  hectares. 

C'est  ainsi  qu'en  pays  forestier  — •  dans  le  Condroz  et 
dans  les  Ardennes,  par  exemple  —  certaines  communes 
nous  apparaissent  comme  la  terre  d'élection  du  faire- 
valoir  direct,  alors  que  leur  territoire  presque  tout  entier 
appartient  à' un  seul  châtelain,  maître  des  bois  et  de  la 
plaine. 

Si  l'on  tient  compte  seulement  des  cultures  ordinai- 
res, les  proportions  se  modifient  complètement. 

En  1895,  la  proportion  du  faire-valoir  direct  n"est 
plus  que  de  3i.i  I  °lo  contre  68.89  en  location. 

Ainsi  donc  aujourd'hui,  sur  100  hectares  de  cultures 
ordinaires,  il  y  en  a  3i  qui  sont  cultivés  par  les  proprié- 
taires eux-mêmes  et  69  —  plus  des  deux  tiers  —  qui 
sont  cultivés  par  des  fermiers  et  appartiennent  à  des 
propriétaires  capitalistes  résidant  pour  la  plu})art  dans 
les  villes. 

Parmi  les  facteurs  qui  contribuent  à  cette  élimination 
de  la  propriété  paysanne,  il  faut  citer,  dans  ces  derniers 
temps,  les  conversions  successives  des  emprunts  de 
l'Etat  et  des  communes  :  à  mesure  que  les  fonds  publics 
rapportent  moins,   les   achats  de  terre  se   multiplient 


LES  VILLES  TENTACULAIRES  l35 

surtout  aux  environs  des  villes,  dans  les  régions  où  l'on 
projette  des  chemins  de  fer  vicinaux,  partout  où  les 
capitalistes  peuvent  raisonnablement  espérer  une  plus- 
value  prochaine. 

Depuis  quelques  années,  en  effet,  grâce  à  la  facilité 
croissante  des  communications,  la  valeur  des  terres 
augmente  —  comme  terrains  à  bâtir  ou  propi'iétés 
d'agrément  —  à  plusieurs  lieues  à  l'entour  des  grands 
centres.  Tandis  que  les  campagnards  affluent  vers  les 
villes,  beaucoup  de  gens  de  condition  modeste,  commis, 
employés,  fonctionnaires,  refluent  vers  les  campagnes, 
en  quête  de  logements  à  meilleur  marché.  D'autre  part, 
si  les  ouvriers  ruraux  sortent  de  leur  village  pour 
gagner  des  salaires  plus  forts,  un  certain  nombre  d'in- 
dustriels viennent  s'y  fixer  pour  pa3'er  des  salaires  plus 
bas.  Enfin,  de  plus  en  plus,  les  hommes  des  villes 
éprouvent  le  besoin  de  retourner  à  l'air  libre,  de 
reprendre  contact  avec  la  nature,  de  vivre,  au  moins 
une  partie  de  l'année,  de  la  vie  des  campagnes. 

Ce  ne  sont  là  jusqu'à  présent  que  des  faits  exception- 
nels, limités  à  des  groupes  peu  nombreux  de  la  popu- 
lation ;  la  force  centripète  l'emporte  de  beaucoup  sur  la 
force  centrifuge;  mais  le  temps  viendra  peut-être,  où 
des  communications,  toujours  plus  faciles,  supprimant 
les  distances,  l'exode  des  villes  vers  les  campagnes 
succédera  à  l'exode  des  campagnes  vers  les  villes  ;  si 
bien  que  l'on  pourrait,  modifiant  un  mot  célèbre,  dire  : 
un  peu  de  civilisation  éloigne  de  la  vie  rurale;  beaucoup 
de  civilisation  y  ramène. 

Ce  serait  la  réalisation  du  rêve  de  Morris  dans  Xe?vs 
from  NoKiIiere  :  Londres  n'est  plus  que  le  rendez-vous 
des  études,  des  plaisirs,  des  relations   sociales.   Saint- 


l36     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Paul  est  en  ruines  ;  le  Parlement  est  transformé  en  dépôt 
d'engrais;  le  ciel  n'est  plus  assombri  par  les  fumées 
industrielles,  la  Tamise  par  les  déjections  d'une  agglo- 
mération monstrueuse.  Le  plat  pa3'S  s'est  couvert  de 
cottages;  on  se  rencontre  dans  les  villes,  mais  on  habite 
les  campagnes. 

Seulement,  les  campagnes  de  Morris,  et  sans  doute 
les  campagnes  de  l'avenir,  ne  sont  plus  les  campagnes 
du  »  bon  vieux  temps  ».  Ceux  qui  les  habitent  n'ont 
rien  de  commun  avec  les  paysans  de  La  Bruyère;  ils 
ont  passé  par  la  ville,  ils  restent  en  contact  permanent 
avec  elle;  ils  conservent  tous  les  avantages  de  la  vie 
urbaine  sans  en  garder  les  tares  et  les  incon\énients. 

Mais  avant  cette  période  de  décentralisation  et  pour 
qu'elle  soit  possible,  la  centralisation  urbaine,  malgré 
les  souffrances,  les  misères,  les  maux  de  toute  nature 
qu'elle  engendre,  nous  apparaît  indispensable. 

C'est  dans  les  villes  cjue  s'élaborent  les  pensées,  que 
se  concentrent  les  forces  révolutionnaires,  que  se  pré- 
parent les  transformations  techniciues  cjui  créeront  le 
monde  nouveau. 

Il  a  fallu  que  les  démocraties  primitives  se  transfor- 
ment en  monarchies  absolues,  les  corporations  égalitai- 
res  en  h'iists  capitalistes,  les  économies  naturelles  en 
économies  d'argent,  pour  que  les  formes  de  l'avenir, 
retours  apparents  aux  formes  primiti\'es,  commencent 
à  se  dégager  de  la  matrice  sociale. 

De  même  les  populations  des  campagnes,  aux  cer- 
veaux obscurs,  aux  conceptions  étroites,  aux  horizons 
bornés,  devront  subir  la  discipline  du  capitalisme, 
l'étreinte  des  villes  tentaculaires  avant  d'entrer  dans  la 
Cité  socialiste. 


III 

LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE 


Dès  les  premières  années  du  XIX*'  siècle,  au  moment 
où  triomphait  l'individualisme  bourgeois,  supprimant 
les  corporations  urbaines,  donnant  le  coup  de  mort 
aux  formée  archaïques  de  la  communauté  rurale,  deux 
socialistes  illustres,  Chai  les  Fourier  et  Robert  Owen, 
proclamaient  la  nécessité  d'une  organisation  nouvelle 
du  travail,  et,  dans  des  écrits  que  l'on  ne  saurait  assez 
relire,  élaboraient  la  théorie  de  deux  t3'pes  d'associa- 
tion, qui  ont  pris  un  développement  prodigieux,  depuis 
quelque  vingt  ans  :  je  veux  parler  de  la  coopération 
agricole  et  de  la  coopération  socialiste. 

Après  bien  des  vicissitudes,  en  effet,  bien  des  échecs 
et  des  déviations  dans  le  sens  du  capitalisme,  il  semble 
que  l'idée  coopérative  intégrale  de  R.  Owen  ait  défini- 
tivement pris  corps  dans  le  Vooruit  de  Gand,  et  dans  les 
coopératives  socialistes  qui  se  sont  constituées  sur  son 
modèle. 

D'autre  part,  il  ne  serait  pas  difficile  de  montrer  que 
la  plupart  des  pensées  maîtresses,  formulées  par  Fourier, 
dans  ses  études  sur  V Association  agricole,  se  réalisent,  par- 
tiellement, fragmentairement,  rudi  mental  rement,  dans 
les  innombrables  syndicats  et  coopératives  rurales  qui 


l38      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

ont  pris  naissance,  sous  la  pression  de  la  crise  écono- 
mique, dans  tous  les  pa3's  d'agriculture  capitaliste. 

Certes,  nous  ne  vo3^ons  pas  —  faut-il  dire  :  pas 
encore?  —  se  constituer  ces  phalanstères  de  1620  à 
1800  personnes,  que  l'auteur  de  l'Harmonie  universelle 
proposait  d'établir,  par  exemple,  dans  les  environs  de 
Lausanne,  ou  bien  entre  Poissy  et  Meulan,  ou  bien 
encore  dans  les  pâturages,  semés  de  bois,  que  la  Senne 
parcourt  entre  Hal  et  Bruxelles  (i). 

Mais,  dès  à  présent,  les  coopératives  danoises,  les 
syndicats  agricoles  français,  les  Unions  de  Neuwied 
ou  d'Offenbach,  en  Allemagne,  les  institutions  créées 
par  les  Ligues  de  pa3^sans  en  Belgique,  représentent 
fort  bien  les  formes  de  transition,  les  «  demi-associatioiis  n 
qui,  suivant  l'expression  fouriériste,  «  admettent  le 
travail  morcelé  des  familles,  tout  en  établissant  entre 
elles,  des  solidarités  ou  assurances  coopératives,  éten- 
dues à  la  masse  entière  ».  (2) 

C'est  ainsi,  par  exemple,  que,  depuis  les  pâturages  de 
l'Irlande,  jusqu'aux  steppes  de  la  Sibérie  occidentale, 
l'antique  baratte  familiale  fait  place  à  la  laiterie  à 
vapeur,  coopérativement  exploitée;  que,  dans  les  pays 
pauvres,  comme  nos  Ardennes,  les  engrais  commer- 
ciaux, achetés  en  commun  par  les  cultivateurs,  ont 
miraculeusement  étendu  les  champs  de  seigle  et  d'a- 
voine; que,  dans  les  régions  exportatrices,  les  produc- 
teurs de  céréales,  de  légumes,  de  fruits  ou  de  fleurs, 
s'efforcent  de  créer  des  comptoirs  de  vente  ;  que  par- 
tout, enfin,  les  syndicats  d'élevage,  les  mutualités  d'as- 
surance contre  la  grêle,  ou  confie  la  mortalité  du  bétail, 

(1)  Œuvres  complètes  de  Charles  Fourier,  t.  I\',  p.  427. 

(2)  Id.,  t.  IV.  p.  275. 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE       iSq 

les  sociétés  d'aviculture  ou  d'apiculture,  viennent  com- 
pléter ce  réseau  d'institutions  garanti stes  ou  coopératives. 

Mais  nulle  pail,  peut  être,  ce  développement  de  la 
coopération  rurale  n'a  été  aussi  rapide  qu'en  Belgique. 

Nulle  part,  aussi,  l'on  ne  saurait  trouver  un  contraste 
plus  net,  une  opposition  de  caractères  plus  tranchée, 
voire  même  un  antagonisme  plus  actif,  entre  les  deux 
formes  dominantes  de  l'association  coopérative  :  les 
sociétés  ouvrières  et  les  corporations  agricoles. 

Ailleurs,  en  France  ou  en  Allemagne,  par  exemple, 
les  coopératives,  tant  ouvrières  que  pa3'sannes,  restent, 
le  plus  souvent,  sur  le  terrain  des  affaires,  et  se  préva- 
lent d'une  neutralité  politique,  apparente,  ou  réelle. 

En  Belgique,  au  contraire  —  où  les  préoccupations 
de  parti  sont  rarement  étrangères  aux  œuvres  sociales 
—  il  en  est  bien  peu  qui  ne  se  rattachent  pas,  directe- 
ment ou  indirectement,  aux  grandes  organisations  qui 
se  disputent,  avec  apreté,  la  faveur  populaire. 

Dans  la  domaine  de  la  coopération  ouvrière,  c'est, 
incontestablement,  le  Parti  ouvrier  qui  l'emporte,  par  le 
nombre  des  affiliés,  la  puissance  des  associations,  la 
primauté  des  initiatives. 

Lorsque  les  Gantois  fondèrent  le  Vooruit,  en  1880,  il 
y  avait,  en  tout  et  pour  tout,  dans  l'ensemble  du  pays, 
21  petites  sociétés  coopératives,  banques  populaires  ou 
boutiques  d'épiceries.  Aujourd'hui,  le  Fédération  des 
coopératives  socialistes  compte,  à  elle  seule,  86000  mem- 
bres et  189  groupes,  parmi  lesquels  plusieurs  grandes 
sociétés  de  consommation,  de  5ooo  à  i5ooo  membres; 
et,  si  l'on  trouve  maintenant,  dans  les  régions  où  la 
coopération  socialiste  a  pris  racine,  des  sociétés  neutres, 
libérales,  ou,  le  plus  souvent,  catholiques,  c'est,  près- 


140     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

que  toujouvs,  pour  faire  échec  au  socialisme  qu'elles 
ont  été  créées  ;  c'est  donc,  en  dernière  analyse,  au  socia- 
lisme, que  leurs  membres  sc^nt  redevables  des  avanta- 
ges matériels  qu'ils  en  tirent. 

Au  surplus,  la  vitalité  des  ces  associations  —  lors- 
qu'elles ne  constituent  pas  des  entreprises  capitalistes, 
plus  ou  moins  déguisées  —  est,  en  général,  assez  fai- 
ble :  d'abord,  parce  que  la  masse  des  ouvriers  est  acquise 
au  socialisme  ;  ensuite,  parce  que  le  développement  des 
coopératives,  dans  les  partis  conservateurs,  se  heurte, 
naturellement,  à  des  résistances  considérables,  de  la 
part  des  petits  commerçants,  qui  représentent  une 
fraction  notable  de  ces  partis. 

Mais  il  en  va  tout  autrement  pour  les  associations 
rurales,  et,  si  les  coopératives  de  consommation  sont 
la  principale  force  du  Parti  ouvrier  socialiste,  les  syn- 
dicats ou  ligues  agricoles,  avec  les  institutions  coopé- 
ratives, ou  soi-disant  telles,  qui  s'y  rattachent,  forment, 
depuis  quelques  années,  l'organisation  économique  la 
plus  puissante  du  Parti  catholique. 

Dès  l'instant  où  la  propagande  socialiste  a  menacé 
les  campagnes,  les  conservateurs  se  sont  mis  à  l'œuvre 
et,  en  moins  de  dix  ans,  grâce  à  la  puissance  que  leur 
donne  l'activité  incessante  d'vm  clergé  de  combat,  ils 
ont  fait  sortir  de  terre,  plusieurs  centaines  d'  «  associa- 
tions d'intérêt  agricole  ». 

D'après  le  dernier  Exposé  statistique,  publié  par  le 
gouvernement  (i),  il  y  avait  en  Belgique,  au  3i  décem- 
bre 1899,  638  Unions  professionnelles  libres  de  cultiva- 
teurs,  avec  un  effectif  total  de  50475  membres  ;  623 

(1)  Exposé  statistique  de  la  situation  des  associations  d'intérêt  agri- 
cole pendant  l'année  i'Sq().  (Bruxelles,  Havermans,  kjdd.i 


LA  COOPERATION  RURALE  EN  BELGIQUE  141 

sociétés  OU  S3'ndicats,  pour  l'achat  des  engrais  et  autres 
matières  auxiliaires  de  l'agriculture,  avec  5o35y  mem- 
bres; 229  sociétés  coopératives  de  crédit  agricole,  dites 
Caisses  Raiffeisen,  avec  7817  membres  cultivateurs  et 
i838  non  cultivateurs;  enfin,  5og  laiteries,  avec  34205 
membres  et  87382  vaches. 

Soit  donc,  plus  de  cinquante  mille  cultivateurs,  groupés 
dans  les  Unions  professionnelles  du  Parti  catlwliqiie  (i) 
auxquelles  se  relient,  composées  généralement  des  mêmes 
membres,  presque  toutes  les  Caisses  Raiffeisen,  la  plupart 
des  sociétés  de  vente  ou  d'achat,  la  majorité  des  laiteries 
coopératives  ;  et,  pour  faire  face  à  cette  imposante  orga- 
nisation, qui  ne  connaît,  à  côté  d'elle,  qu'un  nombre 
restreint  de  comices  agricoles,  ou  d'associations  neutres, 
le  Parti  ouvrier  peut,  à  peine,  mettre  en  ligne,  une 
poignée  de  S3'ndicats  socialistes,  trois  laiteries  coopérati- 
ves, une  société  régionale  pour  l'achat  des  engrais  et 
quelques  sociétés  coopératives  rurales  de  consommation. 

Est-il  besoin  d'insister  sur  Teffrayante  disproportion 
des  forces  en  présence  ? 

D'une  part,  quelques  détachements  d'avant-garde, 
avec  une  base  d'opérations  située  dans  les  villes,  à 
giande  distance  du  champ  de  bataille. 

(1  )  S'il  faut  en  croire,  cependant,  un  journal  spécial.  Le  Luxembour- 
geois, organe  des  Comices  agricoles  ardennais,  les  chiffres,  fournis 
par  la  statistique  otEcielle  seraient  considérablement  exagérés  :  on 
peut  y  lire,  en  effet,  en  ce  qui  concerne  la  province  de  Luxembourg, 
que,  dans  le  tableau  officiel,  la  Ligue  Luxembourgeoise  figtire  pour 
lOQ  sociétés,  avec  10M2  membres,  tandis  que  d'autres  documents 
constatent  qu'à  à  la  même  époque  102  sociétés  affiliées  à  cette  ligue 
n'avaient  que  4225  membres.  —  La  province  de  Xamur,  d'après  le 
même  journal,  n'aurait  que  2500  membres  environ,  au  lieu  de  6854. 
—  On  aurait,  d'après  Le  Luxembourgeois,  forcé  les  effectifs,  pour  obte- 
nir plus  aisément  la  participation  des  associations  libres  à  la  repré- 
sentation officielle  de  l'asriculture. 


142     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

D'autre  part,  la  base  d'opérations  placée  dans  les 
campagnes  même,  des  ligues  agricoles  nombreuses,^ 
SOUS  le  haut  commandement  des  prêtres  et  des  seigneurs,! 
des  bataillons  fidèles  de  croyants,  dont  les  désertions 
possibles,  les  défaillances  éventuelles,  sont  prévenues 
par  de  réels  avantages  et  par  des  liens  de  dépendance 
qui  les  rattachent,  étroitement,  à  l'organisation  dont  ils 
font  partie. 

Si  formidable,  cependant,  que  soit  cette  organisation,! 
ses  ])romoteurs  ne  semblent  pas  avoir  une  confiance 
illimitée  dans  l'avenir.  Le  langage  de  beaucoup  d'entre 
eux,  fait  songer  paifois  au  docteur  Faust,  évoquant 
l'Esprit  de  la  terre,  déchaînant,  sans  le  vouloir,  la  tem 
pète  de  l'action,  dégageant  des  forces  naturelles  qu'il  ne 
parvient  plus  à  maîtriser. 

Ce  n'est  pas  impunément,  en  effet,  qu'à  l'isolement 
du  campagnard,  livré,  sans  défense,  à  l'usurier,  au 
marchand  de  bestiaux  ou  d'engrais,  à  la  dévorante 
séquelle  des  intermédiaires,  on  substitue,  dans  une 
aussi  faible  mesure  et  avec  autant  de  précautions  que  ce 
soit,  l'action  collective,  la  coordination  des  efforts,  la 
solidarité  des  intérêts.  On  a  beau  mettre  ces  choses-là, 
sous  la  protection  de  Notre-Dame-des-champs,  ou  de 
.St-Isidore,  patron  des  laboureurs,  ce  n'en  est  pas  moins 
un  germe  révolutionnaire  que,  pour  éviter  un  plus  grand 
mal,  les  conservateurs  se  résignent  à  introduire  dans  les 
campagnes.- 

Nous  allons  voir,  toutefois,  que  ces  concessions  au 
malheur  des  temps,  presque  toujours  inspirées  par  la 
crainte  du  socialisme,  sont  beaucoup  plus  larges  en. 
apparence,  qu'en  réalité. 


CHAPITRE  I 


L'organisation  catholique 


La  matrice  de  toutes  les  œuvres  catholiques  rurales, 
c'est  l'Union  professionnelle,  ou,  pour  employer  l'ex- 
pression française,  le  Syndicat,  destiné  à  l'étude  et  à  la 
défense  des  intérêts  agricoles. 

Nous  avons  vu  qu'au  3i  décembre  189g,  il  existait  en 
Belgique,  indépendamment  de  i55  Comices  agricoles 
officiels  —  dernier  refuge  de  la  neutralité  —  638  asso- 
ciations syndicales,  se  répartissant  comme  suit,  entre 
les  diverses  provinces  : 


NOMBRE 

NOMBRE 

PROVINCES 

DE 

SOCIÉTÉS 

DE 
ME.MBRES 

RECETTES 

DÉPENSES 

Anvers 

90 

7708 

13.908 

13.802 

Brabant    

104 

6901 

13-754 

12.674 

Flandre  occidentale     . 

37 

3697 

5.802 

5  -  209 

Flandre  orientale    . 

3« 

3681 

4.017 

3-996 

Hainaut 

50 

3311 

2-519 

2.705 

Liège  

90 

62,7 

5-998 

6.216 

Limbourg     .... 

9« 

7705 

6-975 

6.818 

Luxembourg      .     .     . 

10g 

10102 

9-9' 5 

9.820 

Namur 

(0 

"53 

I  .  070 

910 

Totaux 

(-,38 

50475 

62.958 

62 . 1 80 

(1)  Une  ligue,  divisée 

en  sections 

locales. 

144     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Presque  toutes  ces  associations,  dont  le  cercle  d'action 
se  limite,  tantôt  à  un  hameau,  tantôt  à  une  ou  plu- 
sieurs communes,  sont  affiliées  à  un  organisme  central,, 
qui  s'étend,  soit  à  une  province,  soit  au  pays  entier. 

La  Fédération  des  ligues  de  la  Flandre  Occidentale 
porte  le  nom  de  Eigeiiaars  en  Landbouwersverbond  van 
Brugge;  celle  de  la  Flandre  Ovient'Ae,  Landboiiwtrsveybond 
van  Oostvlaandei'en;  les  sociétés  locales  du  Hainaut  sont 
groupées  sous  le  titre  de  Fédération  agricole  du  Hai- 
naut; celles  de  la  province  de  Liège,  sous  la  dénomi- 
nation de  Corporation  de  Notre-Dame-des-Champs;; 
dans  le  Luxembourg,  nous  trouvons  la  Ligue  agricole 
Luxembourgeoise;  dans  la  province  de  Namur,  le 
Syndicat  agricole  de  Namur;  enfin  la  Ligue  des  paysans. 
(Boerenbond),  dont  le  siège  est  à  Louvain,  règne  sans, 
partage  dans  les  provinces  d'Anvers,  de  Brabant,  de 
Limbourg,  et  fédère  en  outre  des  groupements  établis, 
dans  certains  localités  des  six  autres  provinces. 

Autant  que  l'on  peut  en  juger,  par  les  relevés  statisti- 
ques de  ces  dernières  années,  le  mouvement  de  consti- 
tution des  syndicats  agricoles  tend  à  se  ralentir  :  on 
n'en  a  créé  que  35  en  1898  et  3i  en  189g;  mais  le 
nombre  deceuxqui  réclament  la  personnification  civile,, 
conformément  à  la  loi  du  3i  Mars  1898,  va  toujours, 
augmentant  :  il  était  de  145,  le  i*"'  Août  190c. 

Aux  termes  de  la  loi  de  1898,  les  Unions  profession- 
nelles ne  peuvent  faire  des  actes  de  commerce,  ni 
exercer  elles-mêmes  une  profession  ou  un  métier;  elles 
sont  autorisées  seulement  à  faire  des  «  achats  pour 
revente  à  leurs  membres,  de  matières  premières,, 
semences,  engrais,  bestiaux,  machines  et  autres  instru- 
ments, et,  généralement,  de  tous  objets  propres  à  l'exer- 


LA  COOPERATION  RURALE  EN  BELGIQUE  I-\.3 

cice  de  la  profession  ou  du  métier  de  ces  membres  ». 

Par  conséquent,  toutes  les  œuvres  coopératives  de 
crédit,  de  consommation  ou  de  vente,  restent  en  dehors 
de  la  sphère  d'activité  légale  des  Unions  professionnel- 
les agricoles.  Libres  ou  reconnues,  la  plupart  d'entre 
elles  se  bornent  à  créer,  parmi  leurs  membres,  des  sec- 
tions pour  l'achat  des  engrais  ou  des  matières  alimen- 
raires  du  bétail. 

Seulement,  les  autres  institutions  qui  existent  dans  le 
village  dépendent,  d'une  manière  plus  ou  moins  directe, 
de  la  corporation  initiale. 

Dans  une  même  commune  on  rencontre  souvent, 
cote  à  cote,  un  syndicat  d'achat,  une  caisse  Raiffeisen, 
une  laiterie  coopérative,  un  syndicat  d'élevage,  une 
mutualité  d'assurance  contre  la  mortalité  des  animaux 
de  ferme,  sans  compter  l'abondante  floraison  des  sociétés 
apicoles  ou  avicoles;  mais,  dans  la  majorité  des  cas,  ces 
créations  sont  dues  à  l'initiative  des  mêmes  personnes; 
elles  sont  animées  du  même  esprit,  composées,  pour  la 
plus  grande  partie,  des  mêmes  membres,  et  le  plus  vif 
désir  de  nos  agrariens  serait  d'obtenir  une  revision  de 
la  loi  sur  les  Unions  professionnelles,  qui  leur  permette 
de  grouper  toutes  leurs  œuvres  en  une  seule  personne 
civile,  avec  des  sections  distinctes,  mais  avec  un  avoir 
indivisible. 

Dès  à  présent,  au  surplus,  l'unité  des  œuvres  catho- 
hques  rurales  existe  moralement,  sinon  matériellement 
et  légalement. 

Quelle  que  soit  leur  forme  juridique,  ou  la  nature  de 
leurs  opérations,  elles  ont  en  commun  ce  double  carac- 
tère d'être  hiérarchiquement  organisées  et  strictement 
confessionnelles. 


146     ES'^AIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Dans  le  pays  flamand,  où  règne  encore  la  foi  profonde, 
les  associations  agricoles  se  bornent  à  déclarer  qu'elles 
sont  ouvertes  à  tous  ceux  qui  reconnaissent  «  la  religion, 
la  famille  et  la  propriété,  comme  bases  de  la  société  »  (i  ). 

Dans  la  Wallonie,  plus  sceptique,  on  a  recours,  pour 
écarter  les  mécréants,. à  des  précautions  plus  minutieu- 
ses :  obligation  pour  les  membres  de  dire  chaque  jour 
un  ave;  réunion  mensuelle  à  l'église;  célébration  de  la 
fête  de  St.  Isidore;  salut,  avec  instruction,  précédant, 
tous  les  trois  ou  six  mois,  l'assemblée  syndicale;  enfin, 
et  surtout,  participation  active  du  clergé  à  la  direction 
des  œuvres  rurales  (2). 

C'est  ainsi,  par  exemple,  que  nous  lisons,  dans  une 
étude  du  D'' Jacques,  sur  les  laiteries  Luxembourgeoises: 

((  Nos  laiteries  sont  des  associations  chrétiennes.  Nos 
cui'és  font  partie  de  droit  de  leurs  conseils  d'administra- 
tion. Ils  y  exercent  les  fonctions  délicates  d'arbitres  et 
d'aumôniers.  Ils  président  à  la  fête  religieuse  qui  réunit, 
une  fois  par  an,  tous  les  coopérateurs.  Ils  sont  présents 
à  toutes  les  réunions,  et  il  ne  se  passe  rien  à  leur 
insu.  Ils  se  sont  initiés  aux  progrès  agricoles;  ils 
discutent  savamment  d'engrais,  d'assolement,  de  sélec- 
tion, d'apiculture,  de  crédit  agricole,  d'assurance,  de 
mutualité »  (3). 

Bref,  le  curé,  ou  son  vicaire,  est,  en  règle  générale, 

(1)  l.a  monographie  agricole  de  la  région  sablonneuse  des  Flandres, 
publiée  par  le  Ministère  de  l'Agriculture  (ujuo  ,  s'exprime  comme 
suit,  à  l'égard  de  ces  associations  :  a  La  Ligue  des  cultivateurs  (Laini- 
bouwersboud)  compte  un  assez  grand  nombre  de  membres,  auxquels  1  >n 
ne  demande  aucune  cotisation.  Les  «  syndicats  ».  surtout  ceux  qui 
s'occupent  de  l'achat  des  engrais,  sont  assez  nombreux  et  prospères  ». 

(2)  V.  l'article  de  M.  \"arlez.  Les  associations  rurales  en  Belgique. 
Musée  social.  Mai  1900,  p.  142. 

(3)  Revue  Sociale  Catholique,  i"''  .Janvier  i(SgS. 


LA  COOPERATION   RURALE  EN   BELGIQUE  I47 

la  cheville  ouvrière  des  associations  catholiques.  C'est 
lui  qui  recrute  les  membres,  qui  fournit  les  statuts,  qui 
réunit  les  capitaux,  qui  s'assure  le  concours  des  autorités 
sociales,  des  gros  bonnets  du  terroir.  Car,  il  importe 
d'insister  sur  ce  point,  les  syndicats,  les  coopératives, 
les  caisses  Raiffeisen  peuvent  être  créées  pour  les  petits 
cultivateurs,  mais,  à  de  rares  exceptions  près,  elles  ne 
sont  pas  administrées />«>-  les  petits  cultivateurs. 

Ce  sont  les  bailleurs  de  fonds  —  gros  propriétaires  ou 
hommes  politiques  —  qui  conservent,  presqu'invaria- 
blement,  la  haute  main  sur  toutes  ces  entreprises.  On 
fait  appel  aux  petits  comme  aux  grands,  on  s'efforce 
même,  autant  que  possible,  d'enrégimenter  les  ouvriers 
agricoles,  mais,  presque  toujoui-s,  on  réduit  au  mini- 
mum le  rôle  des  assemblées  générales,  on  laisse  les 
associés  dans  l'ignorance  de  la  marche  des  affaires,  on 
s'arrange  de  manière  à  donner  tous  les  pouvoirs  d'ad- 
ministration et  de  direction,  soit  aux  pasteurs  du  trou- 
peau, soit  aux  généreux  et  charitables  philantropes  qui 
avancent  de  l'argent  à  gros  intérêt,  qui  s'efforcent 
d'améliorer  la  condition  des  cultivateurs,  pour  mieux 
assurer  le  paiement  de  leurs  fermages,  ou  qui  compren- 
nent la  nécessité,  politique  ou  sociale,  d'organiser  les 
campagnards  avec  eux,  de  peur,  qu'un  jour,  ils  ne 
viennent  à  s'organiser  contre  eux. 

Pour  s'en  convaincre,  il  suffit  de  parcourir  quelques, 
listes  d'administrateurs  d'associations  rurales. 

((  Nous  en  avons  pris  deux  au  hasard  —  dit  M.  Variez, 
dans  son  intéressante  étude  sur  les  Associations  rurales 
en  Belgiqîi,e  —  et,  sur  24  membres  de  la  direction,  nous 
y  avons  trouvé  un  sénateur,  cinq  députés,  deux  con- 
seillers provinciaux,  deux  bourgmestres,  un  notaire,  un 


I^H     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGioUE 

propriétaire,  un  docteur  en  médecine,  quatre  curés  et 
sept  agriculteurs.  Quant  à  la  direction  proprement  dite, 
sur  9  membres,  nous  ne  voyons  figurer  que  2  agricul- 
teurs, tous  deux  dans  les  fonctions  un  peu  effacées  de 
vice-présidents  »  (i). 

La  seule  composition  de  ces  états-majors,  nous  en 
dit  long,  déjà,  sur  les  tendances  des  œuvres  qu'ils  diri- 
gent. Quelle  que  soit  l'apparence  démocratique  de  leurs 
appellations,  Timportance  des  avantages  matériels 
qu'elles  accordent  à  leurs  membres,  le  nombre  des 
petits  cultivateurs,  ou  même  d'ouvriers  qui  en  font 
partie,  les  associations  catholiques,  placées  à  la  fois  sous 
la  curatelle  du  clergé,  et  sous  la  dépendance  économi- 
que des  grands  propriétaires,  sont,  bien  plutôt,  des 
instruments  de  règne  pour  les  classes  dirigeantes,  que 
des  moyens  d'émancipation  pour  les  classes  sujettes. 

C'est,  en  un  mot,  la  corporation  chrétienne,  dirigée 
par  les  maîtres,  que  l'on  oppose  à  l'organisation  socia- 
liste, dirigée  par  les  travailleurs  eux-mêmes. 

(i)  Variez.  1.  cit.  p.  16S. 


CHAPITRE  II 
L'organisation  socialiste 

Tandis  que  les  catholiques  s'efforcent  de  réunir,  dans 
les  mêmes  associations,  toutes  les  catégories  de  la  popu- 
lation des  campagnes,  les  socialistes  se  placent,  naturel- 
lement, sur  le  terrain  de  la  lutte  des  classes,  et  s'attachent 
à  créer  des  sj'ndicats  ouvriers,  ou  à  propager,  dans  les 
régions  rurales,  leurs  institutions  coopératives. 

En  Belgique,  comme  en  France,  et,  en  général,  sur 
le  continent,  les  syndicats  d'ouvriers  agricoles  sont 
excessivement  clairsemés.  Totalement  inconnus  dans  les 
districts  de  petite  culture,  sporadiques  et  intermittents 
parmi  les  bûcherons  des  forêts  Ardennaises,  on  ne  les 
rencontre,  comme  institutions  permanentes,  que  dans 
la  région  de  grande  culture  capitaliste,  qui  s'étend  à 
l'ouest  de  la  province  de  Liège  (Hesbaj'e). 

Ce  sont  les  syndicats  de  Ligney-Darion(35  membres), 
Grand  Axhe  (35  m.),  Boëlhe  (25  m.),  Rosoux  (20  m.), 
HoUogne-sur-Geer  (60  m.)  Encore,  les  quatre  premières 
de  ces  associations  sont-elles  plutôt  des  mutualités  que 
de  véritables  unions  professionnelles  ;  de  plus,  elles  ren- 
ferment plusieurs  catégories  d'ouvriers,  dont  un  grand 
nombre  prennent  le  chemin  de  fer,  tous  les  matins,  pour 
aller  travailler  en  ville. 

Il  en  est  tout  autrement  du  syndicat  «  la  Gerbe  », 
d'Hollogne  s/Geer,  qui  fut  fondé  en  1898,  sous  la  forme 
d'une  mutualité,  comptant  25  membres,  et  dont  l'efïectil, 
plus  que  doublé  depuis  lors,  se  compose  exclusivement 


l5o      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

d'ouvriers  agricoles  et  d'ouvriers  travaillant  aux  chemins 
vicinaux.  Ces  deux  catégories  de  travailleurs  se  groupent 
en  sections  distinctes,  pour  la  résistance;  ils  forment, 
tous  ensemble,  une  section  mutuelliste  et  une  section 
d'étude;  ilspossèdentunepetitebibliothèque,etlesjeunes 
ont  organisé,  en  outre,  une  section  dramatique,  qui  s'en 
va,  de  village  en  village,  jouer  des  pièces  à  tendances 
socialistes.  Le  syndicat  d'Hollogne,  habilement  dirigé 
par  deux  ouvriers  de  travaux,  actuellement  occupés  dans 
une  sucrerie,  est  en  pleine  prospérité;  mais,  sauf  dans 
quelques  régions,  où  le  développement  de  la  grande 
culture  a  eu  pour  conséquence  de  créer  un  prolétariat 
agricole,  nettement  distinct  de  la  classe  des  paysans,  ce 
serait  s'exposer  aux  plus  graves  mécomptes  que  do 
compter  outre  mesure,  sur  la  forme  syndicale,  pour 
répandre  l'organisation  socialiste  dans  les  campagnes. 

C'est  bien  plutôt  en  s'appuyant  sur  les  sociétés  coo- 
pératives de  consommation,  solidement  établies  dans 
les  villes,  en  étendant  de  plus  en  plus  leur  action,  aux 
milieux  agricoles,  en  créant  des  filiales  dans  les  villages 
d'alentour,  que  le  Parti  ouvrier  a  chance  de  conquérir 
les  travailleurs  des  champs. 

Aussi  peut-on  dire  que  le  pivot  du  socialisme  agraire, 
la  base  de  tout  son  développement  à  venir,  c'est  la 
Fédération  des  coopératives,  dont  les  i8g  groupes  affiliés  se 
divisent  en  23  sociétés  de  production  et  i66  coopératives 
de  consommation  (i). 

Parmi  les  sociétés  de  production,  il  en  est  trois  qui 
mettent  en  œuvre  des  produits  agricoles  :  ce  sont,  la 

(i)  Beaucoup  de  coopératives  socialistes,  récemment  formées,  n'ont 
pas  encore  demandé  leur  affiliation  à  la  Fédération  des  coopératives,  qui 
n'existe,  d'ailleurs,  que  depuis  un  an. 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE  l5l 

laiterie  d'Herfelingen,  le  Lion  rouge  d'Alost  (tabacs), 
la  coopérative  le  Soleil,  de  Zon  (chicorée),  installée  à 
Zèle,  en  plein  cœur  des  Flandres  catholiques. 

Quant  aux  sociétés  de  consommation,  elles  ont,  pour 
la  plupart,  leur  siège  dans  les  centres  urbains  ou 
industriels.  Parmi  ces  dernières,  il  en  est  un  certain 
nombre  dont  les  camions  parcourent  les  campagnes  et 
portent  du  pain,  trois  ou  quatre  fois  la  semaine,  à 
plusieurs  lieues  à  Ja  ronde. 

Telles  sont,  par  exemple,  la  Persévérance,  de  Nivelles, 
la  Maison  du  Peuple,  de  Dinant,  la  Sociale,  de  Lessines, 
la  Maison  du  Peuple  d'Auvelais. 

Un  fait  qui  montre  bien  le  caractère  semi-rural  de  ces 
coopératives,  et  qui  faillit,  au  début,  leur  jouer  de  très 
mauvais  tours,  c'est  la  brusque  décroissance  de  la  con- 
sommation du  pain,  vers  la  fin  de  juillet,  ou  au  com- 
mencement d'août  :  pendant  un  temps  plus  ou  moins 
considérable,  en  effet,  les  familles  ouvrières,  établies  à 
la  campagne,  et  qui  cultivent,  accessoirement,  un  lopin 
de  terre,  ne  recourent  plus  à  la  boulangerie  ;  elles  man- 
gent leur  propre  blé,  cuisent  elles-mêmes  leur  pain, 
pour  ne  revenir  à  la  consommation  coopérative,  qu'après 
que  leur  provision  est  épuisée. 

A  plus  forte  raison  doit-il  en  être  ainsi,  dans  les  coo- 
pératives rurales  proprement  dites,  qui  commencent  à 
se  répandre,  dans  la  Hesbaye,  dans  les  Ardennes  et 
dans  les  Flandres. 

Aussi,  beaucoup  d'entre  elles  ne  vendent  qu'accessoi- 
rement du  pain,  et  fournissent  surtout  à  leurs  membres, 
des  confections  et  aunages,  des  farines,  des  épiceries, 
du  lard,  du  café,  du  pétrole,  etc. 

Le  type  le  plus  caractéristique  des  coopératives  socia- 


l52      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 


liste  de  la  Hesbaye,  est  la  Justice,  fondée  à  Waremme, 
en  1898,  et  qui  recrute  une  notable  fraction  de  ses 
340  membres,  dans  les  communes  rurales  environnantes. 
Son  chiffre  d'affaires,  pour  igoo,  s'est  élevé  à  80,000  fr. 
Parmi  les  principaux  articles  vendus,  il  faut  noter,  avec 
les  farines  et  les  sons,  le  maïs  —  qui  montre  bien  le 
caractère  agricole  de  la  clientèle  —  et  le  lard  d'Amérique, 
que  les  petites  gens  de  la  campagne  consomment,  tandis 
qu'elles  engraissent  un  ou  plusieurs  porcs  pour  la  vente. 

A  côté  des  coopératives,  au  sens  propre  du  mot,  on 
trouve  assez  souvent  en  Hesbaye,  des  «  groupes  écono- 
miques )),  sans  organisation  stable,  dont  les  membres 
vendent  le  soir,  à  tour  de  rôle,  aux  autres  participants. 

Dans  les  Ardennes,  où  domine  la  petite  propriété 
rurale,  appu5'éc  sur  des  communaux  considérables 
encore,  il  existe  une  douzaine  de  coopératives  socialistes, 
récemment  formées,  dans  les  régions  influencées  par  les 
bassins  industriels  de  Liège  et  des  Ardennes  Françaises. 

Nous  résumons  la  situation  actuelle  de  quelques  unes 
de  ces  coopératives,  dans  le  tableau  suivant  : 


NOM 

SIÈGE 

D^TE 

m-; 

p 

«S     g 

H 
2 

X 
< 

SOCl  A  1. 

I-CINDA  rHlN 

Q 
y. 

p 

^ 

é     1 

> 

X 

o 

J.a  Salm. 
la  Prévoyance 
Ea  Mutuelle 
E'Economie 
Le  Progrès 
L'Economie 


Salm- Château 
Hautfays 
Châtillon 
Gérouville 

Mussy-la-Ville 
St- Hubert 


IK. 

FR. 

Mai  iS()(") 

1 .  300 

28 

9-  '  25 

Avril  iSy-y 

4. 1 00 

40 

52-514 

Dec.  i(Sc)9 

4.500 

60 

— 

Août   1899 

3.000 

56 

— 

Février  1900 

3.000 

65 

— 

Mai  1900 

820 

70 



IR. 


1 30  à  1 60 

75 

50 

90 
()n  à  1 00 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN   BELGIQUE  l53 

Toutes  ces  petites  associations,  affiliées,  ou  devant 
s'afftlier  incessament,  à  la  Fédération  des  Coopératives, 
se  composent  de  cultivateurs,  de  bûcherons,  de  sabo- 
tiers, et  d'un  certain  nombre  d'ouvriers  industriels,  qui 
travaillent  dans  les  ardoisières  de  la  Salm,  dans  les 
usines  du  Luxembourg  belge,  ou,  de  l'autre  côté  de  la 
frontière,  dans  le  bassin  de  Longw}'.  A  l'exception  de 
la  Salm,  dont  l'existence  est  assez  languissante,  elles  ont 
été  fondées  sur  le  modèle  de  la  Prévoyance  d'Hautfays, 
village  de  huit  cents  habitants,  exclusivement  agricole, 
situé  en  pleins  bois,  sur  les  hauts  plateaux  qui  dominent 
la  vallée  de  la  Semoys. 

Dans  le  courant  de  l'exercice  189Q-1900,  la  coopéra- 
tive d'Hautfays  a  réalisé  un  bénéfice  net  de  Siyi  fr.  qui 
a  été  réparti  de  la  manière  suivante  :  100  fr.  à  la  presse 
socialiste,  200  fr.  à  la  propagande  anti-militariste,  5  0/0 
à  la  propagande  dans  la  province  de  Luxembourg,  et  le 
surplus  au  fonds  de  réserve,  pour  bâtir  un  local. 

Ces  résultats,  obtenus  grâce  à  l'énergie  et  à  l'habileté 
du  directeur  de  la  Prévoyance,  sont  d'autant  plus 
remarquables,  que  le  développement  des  sociétés  de 
consommation,  dans  les  Ardennes,  se  heurte  aux  multi- 
ples obstacles  provenant  de  l'éloignement  des  centres 
producteurs,  de  la  rareté  ou  de  l'absence  des  moyens  de 
communication,  de  l'impossibilité  de  grouper  plusieurs 
communes  circonvoisines,  à  cause  de  la  distance  trop 
grande  qui  les  sépare,  de  la  difficulté  de  trouver,  par 
suite  de  la  pression  du  clergé,  très  puissant  dans  la 
région,  des  administrateurs  capables,  des  actionnaires 
indépendants  et  résolus.  Ce  qui  a  permis  de  surmonter 
ces  obstacles,  c'est,  d'une  part,  le  taux  excessif  des 
bénéfices  que  réalisait  le  commerce  local,  et,  d'autre 


l54     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

part,  l'aide  puissante  que  les  coopératives  ardennaises, 
]Mivées  elles-mêmes  des  renseignements  commerciaux 
nécessaires  pour  acheter  à  bonne  source,  trouvent  dans 
la  Maison  du  Peuple  de  Bruxelles,  qui  se  charge  d'ache- 
ter leurs  farines,  et  dans  la  Fédération  des  coopératives,  qui 
leur  procure,  à  des  conditions  favorables,  les  autres 
marchandises  dont  elles  ont  besoin. 

Il  en  a  été  de  même  pour  les  coopératives  fondées, 
tout  récemment  dans  les  Flandres  :  le  Vooniit,  de  Gand, 
joue,  vis-à-vis  d'elles,  le  rôle  que  la  INIaison  du  Peuple 
remplit,  vis-à-vis  des  coopératives  ardennaises. 

C'est  en  1898,  que  pour  la  première  fois,  les  socialis- 
tes flamands  réussirent  à  fonder  une  société  de  consom- 
mation, le  Soleil  (de  Zon),  aj-ant  son  siège  à  Gand  et  sa 
clientèle  à  Zèle,  gros  village,  mi-agricole,  mi-industriel, 
situé  dans  la  région  la  plus  pauvre  des  Flandres. 

((  Résolution  héroïque,  —  nous  écrit  un  de  ses  fonda- 
teurs — ,  mais  qui  fut  accueillie,  à  Gand,  par  un  frater- 
nel éclat  de  rire.  Ce  rire  nous  fit  jurer  que  l'on  cuirait 
du  pain  à  Zèle.  Nous  étions  neuf,  qui  avions  prêté  ce 
serment,  et  nous  avions  pour  capital —  1000  fr.  C'était 
peu,  mais  le  Vooruit  avait  une  charette  mise  au  rebut; 
un  ami  nous  trouva  un  poney  patriarcal,  coûtant,  harnais 
compris,  loofr.;  un  autre  nous  procura,  pour  20  fr.,  une 
charrette  à  bras,  et  un  paysan,  voulant  se  débarrasser  de 
son  chien  vicieux,  nous  le  céda  pour  10  fr.  Une  solide 
couche  de  couleur  verte  dissimula,  pour  quelque  temps, 
la  vétusté  du  matériel,  mais,  quant  aux  animaux,  hélas, 
impossible  de  les  retaper!  On  nous  envoya  de  Gand  d  x 
sacs  de  farine,  avec  un  tonneau  de  corinthes....  ». 

Ce  ((  pain  de  corinthes  ;»  fut  un  des  éléments  de 
succès  :   les  habitants  de  cette  région  sont  tellement 


LA   COOPÉRATION   RURALE  EN  BELGIQUE  l55 

pauvres  qu'ils  en  achètent,  pour  ne  pas  devoir  mettre 
du  beurre  sur  la  tartine  de  leurs  enfants  ! 

Aujourd'hui^  la  coopérative  deZon  cuit,  selon  les  pério- 
des, de  45oo  à  7000  k.  de  pain  par  semaine,  qu'elle  vend 
à  20  cent,  le  kilo,  avec  un  ristourne  d'un  demi-centime 
seulement  :  c'est  avant  la  récolte  du  grain  et  des  pommes 
de  terre,  que  la  consommation  atteint  son  maximum. 
Les  camions  coopératifs  font  des  tournées,  dans  un 
rayon  de  trois  lieues.  Depuis  le  jei  janvier  igoo,  on  a 
ouvert  un  magasin  d'aunages,  d'épiceries  et  de  chaus- 
sures, fabriquées  dans  les  ateliers  de  cordonnerie  du 
Vooruit.  Au  mois  d'octobre  dernier,  on  a  inauguré  une 
Maison  du  peuple,  avec  salle  de  lecture,  secrétariat, 
café,  salle  de  fêtes,  écurie  spacieuse  pour  les  chevaux. 

Bref,  les  résultats  obtenus  sont  très  satisfaisants.  Des 
sections  nouvelles  ont  été  fondées,  à  Thielt,  à  Termonde 
età\Vetteren,oùron  cuit  1200  kilos  de  pain  par  semaine 
et  où  le  magasin  d'épiceries  a  fait,  le  premier  mois,  pour 
1400  fr.  d'affaires.  D'autres  groupes  du  même  genre  ne 
tarderont  pas  à  être  constitués. 

L'expérience  semble  donc  démontrer  que  la  coopé- 
rative de  consommation,  fondée  et  soutenue  par  l'or- 
ganisation des  grandes  villes,  constitue  le  moyen  de 
pénétration  socialiste  le  plus  efficace,  dans  les  bourga- 
des et  les  communes  rurales  du  plat  pays. 

Certes,  ces  coopératives  rurales  ne  se  composentpas  ex- 
clusivement de  cultivateurs  ;  dans  beaucoup  d'entre  elles, 
ces  derniers  ne  forment  qu'une  minorité;  le  plus  grand 
nombre  des  membres,  tout  en  étant  des  campagnards,  se 
consacrent  à  des  travaux  industriels;  mais,  l'organisation 
coopérative,  une  fois  solidement  implantée,  peut  sei'vir 
de  base  à  des  œuvres,  d'un  caractère  nettement  agricole. 


l56     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Telles  sont,  par  exemple,  les  laiteries  coopératives 
d'Herfelingen,  de  Hautfays  et  de  Gérouville,  ainsi  que 
la  société  coopérative  d'achat  «  les  Campagnards  so- 
cialistes »,  de  Grand-Leez  (province  de  Namur). 

La  laiterie  de  Goede  Boter  (Le  bon  Beurre),  d'Herfe- 
lingen, fut  installée  en  pays  flamand,  à  20  kilomètres 
de  Bruxelles,  dans  le  courant  de  i8g8.  Le  capital  de 
fondation,  40000  fr.  environ,  fut  avancé,  presque  tout 
entier,  par  la  Alaison  du  Peuple  de  Bruxelles,  qui 
achète  le  lait  et  la  totalité  du  beurre  provenant  d'Her- 
felingen. Au  début,  cette  société  —  la  première  œuvre 
purement  agricole  du  Parti  ouvrier  belge  —  donna  lieu 
à  des  mécomptes  assez  graves  :  la  vente  du  lait  ne 
réussit  pas  tout  d'abord  ;  des  laiteries  rivales,  dont  le 
clergé  provoqua  la  formation  dans  toutes  les  communes 
environnantes,  s'efforcèrent  d'attirer  à  elles  les  fermiers 
et  de  diminuer  le  nombre  des  vaches  rouges  ;  l'exploita- 
tion fut  arrêtée,  pendant  quelque  temps,  par  le  manque 
d'eau  potable  :  il  fallut  creuser  un  puits  artésien,  pour 
remplacer  l'ancien  puits,  qui  s'était  ensablé.  Malgré 
tout  cependant,  la  laiterie  d'Herfelingen  par\ùnt  à 
triompher  de  ces  multiples  obstacles  :  les  paysans  lui 
sont  restés  fidèles,  la  quantité  de  lait  mise  en  œuvre 
varie  de  3ooo  à  6000  litres  par  jour;  le  commerce  du 
beurre,  par  la  Maison  du  Peuple,  s'est  élevé,  pendant 
le  i^r  semestre  igoo,  à  80141  fr.;  le  service  du  lait, 
réorganisé,  se  développe  à  son  tour  et  commence  à 
donner  quelque  bénéfice  à  la  société  bruxelloise  (400  Ir. 
pour  le  i^r  semestre  1900;  1700  fr.  pour  le  2*  semestre). 

Si  la  laiterie  d'Herfelingen  a  pour  seul  débouché  la 
]\Iaison  du  Peuple  de  Bruxelles  et  ne  suffît  même  pas  à 
approvisionner   celle-ci,    les    laiteries   d' Hautfays  et    de 


LA  COOPÉRATION   RURALE  EN   BELGIQUE  1^7 

Gerouvillc  (Ardennes),  écoulent  la  plus  grande  partie  de 
leurs  beurres  dans  les  coopératives  de  Charleroy  et 
d'autres  communes  de  la  région  industrielle.  Fondées 
avec  un  très  modeste  capital  (i3oo  à  1400  fr.)  ces  petites 
laiteries  locales,  poui"vues  seulement  d'un  outillage  à 
bras,  parviennent  à  lutter,  dans  des  conditions  avanta- 
geuses, contre  les  grandes  laiteries  régionales  de 
St-Mard  et  de  Carlsbourg. 

((  Les  laiteries  régionales  —  nous  écrit  le  directeur 
d'Hautfays  —  rayonnent  sur  une  vaste  étendue  de  pays 
et  ont,  par  conséquent,  des  frais  de  transport  excessive- 
ment élevés.  Les  frais  généraux  sont  énormes.  Les 
administrateurs  touchent  de  gros  traitements.  La 
moyenne  du  prix  payé  par  kilo  de  lait,  varie  de  6,  7  à 
8  centimes.  Xi  le  lait,  ni  la  crème  ne  se  transportent 
impunément;  les  produits,  en  été  surtout,  ne  sont  pas 
irréprochables;  quant  au  petit  lait,  qui  est  un  facteur 
important  pour  l'élevage  des  veaux  et  des  porcs,  il 
revient  souvent  aux  cultivateurs,  complètement  inutili- 
sable. De  plus,  aucun  coopérateur  ne  peut  se  rendre 
compte,  par  lui-même,  de  la  gestion  de  ses  intérêts;  au 
bout  de  chaque  semaine,  le  curé  se  borne  à  dire  :  «  Il 
vous  revient  telle  somme  » ,  et  cette  insuffisance  de  ren- 
seignements met  les  cultivateurs  en  défiance.  Tels  sont 
les  inconvénients,  inhérents  aux  grandes  coopératives 
régionales,  qui  nous  ont  permis  d'entamer  —  très  hum- 
blement —  la  lutte  contre  nos  puissants  adversaires.  A 
Hautfays,  nous  avons  eu  à  lutter  contre  la  laiterie  des 
petits-frères  de  Carlsbourg,  et  sommes  parvenus  à  leur 
enlever,  dans  notre  commune,  les  trois  quarts  de  leur 
clientèle  :  alors  que,  chez  eux,  les  coopérateurs  ne  tou- 
chaient que  6  à  7  centimes,  par  kilo  de  lait,  nous  avons 


l5S      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EK   BELGIQUE 

pu  leur  en  donner  lo  et  12.  —  L'autre  essai,  s'est  fait 
à  Gérouville  contre  la  laiterie  neutre  de  St-Mard-lez- 
Mrton  ;  le  succès  a  été  aussi  probant  et  les  résultats  ont 
enchanté  les  coopérateurs.  —  J'ai  la  ferme  conviction 
que  ces  petites  laiteries  coopératives  locales  sont  appelées 
à  un  grand  avenir  dans  le  Luxembourg,  et  que  ce  sera, 
pour  nous,  un  puissant  moyen  de  pénétration  ». 

Sans  vouloir  examiner,  en  ce  moment,  si  cette  pi'éfé- 
rence  accordée  aux  laiteries  locales  est  pleinement  justi- 
fiée, tout  au  moins  pour  la  région  ardennaise,  il  est,  en 
tous  cas,  certain  que  ces  institutions,  pour  être  prospères 
et  conserver  leur  caractère  initial,  doivent  rester  intime- 
ment liées  à  l'organisation  ouvrière  en  général,  et,  spé- 
cialement, à  la  Fédération  des  coopératives  socialistes. 

A  cette  dernière  se  rattache  également  l'organisation 
nouvelle,  «  lesCampagviardssocialistes  » ,  qui  s'est  constituée, 
à  la  frontière  nord  de  la  province  de  Namur,  pour  l'achat 
des  engrais,  semences,  machines  agricoles,  denrées 
alimentaires  et,  le  cas  échéant,  pour  la  vente  et  la 
manutention  des  produits  du  sol. 

Le  siège  social  de  cette  coopérative,  fondée  en 
décembre  igoo,  se  trouve  à  Grand-Leez,  village  de 
deux  mille  habitants,  aux  confins  du  plateau  Hesbignon, 
sur  les  pentes  qui  s'abaissent  vers  la  vallée  de  la  Meuse. 
A  part  un  certain  nombre  déjeunes  gens,  qui  travaillent 
au  dehors,  grâce  aux  trains  ouvriers,  la  population  se 
compose,,  à  peu  près  exclusivement,  de  petits  cultiva- 
teurs. Il  n'y  a  guère  qu'une  grosse  ferme,  sur  le  territoire 
de  la  commune.  Les  exploitations  inférieures  à  10  ou 
i5  hectares,  forment  l'immense  majorité. 

Depuis  1897,  il  existait  à  (irand-I^eez,  une  coopéra- 
tive  de    consommation,    comptant    une    centaine    de 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE       I  5g 

membres,  cultivateurs  pour  la  plupart.  Aussitôt  que  fut 
décidée  la  création  d'une  coopérative  plus  vaste,  avec 
des  sections  dans  les  communes  d'alentour,  V Avenir,  de 
Grand- Leez,  décréta  sa  dissolution,  pour  apporter  ses 
capitaux,  sa  clientèle,  son  expérience  acquise,  à  la 
société  nouvelle.  Des  à  présent,  «  les  Campagnards 
socialistes  »  sont  au  nombre  de  3o2,  ayant  souscrit  une 
ou  plusieurs  actions  de  dix  francs  (i). 

Chaque  groupement  qui  se  constitue  dans  une  loca- 
lité, devient  une  section  de  la  coopérative  mère,  qui 
centralise  toutes  les  opérations  d'achat  en  gros.  Le 
magasin  central,  pour  les  tourteaux,  les  engrais  chimi- 
ques, les  machines  agricoles  est  établi  à  Grand- Leez, 
dans  un  modeste  local  provisoire,  qui  sera  remplacé, 
cette  année  même,  par  des  installations  définitives, 
embranchées  au  chemin  de  fer  de  Ramillies  à  Gem- 
bloux.  Les  magasins  de  vente,  à  Sauvenière,  Lonzée, 
Liernu,  Beauvechain,  Tihange  et  Nalinnes,  sont,  dès  à 
présent  en  activité.  D'autres  sections  s'organisent  à 
Meux,  Haillot  et  Sombreffe. 

Le  Conseil  d'administration  des  «  Campagnards  socia- 
listes »,  se  compose  d'un  délégué  par  section  locale,  et 
des  trois  directeurs  de  la  société-mère  :  Debarsy,  qui  fut, 
dans  sa  jeunesse,  valet  de  ferme,  et  qui  rédige  auj  ourd'hui 
le  journal  agricole  socialiste,  le  Labour eur ;  ^Maurice 
Hambursin,  qui  occupe  une  ferme  de  70  hectares,  à 
une  lieue  de  Grand-Leez;  enfin,  le  signataire  de  ces 
lignes.    L'ancien   président   de   l'Avenir   de   Grand-Leez, 


1 1  I  II  existe,  en  outre,  à  Aische-en-Refail,  commune  V(  )isine  de  Grand- 
Lee/,  une  société  coopérative  socialiste,  comptant  65  membres,  avec 
qui.  jusqu'à  présent,  les  pourparlers  en  vue  d"nne  fusion,  n'ont  pas 
ahfniti. 


l6o     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Dalebioux,  jardinier,  qui  avait  fait  preuve  de  qualités 
vraiment  exceptionnelles,  dans  la  gestion  de  sa  modeste 
coopérative  locale,  a  été  choisi  comme  directeur  gérant. 

Jusqu'à  présent,  l'organisation  des  «  Campagnards 
socialistes  »  fonctionne  seulement  comme  société  d'achat 
et  de  consommation. 

Une  des  sections,  toutefois,  celle  de  Tihange-lez-Huy, 
—  composée  d'une  trentaine  de  maraîchers  —  s'occupe, 
pour  son  compte,  de  la  vente  des  semences  potagères. 
Chacun  des  membres  a  souscrit,  pour  cette  œuvre 
spéciale,  une  action  de  loo  francs.  L'écoulement  des 
produits  se  fait,  surtout,  par  petits  sachets,  contenant 
toutes  les  graines  nécessaires  à  un  jardin  potager  et, 
comme  il  existe  dans  la  région  industrielle,  des  milliers 
de  travailleurs,  cultivant  accessoirement  un  carré  de 
terre,  pour  leurs  légumes,  on  peut  espérer  que  les  dépôts 
établis  par  les  cultivateurs  de  Tihange,  dans  toutes  les 
grandes  coopératives  socialistes,  auront  bientôt  une 
nombreuse  clientèle. 

Nous  constatons  donc,  une  fois  de  plus,  que  le 
succès  des  œuvres  socialistes  rurales,  dépend,  dans 
une  large  mesuie,  de  l'appui  que  leur  donnent  les 
coopératives  industrielles. 

Ces  dernières  seules  peuvent  résoudre,  d'une  manière 
tout  à  fait  satisfaisante,  une  des  plus  sérieuses  difficultés 
que  rencontre  le  développement  de  la  coopérative 
socialiste,  dans  les  régions  agricoles  où  les  échanges  en 
nature  jouent  encore  un  rôle  important. 

((  Lorsque  nous  demandons  à  un  cultivateur  de  faire 
partie  de  notre  société  —  nous  disait  le  gérant  de  (îrand- 
Leez  —  il  ne  manque  jamais  de  nous  répondre  :  dans 
telle  boutique,  on  me  prend  mon  beurre  ou  mes  œufs, 


LA   COOPÉRATION   RURALE  EN  BELGIQUE  l6l 

en  échange  des  denrées  dont  j'ai  besoin.  Ferez  vous  de 
même  ?  » 

Or,  si  la  section  de  Grand- Leez,  trouve  assez  facile- 
ment le  mo3'en  de  vendre  les  œufs  qu'on  lui  apporte, 
par  l'intermédiaire  d'un  de  ses  membres,  qui  se  livre  à 
ce  commerce,  il  est  beaucoup  plus  malaisé  de  trouver  le 
placement  de  beurre  de  qualité  diverse,  et,  trop  sou- 
vent, de  mauvaise  qualité,  que  les  paysans  préparent 
eux-mêmes,  à  l'ancienne  mode.  Impossible  de  le  faire 
accepter  par  les  grandes  coopératives  urbaines.  Il  faut 
donc,  ou  bien  le  refuser  —  ce  qui  crée  de  vifs  mécon- 
tentements —  ou  bien  se  charger  de  le  vendre,  avec 
plus  ou  moins  de  difficultés,  au  marché  de  la  ville 
voisine;  mais  cette  situation  se  modifierait  du  tout  au 
tout,  si  les  «  Campagnards  socialistes  »  avaient  une  laiterie, 
produisant  des  beurres  de  qualité  uniforme  et  de  bonne 
qualité.  Dès  ce  moment,  les  coopératives  du  pays  de 
Liège  et  du  Centre  (Hainaut),  leur  fourniraient  un 
débouché  tellement  large,  que  la  production  locale  n'y 
suffirait  pas.  Aussi,  parle-t-on  de  créer,  à  côté  du 
magasin  central,  et,  pour  augmenter  le  chiffre  des 
affaires  de  ce  magasin,  une  petite  laiterie  à  vapeur,  avec 
des  écrémeuses  dans  les  villages  circonvoisins. 

En  résumé  donc,  à  Grand-Leez,  comme  à  Herfelin- 
gen,  à  Zèle  comme  à  Hautfays,  la  coopération  socialiste 
nous  apparaît  comme  le  prolongement  de  l'organisation 
coopérative  des  villes. 

C'est,  avant  tout,  la  coopérative  de  consommation, 
Vooruit  ou  Maison  du  Peuple,  avançant  des  capitaux, 
fournissant  des  débouchés,  faisant  bénéficier  les  ruraux 
de  son  expérience  des  affaires,  de  ses  facilités  d'achat  en 
gros,  qui  permet  aux  socialistes  de  prendre  pied  dans 


102      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

les  campagnes;  et,  pour  apprécier  l'importance  réelle 
des  premiers  résultats  que  nous  venons  de  décrire,  il  ne 
faut  pas  seulement  les  juger  en  eux-mêmes,  il  faut  tenir 
compte,  en  outre,  de  l'énorme  effort  qu'ils  ont  imposé 
aux  adversaires  du  socialisme. 

M.  Variez,  qui  s'exagère,  d'ailleurs,  la  faiblesse  et  la 
dispersion  des  groupements  socialistes,  le  constate,  en 
ces  termes,  dans  son  étude,  déjà  citée,  sur  les  Associations 
rurales  en  Belgique  : 

«  Les  efforts  tentés  par  les  socialistes,  ont  déjà  néces- 
sité la  mise  sur  pied  de  guerre  de  toute  l'armée  conser- 
vatrice dans  les  campagnes.  Il  faut  reconnaître  que 
celle-ci  est  splendide,  d'une  ordonnance  superbe,  fidèle 
et  bien  disciplinée. 

«  En  face  d'elle,  il  n'y  a  que  quelques  groupes  assez 
misérables,  n'ayant,  semble-t-il,  aucune  attache  pro- 
fonde dans  ces  campagnes  auxquelles  ils  s'acrochent 
désespérément.  Aucun  chef,  aucune  discipline  ne  paraît 
les  diriger.  Toutes  les  tendances,  toutes  les  aspirations 
du  paysan  vont  vers  la  conservation  et  le  calme  :  une 
longue  hérédité  fidèle  les  rattache  à  la  défense  de  la 
propriété.  Et,  cependant,  de  toutes  parts,  on  sent  une 
inquiétude  et  une  méfiance  qui  sont  laites  pour 
surprendre  celui  qui  veut  dénombrer  les  deux  troupes  )>. 


CHAPITRE  HT 


Les  résultats  de  la  coopération  rurale 


Les  diverses  formes  de  la  coopération  rurale,  caisses 
Raifîeisen,  ligues  agricoles,  laiteriescoopératives, qu'elles 
soient  neutres  ou  confessionnelles,  catholiques  ou 
socialistes,  contribuent  largement  à  industrialiser  l'agri- 
culture, à  mettre  à  la  disposition  des  petits  paysans, 
une  partie  des  avantages  de  la  grande  culture  capita- 
liste, à  répandre  dans  les  campagnes,  l'emploi  des 
machines,  l'usage  des  engrais  artificiels,  le  recours  aux 
méthodes  les  plus  rationnelles. 

A  ce  point  de  vue,  tout  le  monde  se  trouve  d'accord 
pour  reconnaître  leurs  services,  et,  malgré  les  appré- 
hensions qu'elles  inspirent  dans  certains  milieux,  ces 
associations  répondent  à  des  nécessités  si  impérieuses 
que,  nous  l'avons  vu,  ce  sont  les  conservateurs  eux- 
mêmes,  qui  ont  pris  l'initiative  de  les  créer. 

Dans  un  article  de  la  Revue  Sociale  catholique  sur 
le  Socialisme  agraire,  M.  Vlieberg,  secrétaire  du  Boeren- 
bond,  s'explique,  à  cet  égard,  de  la  manière  suivante  : 

«  Les  socialistes  prétendent  que  l'industrialisation  de 
l'agriculture  rendra  plus  facile  leur  propagande  à  la 
campagne.  C'est  possible,  mais  cela  ne  peut  pas 
nous  arrêter.   L'industrialisation  de  l'agriculture  s'im- 


164     ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

pose;  c'est  pour  elle  une  question  de  vie  ou  de  mort. 
D'ailleurs,  nous  ne  sommes  pas  de  ceux  qui  croient  que 
le  mouvement  socialiste  puisse  être  enragé  par  de 
seules  mesures  économiques;  il  faut,  et  avant  tout, 
l'action  morale.  Le  socialisme  est  plus  qu'une  question 
d'estomac.  C'est  pourquoi  nous  fondons  des  associa- 
tions agricoles  chrétiennes  »  (i). 

Ainsi  donc,  on  s'efforce  de  mettre  le  remède  à  côté 
du  mal.  On  fait  des  concessions  à  l'esprit  moderne, 
mais  on  essaie  en  même  temps  de  raviver  l'esprit 
ancien.  On  organise  les  campagnards,  mais  sous  la 
tutelle  de  leurs  chefs,  spirituels  ou  temporels:  et,  l'on 
affirme  que  bientôt,  il  n'3'  aura  plus,  en  Belgique,  un 
seul  village  de  quelque  importance,  où  la  trinité  coopé- 
rative classique  du  crédit,  de  la  consommation  et  de  la 
production,  ne  se  manifeste  pas  sous  la  forme  de  trois 
personnes  morales,  distinctes  —  puisque  la  loi  l'exige  — 
mais  étroitement  unies  :  la  caisse  Raifïeisen,  le  s^-ndicat 
agricole  et  la  société  de  vente  ou  de  production. 

Nous  avons  montré  que,  dès  à  présent,  une  notable 
partie  de  ce  programme  se  trouve  réalisée;  mais,  s'il 
convient  de  ne  pas  déprécier  les  résultats  de  ce  grand 
effort,  il  ne  faut  pas,  non  plus,  les  exagérer,  et,  surtout, 
il  ne  faut  pas  se  méprendre  sur  le  caractère  réel  des 
groupements  qui,  par  une  sorte  de  mimétisme  social, 
empruntent  aux  organisations  prolétariennes,  les  déno- 
minations démocratiques  de  syndicats,  de  ligues  ou  de 
coopératives:  ce  sont, presque  toujours,  des  associations 
de  possédants,  petits,  moyens,  ou  gros,  et,  —  si  l'on 
fait  abstraction  des  sociétés  de  secours  mutuels,  qui  ne 

{\]  Revue  sociah  iiitholique.  i'"';i\ril  iqoo. 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE       l65 

rentrent  pas  dans  notre  cadre  —  leurs  avantages  ne 
profitent  pas,  ou  ne  profitent  guère  au  prolétariat  des 
campagnes. 


§  I.  —  Les  Caisses  Raiffeisen 

Les  institutions  de  crédit  agricole  existant  en  Bel- 
gique peuvent,  si  l'on  néglige  deux  caisses  Schulze- 
Delitsch,  se  ramener  à  deux  types  distincts  :  les  comp- 
toirs agricoles,  créés  par  la  loi  du  i8  avril  1884,  et  les 
sociétés  coopératives  locales  de  crédit,  du  type  Raiffeisen, 
à  responsabilité  solidaire  et  illimitée. 

Alors  qu'on  leur  assignait  pour  but  de  venir  en  aide  à 
la  petite  et  à  la  moyenne  culture,  les  comptoirs  agrico- 
les, au  nombre  de  neuf,  font  des  opérations  assez 
considérables,  mais  ne  prêtent  guère  qu'aux  grands 
cultivateurs. 

Quant  aux  caisses  Raiffeisen,  répandues  principale- 
ment dans  les  régions  de  petite  culture  du  Brabant  et 
du  Limbourg,  elles  étaient,  le  3i  -décembre  189g,  au 
nombre  de  22g,  avec  un  effectif  total  de  gSgS  membres, 
dont  7817  cultivateurs  : 


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LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE       167 

De  même  que  les  caisses  rurales  de  don  Cerutti,  en 
Italie,  et  de  l'Union  des  caisses  rurales  en  France,  ces 
associations  ont  été  fondées  sous  l'influence  directe  des 
curés  de  village. 

«  C'est  une  loi  vérifiée  par  l'expérience  —  écrivait,  en 
1897,  le  président  de  l'Union  des  Caisses  rurales  — 
que  les  caisses  rurales  à  responsabilité  illimitée  ne 
peuvent  guère  être  fondées  sans  le  concours  du  clergé. 
Dans  ces  associations,  les  administrateurs  disposent 
d'une  signature  sociale  qui  engage  tout  l'avoir  des  asso- 
ciés :  les  paysans,  gens  prudents,  ne  veulent  donner  un 
pouvoir  aussi  étendu  qu'à  des  hommes  dont  ils  sont 
bien  sûrs.  Or,  les  paysans  qui  se  sentent  assez  habiles 
pour  mettre  en  défaut  la  perspicacité  de  tous  les  pro- 
cureurs, ne  se  trouvent  rassurés  qu'autant  que  l'homme 
en  qui  ils  mettent  leur  confiance  croit  à  l'existence  d'un 
juge  plus  sévère  et  plus  perspicace  que  les  tribunaux 
humains  »  (i). 

Vaille  que  vaille  cette  explication,  partiellement  con- 
tredite, d'ailleurs,  par  le  succès  des  caisses  rurales 
purement  laïques,  en  Allemagne,  en  Italie  et  dans  le 
département  des  Basses  Alpes,  il  n'en  est  pas  moins 
certain  qu'en  Belgique,  toutes  les  coopératives  du  type 
Raiffeisen,  dont  la  première  fut  fondée,  en  1892,  par 
M.  l'abbé  Mellaerts,  ont  un  caractère  nettement 
confessionnel. 

Si  elles  procurent  à  leurs  membres,  des  avantages 
matériels,  en  leur  donnant  du  crédit  aux  conditions 
usuelles  .en  régime  capitaliste,  ces  avantages  sont  limités 
à  ceux  qui  montrent  patte  blanche  et  compensés,  dans 

(1)  Cit.  par  Cori.iiT  :  Le  mouvement  syndical  et  coopératif  dans  ï Agri- 
culture française.  Paris,  .Masson,i8g8,  p.  III. 


l68      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

une  large  mesure,  par  une  dépendance  plus  grande 
vis-à-vis  du  clergé  et  des  autres  «  autorités  sociales  »  du 
village. 

Certes,  on  ne  fait,  en  apparence,  aucune  distinction 
entre  le  riche  et  le  pauvre,  mais,  ainsi  que  le  constate 
un  des  panégyristes  du  système  (i),  M.  Wolff,  il  est 
toujours  entendu  que,  dans  le  comité  de  direction, 
comme  dans  le  conseil  de  surveillance,  «  les  membres 
les  plus  riches  (sans  lesquels  Raiffeisen  n'aurait  jamais 
formé  une  association)  seront  en  majorité  )). 

Jusqu'à  présent,  au  surplus,  il  ne  semble  pas  qu'en 
Belgique,  ces  institutions  exercent  une  intluence  consi- 
dérable sur  la  situation  économique  des  campagnes.  Au 
3i  décembre  i8gg.  le  montant  des  dépôts,  et  des  capi- 
taux empruntés  à  la  Caisse  d'épargne  (ces  derniers  peu 
considérables)  s'élevaient,  pour  l'ensemble  des  caisses 
rurales,  à  fr.  4.086,168;  le  solde  des  prêts  en  cours,  à 
fr.  1,589,694,  dont  moins  d'un  million  aux  membies 
cultivateurs. 

La  somme  des  dépôts  l'emporte  donc,  de  beaucoup, 
sur  la  somme  des  emprunts  et,  dans  ces  conditions, 
d'aucuns  se  demandent  si  les  sociétés  locales  de  crédit 
répondent,  exactement,  au  but  qu'elles  devraient  avoir. 

Nous  lisons,  par  exemple,  dans  Vlngénieur  agricole, 
revue  des  anciens  étudiants  de  l'Institut  agricole  de 
l'Etat,  à  (jembloux,  (1°'' janvier  1900)  : 

«  Les  sociétés  Raiffeisen,  ainsi  comprises,  sont  bien 
plus  des  caisses  d'épargne  que  des  institutions  de  crédit, 
et,  s'il  faut  se  réjouir  de  les  voir  à  même  de  consentir 
tous  leurs  prêts,  sans  devoir  recourir  à  l'intervention  de 

(i)V.  ).l;roy-13eaulieu.  Traité  d'Economie  politique.  11,  p.  bio. 


LA  COOPÉRATION   RURALE  EN  BELGIQUE  î6g 

la  Caisse  générale  d'épargne,  il  y  a  lieu  de  s'alarmer  de 
ce  véritable  drainage  des  capitaux  disponibles  dans  les 
campagnes.  Leur  action  ne  doit  pas  être  isolée  et  exclu- 
sive; elles  devraient  enseigner  aux  cultivateurs  que 
l'épargne  peut  être  improductive  ou  reproductive.  Dans 
la  majorité  des  cas,  ces  cultivateurs  feraient  œuvre  de 
sage  économie  en  consacrant  les  modestes  profits  de 
chaque  année,  à  améliorer  leurs  méthodes  d'exploita- 
tion, plutôt  que  de  confier  ces  bénéfices  à  la  Caisse 
d'épargne,  qui  ne  peut  leur  payer  qu'un  intérêt 
dérisoire.  » 

Il  est  certain,  en  tout  cas,  que  dans  un  pays  qui 
compte  829,000  exploitations  agricoles,  l'affiliation  de 
7,817  cultivateurs  à  des  caisses  locales  de  crédit,  laisse 
posée,  toute  entière,  la  question  du  crédit  agricole. 


§  2.  —  Les  sociétés  d'achat 

Les  sociétés  ou  syndicats  constitués  pour  l'achat 
de  semences,  d'engrais  commerciaux,  de  matières  ali- 
mentaires pour  le  bétail  et  de  machines  agricoles, 
forment  trois  catégories  bien  distinctes  :  i»  les  sections 
d'achat  de  comices  agricoles;  2°  les  sociétés  coopérati- 
ves proprement  dites,  constituées  conformément  à  la 
loi  du  18  mai  1873  sur  les  sociétés  commerciales;  3"  les 
sections  d'achat  des  Ligues  agricoles. 

Le  tableau  suivant,  que  nous  empruntons  au  ((  Bulle- 
tin de  l'agriculture  »  (igoo  n°  5),  et  qui,  d'ailleurs,  paraît 
être  incomplet,  nous  renseigne  sur  l'importance  compa- 
rative de  ces  diverses  institutions,  au  3i  décembre  1899  : 


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On  voit  que  les  sections  des  Ligues  agricoles  catho- 
liques, sont  beaucoup  plus  nombreuses  que  les  sections 
d'achat  des  Comices  agricoles  (neutres)  et  que  les 
sociétés  coopératives  d'achat,  dont  les  unes  sont  des 
entreprises  purement  commerciales,  les  autres  des 
groupements  confessionnels. 

D'autre  part,  il  est  à  noter  que,  sur  un  chiffre  d'af- 
faires de  12,969,414  fr.,  soit  en  mo3'enne  257  fr.  55  par 
membre,  les  achats  d'engrais  et  de  matières  alimen- 
taires pour  le  bétail  entrent,  à  eux  seuls,  pour  plus  de 
douze  millions.  Par  contre,  les  achats  de  denrées  non 
agricoles,  et  spécialement,  les  achats  de  charbons  et 
d'épiceries,  ne  représentent  qu'une  fraction  insignifiante 
du  chiffre  d'affaires  global.  Nul  doute,  cependant,  que 
les  cultivateurs  enrégimentés  dans  les  Boeretihoiideii, 
aient  le  même  intérêt  que  les  prolétaires  agricoles  ou 
industriels,  à  acheter  en  commun  et  en  gros,  les  pétro- 
les, les  savons,  le  sucre,  le  café,  le  vinaigre,  le  riz,  voire 
même  le  lard  et  autres  produits  alimentaires  dont  ils  ont 
besoin.  M.  Blondel,  dans  ses  a  Etudes  sur  les  popula- 
tions rurales  de  l'Allemagne  »,  fait,  à  cet  égard,  des 
remarques  fort  justes,  qui  trouvent  parfaitement  leur 
application  à  notre  pays  : 

«  Le  développement  des  sociétés  rurales  de  con- 
sommation, dit-il,  a  notamment  pour  effet  de  réfré- 
ner la  fâcheuse  habitude  qu'ont  les  cultivateurs  de 
chercher  à  faire  produire  à  leurs  terres,  tout  ce 
dont  ils  peuvent  avoir  besoin...  En  Allemagne,  encore 
plus  qu'en  France,  le  paysan  veut  obtenir  de  la 
terre  tout  ce  qu'il  consomme  et  n'avoir  rien  à 
débourser.  Ainsi,  que  la  nature  s'y  prête  ou  non,  il 
lui  faut  du  blé,  pour  lui,  de  l'orge,  pour  ses  poules,  de 


172      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION   AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

l'avoine  pour  ses  chevaux,  des  pommes  de  terre,  pour 
ses  porcs...  »  (i). 

Eemarquons,  toutefois,  que  ces  habitudes  tendent 
rapidement  à  disparaître,  partout  où  les  cultivateurs 
trouvent  le  moyen  de  se  procurer,  à  meilleur  compte, 
les  choses  nécessaires  à  leur  consommation.  M.  de 
Rocquigny,  dans  son  livre  l'écent  sur  les  Syndicats 
agricoles,  constate  que,  dans  nombre  de  cas,  ils  sont 
les  premiers  à  réclamer,  énergiquement,  l'extension  de 
l'activité  syndicale  à  d'autres  branches  que  l'achat  des 
engrais  et  autres  produits  similaires.  Mais,  en  règle 
générale,  leurs  efforts,  dans  cette  direction,  se  heurtent 
à  de  vives  résistances,  de  la  part  des  chefs  du  mouve- 
ment agi  arien.  A  l'origine  même,  beaucoup  de  ces 
derniers,  soucieux  de  ménager  la  classe  des  commer- 
çants, se  déclaraient  hostiles  à  la  coopération  d'achat, 
sous  n'importe  quelle  forme. 

En  i8g5,  par  exemple,  lorsque  le  Comité  diocésain 
des  œuvres  sociales  du  Luxembourg,  inaugurait  la 
propagande  en  faveur  des  associations  agricoles,  dans 
cette  province,  il  décidait  «  que  la  coopération,  si 
féconde  en  heureux  résultats,  ne  s'exercerait  que  dans 
les  sociétés  de  crédit  ou  de  production,  laissant  de  côté 
les  sociétés  de  consommation,  dont  l'invasion  sèmerait 
l'inquiétude,  et  provoquerait  l'hostilité  de  la  bourgeoisie 
commerçante  de  nos  villages  »  (2). 

Il  fallut  bientôt  reconnaître,  cependant,  que  cette 
limitation  de  la  pratique  coopérative  était  impossible; 
la    Ligîie   Luxembourgeoise    dut    s'entendre    avec     VEco- 

(1)  Bloni)i;l.  Etudes  euv  les  populations  rurales  de  V Allemagne, 
p.  p.  222  et  s.  Paris,  l.arose  1807. 

(2)  Varlicz,  1.  cit.  p.  i6;^. 


LA  COOPÉRATION   RURALE  EN   BELGIQUE  lyS 

tiomie  «  société  coopérative  pour  l'achat  et  la  vente  des 
engrais,  des  aliments  pour  le  bétail,  des  machines  agri- 
coles et  des  charbons  »,  si  bien  qu'aujourd'hui,  le 
Luxembourg  est,  de  toutes  les  provinces  du  pays,  celle 
qui  compte  le  plus  grand  nombre  de  sociétés  rurales 
pour  l'achat  et  la  consommation. 

Néanmoins,  si  les  agrariens  n'hésitent  plus  à  s'atta- 
quer aux  marchands  d'engrais,  et  à  protéger  les  culti- 
vateurs contre  les  hauts  prix  et  les  falsifications  trop 
fréquentes  dans  cette  branche  du  commerce,  ils  conti- 
nuent à  manifester  contre  l'extension  du  principe 
coopératif  à  l'achat  des  épiceries,  des  farines,  des 
aunages,  du  charbon,  des  méfiances  qui  existent  éga- 
lement dans  d'autres  pays,  et  que  M.  de  Rocquigny 
s'attache  à  justifier  en  ces  termes  : 

«  'Le  Syndicat-épicier,  comme  on  l'a  nommé,  c'est-à-dire 
le  syndicat  se  transformant,  plus  ou  moins,  en  magasin 
coopératif,  dans  le  but  de  poursuivre  quelques  avanta- 
ges douteux,  manque  à  sa  mission  et  fait  œuvre  impoli- 
tique :  créé  pour  être  un  instrument  de  paix  sociale,  il 
entre  en  concurrence  avec  le  commerce  local,  et  sème 
ainsi  des  ferments  de  division  et  de  discorde.  S'il  se  main- 
tient sur  le  terrain  strictement  professionnel,  il  est  inat- 
taquable et  ne  peut  susciter  d'animosité  rationnelle  »  (i). 

Mais,  d'autre  part,  qui  ne  voit  qu'en  limitant  son 
action  de  telle  sorte,  le  syndicat  agricole  ne  répond, 
que  d'une  manière  incomplète,  aux  besoins  des  petits 
cultivateurs,  et,  c'est  là,  précisément,  ce  qui  constitue 
le  côté  faible  de  l'organisation  cléricale. 

Les  chefs  des  Ligues  agricoles  se  trouvent,  en  effet, 

(i)  Les  sytidicats  agricoles  efleur  œuvre,  p.  17.;.  Paris.  Colin  1900. 


174     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN"   BELGIQUE 

placés  entre  les  deux  branches  de  ce  dilemme  :  ou  bien, 
donner  satisfaction  à  leurs  membres,  tirer  du  principe 
coopératif  toutes  les  conséquences  qu'il  comporte,  s'en 
prendre  à  tous  les  intermédiaires  inutiles,  quels  qu'ils 
soient,  et,  par  conséquent,  aggraver  les  mécontente- 
ments qui  se  manifestent  déjà,  dans  la  bourgeoisie 
commerçante  des  campagnes;  ou  bien,  s'opposer  à 
toute  extension  du  coopératisme,  limiter  les  achats  à  un 
petit  nombre  de  produits,  et,  dans  ce  cas,  laisser  le 
champ  libre  aux  socialistes,  dont  les  coopératives  de 
consommation,  ra3'onnant  autour  de  leur  centre,, 
pénètrent,  de  plus  en  plus,  dans  la  partie  rurale  du  pays^ 
On  voit  que,  dans  l'une  comme  dans  l'autre  hypo- 
thèse, les  intérêts  conservateurs  sont  lésés  et  qu'en 
dernière  analyse,  le  socialisme  apparaît  comme  le  iertius: 
gaiidens  de  ce  conflit. 

§  3.  —  Les  sociétés  coopératives  de  production 

ET  DE  vente. 

Malgré  l'étiquette  "coopérative,  adoptée  par  un  cer- 
tain nombre  de  distilleries,  de  brasseries  rurales,  voire 
même  par  deux  fabriques  de  sucre,  l'une  dans  le  Tour- 
naisis,  l'autre  dans  la  province  d'Anvers,  on  peut  dire 
que,  de  toutes  les  industries  agricoles,  l'industrie 
laitière  est  la  seule,  où  les  associations  coopératives 
pour  la  fabrication  et  la  vente  se  soient  réellement 
développées. 

Au  3i  décembre  i8gg,  il  y  avait  en  Belgique,  Sog 
laiteries  coopératives,  dont  le  Département  de  l'Agricul- 
ture indique  la  répartition  géographique  et  résume  les. 
opérations  dans  le  tableau  suivant  : 


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176     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Ces  associations  sont,  en  majorité,  des  œuvres  de 
parti.  Néanmoins,  les  laiteries  «  neutres  n  sont  relative- 
ment nombreuses,  et,  dans  les  laiteries  catholiques 
elles-mêmes,  lecaractère  commerciaU'emporte,  fréquem- 
ment, sur  le  caractère  confessionnel. 

Cette  prédominance  du  point  de  vue  mercantile 
résulte,  d'ailleurs,  de  la  force  des  choses. 

Pour  qu'une  laiterie  coopérative  fasse  de  bonnes 
affaires,  il  faut,  notamment,  qu'elle  parvienne  à  grou- 
per un  grand  nombre  d'assotiés  et  que,  pour  éviter  les 
multiples  inconvénients  des  transports  à  longues  dis- 
tances, ces  associés  se  concentrent  dans  un  ra3^on  assez, 
restreint.  Or,  dans  les  parties  du  pays  où  la  population 
de  chaque  commune  se  divise,  politiquement,  en  deux 
ou  trois  fractions  antagonistes,  les  laiteries  neutres, 
faisant  appel  à  tout  le  monde,  ont  une  avantage  marqué 
sur  les  laiteries  confessionnelles,  et  ces  dernières  ne 
peuvent  réussir,  qu'en  n'exigeant  pas  de  leurs  membres,, 
des  professions  de  foi  trop  rigoureuses. 

D'autre  part  —  et  ceci  contribue  encore  plus  à  accen- 
tuer le  côté  corqmercial  de  ces  entreprises  —  un  grand 
nombre  de  laiteries,  dites  coopératives,  ne  sont,  en 
réalité,  coopératives  que  de  nom. 

Certes,  aussi  longtemps  qu'il  s'agit  d'une  laiterie 
locale,  avec  un  outillage  à  bras,  comme  on  en  rencon- 
tre beaucoup  dans  la  Campine  et  les  Ardennes,  les  cul- 
tivateurs peuvent,  assez  facilement,  réunir  le  capital 
nécessaire,  ou  l'emprunter  à  une  caisse  Raiffeisen.  Mais,, 
de  plus  en  plus,  il  apparaît  que  les  laiteries  régionales, 
avec  un  outillage  à  vapeur,  l'emportent,  à  tous  les  points 
de  vue,  sur  les  coopératives  locales,  à  condition,  bien 
entendu,  que  l'on  installe  des  turbines,  dans  les  diverses. 


LA  COOPERATION   RURALE  EN   BELGIQUE  I77 

communes  livrancières,  afin  d'éviter  les  inconvénients 
—  signalés  dans  le  Luxembourg  —  des  transports  à 
longues  distances  du  lait  et  du  petit  lait.  Seulement,  la 
fondation  de  ces  laiteries  à  vapeur  —  qui  étaient  au 
nombre  de  gS,  à  la  fin  de  i8gg  —  exige  un  capital  rela- 
tivement considérable  :  trente  ou  quarante  mille  francs, 
au  bas  mot.  Aussi  arrive-t-il  fréquemment,  pour  ne  pas 
dire  presque  toujours,  que  ce  capital,  au  lieu  d'être 
formé  par  les  cultivateurs,  est  avancé  par  un  ou  plu- 
sieurs bailleurs  de  fonds,  propriétaires  ou  gros  fermiers, 
qui  se  réservent,  en  fait  ou  en  dxoit,  la  haute  main  sur 
l'entreprise,  et  absorbent,  sous  forme  d'intérêts,  le  plus 
clair  des  bénéfices. 

Alors  même,  d'ailleurs,  qu'elles  travaillent  avec  leur 
propre  capital,  ou  que  le  capital  de  fondation  se  trouve 
complètement  amorti,  ce  serait  une  illusion  que  de 
considérer  les  laiteries  coopératives,  comme  des  asso- 
ciations égalitaires  et  démocratiquenient  administrées. 

Nous  visitions,  dernièrement,  dans  le  nord  de  la 
I-'landre  Occidentale,  la  plus  ancienne,  et  l'une  des  plus 
florissantes  de  ces  sociétés.  Fondée  en  1880,  elle  compte 
465  associés,  appartenant  à  toutes  les  couches  de  la 
population  rurale  :  on  y  trouve  des  ouvriers  à  une 
vache,  de  petits  pa3'sans  qui  en  possèdent  deux  ou  trois, 
quelques  gios  fermiers  qui  en  ont  jusqu'à  cinquante.  Le 
capital,  avancé  par  un  des  châtelains  du  village,  pro- 
priétaire de  trois  cents  hectares,  est  remboursé  depuis 
longtemps;  l'assemblée  générale  se  compose  de  tous  les 
coopérateurs ;  c'est  elle  qui  nomme  le  conseil  d'admini- 
stration; il  semble  que  l'on  nage  en  pleine  démocratie, 
et  cependant,  en  fait,  la  dépendance  des  cultivateurs, 
vis-à-vis  des    maîtres  dé- la  terre,  est  si  complète,   si 


lyS     ESSAIS  SL'K  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

absolue,  qu'aucun  d'eux  n'oserait  élever  la  voix  et  user 
des  droits  que  lui  confère  la  lettre  des  statuts  :  c'est  le 
fondateur  qui  dirige  seul,  fort  habilement  du  reste, 
l'œuvre  qu'il  a  créée. 

A  plus  foi'te  raison  en  est-il  de  même,  dans  les  pré- 
tendues coopératives  qui  travaillent,  non  pas  avec  leur 
propre  capital,  mais  avec  le  capital  d'autrui. 

C'est  pour  pratiquer  ce  dernier  système,  sur  une 
échelle  toujours  plus  large,  qu'au  mois  de  Mars  1900, 
un  certain  nombre  de  particuliers  ont  créé,  sous  le  titre 
de  Comptoir  central  des  grandes  laiteries  Belges,  une  société 
anonyme,  qui  a  pour  but  principal  de  constituer  dans 
tout  le  pays,  avec  des  capitaux  avancés  par  elle,  des 
sociétés  d'exploitation  que  l'on  décore,  fallacieusement, 
du  nom  de  sociétés  coopératives. 

Bien  que  les  fondateurs  du  Comptoir  central  soient 
gens  très  orthodoxes,  défenseurs  résolus  de  la  Religion, 
de  la  Propriété  et  de  la  Famille,  leur  initiative  a  sou- 
levé de  vertes  critiques,  dans  les  lignes  affiliées  au 
Boerenbond  de  Louvain.  L'assemblée  générale  de  ce 
dernier,  vota,  sur  le  champ,  un  ordre  du  jour  hostile, 
dont  nous  cro\'ons  intéressant  de  reproduire  les  consi- 
dérants essentiels  : 

((  Attendu  que  les  gildes  agricoles,  avec  toutes  les 
institutions  qui  peuvent  être  créées  dans  leur  sein,  sont, 
avant  tout,  des  œuvres  sociales  ;  que  le  comptoir  central 
et  les  laiteries  industrielles  qu'il  veut  fonder,  constituent 
des  affaires  purement  financières,  n'ayant  aucun  but 
social;  que  plusieurs  de  nos  membres  sont  même  per- 
suadés que  le  Comptoir  central  et  son  fonctionnement 
seront  plutôtnuisibles  au  mouvement  coopératif  agricole. 


LA  COOPERATION  RURALE  EN   BELGIQUE  I  79 

))  Attendu  qu'il  n'est  pas  difficile  pour  les  cultivateurs 
de  fonder  eux-mêmes  des  laiteries;  qu'il  n'est  même 
pas  indispensable  que  ces  cultivateurs  fournissent  tout 
le  capital,  puisque  la  plus  grande  partie  des  fonds  néces- 
saires peut  être  empruntée  à  la  caisse  Raiffeisen.  qui 
existe  dans  la  commune,  ou  qui  peut,  sans  difficulté, 
être  instantanément  constituée; 

))  Attendu  que  les  laiteries  peuvent,  sans  difficulté, 
fonder  elles-mêmes  des  minques  ou  criées  pour  la  vente 
du  beurre  ; 

»  L'assemblée,  unanime,  décide  d'engager  les  membres 
du  Boerenbond,  à  ne  pas  s'entendre  avec  le  Comptoir 
central  des  grandes  laiteries  belges  et  à  ne  pas  fonder  de 
laiteries  industrielles  dépendant  de  ce  Comptoir  »  (i). 

Ces  objurgations,  au  surplus,  n'ont  pas  empêché  le 
Comptoir  de  se  développer,  voire  même  de  doubler  son 
capital,  et,  dès  à  présent,  on  peut  prévoir,  qu'à  la  pre- 
mière crise,  quantité  de  petites  laiteries  locales,  tra- 
vaillant avec  des  capitaux  insuffisants,  sont  condamnées 
à  disparaître  devant  les  grandes  laiteries  à  vapeur, 
manifestement  supérieures,  au  point  de  vue  de  l'outil- 
lage et  de  l'organisation  commerciale. 

En  résumé,  sous  la  dénomination  commune  de  syn- 
dicats et  de  coopératives,  les  groupes  affiliés  aux  Ligues 
de  paysans,  se  composent  d'éléments  et  se  fondent  sur 
des  principes  absolument  opposés  à  ceux  des  organisa- 
tions du  Parti  Ouvrier. 

Celles-ci  se  recrutent  surtout  dans  le  prolétariat  ; 
celles-là  dans  le  Tiers-état  des  campagnes. 

(i)  I,e  Paysan.  Revue  meiisnelli  de  la  Ligue  des  paysans.  .Mars  ujoo. 


iSo     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

A  la  base  des  œuvres  socialistes,  nous  trouvons  la 
coopération  de  consommateurs,  à  la  base  des  œuvres 
catholiques,  la  coopération  de  producteurs. 

Mais,  au  contact  des  réalités,  ces  différences  essen- 
tielles subissent  des  atténuations  inévitables  :  les  S3aidi- 
cats  agricoles  se  décident,  malgré  les  répugnances  de 
leurs  chefs,  à  fonder  des  institutions  coopératives;  les 
coopératives  de  consommation,  malgré  les  obstacles 
qu'elles  rencontrent,  parviennent  à  fonder  des  œuvres 
purement  agricoles. 

D'autre  part,  comme  la  ligne  de  démarcation  du 
prolétariat  et  de  la  bourgeoisie  est  bien  loin  d'être  aussi 
nettement  tranchée  dans  les  villages  que  dans  les  villes, 
les  syndicats  de  cultivateurs  comprennent  un  assez 
grand  nombre  d'ouvriers,  les  sociétés  coopératives 
ouvrières  renferment  un  certain  nombre  de  culti\ateurs. 

Un  ouvrier  de  ferme,  par  exemple,  ou  bien  un  ouvrier 
industriel  habitant  la  campagne,  occupe  presque  toujours 
un  lopin  de  terre  et  parfois  même  possède  une  vache  :  il 
a  donc  intérêt  à  faire  partie  d'une  coopérative  laitière  ou 
d'une  section  pour  l'achat  des  engrais  et  des  semences. 

Un  petit  cultivateur,  de  son  côté,  n'est  bien  souvent 
qu'un  prolétaire  déguisé  :  il  n'a  donc  aucune  raison  pour 
ne  pas  entrer  dans  une  société  coopérative  ouvrière,  qui 
lui  procure,  à  meilleur  compte,  les  marchandises  dont 
il  a  besoin. 

C'est  ainsi  que  les  sphères  d'influence  des  Ligues 
agricoles  et  des  Coopératives  socialistes  se  pénètrent 
réciproquement  et  que  s'engage,  entre  les  deux  organi- 
sations rivales,  une  lutte  de  tous  les  instants,  qui  ne 
peut  que  contribuer,  en  définitive,  à  révolutionner,  de 
fond  en  comble,  l'agriculture  du  bon  vieux  temps. 


CHAPITRE  IV 
L'avenir  de  la  coopération  rurale 

Si  l'on  est  généralement  d'accord  pour  reconnaître 
l'importance  décisive  de  la  coopération  agricole,  les 
observateurs  se  divisent,  aussi  bien  parmi  les  conserva- 
teurs que  parmi  les  socialistes,  sur  les  conséquences 
sociales  dernières  de  cette  transformation. 

M.  de  Rocquigny,  par  exemple,  considère  les  syndi- 
cats agricoles,  avec  les  institutions  coopératives  qui  en 
dépendent,  «  comme  tendant  à  maintenir  et  à  étendre  la 
petite  propriété,  à  consolider  la  famille  rurale,  à  attacher 
les  cultivateurs  à  la  terre,  en  accroissant  leur  bien-être,  à 
combattre  la  misère,  à  assurer  des  secours  aux  malades 
et  la  sécurité  aux  vieillards,  à  faire  régner  la  concorde 
et  la  paix  entre  les  possesseurs  du  sol  et  les  travailleurs 
qui  le  cultivent  »  (i). 

D'autres,  au  contraire,  comme  M.  Elle  Coulet,  dans 
son  étude  sur  le  Mouvement  syndical  et  coopératif  dans 
Vagriculturc  française  (2)  prévoient  que  ce  mouvement 
doit,  tôt  ou  tard,  aboutir  à  de  redoutables  monopoles, 
pour  le  plus  grand  profit  des  propriétaires  fonciers. 

((  Nous  nous  sommes  félicités,  dit-il,  que  les  consom- 
mateurs aient  su,  jusqu'à  présent,  résister  aux  séduc- 
tions des  associations  agricoles,  étaient,  ainsi,  conservé 
leur  indépendance  vis-à-vis  des  producteurs,  mais  nous 

(i)  Les  syndicats  agricoles  et  leur  œuvre,  p.  3g(S. 
(2)  1.  cit.,  p.  190. 


l82      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EX  BELGIQUE 

doutons  qu'ils  puissent  échapper  bien  longtemps  encore 
à  la  rapacité  des  agriculteurs;  ceux-ci,  en  effet,  ont 
travaillé  incessamment  à  s'unir,  à  se  fortifier,  à  devenir, 
par  leurs  S3'ndicats  de  producteurs,  les  maîtres  tout 
puissants  du  marché  national  et  le  jour  est  proche  où  le 
résultat  définitif  de  la  politique  agricole  apparaîtra  sous 
la  forme  d'un  monopole  de  produits  du  sol  national, 
pour  le  seul  profit  des  propriétaires  ruraux. 

Si  les  écrivains  conservateurs  diffèrent,  à  ce  point, 
d'opinion,  sur  l'avenir  du  coopératisme  agricole,  les 
divergences  ne  sont  guère  moindres,  du  côté  des  écri- 
vains socialistes. 

Kautsky,  par  exemple,  dans  son  livre  sur  la  Question 
agraire,  considère  l'association  coopérative  rurale, 
comme  une  transition  vers  le  capitalisme  (i). 

Gatti,  au  contraire  —  pour  ne  prendre  que  les  auteurs 
les  plus  récents  —  y  voit  plutôt  une  transition  vers  une 
sorte  de  collectivisme  fédératif  et  spontané  : 

((  Le  capitalisme  agricole,  pour  la  grande  culture,  le 
coopératisme  agricole,  pour  la  petite  et  la  moyenne  cul- 
ture, représentent  les  conditions  économiques  indispen- 
sables,pour  l'emploi  de  la  technique  agricole  nouvelle.  Le 
capitalisme  sait  donner  une  nouvelle  vie  diwvïewxlaiifiin- 
dium  stérélisé;  le  coopératisme  sait  donner  une  nouvelle 
vie  à  la  petite  ou  à  la  moyenne  exploitation,  livrées, 
jusqu'à  présent,  à  la  culture  extensive,  épuisante.  Ainsi 
donc,  tandis  que  le  renouvellement  de  la  technique  indus- 
trielle n'a  créé  qu'un  seul  courant  économique,  le  capi- 
talisme, la  nouvelle  technique  agricole  en  a  créé  deux  : 
le   capitalisme  agricole   (grande    exploitation    agricole 

il)  Die  Agrarfyage  S.  i  lô  et  s.  (Stuttgart  i.Soo.) 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN  BELGIQUE  l83 

capitaliste)  et  le  coopératisme  agricole  (petite  culture 
agricole  associée)  »  (i). 

Bref,  la  coopération  rurale  apparaît  à  notre  auteur, 
comme  un  succédané  du  capitalisme,  comme  un  moyen 
pour  les  cultivateurs  d'arriver  «  par  un  procès  inévita- 
blement lent  de  substitutions  partielles,  à  un  fédéralis- 
me économique  qui  prendrait  la  place  de  l'actuel  indi- 
vidualisme économique  bourgeois,  tout  en  admettant, 
jusqu'à  une  époque  indéterminée,  l'existence  de  la 
propriété  privée.  » 

Il  est  à  remarquer,  en  effet,  qu'en  supposant  tous  les 
cultivateurs  d'une  commune  ou  d'une  région,  associés 
pour  le  crédit,  l'achat  des  matières  premières  et  auxi- 
liaires, la  vente  du  lait,  des  céréales,  des  légumes,  et, 
en  général,  de  tous  les  fruits  du  sol,  la  fabrication  du 
pain,  du  sucre,  de  la  bière,  du  vin,  de  l'eau-de-vie,  du 
beurre,  du  fromage,  cette  socialisation  libre  —  effectuée 
au  seul  profit  des  paysans,  à  l'exclusion  du  prolétariat 
rural  — ■  laisserait  complètement  en  dehors  l'agricul- 
ture proprement  dite  :  chaque  propriétaire,  ou  chaque 
fermier  continuerait  à  cultiver  son  champ,  sans  associer 
son  exploitation  à  celle  de  ses  voisins. 

Tout  au  plus  peut-on  dire,  qu'une  fois  les  habitudes 
d'association  généralisées  de  la  sorte,  elles  tendraient  à 
s'appliquer  également  à  la  culture  même  ;  et  cela  peut 
d'autant  mieux  se  soutenir  que  l'exploitation  fructueuse 
des  industries  agricoles  exige  une  intervention  crois- 
sante du  personnel  directeur  de  ces  industries,  dans  le 
mode  de  culture  des  livranciers. 

C'est    le  cas,   par  exemple,    pour  les   fabricants  de 

(i)  Agicoltiira  e  socialismo.  p.  ■{4(S  et  s.  (Sandnm  Milano  1900.) 


184     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

sucre,  qui  imposent  fréquemment  aux  cultivateurs,  des 
conditions  très  strictes,  quant  au  choix  des  semences 
ou  à  la  nature  des  engrais. 

Il  n'est  donc  pas  inconcevable  qu'à  un  moment  donné, 
des  groupes  de  paj'sans-propriétaires,  ayant  appris  à 
connaître  les  avantages  de  la  coopération,  par  la  pra- 
tique des  associations  actuelles,  se  décident  à  tenter 
l'expérience  de  la  communauté  complète  ;  mais  hàtons- 
nous  de  l'ajouter,  rien  n'indique,  jusqu'à  présent,  que 
la  réalisation  de  cette  hypothèse  soit  dans  les  probabi- 
lités de  l'avenir. 

Nous  ne  connaissons  pas,  en  effet,  un  seul  exemple 
de  communauté  agricole,  formée  par  l'association  spon- 
tanée de  cultivateurs  autonomes,  de  propriétaires 
indépendants. 

Abstraction  faite  des  survivances  communistes  de 
l'ancien  régime,  les  seuls  exemples  actuels  de  collectivis- 
me rural  sont,  ou  bien  des  congrégations  religieuses,  ou 
bien  des  colonies,  constituées,  soit  par  des  prolétaires, 
soit  par  des  expérimentateurs  à  tendances  socialistes. 

Tels,  notamment,  les  villages  de  la  rivière  Murray, 
fondés  par  des  groupes  d'ouvriers  sans  travail  de  Port 
Adélaïde,  avec  le  concours  financier  du  gouvernement 
de  l'Australie  méridionale  ;  la  colonie  d'Ostia,  créée  par 
l'association  des  braccianti  de  Ravenne,  pour  la  mise  en 
culture  des  terres  incultes  et  abandonnées  de  la  campagne 
romaine;  l'association  agricole  (Siedelungs-genossen- 
schaft),  constituée  d'aprèsle  système  proposé  par  Oppen- 
heim,  à  Pischin,  dans  les  environs  de  Kônigsberg;  la 
colonie  Tolstoïenne  de  l'ancien  pasteur  Kielstra  à  Bla- 
ricum  (Hollande);  la  colonie  de  Van  Eede  à  Bussum, 
près    d'Amsterdam  ;    les    communautés     agraires    du 


LA  COOPÉRATION'  RURALE  EN  BELGIQUE       l85 

Norfolk,  et  surtout  les  colonies  socialistes  de  l'Amérique 
du  Nord,  décrites  jadis  par  Nordhoff. 

Dans  tous  ces  divers  cas,  l'association  culturale  ne 
constitue  donc  pas  la  mise  en  commun  de  propriétés 
individuelles  préexistantes,  mais  la  création,  sur  des 
terres  incultes,  ou  achetées  en  bloc,  d'une  propriété 
commune.  Si  intéressantes,  par  conséquent,  que  soient 
ces  expériences,  elles  ne  prouvent  rien  quant  à  l'abou- 
tissement final  de  la  poussée  coopérative  qui  s'est  pro- 
duite, depuis  quelques  années,  dans  les  campagnes. 

Et,  même  dans  les  limites  où  se  renferme  ce  mouve- 
ment, dans  la  sphère  du  crédit  et  de  l'achat-vente,  nous 
sommes  bien  loin  de  la  socialisation  intégrale,  rêvée  ou 
prédite  par  certains. 

L'organisation  rudimentaire  et  patriarcale  des  Caisses 
Raiffeisen,  à  supposer  qu'elles  prospèrent  et  se  multi- 
plient, ne  peut  certes  pas  être  considérée  comme  une 
solution  des  problèmes  qui  soulève  l'organisation  sociale 
de  crédit  agricole. 

En  admettant  que  les  coopératives  d'achat  prennent 
une  extension  qui  dépasse  les  espérances  les  plus  opti- 
mistes, cette  expropriation  des  marchands  d'engrais  ne 
modifierait  pas  bien  profondément,  les  conditions 
économiques  de  la  culture. 

Quant  aux  coopératives  de  vente  et  de  transformation 
des  produits  du  sol,  elles  pourraient,  incontestablement, 
exercer  une  influence  considérable  sur  l'organisation 
future  de  l'industrie  et  de  l'échange;  malheureusement, 
ce  sont  précisément  celles  dont  la  création  se  heurte  aux 
plus  grandes  difficultés  et  qui  l'emportent,  le  plus  malai- 
sément, dans  la  lutte  pour  l'existence  avec  les  entreprises 
capitalistes. 


l86      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

Si  l'on  s'en  tient  à  l'expérience  présente,  il  semble 
que  l'industrie  laitière  soit,  de  toutes  les  industries 
agricoles,  la  seule  qui  se  prête  mieux  à  l'association 
plus  ou  moins  coopérative,  qu'à  l'exploitation  purement 
capitaliste;  et  cela,  pour  un  motif  qui  ne  fait  pas  préci- 
sément honneur  à  la  moralité  commerciale  des  popula- 
tions campagnardes  :  en  règle  générale,  les  paysans  se 
font  un  devoir  de  baptiser  leur  lait,  quand  ils  fournissent 
à  des  laiteries  industrielles;  ils  ne  se  décident  à  livrer 
du  lait  pur,  que  s'ils  participent  aux  bénéfices  de  la 
vente  du  beurre.  C'est  là  un  avantage  si  considérable, 
pour  les  laiteries  coopératives,  qu'il  détermine  leur 
victoire,  aussi  bien  dans  nos  communes  flamandes  que 
dans  les  villages  lointains  de  la  Sibérie  de  l'Ouest. 

En  Flandre,  il  n'y  a  guère  de  laiteries  exclusivement 
capitalistes,  n'admettant  aucune  participation  des  culti- 
vateurs aux  bénéfices,  sauf  aux  abords  de  la  frontière 
hollandaise,  où  l'on  met  en  œuvre  des  crèmes  venant 
de  Hollande,  et  qui  échappent,  sous  cette  forme,  aux 
droits  d'entrée  sur  le  beurre. 

Dans  la  Sibérie  de  l'Ouest,  qui,  depuis  quelques 
années,  grâce  au  Transsibérien,  exporte  beaucoup  de 
beurre  vers  les  grandes  villes  de  la  Russie,  les  laiteries 
centrales  disparaissent,  de  plus  en  plus,  devant  les 
laiteries  coopératives. 

Dans  une  publication  de  la  Société  impériale  de 
Moscou,  destinée  à  l'Exposition  de  Paris  (1900), 
M.  Pakhomoiï  constate  que,  dans  les  laiteries  indus- 
trielles, les  fournisseurs  «  livrent  un  lait  malpropre, 
additionné  d'eau,  quelquefois  écrémé;  souvent,  ils 
réunissent  plusieurs  traits  ensemble,  afin  de  les  porter, 
à  la  fois,  à  la  laiterie.  Il  est  impossible  à  l'entrepreneur 


LA  COOPÉRATION   RURALE  EN   BELGIQUE  187 

d"être  sévère  au  contrôle,  parce  que,  dans  ce  cas-là,  le 
fournisseur  saisira  la  première  occasion  de  porter  son 
lait  ailleurs.  Donc,  il  doit  se  résigner  à  traiter  un  lait 
défectueux...  Aussi,  tous  ceux  qui  désirent  du  bien  à 
l'industrie  laitière,  travaillent  à  la  transformation  des 
laiteries  centrales  en  laiteries  coopératives  ». 

Les  mêmes  causes  produisant,  ailleurs,  les  mêmes 
effets,  il  est  donc  assez  facilement  explicable  que  la 
coopération  rurale  —  réduite,  le  plus  souvent  à  une 
certaine  participation  aux  bénéfices  —  ait  pris  un  grand 
développement  dans  les  deux  branches  de  l'industrie 
laitière  :  fabrication  du  beurre  et  fabrication  du 
fromage. 

Par  contre,  dans  les  autres  industries  agricoles, 
les  associations  coopératives  de  production  ou  de 
vente,  n'ont  eu.  jusqu'ici,  que  des  succès  locaux  et 
exceptionnels. 

Tout  au  plus  peut-on  citer,  à  Tactif  de  la  coopération 
rurale,  les  boucheries  coopératives  du  Danemark  ;  les 
400  ou  5oo  boulangeries  ou  sociétés  de  panification, 
décrites  par  ]\I.  de  Rocquigny.  dans  le  région  des  Cha- 
rentes,  du  Poitou  et  de  la  Vendée;  les  syndicats  pro- 
vençaux pour  la  préparation  des  câpres;  les  associations 
pour  la  vente  des  légumes  et  des  fruits,  tels  les  citrons 
de  Sospel,  les  fraises  de  Bretagne,  les  raisins  forcés  du 
Brabant;  quelques  embryons  de  sociétés  pour  la  vente 
des  céréales,  en  Allemagne;  et,  surtout  dans  les  régions 
viticoles,  les  VVinzervereine  des  vallées  de  l'Ahr  et  du 
Rhin,  les  sociétés  vinicoles  de  la  Suisse  Romande,  les 
Kellereigenosseuschaften  de  la  Trans3'lvanie  ou  du  T}-r()l 
autrichien,  les  cantine  sociali  italiennes,  ou  bien  encore, 
la  coopérative  de  petits  vignerons  de  Damery  (Marne), 


l88      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

«  qui  vend  actuellement,  environ  100,000  bouteilles  de 
mousseux  par  an  ;  c'est  le  seul  résultat  de  la  vaste  entre- 
prise à  caractère  socialiste  qu'un  tout  jeune  homme, 
M.  R.  Lamarre,  tenta  en  i8go,  pour  coaliser  les  vingt 
cinq  mille  vignerons  de  la  Champagne,  contre  les 
grands  fabricants  de  vins  mousseux  »  (i). 

Quelle  que  soit  la  valeur  d'avenir  de  ces  expériences, 
elles  n'ont,  il  faut  bien  le  reconnaître,  qu'une  portée 
bien  restreinte,  au  regard  de  l'importance  des  entrepri- 
ses capitalistes,  dans  les  mêmes  branches  de  la  produc- 
tion et  de  l'échange.  Toutes  les  difficultés,  déjà  si 
grandes,  que  rencontre  l'association  productive  dans 
l'industrie  en  général,  sont  portées  au  maximum  dans 
les  industries  qui  se  rattachent  à  l'agriculture. 

Le  personnel  de  direction,  pour  de  grandes  entreprises, 
est  à  peu  près  impossible  à  trouver  parmi  les  cam- 
pagnards eux-mêmes,  et,  d'autre  part,  ils  se  résignent 
difficilement  à  payer  des  traitements  rémunérateurs  à 
leurs  chefs  de  fabrication. 

La  question  des  débouchés,  cette  pierre  d'achoppe- 
ment de  la  coopération  productive,  est  d'autant  plus 
difficile  à  résoudre  que,  trop  souvent,  les  cultivateurs 
ne  livrent  pas  régulièrement,  des  prodiiits  de  qualité 
uniforme,  et  considèrent  leurs  associations,  comme  le 
moyen  d'écouler  des  marchandises  de  qualité  infé- 
rieure, rebutées  par  les  commerçants,  leurs  acheteurs 
ordinaires. 

Enfin,  les  coopératives  réelles,  c'est-à-dire  les  asso- 
ciations égalitaires  de  petits  producteurs,  mettant  en 
commun   leurs  capitaux,   pour  exploiter  sur  une   plus 

(ij  Biîuc.E'i'.  La  coopération  eu  viticulture,  Paris  njno. 


I.A  COOPÉRATION   RURALE  EN  BELGIQUE  189 

grande  échelle,  se  limitent  forcément  aux  entreprises 
qui  n'exigent  pas  un  capital  trop  considérable. 

On  peut,  à  la  rigueur,  —  et  ceux  qui  ont  mis  la  main  à 
la  pâte,  savent  au  prix  de  quels  efforts,  —  trouver  les 
trente  ou  quarante  mille  francs,  nécessaires  pour  fonder 
une  laiterie,  mais,  à  moins  de  circonstances  tout  à  fait 
exceptionnelles,  il  est  radicalement  impOvSsible  de 
réunir,  en  groupant  de  petits  cultivateurs,  les  7  ou 
800,000  francs,  qui  sont  le  minimum  indispensable 
pour  fonder  une  sucrerie. 

Aussi,  les  fabriques  de  sucre,  les  moulins  à  vapeur, 
les  syndicats-entrepositaires  pour  la  vente  des  blés,  qui 
empruntent  l'étiquette  ou  la  forme  juridique  des  coopé- 
ratives, sont-ils,  en  règle  générale,  des  entreprises  capi- 
talistes, dans  lesquelles  des  gros  fermiers,  des  proprié- 
taires de  grands  domaines,  voire  même  des  bailleurs  des 
fonds  étrangers  à  l'agriculture,  possèdent  la  plus  grande 
part  d'intérêts. 

Récemment  encore,  un  ingénieur  agricole,  bien 
placé  pour  être  au  courant  de  ce  genre  d'affaires,  nous 
disait  que  les  deux  «  sucreries  coopératives  »  qui  exis- 
tent en  Belgique,  excitent  plus  de  mécontentements, 
et  provoquent  plus  de  plaintes,  de  la  part  deslivranciers, 
que  n'importe  quelle  fabrique  de  sucre,  ouvertement 
capitaliste. 

Mais,  l'exemple  le  plus  caiactéristique  de  ces  coopéra- 
tives fictives,  nous  est  fourni  par  les  distilleries  agricoles, 
fondées  en  Belgique,  à  la  suite  du  vote  de  la  loi  sur  les 
distilleries  du  i5  mars  i8g6. 

En  faisant  voter  cette  loi,  qui  accorde  aux  distilleries 
agricoles,  coopératives  et  non  rectiiicatrices,  une  modé- 
ration de  droits  de  i5  °/o,  le  gouvernement  se  flattait  de 


iqO     ESSAIS  SUR  LA  gi'ESTIOK  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

favoriser  la  coopération  rurale,  de  multiplier,  sur  toute 
rétendue  du  plat  pays,  —  réservant  la  rectification  des 
alcools  aux  distilleries  urbaines  —  des  fabriques  coopé- 
ratives de  flegmes,  fournissant  aux  cultivateurs,  des 
résidus  à  bon  marché. 

A  peine  la  loi  était-elle  en  vigueur,  que  le  Moniteur 
enregistra,  presque  chaque  semaine,  les  statuts  de  dis- 
tilleries coopératives.  Seulement,  il  fallut  bientôt  se 
convaincre,  que  ces  distilleries,  à  une  ou  deux  excep- 
tions près,  avaient  été  fondées  par  des  agriculteurs  en 
chambre,  souvent  même  par  des  distillateurs  industriels, 
désireux  de  mettre  à  profit  l'énorme  avantage  fiscal  que 
le  gouvernement  accordait  aux  coopératives. 

C'est  ce  que  constatait,  dans  les  termes  suivants,  un 
journal  spécial,  la  Distillerie  agricole  (n°  du  21  mai  1898)  : 

«  Nous  nous  trouvons  devant  un  genre  de  coopéra- 
tive que  Ton  a  pris  l'habitude  de  nommer,  depuis 
quelque  temps,  une  fausse  coopérative,  et  qui  n'est, 
après  tout,  qu'une  distillerie  agricole  appartenant  à  une 
particulier,  le  bailleur  de  fonds,  et  dont  les  coopérateurs 
sont  les  clients  forcés  pour  l'achat  des  drèches,  et  jouis- 
sant, enfin,  du  privilège  de  produire,  avec  modération 
de  droits,  douze  hectolitres  par  jour,  pendant  toute 
l'année,  au  lieu  de  quatre,  qui  forment  le  maxim.im  que 
peut  produire  le  distillateur  agricole  isolé.  Notons  qu'un 
même  bailleur  de  fonds  peut  fort  bien  monter,  de  cette 
façon,  trois,  quatre,  cinq  distilleries,  et  produire  ainsi 
une  quantité  de  flegmes,  qui  en  font  un  véritable  distil- 
lateur industriel,  tout  en  jouissant  de  la  réduction 
d'im])ôt  de  i5  p.  c. 

En  présence  de  tels  abus,  le  gouvernement  se  vit 
dans  l'obligation  de  réagir  :  une  loi  nouvelle,  votée  en 


LA   COOPÉRATION  RURALE  EN   BELGIQUE  IQI 

mars  189g,  réduisit,  sans  les  supprimer  toutefois,  des 
avantages  fiscaux  accordés  aux  prétendus  distilleries 
coopératives,  mais  ces  dernières  n'en  subsistent  pas 
moins,  au  grand  dam  des  distillateurs  urbains,  et  pour 
l'édification  de  ceux  qui  seraient  trop  aisément  enclins 
à  voir,  dans  les  progrès  de  la  coopération  rurale,  uu 
acheminement  vers  le  collectivisme  (i). 

Certes,  nous  sommes  loin  de  prétendre  que  toutes 
les  associations  productives  de  cultivateurs  ressemblent, 
plus  ou  moins,  à  celles  dont  nous  venons  de  parler.  Il 
en  est,  incontestablement,  qui,  par  le  mode  de  forma- 
tion de  leur  capital,  aussi  bien  que  par  la  condition 
sociale  de  leurs  adhérents,  se  rapprochent  sensiblement 
des  coopératives  d'artisans,  que  nous  rencontrons  dans 
l'industrie. 

Néanmoins,  entre  ces  deux  types  d'associations,  il 
existe  une  différence  essentielle,  que  l'on  a,  maintes 
fois,  mise  en  lumière,  et  qu'il  importe  de  ne  jamais 
perdre  de  vue,  lorsqu'on  se  risque  à  tirer  l'horoscope 
de  la  coopération  rurale. 

Dans  les  sociétés  d'artisans,  ce  sont  les  associés  eux- 
mêmes,  ou  une  partie  des  associés,  qui  sont  occupés 
par  l'atelier  de  production.  Tout  au  moins  en  est-il  ainsi, 
à  l'origine;  car,  malheureusement,  toute  l'histoire  de  la 
coopération  démontre  que,  dans  l'immense  majorité  des 
cas  où  l'entreprise  prospère,  ce  caractère  primitif  tend 
à  disparaître,  pour  faire  place  à  l'exploitation  capitaliste 
d'auxiliaires  salariés. 

Mais,  dans  les  sociétés  de  cultivateurs,  ce  (]^ui  n'est. 


(1  !  De  nouveaux  projets  de  loi.  récemment  exposés,  tendent,  soit 
au  monopole  de  lEtat,  soit  à  l'expropriation,  avec  indemnité,  des 
distillateurs  agricoles. 


IQ2      ESSAIS  SUR   LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

ailleurs,  qu'une  simple  tendance,  constitue  générale- 
ment, le  caractère  fondamental  de  Tentreprise  :  dès 
rinstant  où  cette  dernière  a  quelque  importance,  les 
pa3-sans,  absorbés  par  d'autres  travaux,  se  bornent  à 
fournir  les  matières  premières  et  font  travailler,  pour 
leur  compte,  un  personnel  de  salariés. 

Les  ouvriers  d'une  laiterie,  par  exemple,  d'une  fabri- 
que coopérative  de  conserves,  d'une  société  vinicole, 
ne  sont  presque  jamais  membres  de  l'association  qui  les 
emploie. 

Seules,  les  associations  locales,  de  minime  importance, 
font  parfois  exception  a  cette  règle  générale. 

Ainsi,  par  exemple,  dans  les  laiteries  coopératives  du 
district  d'Agordo  (Vénétie),  décrites  par  M.  Mabilleau, 
<(  le  fromager  ou  gérant  est  ordinairement  seul  rétribué, 
tandis  que  la  main  d'œuvre  nécessaire  à  l'exploitation  et 
le  travail  intellectuel  sont  fournis  par  les  sociétaires 
eux-mêmes,  selon  leurs  aptitudes,  et  à  raison  du  nombre 
de  leurs  vaches  »  (i). 

Dans  les  S3ndicats  provençaux,  qui  se  livrent  à  la 
préparation  et  à  la  vente  collective  des  câpres,  notam- 
ment à  Roquevaire  (Bouches  du  Rhône),  le  criblage 
des  câpres  est  exécuté  à  la  main,  à  l'aide  de  toiles  mé- 
caniques, par  des  ouvrières  qui  sont,  ordinaiiement, 
des  femmes  ou  des  filles  de  membres  du  syndicat. 
Pendant  environ  six  mois,  il  y  a  une  vingtaine  de 
femmes  employées  à  ce  travail,  au  siège  social  (2). 

11  en  est  de  même  pour  la  fabrication  des  conserves 
d"abricots,    organisée    également    par    le    sN'ndicat    de 

(1)  Mabtlleau.  La  prévoyance  sociale  en  Italie,  p.  2(16.  Paris, 
Colin  iSqS. 

(2)  Di.'RocQt  iGNV.  1.  cit.  p.  204,  21  >6. 


LA  COOPÉRATION  RURALE  EN   BELGIQUE  ig3 

Roquevaire  :  au  fort  de  la  saison,  200  femmes,  jeunes 
filles  ou  enfants,  appartenant,  presque  tous,  aux  familles 
des  membres,  sont  occupés  au  dénoyautage  et  touchent, 
dans  l'espace  d'un  mois,  plus  de  dix  mille  francs  de 
salaires. 

Mais  c'est  surtout  en  viticulture,  et  notamment  dans 
les  Winzervereine  de  la  vallée  de  l'Ahr,  composés  exclu- 
sivement de  petits  propriétaires,  que  les  cultivateurs 
associés  participent,  dans  une  mesure  assez  large,  à  la 
manutention  de  leurs  produits  : 

((  A  ]\Ia3'schoss,  dit  M.  A.  Berget  (i),  le  personnel 
subalterne  se  compose  d'un  maître  de  chai,  de  2  tonne- 
liers et  de  2  manœuvres.  Dans  la  saison  de  la  fabrica- 
tion, la  Société  emploie  jusqu'à  3o  personnes  par  jour. 
Comme  c'est  le  temps  de  la  morte  saison,  pour  les 
travaux  agricoles,  on  recourt  surtout  aux  sociétaires 
pauvres,  de  sorte  que,  selon  l'heureuse  expression  de 
]\I.  Josten,  la  bienfaisance  de  l'association  est  non  seu- 
lement dans  une  meilleure  mise  en  valeur  des  produits 
communs,  mais  surtout  en  ce  que  les  individus  ne  sont 
pas  abandonnés  et  dépendants  d'éléments  extérieurs, 
mais  qu'ils  savent  que  leurs  confrères  sont  à  leurs  côtés, 
en  cas  de  nécessité  » . 

Ces  quelques  exemples,  dont  nous  avons  eu  soin  de 
marquer  le  caractère  exceptionnel,  n'ont  évidemment  pas 
une  portée  décisive.  Ils  prouvent,  seulement,  qu'il  faut 
se  garder  de  généralisations  trop  absolues  ;  que,  dans 
certains  cas,  les  coopératives  rurales,  comme  les  coopé- 
ratives industrielles,  peuvent  réellement  associer  le 
capital  et  le  travail  ;  mais  il  n'en  reste  pas  moins  vrai 

(ij  Bercet,  1.  cit.  p.  10. 


194     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

que  la  tendance  des  sociétés  coopératives  de  production 
à  dévier  dans  le  sens  du  capitalisme  est  beaucoup  plus 
forte   encore  dans    l'agriculture  que   dans   l'industrie. 

Aussi  avons-nous  la  conviction  que,  dans  la  plupar^ 
des  cas,  les  comptoirs  de  vente,  les  syndicats,  les. 
sociétés  coopératives  de  production,  qui  se  multiplient 
actuellement  dans  les  campagnes,  continueront  à  végéter, 
sous  des  formes  rudimentaires,  ou  bien,  à  mesure  qu'ils 
prendront  de  l'importance,  accentueront,  de  plus  en 
plus,  leur  caractère  capitaliste. 

C'est  à  eux,  avant  tout,  que  s'applique  la  formule 
célèbre  de  Proudhon  :  «  des  associations  dont  on  peut 
dire  toujours  que  leurs  membres,  n'étant  associés  que 
pour  eux-mêmes,  sont  associés  contre  tout  le  monde  ». 

Ils  nous  acheminent  certes  vers  le  socialisme,  mais 
de  la  même  manière  que  les  sociétés  anonymes, 
les  cartels,  les  trusts,  c'est-à-dire  en  passant  par  le 
capitalisme. 

Pour  qu'il  en  fût  autrement,  il  faudrait  que  les 
associations  rurales  de  production  ou  de  vente,  fussent 
rattachées,  par  des  liens  solides,  à  de  vastes  collectivités 
de  consommateurs.  C'est  le  cas,  par  exemple,  pour  les 
laiteries  socialistes,  qui  trouvent  leur  débouché  dans  les 
grandes  sociétés  coopératives  de  consommation  ;  mais, 
ici  encore,  les  perspectives  d'avenir  nous  semblent  assez 
limitées,  et  le  véritable  moyen  de  donner  aux  cultiva- 
teurs les  débouchés  qu'ils  réclament,  tout  en  les  déli- 
vrant de  la  domination  capitaliste  qui  pèse  sur  eux, 
nous  parait  être  la  socialisation  des  principales  indus- 
tries agricoles,  par  un  acte  de  la  volonté  collective,  et 
non  par  la  problématique  victoire  de  la  coopération  sur 
le  capitalisme. 


APPENDICE 

Progrès  réalisés  par  la  coopération  rurale,  pendant 
l'année  1900 

Nous  empruntons  les  données  ci-après  à  V Exposé  sta- 
tistique de  la  situation  des  associations  d'intérêt  agricole  pendant 
Vannée  içoo,  publié  par  le  Ministère  de  l'Agriculture  de 
Belgique,  postérieurement  à  la  publication  de  notre 
étude  sur  la  coopération  rurale. 

A.   UNIONS    PROFESSIONNELLES    AGRICOLES 

lo  Comices  agricoles 

En  igoo,  les  i56  comices  comprenaient  28,1 33  mem- 
bres, soit  180  membres  par  comice. 

Au  3i  décembre  1899,  il  y  avait  i55  comices  et  les 
membres  de  ces  associations  étaient  au  nombre  de 
27,402,  soit  en  moyenne  177  par  comice. 

Les  comices  de  chaque  province  sont  groupés  en  une 
fédération  qui  porte  le  nom  de  Société  provinciale 
d'agriculture. 


196     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQl^E 


PROVINCES 

NOMBRE 
DE 

COMICES 

NOMBRE 

DE 
MEMBRES 

Montant 
des  recettes 
(y  compris  les 
subsides  et 
rexcédent  de 
l'année  anté- 
rieure). 

MONTANT 

DES 
DÉPENSES 

Anvers 

Brabant    

Flandre  occidentale     . 
Flandre  orientale    .     . 

Hainaut 

Liège 

Limbourg      .... 
Luxembourg      .     .     . 
Namur 

'9 

20 

13 

28 

•3 
.4 

13 
19 

17 

3.104 
3.240 
2.874 
4.302 
1  .650 
3.920 

1-379 
5-445 
2.219 

3^-115 
40 . 850 

33-467 
39.401 
20. 1 10 
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2°  Lignes  agricoles 

Au  3i  décembre  1900,  il  existait  626  ligues  agricoles 
locales,  dont  i32  avaient  adopté  la  forme  d'union  pro- 
fessionnelle. Ces626 ligues  comptaient  45,059 membres, 
dont  7,372  étaient  affiliés  aux  unions  reconnues. 

Ces  chiffres  se  décomposent,  par  province,  de  la 
manière  suivante  : 


APPENDICE 


197 


PROVINCES 


Ligues    reconnues    comme 
unions  professionnelles 


Nombre 
de  ligues 


Nombre 


Ligues  non  reconnues 


Nombre 


de  meini)res  ;  de  lieues 


Nombre 
de  membres 


Anvers  . 
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Flandre  occidentale 
Flandre  orientale 
Hainaut . 
Liège 

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7-340 
1-145 


132 


7-372 


494 


37.687 


La  coopération  et  la  mutualité  sont  le  domaine 
propre  des  ligues  agricoles. 

Dès  que  l'association  professionnelle  connue  sous  le 
nom  de  Boerengilde,  syndicat  paroissial  ou  union  agri- 
cole est  fondée,  ses  premiers  efforts  visent  à  la  création 
d'une  section  pour  l'achat  en  commun  de  matières  pre- 
mières, qui  s'entend  souvent  avec  d'autres  associations 
locales  pour  le  groupement  des  commandes.  Cette 
combinaison  a  donné  lieu  à  la  création  des  sociétés  cen- 
trales d'achat  organisées  avecl'aidedes  comités  fédéraux 
des  ligues,  et  qui,  grâce  à  l'importance  de  leurs  opéra- 
tions, peuvent  traiter  avec  les  producteurs  et  garantir  la 
valeur  des  matières  vendues  au  moyen  d'analyses 
effectuées  à  prix  réduit. 


ig8     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

Le  Comptoir  central,  des  sections  d'achat  des  ligues 
affiliées  au  Boerenbond  de  Louvain,  est  constitué  en 
société  anonyme  au  capital  de  217,000  francs.  Des 
liens  intimes  attachent  cet  organisme  à  la  fédération 
des  ligues  agricoles.  Plusieurs  administrateurs  de  celle-ci 
participent  à  la  gestion  de  la  société  anonyme.  Le 
Comptoir  ne  vend  qu'aux  sections  d'achat  de  ligues  du 
Boerenbond,  et  ses  actions  de  capital  et  de  jouissance 
sont  placées  de  telle  manière  que  les  ligues  profitent  de 
la  plus  grande  partie  de  ses  bénéfices. 

Les  comptoirs  d'achat  créés  par  les  autres  fédérations 
provinciales  de  ligues  sont  indépendantes  de  ces  fédé- 
rations. Ils  sont  constitués  en  coopérative  et  traitent 
aussi  bien  avec  les  tiers  qu'avec  les  sections  locales. 
Celles-ci  forment,  néanmoins,  leur  principale  clientèle 
et  obtiennent  par  conséquent  la  part  la  plus  considé- 
rable des  bénéfices  que  les  comptoirs  répartissent 
annuellement  entre  leurs  clients  au  piorata  des  achats 
de  chacun  d'eux. 

Le  Boerenbond  de  Louvain,  la  Fédération  agricole  du 
Hainant  et  la  Ligue  luxembourgeoise  ont  annexé  à  leurs 
comptoirs  d'achat  une  section  s'occupant  de  l'acquisition 
de  machines  agricoles  et  d'ustensiles  de  laiterie  perfec- 
tionnés. Ces  fédéralions  ont  fourni  à  plusieurs  ligues 
locales  le  moyen  de  se  procurer  à  des  conditions  favo- 
rables un  outillage  qu'elles  mettent  à  la  disposition  des 
membres  moyennant  une  légère  redevance.  La  valeur 
des  machines  agricoles  possédées  au  3x  décembre  1900 
par  les  ligues  reconnues  s'élevait  à  52,204  francs.  Les 
dites  fédérations  ont  également  monté,  à  l'intervention 
de  leurs  sections  spéciales,  plusieurs  laiteries.  Elles 
étudient,  en  ce  moment,  l'organisation  d'une  inspection 


APPENDICE  199 

de  ces  sociétés,  qui  auiait  pour  but  de  contrôler  leur 
comptabilité,  de  rappeler  aux  directeurs  les  obligations 
légales  des  coopératives  et  de  les  tenir  au  courant  des 
progrès  de  l'industrie  laitière. 

Le  crédit  agricole  organisé  d'après  les  principes  de 
Raiffeisen  est  essentiellement  l'œuvre  des  ligues  agri- 
coles et  de  leurs  comités  centraux. 

Au  commencement  de  1894,  il  n'existait  que  quatre 
sociétés  de  crédit  agricole;  actuellement  on  compte 
265  sociétés  locales  rattachées  à  six  caisses  centrales 
qui  ont  été  organisées  respectivement  par  le  Boerenhond 
de  Louvain,  la  Corporation  agricole  de  N.-D.  des  Champs 
de  la  province  de  Liège,  la  Fédération  agricole  du  HainaiU,  la 
Ligue  luxembourgeoise,  le  Eigenaars  en  Landbouwersbond  van 
Brugge  et  le  Syndicat  agricole  de  la  province  de  Namur. 

Les  opérations  des  institutions  de  crédit  agricole  en 
igoo  sont  renseignées  plus  loin. 

L'activité  des  ligues  agricoles  et  de  leurs  comités 
centraux  a  également  porté  sur  l'assurance  des  risques 
agricoles. 

Nombreuses  sont  les  mutualités  d'assurance  du  bétail 
créées  au  cours  des  dernières  années  à  la  suite  de  la  pro- 
pagande entreprise  par  les  conférenciers  de  ces  comités 
dans  des  milieux  préparés  à  cette  fin  par  les  ligues 
locales. 

Afin  de  rafiermir  les  mutualités  locales,  les  comités 
centraux  ont  provoqué  leur  groupement  en  des  fédéra- 
tions de  réassurance. 

Deux  fédérations  de  l'espèce,  celle  de  Louvain  et  celle 
du  Limbourg,  à  Hasselt,  ont  été  organisées  par  les 
soins  du  Boerenbond  de  Louvain.  Les  caisses  de  réas- 
surance de   la   Flandie   orientale,  du   Hainaut,  de  la 


200       ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN  BELGIQUE 

province  de  Liège  et  du  Luxembourg  groupent  les 
mutualités  locales  créées  par  les  associations  profession- 
nelles de  ces  provinces. 

B.  —  Sociétés  ou  syndicats  constitués  pour  l'achat 

DE  SEMENCES  d'eNGRAIS  COMMERCIAUX,  DE  MATIÈRES 
ALIMENTAIRES  POUR  LE  BÉTAIL  ET  DE  MACHINES 
AGRICOLES. 

Les  chiffres  repris  au  tableau  ci-après  se  rapportent 
aux  syndicats  agricoles  proprement  dits,  c'est-à-dire  à 
ceux  qui  sont  constitués  en  coopérative  conformément 
à  la  loi  du  i8  mai  1873  sur  les  sociétés  commerciales^ 
ainsi  qu'aux  sections  d'achat  des  comices  et  des  ligues 
agricoles. 

En  1899,  ^^^  ^23  sociétés  d'achat  comptaient  5o,357 
membres.  En  1900,  elles  sont  au  nombre  de  ySi,  et 
comptent  5i,g7g  membres.  Le  montant  des  achats 
effectués  en  1900  s'élève  à  11,192,393  francs,  soit,  en 
moyenne,  à  2i5  fr.  32  c.  par  membre. 

Le  chiffre  d'affaires  des  sociétés  d'achat  s'élevait,  en 
1899,  à  12  millions  969,41/}  francs,  ce  qui  représente  une 
moyenne  de  fr.  257.55  par  membre. 

La  diminution  du  montant  des  achats  en  1900  com- 
parativement à  l'année  1899  doit  être  attribuée  à  la 
transformation  du  syndicat  agricole  de  Jodoigne  en 
société  anonyme  ;  par  suite  de  ce  changement,  le  chiffre 
d'affaires  de  ce  syndicat,  qui,  en  189g,  s'est  élevé  à  plus 
d'un  million  de  francs,  n'a  pas  et*'  compris  dans  la 
présente  statistique. 


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202      ESSAIS  SUR  LA  QUESTION  AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

C.  —  Sociétés  ou  syndicats  pour  la  vente  du  lait, 

LA    FABRICATION    OU    LA  VENTE    DU    BEURRE  ET  DU   FRO- 
MAGE. (Laiteries  coopératives.)  (i) 

La  coopération  laitière  a  pris  un  nouveau  développe- 
ment en  1900,  comme  le  démontrent  les  renseigne- 
ments chiffrés  publiés  à  la  page  suivante.  Quatre-vingt- 
cinq  laiteries  coopératives  ont  été  constituées  dans  le 
courant  de  cette  année.  Leur  nombre  est  ainsi  porté  à 
394,  de  309  qu'il  était  en  1899. 

Le  nom.bre  des  laiteries  en  activité  s'est  élevé  de  298, 
en  1899,  à  356,  en  1900,  et  le  chiffre  des  coopérateurs 
des  laiteries  en  activité  a  été  porté  de  34,2o5  à  40,706. 

La  mo^^enne  des  membres  par  société  était  de  11 5  en 
1899  et  de  1 14  en  1900. 

La  moyenne  des  vaches  possédées  par  coopérateur 
n'atteint  pas  trois  tètes (2.71),  ce  qui  prouve  que  ce  sont 
surtout  les  petits  cultivateurs  qui  recourent  à  ce  mode 
do  coopération. 

Les  produits  vendus  par  les  laiteries  coopératives 
sont  évalués,  pour  1900,  à  20,772,920  francs,  représen- 
tant une  moj^enne  de  58,35i  francs  par  société  et  de 
5 10  francs  par  membre. 

En  1899,  la  valeur  des  produits  vendus  a  atteint  la 
somme  de  17,772,345  francs,  soit  une  moyenne  de 
59,639  francs  par  société  et  de  5i9  francs  par  membre. 

I).  —  Sociétés  de  cri^dit  agricole. 

Les  institutions  de  crédit  agricole  existant  en  Belgi- 
que peuvent  se  ramener  à  deux  t}pes  distincts  :  les 
comptons  ai^iicoles,  créés  à  la  suite  de  la  loi  du  18  avril 


(1)  Voir  tableau  paije  203. 


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204     ESSAIS  SUR  LA  QUESTION   AGRAIRE  EN   BELGIQUE 

1884,  et  les  sociétés  coopératives  locales  de  crédit  à  responsa- 
bilité solidaire  et  illimitée. 

Les  comptoirs  agricoles  ne  se  sont  guère  propagés. 
En  effet,  depuis  1884,  dix  comptoirs  seulement  ont  été 
créés,  à  savoir  :  à  Genappe  et  à  Thuin,  en  i885;  à 
Vielsalm,  en  1886;  à  Gourt-Saint-Etienne,  en  i88g;  à 
Gembloux,  Namur  et  Lens,  en  1897;  à  Florennes,  La 
Hulpe  et  Louvain,  en  i8g8. 

Les  institutions  appartenant  au  second  type  sont  les 
caisses  organisées  d'après  les  principes  de  Raifïeisen  mis 
en  concordance  avec  la  loi  belge  du  18  mai  1873,  sur 
les  sociétés  commerciales. 

Afin  de  favoriser  le  fonctionnement  de  ces  associations, 
la  loi  du  21  juin  1894  ^  autorisé  la  Gaisse  générale 
d'épargne  et  de  retraite  à  prêter  une  partie  de  ses  fonds 
disponibles  à  ces  sociétés.  Les  prêts  sont  cautionnés 
])ar  une  société  centrale  à  responsabilité  limitée,  qui 
remplit  à  la  fois  le  rôle  des  «  Gaisses  centrales  »  et  celui 
des  «  Unions  des  caisses  centrales  »  existant  en  Alle- 
magne :  recueillir  les  excédents  d'encaisse  des  sociétés 
locales,  et  consentir  des  prêts  provisoires  à  celles  qui  man- 
quent exceptionnellement  de  fonds,  d'une  part;  surveil- 
ler les  opérations  des  organismes  locaux,  d'autre  part. 

A  la  fin  de  1900,  il  existait  six  caisses  centrales  :  celle 
de  Louvain,  fondée  en  1895;  celle  de  Liège,  instituée 
en  1896;  celles d'Enghien,  Arlon  et  Bruges,  fondées  dans 
le  courant  de  1897,  et  celle  d'Ermeton-sur-Biert,  dont 
la  création  date  de  i8g8.  Ges  deux  dernières  n'avaient 
pas  encore  fait  d'opérations  au  3i  décembre  deinier. 

Parmi  les  banques  populaires  instituées  d'après  les 
principes  de  Schulze-IJelitzch,  il  en  est  deux,  celles  de 
Goé-Limbourg  et  d'Argentcau,  (]ui  peuvent  être  consi- 


APPENDICE 


2o5 


déiées  comme  institutions  de  crédit  agricole,  la  majeure 
partie  de  leurs  prêts  étant  consentis  à  des  cultivateurs. 
Les  opérations  de  ces  banques  sont  consignées  dans  le 
tableau  n"  2  ci-après.  La  Banque  populaire  agricole  qui 
a  fonctionné  pendant  plusieurs  années  à  Statte-Huy  a 
cessé  ses  opérations  au  commencement  de  1898. 

1°  Comptoirs  agricoles. 


SIEGES  DES  COMPTOIRS 


Prêts  consentis  en  1900 

à 

l'intervention  ries  comptoirs 


Nombre 


Montant 


Prêts  en  cours 

au 

31  décembre  liiOli 


Nombre 


Montant 


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Genappe  .... 
Court-Saint -Etienne 
Gembloux  .  .  . 
Namur 


I.ens 


Florennes . 
La  Hulpe . 
Louvain    . 


Totaux 


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44 

37 

500 

28 

170 

980 

137 

102 

100 

29 

3'3'7 
1 

379 


353 
164 


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,025 
,3oo 
,700 

-634 
,605 


227       11,29b,  105  I     990         5,375 


2^  Sociétés  coopératives  de  crédit  agricole  instituées  d'après 
principes  de  Schulze-Delitzch. 


,821 
les 


<^\vcv^  nF^  qnriFTK^     î  Nombredeprêts  |. M  entant  des  prêts 
oii:.vji:..-i  uco  .^vyi^ic  i  r.o      consentis  en  iQOd  consentis  en  kjoo 

Gùé-I^imbourg ()72 

A.rgenteau         45 

206,236 
60,490 

Totaux.     .    ■.                717 

266,726 

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APPENDICE 


207 


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0061  ap  lUBjnoD  a[  suep 

S31BJ1U3D    S3SSIE?    xnB 
SS^BDOI  S3SSIE?  SPJ 

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s9jniJ3Ano  S3D  ap  niBiuop\[ 


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jipajD  ap  saanajaAnop  ajqaio>j 


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saanjjaAiio  sao  ap  iu8iuoi\[ 


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jipajD  ap  sa.inaaaAno^p  a.iquio|vi 


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saiBDoi  sassiBD  ap  a.iquiojy[ 


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TABLE   DES   MATIÈRES 


Pages 
Indications  Biblioc.rai-hkiues 6 

Introdlction ...         8 


I 


La  Petite  Propriété  Rurale 

Chapitre   I.    — La  petite  et  la  grande  propriété 18 

Chapitre  II.    — La  Répartition  du  sol  en  Belgique 31 

§  1.  —  Le  nombre  des  propriétaires 31 

§  2.  —  La  décadence  delà  Propriété  paysanne    ....  3g 
Chapitre  III.  —  Les  mesures  législatives  en  faveur  de  la  petite  pro- 
priété rurale 47 

§  1 .  —  Les  mesures  fiscales 50 

§  2.  —  Le  Crédit  foncier 1^4 

§3.  —  Les  lois  successorales 62 

§  4.  —  Les  Socialistes  et  la  Propriété  familiale    ....  67 

Chapitre  I\'. — La  Révolution  Agricole 74 

Chapitre    V.  —  Résumé  et  Conclusions C)4 


II 


Les  Villes  Tentaculaires 

Considérations  générales 

Chaphre    I.    — L'âge  d'or  des  Propriétaires  fonciers 
(Chapitre    II.  —  La  Révolution  industrielle  dans  les  cani 
Chapitre  III.  —  La  Réduction  du  nombre  des  agricoles  . 


TABLE    DES    MATIÈRES 

Chapitre  IV.  —  La  transformation  capitaliste  des  cultures.     .     .  127 

§  I .  —  Réduction  du  domaine  cultivé 127 

§  2.  —  Diminution  du  nombre  des  exploitations  indépen- 
dantes   127 

§3.  —  Transformation  des  cultures 12g 

Chapitre    V. — La  Concejitration  de  la  Propriété  foncière .     .     .  132 


III 


La  Coopération  Rurale  en  Belgique 

("ONSinÉRATlONS  GENERALES X'^J 

("hapitre    I.    — ■  L'organisation  Catholique 143 

(Chapitre    II.  —  L'organisation  Socialiste 148 

Chapitre  III.  —  Les  Résultats  de  la  Coopération  Rurale     .      .     .  164 

§  I.  —  Les  Caisses  Raiffeisen 165 

§  2.  —  Les  Sociétés  d'Achat it3g 

§  3.  —  Les  Sociétés  Coopératives  de  Production  et  de  vente  174 

Chapitre  IV.  — L'Avenir  de  la  Coopération  rurale 181 

APPENDICE 

Progrès  réalisés  par  la  coopération  rlrai.e  en  igoo     .     .     .  iq5 

Table  des  Matières 209 


GAND,    SOCIETE    COOPERATIVE    «    VOLKSDRL  KKERI.I  »,    RLE    HAUTPORT,    2Q 


LE  MOUVEMENT  SOCIALISTE 


Table  générale  des  Matières 


Le 


Mouvement  Socialiste 

Revue  bi-mensuelle  internationale 


TABLE  GENERALE  DES  MATIERES 

des 
QUATRE      PREMIÈRES     ANNÉES 


1899-1902 


PARIS 
ÉDITIONS    DU   MOUVEMENT  SOCIALISTE 

10,  rue  Monsieur-le- Prince  (VI») 

1  903 


PREMIERE    ANNEE 
Année  1899 

TOME  I 


JANVIER-JUIN     1 


îfO     1. 


15    JANVIER 


Déclaration 

L'Unité  Socialiste 

La  liberté^  de  l'Enseignement  (I.  Le  Cert 

lîcat  d'Etudes) 

Soyons  Unis  (Aux  frères  de  France)     . 

La  c(  Patrie  Française  » 

Législation     Ouvrière     (L'Inspection    du 

Travail  en  France  en  1897)    . 
Critique  Littéraire  et  Artistique  (Notes  et 

Protestations) 

Chronique  Sociale 

Monographie  (La  Bourse  du   Travail  de 

Paris) 

Revue  Criti^que  (Les  Industries  monopol 

sées  aux  Etats-Unis) 

Bulletin  Bibliographique      .... 


La  Rédaction 
Jean  Jaurès 


Louis    RÉVELI> 
W.  LiEBKNECHT 

Verax    . 

Max  Albert 

Henry  Bauer 
J.  Rivière  . 


E.  Briat 


G.  SOREL       . 

Les  Rédacteurs 


Pages 
1 
6 

16 

29 

33 

40 
44 

52 

.57 
bi 


Ji°   8.   —    !'='■  FEVRIER 

Les  Villes  Tentaculaires E.  Vandervelde  .       6t 

L'Organisation    Unitaire    du    Socialisme 

Anglais  .      .      .      .      • H.  Quelch.     , 

La  Liberté  de  l'Enseignement  (IL  Le  Mo- 
nopole)    Louis   RÉVELIN 

La  Situation  politique  en  France    .      .      .  Paul  Dramas    . 

L'enseignement  manuel G 104 

Chronique  Sociale J.  Rivière  .     .     .     107 


D 

79 

87 
95 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


L'Action    des     Municipalités     Socialistes 

(L'Assistance  communale  à  Lille)    .      .      H.  GnEstiuiÈRE 

Revue  Critique  (Le  Socialisme  et  la  Révo- 
lution française) G.  Sorel     . 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 


P;igfS 


117 


N»  S. 


15    FEVRIER 


Les  Villes  Tentaculaires  (fin)     ....  E.  Vandervelde  .  129 

La  Liberté  de  l'Enseignement  (III.  La  Li- 
berté) (fin)    Louis  RÊVFXIN      .  146 

Le  Socialisme  et  l'Affaire  Dreyfus  .      .      .  H.  Lagardelle    .  155 

Critique  Littéraire Lionel  Landry     .  107 

Le  Congrès  des  Travailleurs  de  la  Voie 

ferrée Georges  Laporte.  16g 

Chronique  Sociale .  J.  Riviïsre  .     .     .  174 

Enquêtes  et  Monographies  (L'Agriculture 

dans  l'Ouest  de  ia  France)     ....  Ch.  Bruneluère  .  182 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  1S7 


»o    4.    —     1"''   MARS* 


La  puissance  militaire  de  la  Russie     .      .  F.  ExGEr.s  . 

La  Question  agraire  en  Hollande   .      .      .  W.-H.  Vuegen 

Morale  et  Socialisme G.  Sorel    .     . 

Wassa   Pelaguitch P.  Theodoroff 

La  Situation  politique  en  Allemagne    .      .  Karl  Meyer     . 

Chronique  Sociale J.  Rivière  . 

L'Action     des     Municipalités     Socialistes 

(L'Action  Intellectuelle) H.  Ghesquière 

Revue    Critique   (La   Prévoyance   sociale 

en  Italie G,      .     .     .     . 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 

Le  fruit  d'immortalité  (conte)    ....  A. -F.  Herold, 


•93 
197 
207 
214 
216 


^35 

24b 


N»    5.    —    15    MARS 


Le  Motivtment  Socialiste  et  la  Nme  Zeit 

La  Commune.  

La  Question  syndicale  en  Belgique . 
Le  Socialisme  et  l'Affaire  Dreyfus  (fin) 
La  Situation  politique  en  Finlande. 

Chronique  Sociale 

La  Situation  économique  en  Serbie 
Bulletin  Bibliographique     .... 


K.  Kautsky     . 
Karl  Marx  .     . 
Auguste  Dewinne 
H,  Lagardelle 
J .  Deck  . 
J.  Rivière  . 
m.  popovitch  . 
Les  Rédacteurs 


258 
272 
285 
300 
306 

3'i 
3'4 


PREMIÈRE    ANNÉE    l8gg 


S"    O.    —    1"'    AVRIfc 


Pages 


,iû"- 


Démocratie  et  Socialisme FA.  Bernstein. 

La  nouvelle  Maison  du  Peuple  de  Bru- 
xelles        .....  E.  Vanderveldi-: 

La  Justice  de  classe  en  Allemagne.  .  D^"  A.  Sudekl'm    .     341 

Aline  Valette Sorgce  ....     347 

La  Politique  en  France Paul  Dra.mas   .     .     350 

Chronique  d'Art  (Art  et  Socialisme.  Ex- 
positions)       Léon  Deshairs     .     355 

L'Action  des  Municipalités  Socialistes  (La 

Propriété  et  l'Hygiène  publique  à  Lille)  H.  Ghes(iuière     .     361 

Chronique  Sociale .T.  Rivière  .     .     .     365 

Revue    Critique    (Le    Socialisme   et    M. 

Faguet) Edouard  Bertm    .     372 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     37g 

X°    7.   —    15    AVRII, 

Démocratie    et     Socialisme    (Réponse    à 

Bernstein) Karl  Kautsky  .     .     385 

L'Unité  Italienne Ettore  Ciccotti     .     402 

Les  «  Ennemis  de  l'Ame  française  »  (Ré- 
ponse à  M.  Brunetière)     Verax    .     .     .     .     413 

La  lutte  contre  l'Alcool  (Le  septième 
Congrès    contre    l'abus     des    boissons 

alcooliques) D.  Verhaeghe      .     417 

Enquêtes  et  monographies  (L'Agriculture 

dans  l'Ouest  de  la  France  (fin)     .      .      .  Ch.  Brlnnellière     423 

Chronique  sociale J.  Rivière  .     .     .     431 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     437 

Scrupules  (Nouvelle) Octave  Mirbeau  .     442 

N"   8.    —    1"   MAI 

La  leçon  des  fêtes  de  Bruxelles.     .      .      .  Jean  Jaurès     .     .     449 
A  propos  du  livre  de  Bernstein      .      .      .A.  Labriola    .      .     453 

La  réduction  de  la  journée  de  travail  .      .  Louis  Bosq_uet     .     459 
La  théorie  et  la  tactique  socialiste  d'après 

Bernstein D'"  V.  Adler   .     .     468 

La  grève  de  Saint-Amand Ivo  van  W.erebeke  481 

Chronique  Littéraire  (L'Anneau  d'amé- 
thyste;      Hubert  Bourgix  .     484 

L'Action     des     Municipalités     Socialistes 

(Les  Travaux  communaux  à  Lille)  .      .  H.  Ghe(1uière.      .     488 

Chronique  Sociale J.  Rivière  .     .     .     493 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     50Ô 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


KO  9. 


15    MAI 


Le  Militarisme  et  la  Démocratie  Socialiste  A.  Bebel    . 

L'influence  des  \'illes  sur  les  Campagnes 
(L  La  Propriété  foncière  dans  la  pro- 
vince d'Anvers) ,  E.  Vandervelde 

La  Réduction  de  la  journée  de  travail  (fin)  L.  Bosquet 

Chronique  d  Art  (Les  Façades,  Corot,  les 

Impressionnistes) Léon  Deshairs 

La  Confédération  du  Travail     ....  Eugène  Guérard 

Chronique  Sociale J.  Riviîsre  . 

Revue    Critique    (La    Participation    aux 

Bénéfices     G.  Sorel    . 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 

s»    lO     —    ler  JUIN 

Le  Désarmement Paul  Brousse. 

Les    dernières    élections    législatives    en 

Espagne Pablo  Iglesias 

L'Influence  des  Villes  sur  les  Campagnes 

(IL  Le  Limbourg) E.  Vandervelde 

I-a  Politique  en  France Paul  Dramas    . 

Chronique  littéraire  (Henri  Becque)    .      .  A.  Herold. 

Le  Parti  Ouvrier  Socialiste  Révolution- 
naire et  son  XV«  congrès Albert  Richard 

Chronique  Sociale J.  Rivière  .     . 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 


Pages 
5'3 


522 
537 


548 
553 
558 

=;66 
571 


577 

585 

g89 

609 

617 
628 

637 


N»  11.  —  15  jvm 

Démocratie  industrielle  et  Démocratie  poli- 
tique        Rosa  Luxemburg  .     641 

Les   Accidents   du    Travail    (La    Loi  du 

g  avril  1899) Paul  Dramas    .     .     657 

Une  association  coopérative  en  Amérique 

et  son  école  des  Hautes  Etudes  .      .      .  L.  Kufferath.     .     666 

Le  Congrès  du  Parti  Ouvrier  belge     .      .  G.  Vandermeeren     672 

L'Organisation  des  Ouvriers  et  Employés 

des  Chemins  de  fer  en  Italie.      .      .      .  Quirino  Nofri.     .     679 

Chronique  Sociale J.  Rh'ière  ...     691 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     699 


PREMIÈRE    ANNÉE    1899 

TOME  II 
JUILLET-DÉCEMBRE  1899 


Pages 

Le  Parti  Socialiste  et  la  Crise  ....  H.  Lagardelle    .         1 

Le  Socialisme  et  les  r-- Intellectuels  »    .      .  L.  de  Brouckère.         g 
Après    la    Grève    générale  des   Mineurs 

Belges Emilio 21 

Un  Monopole  Communal  (Le  Gaza  Paris)  Maurice  Charnay  .     30 

La  Politique  en  France Paul  Drajias     .     .     38 

Chronique  sociale J.  Rivière     ...     44 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs     .     51 

Une  Leçon  de  Roi  (Nouvelle)  ....  William  Morris     .     56 

X»    13.    —    15    JCIXIiET 

La  Situation  Politique  en  Belgique     .      .  E.  Vandervelde  .       65 

La  Législation  d'exception  en  Allemagne  .  D""  A.  Sldekum     .       73 

Le  Socialisme  et  les  «  Intellectuels  »  (fin)  .  L.  de  Brouckère  .       07 

L'Inspection  du  Travail  en  Autriche    .      .  R.  Hilferding.     .      101 
L'Action  des  Municipalités  socialistes  (La 
Municipalité    de    Lille   et   les    Services 

administratifs) H.  Ghesqltière     .      112 

Chronique  sociale  (Les  Trusts  en  Améri- 
que)    J.  Rivière  .     .     .     121 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     126 

Jfo    14.    —    1"   AOUT 

La  Crise  du  Socialisme  Français    ...  La  Rédaction  .     .     1 29 
Une  Question  de  tactique  (Le  Cas  Mille- 

rand) Rosa  Luxemburg 

Les  Finances  Russes  (Le  Budget  de  188g)  A.  Issaieff.     . 

Le  Congrès  de  r  Unité  Socialiste     .      .      .  Jean  Longuet  . 

La  Crise  Socialiste Anthelme  Simond 

Les  Syndicats  Allemands  etleur  3«  Congrès 

à  Francfort  .      .      .      • Max  Quarck    . 

Chronique  d'Art  (Puvis  de  Chavannes)     .  Léon  Deshairs 

Chronique  Sociale J.  Rivière  .     . 

Bulletin  Bibliographique     ...      .      .      .  Les  Rédacteurs 


138 
153 
159 

167 
173 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


NO    15.    —    15    AOITT 


l'ages 

L'Antisémitisme  à  Vienne D''  Ellenbogen     .  193 

Jaurès  et  Millerand Karl  Kautsky.     .  207 

Le  Congrès  de  la  PrLid'homie  .      .      .      .  E.  Briat     .     .     .  214 

Le  Lock-out  au  Danemark MinaBANG.     .     .  217 

La  Propagande  antimilitariste  en  Belgique  G.  Van'dermeeren  225 

Les  Secrétariats  Ouvriers  en  Allemagne    .  Paul  Fauconnet  .  230 

Chronique  Sociale J.  Rivière  .     .     .  241 

Bulletin  Bibliographique     .....  Les  Rédacteurs  .  253 


BfO    IC.    —    !<"■   SEPTEMBRE 


272 
280 
291 
■^00 


.1^") 


Des  Forces  de  la  Démocratie  industrielle 

(Réponse  à  M"®  Luxembourg)    .      .      .  Ed.  Bernstein. 

Le  Congrès  général  du  Parti  Socialiste     .  Louis  Révelin 

l-a  Coopération  en  Belgique     ....  Auguste  Dewinne 

Le  Socialisme  aux  Antilles René  A  rot. 

L'  «  Avenir  de  Plaisance  » X.  Guillemin  . 

Revue  Critique  (Les  Conseils  de  l'Indus- 
trie et  du  Travail  en  Belgique,     .      .       .  A.  DE  MONZIE  . 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 

N»    17.    —    15    SEPTEMBRE 

Le  Cas  Millerand Paul  Dra.mas    .     .     321 

L'înHuence  des  Villes  sur  les  Campagnes. 

(La  Provin-e  de  Liège) E.  ^^\^•DERVEL^E  .     330 

La  Coopération  en  Belgique  (fin)  .  .  .  Auguste  Dewinnic  355 
Le  Syndicat  des  Ouvriers  en  Instruments 

de  précision E.  Briat     .     .     .     3Ô8 

Chronique  sociale 375 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     381 

N"    18.    —    l«i^   OCTOBRE 

Le  Recensement  agricole  en  Belgique  .      ;  E.  Vaxdervelde  .     385 

La  fin  du  Lock-out  Danois MinaBANG.     .     .     3(12 

La   Législation  du    Travail  en  Australie 

(L'Industrie  à  domicile) J.  Rivière  .     .     .     397 

Les  Habitations  ouvrières L.  Graux   .     .     .     403 

Chronique  d'art  (J.  Dalou) Léon  Deshairs      .     41(1 

Chronique  littéraire  (Le  Ferment)  .  .  .  P.  Poux  .  .  .  424 
L'Action     des     Municipalités     socialistes 

(L'Alimentation  à  Lille) H.  Giiesquière     .     428 

Chronique  Sociale 437 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     443 


PREMIÈRE    ANNÉE     l8gg 


S»    19.    —    15    OCTOBRE 


Bernstein    et    la     Théorie    Socialiste     de 

r Histoire .      E.  Belfort  Bax 

Les  Jeunes  Catholiques  et  l'Action  sociale     V.  Charbonnel 
La    Concentration  des    Forces  Ouvrières 

dans  l'Amérique  du  Nord     ....      Marcel  Landrieu 
Les  récentes  œuvres  de  Zola      ....      Charles  Péguy. 
Enquêtes   et   Monographies    (Le    Comité 

fédéral  des  Bourses  du  Travail)  .      .      .      F.  Pelloutier. 

Chronique  Sociale 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 

s o    *  »  .    —    15    NOVEMBRE 


Pages 
449 


L'Action  socialiste Marcel  M auss  . 

L'Etat   et   l'Evolution    de   la    Législation 

ouvrière  en  Allemagne Adolf  Braun    .     .     463 

Le  Socialisme  au  Brésil X.  de  Carvalho  .     472 

Le    XVII"    Congrès    du    Parti    Ouvrier 

Français Jean  Longuet  .     .     476 

La  Verrerie  Ouvrière  d'Albi     ....  Emile  Alibert     .     484 

Chronique  Sociale 454 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     505 

Kfo    aO.   —    1*''   NOVEMBRE 


5»3 
523 

531 
537 

553 
5*33 
575 


Le  Congrès  National  du  Socialisme  fran- 
çais        H.  Lagardelle    .     577 

Les  Débats  sur  la  Tactique  au  Congrès  de 

Hanovre Paul  Fauco.nnet  .     582 

Enquêtes  et  Monographies  (Les  Employés 

de  Magasin  au  Havre H.  Hanriot     .     .     595 

Les  récentes  œuvres  de  Zola  (fin)    .      .      .      Charles  Péguy.     .     600 

L'Adieu  du  Verrier  (vers) Maurice  Magre    ,     607 

Le  Droit  Ouvrier  (Jurisprudence) .      .      .      A.  de  Monzie  .     .     610 
Correspondance  :  Les  Jeunes  Catholiques 
et  l'Action  sociale  (Réponse  à  M.  Victor 

Charbonnel) Sangnier-L.achaud   617 

Chronique  Sociale 620 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     638 

lHjo  «2  3.   —    l^''  DÉCEMBRE 

Le  Congrès  (Ses  travaux  :   I>' Union  et  la 

Question  ministérielle) Marcel  Mauss  .     .     641 


12  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 
Enquête  sur  l'organisation  intérieure  des 

Partis  socialistes  unifiés  d'Europe  : 
Le  Parti  ouvrier  de  Belgique     .      .      .      .     E.  Vavdervelde  .     644 
Le  Parti  démocrate-socialiste  de  Hollande.     Troelstra  .     .     .     655 
Le  Parti  ouvrier  démocrate-socialiste  du 

Danemark F.-G.  BoRoaiERo  .     659 

Les  grèves  du  Creusot  et  de  Montceau-les- 

Mines Maxence  Roldes.     6C)=, 

Les  Débats  sur  la^tactique  au  Congrès  de 

Hanovre  (tin)    .  *   . Paul  Fauconnet  .     672 

Chronique  Sociale 695 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     701 

SfO*-  S3-34.    —    15    DECEMBRE 

L'CEuvre  du  Congrès H.  Lagardelle    .     705 

Le  Prétendu  (c  Caporalisme  »  des  Socialis- 
tes allemands    Adolf  Braln    .     .     711 

Enquêtes  et  Monographies  (La  Fédéra- 
tion française  des  Travailleurs  du  Livre)     A.  Hamelin     .     .     720 

Le  Droit  Ouvrier  (Doctrine  et  Jurispru- 
dence)     A.  i>E  M0NZIE  .     .     734 

Chronique  Sociale 73<^ 

Revue   critique  (Réponse   de   Kautsky   à 

Bernstein) Albert  Lévy    .     .     -jfrj. 

Bulletin  Bibliograpliique     .      .      .      .      .      Les  Rédactel-rs   .     774 


DEUXIEME   ANNEE 
Année    1900 

TOME   III 

JANVIER-JUIN     1900 


m»   35.    —    1""   JANVIER 

Le  Mouvement  Socialiste  et  l'Unité  Socia- 

cialiste i 

Enquête  sur  l'Organisation  intérieure  des 
Partis  socialistes  unifiés  d'Europe  (suite) 

Deuxième  Série  :     I.  Italie      .      .      .      L.  Bissolati    .     .         5 
II.  Espagne      .      .      P.  Iglesias.     .     .        17 

A  propos  de  la  Lutte  de  classe  ....     Edouard  Berth    .       23 

Enquêtes  et  Monographies  :  La  Fédéra- 
tion Française  des  Travailleurs  du  Livre 
(suite) A.  Hamelin     .     .       32 

Critique      Littéraire    :     Résurrection,    de 

Tolstoï Marius-AryLEBLOND  42 

Chronique  Sociale 48 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .       5g 


■S°   ae.   —    15   JANVIER 

L'Action  Socialiste  au  Conseil  municipal 

de  Berlin Paul  Singer.     ,     .     65 

Les  vraies  causes  et  les  vrais  Remèdes  de 

l'Alcoolisme     .      .      • D'"  V.  Augagnelr       72 

Le  Transvaal  et  l'Angleterre     ....     F.  de  Pressensé 
Enquêtes  et  Monographies  :  La  Fédération 

Française    des   Travailleurs    du    Livre 

(fin) '     .     A.  Hamelin      .     .       go 

Chronique  Sociale 10 1 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .      î  17 

Le  Droit  Ouvrier     .      .      .      .      .      .      .     A.  de  Monzie  .     .     124 


79 


14  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


Jf°  27.   —    l"  FEVRIER 


Pages 

127 


Le  Jugement  de  la  Haute  Cour  et  la  Pro- 
pagande Socialiste Marcel  Mauss  .     .     12 

L'Organisation  du  Parti  Socialiste  et  les 

Syndicats G.  Fauquet     .  132 

Le  Transvaal  et  l'Angleterre  (fin)    .      .      .  F.  de  Pressensé    .     146 

Le    Congrès  Syndical    du  Parti  Ouvrier 

Belge A.  Octors  .     .     .     163 

Critique  Dramatique  :  En  paix.      .      .      .  E.  Buré.     .     .     .      167 

Chronique  Sociale 17:^ 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     188 


193 


S°   88.   —    15    EE^TRIER 

Pierre  Lavroif S.  A.     .     .     . 

Les  Fédérations  Départementales  .      .      .      Ph.  Landriei^  .     .     200 
Enquête  sur  l'Organisation  intérieure  des 
Partis     socialistes    unifiés    d'Europe    : 
Troisième  série.  I.   La  Démocratie  so- 
cialiste allemande Ad.  Braln  .     .     .     207 

Le  Socialisme  Municipal  en  Belgique  .      .      Emile  Vinck    .     .     224 

Chronique  Sociale 237 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     246 

Le  Droit  Ouvrier 2^1 


x»  29.  —   l"  MARS 

Bernstein  et   l'Evolution   de   la   Méthode 

Socialiste Jean  Jaurès     •     ,  257 

Pierre  Lavroff  (fin) S.   A 274 

La  nouvelle  loi  sur  la  durée  du  Travail  .  Hub.  Lagardelle  28" 
Critique    Dramatique    :    Le  Ressort,    par 

Urbain  Gohier E.    Buré     .     .     .  301 

Chronique  Sociale 304 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  31G 


JfO   30.    —   15    M.\RS 

A  la  Martinique René  Arot.     .     .     321 

Enquête  sur  l'Organisation  intérieure  des 
Partis  socialistes  unifiés  d'Europe  : 
Troisième  série.  IL  La  Démocratie  So- 
cialiste autrichienne Victor  Adler  .     .     320 


DEUXIÈME   ANNÉE    igOO  l5 

Pages 
La  Réforme  de  la  Loi  sur  les  Syndicats  : 

Le  projet  Waldeck-Rousseau-Millerand  Marius  Moutet  .  337 
Bernstein  et  l'Evolution   de   la    Méthode 

Socialiste  (suite  et  fin) Jean  Jaurès     .  ,     333 

Chronique  Sociale 369 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     379 


>o   31.    —    l«r   AA-RIX 

L'Œuvre   des    Municipalités   socialistes  : 

L  Dijon A.  Marpaux    .     .     385 

La  Banque  Nationale  de  Belgique.      .      .  Louis  Bertrand  .     400 

La  réforme  militaire Paul  Fauconnet  .     413 

Congrès  international    des    Etudiants    et 

anciens  Etudiants  socialistes  ....  419 

Chronique  Sociale 422 

Revue  Critique  :    Les    Congrès  ouvriers 

en  France Jean  Longuet  .     .     436 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     441 


NO    aa.    —    15    AVRIL, 

La  Nou\-^lle  Loi  sur  la  durée  du  travail 

(suite  et  fin) Hub.  Lagardelle  449 

L'Œuvre  des  Municipalités  socialistes  : 

L  La  Municipalité  de  Dijon  (suite)    .  A.  Marpaux    .     .  462 

IL  La  Municipalité  de  Paris    .      .      .  Maurice  Charnay  482 

De  l'Alcoolisation Maurice  Lauzel  .  492 

Chronique  Sociale 49Q 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  500 

Droit  Ouvrier  (Belgique) Max  Hallet    .     .  509 


•s°  33.  —  1"  MAI 

L'Art  et  le  Socialisme Jean  Jaurès     .     .  513 

Le  nouveau  Régime  électoral  belge     .      .  A.  Dewinne     .     .  526 
L'Œuvre  des  Municipalités  socialistes  : 

IL  La  Municipalité  de  Paris  i^fin).      .  Maurice  Charnay  532 

III.  La  Municipalité  de  Roubaix  .      .  F.  Chabrouillaud  545 
Deux  Congrès  des  Travailleurs  des  chemins 

de  fer Georges  Laporte.  556 

Critique  Dramatique  :  La  Robe  Rouge .     .  E.  Buré.     .     .     .  5Di_ 

Chronique  Sociale 5"*^ 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  570 


l6  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

NO   34.  —   15   MAI 

Pages 
Les  Elections  municipales  et  le  Parti  so- 
cialiste   Hub.  Lagardelle  577 

L'Art  et  le  Socialisme  (fin) Jean  Jaurès     .     .  582 

I  es  Alliances  électorales  et  le  Parti  Ouvrier 

en  Belgique. A.  Dewinne     .     .  591 

La  Question  de  la  Dépopulation  en  France     J.  Goldstein   .     .  599 

Les  Réfugiés  politiques  en  Angleterre .      .     Bernard  Monod    .  009 

Chronique  Sociale 622 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  635 

x»  35.  —  1«"^  ainîî 

La  Guerre  du  Transvaal Marcel  Mauss  .     .  641 

L'Unité  du  Parti  Ouvrier  anglais  .      .      .     Lalla  Kufferath  .  646 

La  Grève  générale  des  Mineurs  autrichiens     Rud.  Hileerding  .  650 
La  Question  de  la  Dépopulation  en  France 

(fin) J.  Goldstein    .     .  658 

Enquêtes  et  Monographies  :  La  Coopéra- 
tive 1' «  Abeille  Suresnoise  ».      .      ,      .     Th.  Bock    .     .     .  665 
Critique  Dramatique  :  La  Claiviere     .      .      Emile  Blré     .     .  673 

Chronique  sociale 677 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  699 

îfo  36.  ~  15  3vrs 

L'Interpellation  sur  le  Chômage  et  la  Fédé- 
ration des  Bourses  du  Travail    .      .      .     Georges  Fauquet  705 

Les  résultats  des  Élections  en  Belgique     .     A.  Dewinne     .     .  710 

Le   Parti    Socialiste   et  la    Lutte   contre 

l'Alcool D""  D.  Verhaeghe  715 

Les  élections  italiennes 'G.  Pinardi.     .     .  724 

La  Grève  Générale  des  Mineurs  autri- 
chiens (fin) Rud.  HlLFERDING.  73O 

Critique    Littéraire    :    La    Charpente,    de 

J.-H.  Rosny M.- A.  Leblond    .  744 

Chronique  Sociale 750 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  761 


DEUXIÈME    ANNÉE    I9OO  I7 

TOME  IV 
JUILLET-DÉCEMBRE  1900 


:;*o  3  7,  —  l"!-  juii^rET 

Pages^ 

Pour  l'Union  Socialiste Hub.  Lagardelle         1 

Enquête  sur  l'Organisation  intérieure  des 

Partis  socialistes  unifiés  d'Europe:  Troi- 
sième série.  II.  La  Démocratie  socialiste 

autrichienne  (fin).  —  II.  L'organisation 

du  Parti  autrichien D""  V.  Ellenbogen         6 

A  propos  de  «  l'Unité  du  Parti  Ouvrier 

anglais  » H.  Quelch.     .     .        18 

Le   Parti   Socialiste    et   la    Lutte   contre 

l'alcool  (finj D"^  D.  Verhaeghe.       24 

Remarques  arithmétiques  sur  les  Elections 

belges G.  P.  La  Chesnais       36 

Chronique  Sociale 41 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .       61 

•s°  38.  —  15  JiJKr,rET 

Les  Employés  et  le  Socialisme  ....  Jean  Jaurès     .  .  65 
L'Antisémitisme  et  les  Elections  munici- 
pales à  Vienne Otto  Pohl  ...  78 

Le  Congrès  international  des  Mineurs.      .  Jean  Longuet.  .  85 

Les  Dockers  belges A.  Octors  .     .  .  93 

Le  Mineur  (vers) Maurice  M agre  .  103 

Chronique  Sociale 107 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  125 

ïïo    39.    —    l«i"   AOUT 


La  Réforme  des  Conseils  de  Prud'hommes 

au  Conseil  supérieur  du  travail 
La  Coopération  et  le  Socialisme 
La  Situation  en  Finlande     . 
Les  Syndicats  allemands. 
Chronique  Sociale     .... 
Bulletin  Bibliograpliique 


E.  Petit     .     .     .  12g 

E.  An'seele      .     .  142 

Jean  Deck  .     .     .  161 

Ad.  Braun.      .     .  166 

Les  Rédacteurs  .  ibç) 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


NO   40. 


15    AOUT 


Wilhelm  Liebknecht Hub.  Lagardelle 

La  Théorie  du  Profit  :  Réponse  à  Jaurès  .  A.  Graziadei  . 
Le  Congrès   International  pour  la  protec- 
tion légale  des  Travailleurs    ....  Georges  Fauquet 
Le  Socialisme  en  Amérique      .      .      .      .  A.  IVl.  Simons  . 
Les  Clubs  ouvriers  à  Londres  ....  Ch.  Booth  . 

Le  Budget  d'un  alcoolique André  Spuie    .     . 

Chronique  Sociale     .      .      .      . 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  . 


Pages 
193 
'94 

209 

226 
236 
-39 


s"    41.    —    1'^''    SEPTEÎHBKE 

A  la  Mémoire  de  Liebknecht    ....  Hub.  Lagardelle 
La  Réforme  des  Conseils  de  Prud'hommes 

au  Conseil  supérieur  du  Travail  (tinj    .  E.  Peitt     . 

Le  Socialisme  en  Hollande W.-H.  Vliegen    . 

La  Tliéorie  du  Profit  :  Réponse  à  Jaurès 

(tin) A.  Graziadei  . 

A  propos  des  Universités  Populaires  .      .  Hub.  Lagardelle 

Chronique  Sociale 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédactelrs  . 


257 

266 

282 

289 

303 
310 
318 


N"   4  3. 


15    ^«EPTEMBRS: 


Le  prochain  Congrès  national  :  Réflex 

d'un  militant  ouvrier  .... 
Le  Mouvement  Ouvrier  du  Havre. 
Le  Socialisme  en  Hollande  (tin). 
L'Art  à  l'Exposition  :  T.' Architecture 

Chronique  Sociale 

Bulletin  Biblioi^raphique 


Henri  Po.nard. 
H.  Hanriot     .' 
W.-H.  Vliegex 
Léon  Deshairs 

Les  Rédacteurs 


330 

354 
•^68 
•^81 


5f0    43.    —    1"'   OCTOBRE 

Le  Congrès  Socialiste  International     .      .  Hub.  Lagardelle     385 

L'Angleterre  et  le  Socialisme     ....  Lalla  Kufferath  .     388 

La  Question  Agraire  et  le  Socialisme  :  Cri- 
tique du  Programme  du  (c  Parti  Ouvrier 

Français»   ." Fr.  Engels  .     .     .     391 

De  la  Constitution  d'un  Théâtre  Populaire  Jean  \'ignaud  .     .     401 

L'Art  à  l'Exposition  :  Dans  les  Galeries  de 

Peinture Léon  Deshairs     .     410 

Clironique  Sociale 428 

Bulletin  iiibliograpliique Les  Rédacteurs  .     446 


DEUXIÈAIE    ANNEE    IQOO  I9 

S»   44.    —    15    OCTOBRE 

Pages 
L'Œuvre  du  Congrès  National  ....  Louis  Révelin  .  449 
La    Question   Agraire  et  le  Socialisme  : 

Critique    du    Programme    du    «    Parti 

Ouvrier  Français  »  (fin) Fr.  Engels.     .     .     452 

Le    Second    Congrès    National   du    Parti 

Socialiste  Français Jean  Longuet,     .     467 

La   Fédération  des  Bourses  du  Travail  : 

Ses  Congrès Fem.   Pelloutier     481 

Le  Congrès  des  Coopératives  Socialistes  .  Marcel  Mauss  .  .  494 
Le  Congrès  de  la  Condition  et  des  Droits 

des  Femmes Marie  Bonnevial  .     503 

S^   45.    —    I«r   NOVEMBRE 

Lettres  inédites  de  Frédéric  Engels  sur  la 

politique  socialiste Ed.  Bernstein      .     513 

La  Fédération  des   Bourses  du  Travail  : 

Ses  Congrès  (suite) Fern.   Pelloutier     526 

Le  Congrès  de  la  Condition  et  des  Droits 

des  femmes  (fin) Marie  Bonneval  .     539 

Correspondance   :   L'Economie   sociale    à 

l'Exposition G.  Sorel     .     .     .     549 

Chroniciue  Sociale 552 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     574 

5îO   46.   —    15    NOVEMBRE 

Ver^  rUnité Hub.  Lagardelle  579 

La  décadence  de  la  propriété  personnelle  .  Em.  Vandervelde  581 

Le  Cas  Millerand  et  le  Socialisme  français.  Karl  Kautsky  .     .  592 

Sur  l'article  de  Kautsky Hub.  Lagardelle  600 

Les  Employés  et  leurs  Congrès.  .  .  .  Victor  Dalle  .  .  606 
La  Fédération  des  Bourses  du  Travail  : 

Ses  Congrès  (fin) Fern.   Pelloutier  617 

Chronique  Dramatique  :  La  Poigne     .      .  Emile  Buré     .     .  Ô29 

CI:ronique  Sociale ^34- 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  038 

N°   47.    —    1"^   DECEMRRE 

La  Grève  de  Calais Louis  Révelin     .  (141 

Science  et  Prolétariat Vnatole  France    .  645 

La  décadence  de  la  propriété  personnelle 

(fin) E.  Vandervelde  .  64S 


20  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


Pages 


Le  Congrès  des  Etudiants  et  anciens  Etu- 
diants Socialistes Joseph  Boucher  .     668 

Hymne  au  Jour  (vers) Jean  Vignaud  .     .     680 

Chronique  Sociale 682 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     701 

sro  48.  —   15  i>£cs:]!aBRi: 

La  Leçon  de  la  Conférence  Guesde-Jaurès  Hub.  Laiîardelle     705 

Les  Conseils  du  Travail A.  de  Monzie  .     .     708 

La  Fédération  Internationale  des  Ouvriers 

Gantiers  et  ses  Congrès A.  Verhaert  .     .     713 

Le  Mouvement  Ouvrier  du  Havre.      .      .  H.  Hanriot     .     .     722 

Le  Programme  Agraire  du  P.  O.  F.  jugé 

par  le  P.  O.  F.  lui-même Hub.  Lagardellk     732 

Enquêtes  et  Monographies  :   L'Union  des 

Ouvriers  Mécaniciens  de  la  Seine     .      .  P.  Coupât  .     .     .     736 

Correspondance  :  Le  Socialisme  en  Hol- 
lande         Ch.  C0RNÉLISSE.N  .     751 

Chronique  Sociale 756 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     766 


TROISIEME    ANNEE 
Année   1  901 

TOME  V 

JANVIER-JUIN     1901 


Sfo   4».    —    l^"^   .lAX^XER 

Pages 

L'Amnistie  et  les  Socialistes     ....  H.  Lagardelle   .  i 

Le  Capitalisme  en  Chine J.  Karski    ...  8 

A  propos  du  Cas  Millerand G.  non  Voli.mar  .  15 

La  Crise  Arménienne  et  le  monde  socia- 
liste    MlRAÉr^Y        ...  26 

Correspondance   :  Conseils    du  travail  et 

Paix  sociale G.  Sorel    ...  3G 

Ciironique  Sociale 42 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  59 

So   50.   —     15   JAXVIElt 

Réponse  à  Vollmar Enrico  Ferri  .     .  65 

Marx  et  la  Commune Charles  Longlet  .  68 

L'Evolution  de  la  Législation  ouvrière  en 

Allemagne Adolph  Braun.     .  81 

Enquêtes  et  Monographies  :  La  Coopérative 

l'Union  de  Liîle H.  Samson  ...  94 

Correspondance  :  Réponse  à  Sorel.      .      .  A.  de  Monzie  .     .  110 

Chronique  Sociale 114 

Bulletin  Bibliographique     .      •      .      .      .  Les  RÉOACTiaRs  .  126 

Hî"    51.    —    1'"'    FEVKIEK 

Le  Siècle  des  Ouvriers E.  Vandervelde  .  12g 

Les  Coopératives  et  les  Socialistes  .      .      .  M.  Mauss  .     .     .  135 
Le    Groupe    Socialiste    Parlementaire    et 

les  Questions  de  Politique  Etrangère     .  P.Bertrand    .     .  139 


22 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


La  Loi  sur  les  .Vssociaiions Un  Universitaire 

L'Etat  des  forces  productives  dans  les  dif- 
férents pays Chrétien   Karr 

Critique  Dramatique  :  Danton  ....  Emile  Buré     . 

Chronique  Sociale 

Index  Bibliographique Les  Rédacteurs 


Pages 

•  '49 

•  157 
,      172 

,76 
.      189 


WO    53.    —    15    FEVKIER 


La  Suppression  de  l'Octroi  et  la  Taxe  sur 

les  Débits  de  Boissons 
L'Entrée  de  Alillerandau  Ministère 

Réponse  à  Ferri 

Le  deuxième  Congrès  syndical  belge 
Qu'est  ce  qu'une  Patrie? 
Le  Capitalisme  en  Chine  (fin)    . 
Chronique  Sociale 


V.   AuGAGNEfR 

Ed.  Vaillant  . 

G.   VON  VOLLMAR 
A.    OCTOHS   . 

Henri  Dagan  . 
Jules  Karski    . 


192 
204 
208 
210 
224 
237 


K"  5  3.  —  !«'■  5IAKS 

La  Question  Coloniale  en  Hollande      .      .  Van  Kol     .     .  .     257 

L'Entrée  de  Millerand  au  Ministère  .  .  Louis  Dubreuilh.  272 
La  propagande  auprès  des  femmes  dans 

le  Parti  Socialiste  allemand  ....  Ed.  Milhaud  .  .  273 
A    propos   d'un   roman    de   M.    Georges 

Eekhoud  .-  Escal-Vigor A.  Dewinne     .  .     284 

'Revue.  cv\X\(\m  :  La  Question  agraiye     .      .  AL  Landrieu  .  .     292 

Chronique  Sociale 308 

Index  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     318 


ÎS»   54.   —    15   MARS 

La  Grève  de  Montceau-les-Mines   .      .      .  Bouveri 

La  Situation  politique  en  Espagne  .      .      .  Pablo  Iglesias 

La  Question  Coloniale  en  Hollande  (fin)   .  Van  Kol     . 

I^e  Mouvement  Ouvrier  en  Suisse  .      .      .  Otto  Lang  .     . 

Critic^ue  dramatique  :  \.  Le  Domaine   .      .  E.  Buré. 

))  »  W.  Les  Remplaçantes.  A.  Rouquès     . 

Chronique  Sociale 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs 


321 
330 
336 
352 
362 
■pb 
36Q 
381 


^°  5  5.  —   l'^r  .WKIt 

Syndicats   Agricoles  et   Coopératives  So- 
cialistes   E.  Vandf.rvklde 

La  Réforme  des  (Conseils  de  Prud'hommes     André  Marnet 


3«5 
403 


TROrSif-ME    ANNÉE    igoi  23 


La  situation  politique  aux  Etats-Unis  après 

les  élections  présidentielles     ....  A. -.M.  Simons  .     .     4:7 

Fernand  Pellouîier E.  Briat     .     .     .     420 

Revue  critique  :    La  politique    agraire    du 

Socialisme Georges  Weill    .     422 

Chronique  Sociale 433 

Bulletin  Bibliographique Les  Réd.\cteurs  .     445 

S'^   5  6.  —   15  AVRlt 

La  Pi-esse  Socialiste La  Réd.\ction.     .     44g 

L'Entrée  de  Millerand  au  Ministère     .      .  Jean  Jaurès     .     .     4^1 

Syndicats  Agricoles  et  Coopératives  So- 
cialistes (fin) E.  X'andervelde  .     459 

Les  troubles  universitaires  en  Russie  .      .  Nikïo     ....     475 

Revue  critique  :   La  Politique  agraire  du 

Socialisme  (ûr\) Georges  Weill    .     485 

Chronique  Sociale 49g 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     510 


TfO   57.   —    !'='■  MAI 

La  Tàclie  du  Congrès  de  Lyon.      .      .      .  Hub.  Lagardelle     513 

L'entrée  de  Millcrand  au  Ministère.      .      .  Edouard  N'aillant    516 

La  Grève  de  Marseille Clément  LÉvv.     .     52:; 

Le  Marchandage  et  la  Cour  de  Cassation  .  Anatole  de  Monzie 

La  Suppression  des  Bureaux  de  Place- 
ment et  l'Evolution  Syndicale      .      .      .  André  Marnet 

Le  XI«  Congrès  des  Ouvriers  et  Employés 

des  Chemins  de  fer Georges  Laporte.     540 

La    Fédération    Nationale    des    Ouvriers 

Mineurs  et  le  Congrès  de  Lens  .      .      .  Marcel  Landriec.     545 

Une  Prison  Russe  :  La  Forteresse  de  Schliis- 

selbonrg Pierre  Kormilo\\' .      5^2 

Chronique  Sociale 561 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .     574 


535 


KO    58.    —    15    MAI 

Les  Fédérations  autonomes  et  le  Congrès 

de  Lyon Henri  Ponard  .     .  577 

La  fin  de  la  Grève  de  Montceau-les-Mines     Bouveiu.     .     .     .  582 

Sur  l'Imprimerie Anatole  France    .  586 

La  Question  de  la  Presse  Socialiste.      .      .      Hub.  Lagardelle  588 


24  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 
Enquête  sur  la  Presse  Socialiste  à  l'Etran- 
ger : 

I.  Allemagne Adolf  Braun   .     .  592 

II.  Italie Alessandro  ScHiAVi  609 

Les  Syndicats  et  le  Parti  Socialiste      .      .  Raoul  Briciukt     .  614 
Le  Parti  Socialifte  et  les  Coopératives.      .  Philippe  Landriec  619 
Critique  Dramatique  :  La  Course  du  Flam- 
beau    Emile  Blré     .     .  624 

Chronique  Sociale 628 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  637 

sjo  5».  —  l®'^  jur» 

La  Situation  Socialiste Hub.  Lagardelle  641 

Le  Congrès  de  Lyon André  Marnet     .  644 

Les  Lois  Sociales  en  Belgique  ....  Léon  Hennebicq.  .  657 
Enquête  sur  la  Presse  Socialiste  à  l'Etran- 
ger : 

III.  Danemark P.  Kniosen     .     .  670 

IV .  AU emao;7ic  {supplément)     .      .      .  Adolf  Braun   .     .  673 

Réponse  à  Jaurès Hub.  Lagardelle  675 

Chronique  Sociale 6g  1 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  ,  702 


X»  60.  —   15  JUIN 


Pour  l'Entente 

Les  Résolutions  du  Congrès  de  Lyon  . 
L'Organisation  des  Paysans  en  Italie   . 
Le  Congrès  International  des  Mineurs 
Les  Lois  Sociales  en  Belgique  (fin) 
Chronique  d'Art  :  Honoré  Daumier. 

Chronique  Sociale 

Bulletin  Bibliographique     .      .      .      . 


Hub.  Lagardelle  705 
André  Marnet  .  707 
Alessandro  ScHLWi  716 
Jean  Claes.  .  .  725 
Xeon  Hennebigcl  •  731 
Léon  Deshairs     .     745 

7.i4 
Les  Rédacteurs  .     766 


TROISIÈME    ANNÉE    I9OI  25 

TOME  VI 
JUILLET-DÉCEMBRE    1901 


3fo    Cl.    —    l""^   JUIttET 

Pages 

Les  Radicaux  Socialistes  et  le  Programme 

de  Saint-Mandé Hub.  Lagardelle  1 

Après  le  Congrès  de  Lyon Henri  de  la  Porte  b 

Le  Socialisme  et  les  Elections  législatives 

en  Espagne Ant.  Gare.  Quejido  12 

Les  Congrès  ouvriers  en  .Vllemagne     .      .  Georges  Weill    .  ig 

La  réglementation  des  grèves  et  les  patrons  André  AL\rnet     .  2g 

Les  grandes  phases  du  mouvement  révolu- 
tionnaire en  Russie N.  Obroutchew  .  36 

Critique  Dramatique  :  Le  voiturier  Hejischel  Amédée  Rou(irÈs.  46 

La  Dernière  Salve   .  Emile  Blué     .     .  48 

Chronique  Sociale 49 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  63 


Sfo    62.   —    15    JriI-tET 

Ministérialisme  et  Socialisme    ....  Hub.  Lagardelle  65 

La  Presse  et  le  Socialisme Karl  K.vjtskv.     .  71 

Le  Congrès  radical Emile  Bu  ré     .     .  75 

La  Commandite  dans  la  typographie   .      .  A.  Hamelin     .     .  82 
La  législation  ouvrière  dans  le  Massachus- 

sets  .           Raoul  Bric^uet     .  gi 

Les  grandes  phases  du  mouvement  révolu- 
tionnaire en  Russie  (fin) N.  Obroutchew  .  100 

Chronique  Sociale 111 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  126 


N»    63.   —    l"''    AOUT 

Les  Elections  cantonales Hub.  Lagardelle  129 

Programme  et  tactique  du  parti  socialiste.      Enrico  Ferri  .     .  132 
Le  parti  socialiste  et  la  loi  sur  les  Associa- 
tions       Raoul  Briquet      .  1 3g 

Fédéralisme  nécessaire    ......      André  Morizet    .  153 


20  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


Les  élections  législatives  en  Hollande  .      .      W.  H.  Vliec.en    .  15g 

o  n  V  ^      ,■        A        ■  (  p.  G.  La  Chesxais  iby 

Revue  Critique  :  Questions  Agraires     .      .//-.-•       i.-  ,- 

'         •^  ■^  (  Chrétien  Karr      .  lOg 

Chronique  Sociale 172 

Bulletin  bibliographique Les  Rédacteurs  .  188 

La  Sor^/c^  (nouvelle) M.  Gorki    .     .     .  190 


s^'  6  4.   —    15    AOIT 

Consiiliation  ouvrière Hub.  Lagarveele  1(13 

L'exode  rural  et  le  moyen  de  retenir  les 

ouvriers  à  la  campagne E.  Vander\'i:lde  .  uj6 

Le  Parti  Socialiste  et  la  loi  sur  les  Associa- 
tions  Raoul  Briq^uet     .  211 

Les  Retraites  ouvrières André  .Morizet    .  226 

«  Travail  »  de  Zola  et  la  critique  de  Jaurès     H.  M.  Hyndmann.  237 

Chronique  Sociale 241 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédactei  rs  .  25 1 

NO    63.    —    10''   SEPTEMBRE 

Concurrence  patriotique Hub.  Lagardelle  2^7 

France  et  Russie Parvls  ....  2Ô0 

La  lutte  contre  la  tuberculose    ....      D'' Jul.  Thierceein  278 

Critique  littéraire  :  Jean  Coste  ...      .G.  Sorel     .     .     .  295 

Chronique  Sociale 299 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  318 

5fO    66.    —    15    SEPTEMBRE 

Le  MouveiTient  ouvrier Hub.  Lagardelle  321 

Le  projet  de  loi  sur  les  retraites  ouvrières  .     Molkenbuhr    .     .  324 

La  Situation  politique  et  sociale  au  Japon.      S.  J.  Katayama    .  338 
La    Fédération   des    Coopératives    de    la 

région  du  Nord D""  D.  Verhaeghe  345 

Critique  littéraire  :  Le  Chaos     ....     J.-B.  Séverac  .     .  3^7 

Chronique  Sociale 3Ô0 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  383 

■S°    67.   —    l'^'"   OCTOBRE 

Le  Tzar  et  la  République Hub.  Lagardelle  385 

Le  projet  de  loi  sur  les  retraites  ouvrières 

et  les  industries  à  domicile    ....     Georges  Faui^uet  3S8 

Les  Syndicats  en  Allemagne      ....      Paul  U.mbreit  .     .  402 

L'Unité  socialiste  aux  Etats-Unis   .      .      .     A.-.M.  Simons  .     .  410 


TROISIÈME    ANNÉE    IQOI  27 


Le    Conseil   judiciaire    de    la  Bourse  du 

Travail  de  Paris Jules  Uhrv.     .     .  413 

Chn.mique  Sociala •  418 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  441 

La  Science  (vers) Maurice  M agre    .  446 

îfo    O8.    —    15    OCTOBRE 

La  Crise  Socialiste  en  Europe  ....  H.-M.  Hyndmann.  44Q 

Les  Syndicats  en  Allemagne  (tin)     .      .      .  Paul  Umbreit  .     .  4^6 

Le  Congrès  des  Trade-Unions  anglaises    .  Jean  Longuet.     .  467 
Le  Parti  Socialiste  et  la  lutte   contre  la 

tuberculose D""  O.  Tabary.     .  482 

La  Classe  ouvrière  et  la  tuberculose  (  Ré- 
ponse au  docteur  Tabar}') D""  J.  Thiercelin.  488 

Revue  Critique  :  La   Propriété  foncière  en 

Belgique _ G.  Sorel    .     .     .  496 

Critique  Dramatique  :  L'Ècolicre    .      .      .  EiTiile  Buré     .     .  500 

Chronique  Sociale 505 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  510 

5fO   69.    —    l»""   NOVEMBRE 

Gouvernement  de  classe Hub.  Lagardelle  513 

Les  Polémiques  entre  socialistes  français  .  E.  Vandervelde  .  51G 

Le  Congrès  de  Lûbeck Georges  Weill    .  519 

Le  deuxième    congrès   de  la  coopération 

socialiste PhhilippeLAXDRiEU  530 

La  Fédération  des  Bourses  du  Travail  et 

son  IX"  congrès Georges  Yvetot  .  539 

Critique  dramatique  :  L'Honneur   .      .      .  Amédée  Rouquès.  55(3 

Chronique  sociale            559 

Bulletin  Bibliographique Les  Rédacteurs  .  574 

•}i°    70.   —    15    NOVEMBRE 

Critique  du  projet  de  programme  du  Parti 

socialiste  allemand  11891) Fr.  Engels.     .     .  577 

Enquête  sur  la  Presse  socialiste  à  l'Etran- 
ger :  Belgique .  Franz  Fischer.     .  5S8 

Le  Congrès  de  Lûbeck  (tin)      ....  594 

La  Fédération  des  Bourses  du  Travail  et 

son  IX«  Congrès Georges  Yvetot  .  601 

\\G\u(tCv\x:\<:[\ie.  :  \.  Superstitio7is  Politiques  P,  Cav.aillon  .     .  622 

et  Phénomènes  sociaux 

\\.  Beriistein  et  le  Socialisme  Scientifique .  G.  Weill   .     .     .  C2O 


28  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


Pages 
Critique  dramatique  :  La  Vie  Publique.  Le 

Bâillon Emile  Biré     .     .  62g 

Chronique  Sociale L.  Durieu  .     .     .  633 

Bulletin  Bibliographique     ...'..      Les  RÉnACTKURS  .  639 

N°    71.    —    !«''   DÉCEMBRK 

Le  Ministère  et  les  Missions  en  Ciiine  .  .  Raoul  Brkiukt  .  641 
Le  Conflit   franco-turc   et    les   massacres 

d'Arménie Pierre  Qcilt.ard  .  644 

Critique  du  projet  de  programme  du  Parti 

socialiste  allemand  i8qi  (fin)  ....      Fr.  Ent.mls.     .     .  650 

Le  Prolétariat  devant  les  Trusts  .  .  .  (L-A.  Maybon  .  659 
La  «  Confédération  générale  du  Travail  )> 

et  le  Congrès  de  Lyon Emile  Pocget.     .  667 

Le  XIX«    Congrès   «   du   Parti    Ouvrier 

Français  )> V.  Renard.     .     .  681 

L' «  Linité  Socialiste  Révolutionnaire  »     .     Jean  Dace  .     .     ,  694 

Critique  Dramatique  :  Le  Voile  du  bonheur     Bernard  Monod    .  697 

Chronique  Sociale M. -A.  Macpherson  698 

Bulletin  bibliographique Les  Rédacteurs  .  703 

SO    y  a.    —    15    DÉCKMBRG 

A  nos  lecteurs Le  Mouvem.  Social.  705 

Le  Ministère  et  l'Université Hub.  Lagardelle  708 

Tolstoï  et  le  Socialisme B.-H.  Brumberg  .  710 

L'Autonomie  dans  les  finances  locales  en 

Italie Alessand.  Groppali  727 

Critique  Littéraire  :  Emile  Verhaeren      .      René  Arot       .     .  732 

Critique  Dramatique  :  L«  .,4 î'a»'2«^.      .      .      Amédée  Rouquès.  743 

^,        .         c'     ■  1                                              (  Hub.  Lagardelle  747 

Chronique  Sociale )  t       y   wt  L  L 

^                                                              (  Jacob  Weltnet    .  747 

Bulletin  bibliographique Les  Rédacteurs  .  760 

A.  Tolstoï  (vers) Gustave  Kahn.     .  764 


QUATRIEME  ANNEE 
Année  1  902 

TOME  VII 
JANVIER-JUIN     1902 


so    73.    —   4    JANVIER 

Le  «Mouvement  Socialiste  «hebdomadaire  La  RÉnACTiox. 

Le  Suffrage  Universel  en  Belgique      .      .  E.  Vandervelde 

La  propriété  individuelle  et  le  Code  civil.  Maxime  Leroy 

Chroniques  :  France  : 

L'Action  socialiste  au  Parlement     .      .  André  Morizet 

La  crise  vinicole  et  la  surproduction.      .  Maurice  Olivier 

Italie  :  Un  Congrès  de  Paysans   .     .      .  A.  ScmAVi  .     . 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Conversations Lucien  Besnard 

Les  Tisserands  (Traduction  Thorel)     .  G.  Hauptmann 

Le  Mouvement  Artistique     ....  Les  Rédacteurs 

5îO   74.    —    11    JASVrEK 


Pages 
1 

4 
9 


26 

29 

3- 
47 


La  Question  ministérielle F.  de  Pressensé    .       49 

Les  Forces  électorales  du  Socialisme  fran- 
çais    A.Chaboseau.     .       55 

La  Propriété  individuelle  et  le  Code  civil 

(fin) Maxime  Leroy     .       61 

Chroniques:  France  : 

Les  travailleurs  municipaux  et  la  loi  de 

1884 Jules  Uhry.     .     .       68 

Allemagne  :  La  situation  économique   .      Georges  Weill    .       73 

Bibliographie  :   Les  Revues  socialistes     .      Les  Rédacteurs  .       7g 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Réflexions:  Des  juges Louis  Lu.met   .     .  -    81 

Gerhart  Hauptmann Gabriel  Trarieux.       83. 

«  Les  Tisserands»  (traduction  Thorel). 

2»  acte G.  Hauptmann     .       86 

Le  Mouvement  artistique.      ....     Les  Rédacteurs  .       95 


3o 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


N»    75.    —    IS    JANVIER 


Discours  ministériels 

Le  Retour  aux  Champs 

Chroniques  :  France  :  Au  Comité  général . 
Essais  d'achat  et  de  production  en  com- 
mun dans  les  Sociétés  coopératives 
Belgique  :  La  lutte  pour  le  S.  U.  —  La 
Loi  militaire.  —  Congrès  syndical     . 
Italie  :   Victoire  socialiste  à  Naples.  — 
Trois  Congrès.  —  Pour  le  Divorce    . 
Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes 

L'Art  et  la  Littérature  : 

«  Siegfried  »  à  l'Opéra 

Les    Tisserands     (Traduction     Thorel) 

2"  acte  (fin) 

Le  Mouvement  Artistique     .... 


Pages 

H.  Lagardelle    .  97 

E.  VAXDERVELnE    .  lOl 

André  MoRizET     .  iio 

Ph.  Landrieu.     .  114 

G.  Vandermeeren  123 

'\.  Schiavi  .     .     .  '.25 

Les  Rédacteurs  .  1 28 

Robert  Brussel    .  130 

G.  Hauptmann     .  134 

]^ES  Rédacteurs  .  142 


NO    76.    —   S  5    JANTTER 


L'Etat  et  l'Université Louis  Révelin     .     145 

Le  Retour  aux  Champs  (suite)  ....     E.  V-^ndervelde  .      152 
Chroniques  :  France  : 

Les  élections  de  Roubaix Raoul  Briquet     .     160 

Les  Causes  secondaires  de  la  Crise  vi- 

nicole M.  Olivier.     .     .     162 

Hollande  :   Le  nouveau  Ministère  et  le 

Budget W.-H.  Vliegen    .     165 

Bibliographie  :  Les  livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .      167 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Les    Tisserands    (Traduction     Thorel) 

38  acte G.  Haupt.mann      .     170 

Le  Mouvement  Artistique     ....      Les  Rédacteurs  .      18g 


N»  7  7. 


1    FUVRIER 


Le  Retour  aii  Champs  (fin) E.  V.a.ndervelde  .  193 

La  «  Fédération  Américaine  du  Travail  ».  Jean  Lo.vguet  .     .  302 
Chroniques.  France  : 

Les  U.  P.  et  le  Mouvement  Ouvrier     .  Emile  Buré     .     .  214 

Allemagne  :  Les  Grèves.  —  Les  Coopé- 
ratives.—  Les  Syndicats     ....  Georges  Weill    .  219 
Bibliographie  :  Les  Revues  Socialistes     .  Les  Rédacteurs  .  222 


QUATRIEME    ANNEE    ig02  01 

Pages 
L'Art  et  la  Littérature  : 

Conversations    :     Sur    l'éducation     des 

Enfants Lucien  Besnahd  .     224 

Les     Tisserands    (Traduction    Thorel) 

4"  acte G.  Hauptman'n      .     228 

Le  Mouvement  Artistique     ....      Les  Rédacteurs  .     237 

X°    y  8.    —    8    FEVKIEK 

Les  Trade-Unions  devant  les  Tribunaux 

anglais Raoul  BaKi^LET     .     241 

Le  <c  Manifeste  Communiste  ».      .      .      .      Franz  Mehring     .     24g 
Chroniques  :  France  : 

Les  Chambres.  —  Les  Partis  socialistes     André  Morizet     .     25S 

Angleterre  :  La  Fédération  générale  des 

trade-unions M. -A.  Macpherso.n  272 

Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     274 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Réflexions  :  L'Education  de  goût    .      .      Louis  Lumet    .     .     276 

Les    Tisserands     (Traduction    Thorel) 

46  acte G.  Hauptmann      .     278 

Le  Mouvement  Artistique     ....      Les  Rédacteurs  .     206 

S'^    y  9.    —    15    FEVRIER 

Sur  la  guerre  du  Transvaal Marcel  Mauss  .     .     289 

Les  Trade-Unions  devant  les  Tribunaux 

anglais  (fin) Raoul  Briquet     .     297 

Chroniques  :  France  : 

La  protection  légale  des  mères  et  des 

nourrissons  dans  la  classe  ouvrière     .      D""  Henri  Thiroux     313 
Hollande:  Le  Ministère  et  le  Militarisme 
—  Une  grande  lutte  syndicale.  .      W.-H.  Vliegen    .     320 

Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     324 

L'Art  et  la  Littérati;re. 

Les    Tisserands    (Traduction    Thorel), 

j^  acte Gérh.  Hauptman.x     328 

Le  AÏouvement  Artistique Les  Rédacteurs  .     334 

X»   80.   —   2»   EE^TirER 

Les  Syndicats  Jatmes Marcel  Landrieu  .     337 

Les  Trusts  et  l'Organisation  des  Travail- 
leurs  F.-M.  WiBAUT      .     344 


32  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 
Chroniques  :   France  : 

La  limitation  de  la  journée  de  travail 
dans  les  Mines.    —  L'office  national 

de  Statistique  et  de  Placement      .      .     André  Morizet    .     351 
Angleterre  :  Pensions  de  retraite.  —  Les 
Mineurs  et  la  Représentation  du  Tra- 
vail     M. -A.  Macpherson   357 

Bibliographie  :  Autour  d'une  Vie   :    Mé- 
moires de  Kropotkine Gb.-P.\ix-SÉAiLLES    361 

Les  Revues  socialistes    ......      Les  Rédacteurs  .     364 

L'Art  et  la  Littérature 

Renouveau  au  Théâtre Jules  Destrée.     .     365 

Les    Tisserands    (Traduction    Thorel), 

5»-'  acte  (suite) Gérh.  Hauptmann     372 

Le  Mouvement  Artistique Les  Rédacteurs  .     381 


HT»   81.    —    l"""  MAKS 

A  propos  du  Congrès  de  Tours     .      .      .      Hub.  Lagardelle     385 
Le  Parti  socialiste  autrichien  çt  les  Syndi- 
cats   '.      .      .      .     D""  Victor  Adler  .     389 

Chroniques:  France  : 

Elections  municipales.  —  La  scission  de 

Roubaix André  Morizet     .     394 

La  loi  du  30  mars   igoo  devant  les  tri- 
bunaux ". Jules  Uhry.     .     .     395 

Allemagne  :  La  situation  en  Allemagne     Georges  Weill    .     403 

Italie  :  La  situation  politique      .      .      .      Alessandro  Schiavi    407 
Bibliographie  :«  Hygiène  sociale  »      .      .     D^  Georg.  Fauq.uet  41 1 

Notices  :   Les    Livres.  —  Les  revues 

sociahstes Les  Rédacteurs  ,     412 

Communications  officielles  :  Le  prochain 

Congrès  socialiste  international     .     .     .     Victor  Serwy  .     .     415 
L'Art  et  la  Littérature  : 

Victor  Hugo,  poète A.-Ferd.  Hérold.     417 

Les    Tisserands   (Traduction    Thorel). 

5"  acte  (tin) Gér.  Hauptmann  .     422 

Le  Mouvement  Artistique  :  L'exposition 

Falguière Léon  Deshars       .     42g 


N»  8».  —  S  MARS 

Les  mots  et  les  faits Hub.  Lagardelle  433 

Réponse  à  Mehring Charles  Andler    .  436 

L'Office  National  Ouvrier  de  Statistique 

et  de  Placement André  Morizet     .  444 


QUATRIÈME    ANNÉE  1892                                    33 

Pages 
Chroniques  :  France  : 

L'interdiction  de  l'emploi  du   blanc  de 

cériise D"^  Georg.  Fauq^uet  45^ 

Espagne:  1  »  Les  causes  des  troubles    .  Keir  Hardie    . 

2°  La  grève  générale Pablo  Iglesias. 

Bibliographie  :  Les  Revues  socialistes.      .  Les  Rédacteurs 

L'Art  et  la  Littérature 

La  politique  de  Victor  Hugo    ....  Giraut  . 

Réflexions  :  Un  centenaire Louis  Lu.met   . 

L'Art  pour  tous  :  Les  peintres  français  du 

xviii«  siècle L.  Ballagly    . 

Le  Mouvement  Artistique Les  Rédacteurs 


455 
459 
4^'3 

4G4 
469 


472 
4.S0 


N°  83.   —   15  3IARS 


La  minorité  antiministérielle  au  Congrès 

de  Tours G.  Hervé  .     .     .     481 

Réponse  à  Hervé Hub.  Lagardelle     485 

L'évolution  d'une  Coopérative  :  L'Econo- 
mie Parisienne A.  Marie    .     .     .     488 

Chroniques  :  France  :  Le  Gaz  à  PariÇ .    .      Raoul  Briquet     .  ■  498 

Italie  :  La  victoire  des  employés  des 
chemins  de  fer Alessandro  Schiavi   504 

Finlande  :  La  situation  en  Finlande      .      René  Pu  aux    .     .     506 
Bibliographie:  LaRuinedu  Mondeantique     Edouard  Berth    .     50g 

Notices  :  Les  Livres.  —   Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     513 

L'Art  et  la  Littérature 

La  Science Emile  Verhaeren     515 

La  Misère  :  Récit  de  la  vie  des  émigrés 

sibériens-. Telekhov    ,     .     .     517 

Le  Mou\ement  Artistique Les  Rédacteurs  .     527 

Hfo  84.  —  aa  MAKS 

Organisation  et  Fédéralisme      ....     Jean  Longuet  ,     .     52g 

Pages  rétrospectives  :  Adresse  inaugurale 
de  l'Association  internationale  des  Tra- 
vailleurs       Karl  Marx  . 

L'Evolution  d'une  Coopérative  :  L'Econo- 
mie Parisienne  (fin)    A. -Marie    .     .     .     541 

Chroniques  :  France  : 

Le  Gaz  à  Paris  (fin) Raoul  Briquet     .     547 

Angleterre  :  Durée  excessive  de  la  jour- 
née de  travail  sur  les  chemins  de  fer. 
Comité  de  représentation  otivrière  ■.     M.-A.  Macpherson   557 


D.-i.T 


34  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 

Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Re\T.ies 

socialistes Les  Rédacteurs  .     560 

Bureau  Socialiste  International  :  Les  Elec- 
tions en  Norwège Olav  Kringen  .     .     563 

L'Art  et  la  Littérature 

Le  Préjugé  Philosophique    ....  Paul-Louis  Garnier  570 

Le  Mouvement  Artistique     ....  Les  Rédacteurs  .     573 

N"  85.  —  «9  JtlARS 

Les  élections  et  le  devoir  socialiste.     .      .  F.  de  Pressensé    .     577 

Pages  rétrospectives  :  Adresse  inaugurale 
de  l'Association  internationale  des  Tra- 
vailleurs        Karl  Marx.     .     .     582 

Chroniques  :  France  :  Fin  de  Chambre    .  André  Morizet    .     590 

La réformede  l'Enseignement  secondaire  R.  Dl'bois  .     .     .     594 

Italie  :  Les  socialistes  et  le  Ministère     .  Alessandro  Schiavi  b02 
Angleterre  •   Comité  de  représentation 

ouvrière M.-A.  Macpherson    601 

Bibliographie  :  Les  Retraites  ouvrières  en 

Belgique Raoul  Briquet     .     606 

Les  Livres  —  Les  Revues  socialistes     .  Les  Rédacteurs  .     609 

L'Art  et  la  Littérature 

Le  Théâtre  populaire Romain  Rolland.     614 

Le  Mouvement  Artistique     ....  Les  Rédacteurs  .     621 

31°    86.    —    5    AVRIl 

Socialisme  ou  Démocratie Hub.  Lagardelle     625 

Réponse  à  Charles  Andler Franz  Mehrlng     .     633 

Chroniques  :  France  :  Jurisprudence.      .  Jules  Uhry.     .     .     644 
Etats-Unis  :   Comité  national  dit  Parti 
socialiste  américain.  —  Les  socialistes 
au   Massacliussets.   —  Un  gouverne- 
ment économique     R.  S.  R1CHARDSON     651 

Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     655 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Le  Banjir  (Nouvelle) Multatuli.     .     .     656 

L'Art  pour  tous  :  Watteau    ....  Paul  Ballaguy     .     66^ 

Le  Mouvement  Artistique     ....  Les  Rédacteurs  .     672 


38°   87,   —    13   .4.VRII, 

Socialisme  et  programme  minimum     .      .      Hub.  Lagardelle     673 
Syndicats    lie    propriétaires   et   Syndicat 

obligatoire Raoul  Briquet     .     688 


QUATRIÈME    ANNÉE    I902  35 

Pages 
Chroniques  :  France  :  Veille  d'élections   .      André  Morizet     .     697 
Le  Congrès  des  Travailleurs  de  la  voie 

ferrée Georges  Laporte.     705 

Bulgarie  :  La  situation  politique  a\"ant 
les  élections.  —  Les  élections  .      .      .     Raph.  Ch.  Denkoff  709 
Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     714 

L'Art  et  la  Littérature  : 

En  face  de  la  vie  (Nouvelle)  ....     Maxime  Gorki     .     715 
Le  Mouvement  Artistique     ....      Les  Rédacteurs  .     718 


•s°  88.  —  19  AVKit 


Ministérialisme  et  Socialisme    ....     Hub.  Lagardelle 

Chroniques  :  France  :  Les  Fédérations  ré 
gionales  des  Coopératives.  L  En  pro- 
vince  Philippe  Landrieu    73; 

Belgique  :  La  lutte  pour  le  Suffrage  Uni- 


versel  L.  Durieu 


37 


Bibliographie  ;  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     741 

Documents  :    Déclaration  et   Programme 

du  Congrès  de  Tours 744. 

L'Art  et  la  Littérature  : 

L'Hospice Emile  Verhaeren     757 

L'Inquisition  au  Moyen-âge  ....     Daniel  Halévy     .     75g 
Le  Mouvement  Artistique     ....     Les  Rédacteurs  .     767 

KO   89.   —   a  6   AVRDL 

Les  événements  de  Belgique  ....  Raoul  Briquet  .  76g 
Socialisme  et  Programme  minimum  .  .  Hub.  Lagardelle  774 
Chroniques  :  France  : 

Les  Fédérations  régionales  des  Coopéra- 
tives. II.  La  Fédération  parisienne     .      Philippe  Landrieu     782 
Belgique  :  La  lutte  pour  le  Suffrage  Uni- 
versel  L.  Durieu  .     .     .     791 

Finlande:  Le  Peuple  finlandais  et  la  nou- 
velle loi  militaire Jean  Deck  .     .     .     796 

Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     79g 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Premier  Mai Fernand  Dauphin.  _  802 

Contre  l'usage Telechov    .     .     .     804 

Le  Mouvement  artistique  : 

Maurice  Maeterlinck Gabriel  Trarieux     812 

Les  Livres  —  Les  Revues  ....     Les  Rédacteurs  .     815 


36  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


7S°   90.    —   3    MAI 

Pages 

Les  Elections Jean  Longuet  .     .     817 

La  Grève  Générale  en  Belgique  :  I  mpres- 

sions  d'un  témoin E.  Vandervelde  .     824 

Chroniques  :  —  France  : 

Les  Élections  législatives  et  le  premier 

tour  de  scrutin André  Morizet     .     842 

Allemagne  :  La  protection  du  travail  des 

enfants Georges  Weill     .     845 

Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs  .     848 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Maxime  Gorki Nicolas  Flamel    .     849 

Contre  l'usage  (Nouvelle)  (fin)     .      .      .     N.  Telechov  .     .     852 
Le  Mouvement  Artistique  : 

Les  Livres.  —  Les  Revues.      .      .      .     Les  Rédacteurs  .     863 

s»   91.    —    10   SIAI 

La  neutralité  des  Coopératives  .      .      .      .  C.  Mutschler  .     .     8Ô5 

Statistique  électorale A.  Chaboseau  .     .     87g 

Démocratie  et  lutte  de  classe     ....  Hub.  L.^gardelle    88q 
Chroniques  :  France  : 

Liberté  syndicale  et  liberté  d'association  Raoul  Briquet 

Etats-Unis  :  La  Presse  socialiste .      .      .  A. -M.  Suions  . 
Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Casuistique  bourgeoise  (Nouvelle)    .      .  Paul  Hervieu  . 

Le  Mouvement  Artistique  :  Les  Livres. 

—  Les  Revues Les  Rédacteurs 


go2 
904 

905 
912 


X"   92.    —    ly    MAI 


Le  résultat  des  élections André  Morizet     .     913 

Le  Congrès  Coopératif C.  Mutschler.      .     925 

Chroniques  :  France  •■ 

Les  habitations  à  bon  marché     .      .      .     D""  G.  Fauquet     .     939 

Italie  :  L'Election  de  Turati  .      .      .      .     Alessandro  Schiavi    946 
Bibliographie  :  Les  Livres.  —  Les  Revues 

socialirtes Les  Rédacteurs  .     948 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Les  Salons  de  1902 Eugène  Thébault    94g 

ce  Pelléas  et  Melisande  »  à  l' Opéra-Co- 
mique       Bernard  Monod    .     955 

Le   Mouvement  Artistique   :    L'Artiste 
moderne  et  son  attitude  sociologique .     E.  Buré.  .     .     958 


QUATRIÈME    ANNÉE  ig02                                    87 

XO   93.    —   24    MAI 

Pages 

La  situation  politique Louis  Réveun    .       961 

Lettre  sur  le  développement  économique 

de  la  Russie Karl  Marx     .     .       968 

Auguste  Comte J .  W^eiskopff 

Chroniques  :  France  : 

La  première  Université  Populaire    .     .  A.  Chaboseau 

Modification  à  la  loi  sur  les  accidents  du 

travail Jules  Uhry    . 

Allemagne  :  La  Situation  politique  .     .  Georges  Weill 
Bibliographie  :  Le  Mouvement  syndical  en 

Belgique Raoul  Briquet 

Les  Livres.  —  Les  Re\"ues  socialistes     .  Les  Rédactelrs 
LArt  et  la  Littérature  : 

Le  Meux  parle  (Nouvelle) Juhani  Aho    . 

La  «  simplicité»  de  M.  Francis  James    .  Miranda   . 

Les  Salons  de  iqo2  (fin) Eugène  Théeault    1004 

Le  Mouvement  Artistique Les  Rédacteurs.     1008 


973 
978 

982 
987 

990 

997 
1000 


xo  94.  —  31   MAI 

Démocratie  politique  et  organisation  éco- 
nomique       Hub.  Lagardelle   1009 

Le  huitième  Congrès  du   Parti  socialiste 


hollandais J.-J.  de  Roode   .      101 


Chroniques  :  France  : 

La  Fédération  du  Nord  du  (c  Parti  Ou- 
vrier Français  « D""  D.  \'erhaeghe    1028 

Suède  :  La  lutte  pour  le  Suffrage  uni- 
versel   Erik  Brcnte  .     .      1032 

Bibliographie  :  Les  Li\Tes.  —  Les  Revues 
socialistes Les  Rédacteurs.     1040 

Partie  Ofiicielle  :  Bureau  socialiste  inter- 
national :  Espagne Pablo  Igle'*.ias  .     1042 

L'Art  et  la  Littérature  : 

La  Fête  des  Gerbes  (vers) A.  Orliac.     .     .     1047 

L'Avenir  de  l'Art Edm.  Cousturier    1046 

Le  Mouvement  Artistique  :  Le  Théâtre.     Edmond  Pilon    .     1055 

•s°  95.  —  7  .irrsf 

Les  tendances  du  Socialisme  finançais  et 
leurs  forces  électorales lean  LoNc.fvr    .      1057 

L'organisation  économique  des  métayers  et 

des  petits  propriétaires ,     Gino  .Mirialdi  .      loôo 

Démocratie  politique  et  organisation  écono- 
mique (fin)   II.  LAGAUni-I.l.|-  .      u>^i 


38  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 

Chroniques  :  France  :  Une  ligue  de  Juristes     Maxime  Leroy    .  1089 

Belgique  :  Les  élections  législatives  .  .  L.  Durieu  .  .  .  1093 
Bibliographie  :  Les  livres.  —  Les  Revues 

Socialistes Les  Rédacteurs.  1097 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Les  Conscrits L.  Descaves  .     .  1098 

Le  Mouvement  Artistique Les  Rédacteurs  .  1103 


N»  »6.  —  14  .Tuor 

La  rentrée  de  Millerand H.  Lagardelle  .      1105 

L'organisation  économique  des  métayers 

et  des  petits  propriétaires  (fin) .     .     .     .     Gino  Murialdi  .     1108 

Monographies  :  L'Assurance  contre  le  chô- 
mage et  la  a  Fédération  des  Travailleurs 
du  Livre» G.  Guénard  .     .     1116 

Chroniques  :  France  : 

Dans  les  chemins  de  fer G.  Laporte   .     .      1126 

Suisse  :  L'Union  coopérative  suisse  .     .     C.  Mutschler     ,      1131 

Bibliographie:  Les  Livres Les  Rédacteurs  .     11  14 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Le  Festival  Wagner E.  Guesse  .     .     .     1145 

Les  «  Vies  Parallèles  » A.  Rouquès    .     .      1149 


Sïo   97.    —   ai   JIKS 


OJ 


Le  Ministère  Combes L.  Révelin     . 

Le  XIII  •'Congrès  International  des  Mineurs     R.  Bric^uet    .     .      nOi 

Monographies  :  L'Assurance  contre  le  chô- 
mage et  la  «  Fédération  des  Travailleurs 
du  Livre  »  (lin) G.  Guénard  .     .      1171 

Chroniques:  France:  La  rentrée  des  Cham- 
bres. —  Le  Ministère  Combes.  —  Les 

groupes  socialistes A.  Morizet    .     .      1 182 

Belgique  :  Le  Congrès  des  Métallurgis- 
tes.—  Congrès  corporatifs  régionaux.     L.  Durieu.     .     .      1187 

Bibliographie  :  Les  livres.  —  Les  Revues 

socialistes ,     .     .     .     Les  Rédacteurs.     1 190 

Partie  officielle  :  Bureau  socialiste  interna- 
tional :  Russie 1 192 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Les  «  .Mères  Sociales  » Mar.-.\ry  Leblond  1195 

Toulouse  Lautrec P.  Ballaguy.     .     1197 


QUATRIÈME    ANNÉE     ig02 


39 


X»  98.   —  «8  JriBT 

Pages 
Les  Bourses  du  Travail  en  Allemagne  .  .  P.  Ui^reit  .  .  1201 
La  situation  socialiste  au  Japon  .  .  .  .  K.  Kawakavni  .  1210 
Chroniques  :  France  :  Jacobinisme  officiel. 

—  Les  validations A.  Morizet    .     .      1218 

Fédération  de  la  Région  Parisienne. 

Documents Ph.  Landrieu     .     1221 

Suisse  :  Le  V«  Congrès  international  de 

l'Industrie  textile H.  Fotiel  .     .     .     1226 

Bibliographie  :  Les  livres.  —  Les  Revues 

socialistes Les  Rédacteurs.     1229 

L'Art  et  la  Littérature  : 

Lettre  d'amour  (Nouvelle) A.  Rivoire     .     .      1230 

Table  des  Matières  du  i^^"  semestre  1902  1236 


40 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


TOME   VIII 
JUILLET-DÉCEMBRE   1902 


SfO   99.    —    5    JUIIitET 

Le  III^  Livre  du  «  Capital  )>  de  Marx  .     .     E.  Vandervelde      i 

Les  Syndicats  Ouvriers.  —  Les  Bourses 
du  Travail  en  Allemagne  (5M2Ï«)     .     .     .     Paul  Umbreit     .     i 

Les  Coopératives.  —  Le  Congrès  des  Coo- 
pératives anglaises Philippe  Landrieu  i 

Le  Droit  Ouvrier.  —  Les  Grèves  devant 
les  Tribunaux  français Jules  Uhry     .     .     i 

Bibliographie.  —  Notices  :  Livres  et  Revues     Les  Rédacteurs,     i 

L'Art,  La  Littérature.  —  Nous  voulons 

de  la  terre George  Cosbuc  .     i 

Le  Mouvement  artistique  :  Les  Livres . 

—  La  Poésie  —  Le  Théâtre  ....     Les  Rédacteurs,      i 


249 

263 

272 

281 
290 

292 
394 


:*o  100. 


23   JUII^ET 


Le  m*  Livre  du  <(  Capital  »  de  Marx  [fin] 
Les  Partis  Socialistes.  —  Le  VI»  Congrès 

du  Parti  socialiste  bavarois.     .     .     . 
Les  Syndicats  Ouvriers.  —  Les  Bourses 

du  Travail  en  Allemagne  [Suite)  . 

Le  Mouvement  Syndical  en  Finlande 
Bibliographie.  —  Notices  :  Livres  et  Revues 
L'art,  la  Littérature.  —  «  L'Etape  » 

Le  Mouvement  artistique    .... 


E,  Vandervelde.  1297 

Franz  Muller    .  1314 

Paul  Umbreit     .  1326 

D^^N.  R.  af  Ursin  1334 

Les  Rédacteurs.  1340 

André  Mohizet  .  1340 

Les  Rédacteurs.  1344 


5fO    101. 


l»»"   AOUT 


Révolution  verbale  et  Révolution  pratique 
Politique  et  Syndicats  ....  .     . 

Les  faits  Politk^ues.  — ALLEMAGNE  : 
Les  socialistes  et  les  Elections  munici- 
pales en  Alsace-Lorraine  .     .     ,     .     . 
ANGLETERRE  :  Arthur  J.  Balfour   . 
Les  Syndicats  Ouvriers. — ALLEMAGNE 
Les  Bourses  du  Travail  en  Allemagne 

(M '  • 


Jules  Destrée 
Karl  Kautsky 


A.    WiSNER 

F.  Mudley 


Paul  Umbreit 


1345 
1371 


•3/ 


QUATRIÈME    ANNÉE    ig02 


FINLANDE  :  Le  mouvement  syndical 
en  'Finlande  [fin')  D''  N.  R.  af  Ursix 

Les    Grèves.    —     ETATS-UNIS    •    La 

grève  des  Mineurs  américains    .     .     .     JohnSpARGO. 
Les  Coopératives.  —  FRANCE  :  La  F'é- 
dération  des  Coopératives  de  la  région 
du  Nord  ........  .     D''  Verhaeghe    . 

ANGLETERRE  :  Le  Congrès  des  Coo- 
pératives anglaises  (Shî/^)      ....     Philippe  Landrieu 

Bibliographie.  —  Notices  :  Les  Livres  — 

Les  Revues  Socialistes Les  Rédacteurs. 

L'Art  et  la  Littérature.  —  La  Saison 

théâtrale  igoi-igoa M.  de  Fahamond 

Le  Mouvement  artistique Les  Rédacteurs. 


4^ 

Pages 

399 
406 


îtfo  loa. 


15    AOUT 


La  Politique  anticléricale Raoul  Briquet  . 

Le  IV°  Congrès  des  Syndicats  allemands    .     Otto  Hirsch  . 
Les  f.\its  Politiques.  —  FRANCE  :  Dé- 
faites socialistes Emile  Buré   . 

ITALIE  :  Vers  la  Législation  sociale    .     Alessandro Schiavi 
Les  Syndicats  Ouvriers.  —  FRANCE  : 

Congrès  ouvriers Tules  Uhry    . 

ALLEMAGNE  :  Statistique  Syndicale.     R.  Lang    .     .     . 
Les  Grèves.  —  AUTRICHE  :  Les  Grèves 

en  Autriche  de  1894  a  igo2    ....     D'' Fritz  Winter 
Les  Coopératives.  — BELGIQUE  :  Con- 
grès coopératifs L.  Durieu 

ANGLETERRE  :  Le  Congrès  des  Coo- 
pératives anglaises  {fin} Phil.  Landrieu 

Les  Questions  Féministes.  —  FFIANCE  : 

Le  travail  des  femmes  en  France  .     .     Raoul  Briquet 
PAYS  SCANDINAVES  :  Un  Congrès 

féministe  Scandinave Emma  Lucht 

Bibliographie.  —  Notices  :  Les  Livres.  — 

Les  Publications  socialistes Les  Rédacteurs 

L'Art  et  la  Littérature.  —  Toung- 
Foung-Tsé  et  la  Femme,  Covte  chinois, 

adapté  par Paul  Ballaguy 

Le  Mouvement  artistique Les  Rédacteurs 

s»    103.    —   l»'^   SEPTEMBRE 

Réformes  sociales  et  Révolution  sociale     .     Karl  Kautsky 

Les  préoccupations  intellectuelles,  esthéti- 
ques et  morales  dans  le  Pa'-ti  Ouvrier 
Belge. .Iules  Destkée 


42 


LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 


Les  Partis  Socialistes    —  FRANCE   : 

Documents  socialistes 

BELGIQUE  :  Le  Congrès  des  Jeunes 

Gardes  socialistes 

BRn-SIL  :  Le  2^  Congrès  du  Parti  so- 
cialiste Brésilien 

Les  Syndicats.  —  BELGIQUE  :  Le   i<"- 
Congrès  des  Bourses  de  Travail     . 
ALLEMAGNE:  Le   IV«  Congrès  des 
Syndicats  allemands  (/«),     .     .     .     . 
Les  Grèves.  —  ALLEMAGNE  :  Les  Grè- 
ves en  igoi  

Les  Coopératives.  —  FRANCE  :  La  Fé- 
dération de  la  Région  Parisienne  . 
AUTRICHE  :   Le  Parti  Socialiste  Au- 
trichien et  les  coopératives    .... 
Bibliographie.  —  Notices  :  Les  Livres.  — 
Publications  Socialistes 


André  Morizet 

L.  DURIEL'. 

P.  Loge     ,     . 
J.  Claes    . 

Otto  HiRSCH    . 

Oscar  Fllle  . 
Henri  Jullien 
D''  Victor  Adler 
Les  RÉDACTEURS 


Pages 
»565 
1570 

■  '579 
.588 
1592 
1601 
1607 
1621 
1626 


T«o    104. 


15    SEPTEMBRE 


Evolution  et  Révolution 

Les  préoccupations  intellectuelles,  esthéti- 
ques et  morales  dans  le   Parti   Ouvrier 

Belge  (fin) 

Les     Faits     Politiques.     —     ANGLE- 
TERRE :  Election  Ouvrière     .     .     . 
ITALIE  :  Les  Elections  municipales     , 
SUISSE  :  Victoire  socialiste  à  Zurich  . 
Les  Partis  Socialistes.  —  NORWEGE  : 
Le  XIV"  Congrès  du  Parti  Socialiste 

Norvvégien 

Les    Syndicats    Ouvriers.    —    ANGLE- 
TERRE :  La  Fédération  générale  des 

Trades-Unions 

BELGIQUE;  Congrès  Ouvriers.     .     . 
Les  Grèves.  —  AUTRICHE:  La  Grève 

des  Ouvriers  agricoles  en  Galicie  . 
Bibliographie.  —  Notices  :  Les  Livres.  — 
Les  Publications  Socialistes     .... 
L'Art,  La  Littérature.  —  Le  «  Secret  de 

Frédéric  Marcinel  » 

Le  Mouvement  Artistique 


Karl  Kautsky     .     1633 


Jules  Destrée     .      1649 

M. -A.  Macpherson  1673 
A.  ScHiAvi  .  .  1674 
H.  Forel  .     .     .     1678 


O.  Danielson      .     1682 


M. -A.  Macpherson  1687 
J.  Claes    .     .     .      i68g 


S.  Haecker    . 

Les  Rédacteurs 

Raoul  Briquet 
Les  Rédacteurs 


1703 

1717 

1721 
1727 


îfo    105.    —    1»''   OCTOBRE 

Lettres  à  Kugelmann Karl  M.\bx     ,     .     1729 

La  Révolution  sociale  de  la  période  capita- 
liste     K.  Kautsky  .     .      1748 


QUATRIÈME    ANNÉE    I9O2 


43 


Les  Partis  Socialistes,  — AUTRICHE: 
Le  Congrès  des  socialistes  allemands 

d'Autriche 

ITALIE  :  Le  Congrès  des  socialistes 
italiens ^    .     .     . 

Les  Syndicats  Ouvriers.  —  SUEDE  :  Le 
2®  Congrès  international  des  travail- 
leurs des  transports 

Les  Coopératives.  —  AUTRICHE  :  Le 
second  Congrès  fédéral  coopératif . 

L'Hygiène  Sociale.  —  BELGIQUE  :  La 
Police  des  Mœurs  et  la  Conférence 
internationale  de  Bruxelles   .... 

Les  Qlestions  Agraires.  —  FRANCE  : 

La  Coopération  dans  la  Viticulture    . 

BELGIQUE  :  Le  V«  Congrès  agricole 

du  Parti  Quvrier  belge 

Bibliographie.  —  Notices  :  Les  Livres.  — 
Les  Publications  socialistes 

L'Art,  La  Littérature.  —  L'Année 
Poétique  1901-1902 


G.  Rotbart  . 
A.  Schiavi 


R.  Jacobsen  . 
G.  Baeck  . 

E.   DOLLÉANS . 

M.  Olivier    . 
L.  Durieu. 
Les  Rédacteurs 
Paul  SoucHON 


Pages 

1754 
1760 

1773 
1779 

1784 
1792 
1802 
1806 
1811 


NO    106.    —    15    OCTOBRE 

L'Organisation  socialiste  et  le  Congrès  de 

Commentry .     .     A.  Morizet 

Réformes  sociales  et  Révolution  sociale (^«)     K.  Kautsky 

Les  Partis  Socialistes. — ALLEMAGNE  : 
Les  Congrès  des  femmes  socialistes  et 
des  socialistes  allemands  à  Munich.     .     G.  Weill. 

Les  Syndicats  Ouvriers.  —  ANGLE- 
TERRE :  Le  Congrès  des  Trades- 
Unions M.-A.Macpherson   igo 

Les  Coopératives.  —   BELGIQUE  :  La 

«  Maison  du  Peuple  »  de  Bruxelles     .     L.  Durieu. 

Bibliographie.  —  Notices  :  Les  Livres.  — 

Les  Publications  socialistes     ....     Les  Rédacteurs. 

L'Art,  La  Littérature.  —  Le  Mouve- 
ment Artistique  :  Les  Livres.  —  Les 
Revues.  —  Les  Publications     . 


1825 
1835 


1892 


igu 

1917 


Les  Rédacteurs.     1918 


N^  10  7.  —  1er  iirovE::;3BRE: 
Enquête  sur  l'Anticléricalisme  et  le  Socialisme 


AVANT-PROPOS.     • 
RÉPONSES  DE  :      I. 


André  Morizet  .     1921 
E.  Vandervelde      iq2^ 


44  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 

II Ed.  Vaillant      .     1937 

m îules  Dhstrée     .      1939 

IV G.   VON  VOLLMAR         1943 

V Enrico  Ferri  .     .      1Q4D 

LES  FAITS  POLITIQUES 
FRANCE  :  Le  second  congrès  radical.     .     Emile  Buré   .     .     1949 

LES  PARTIS  SOCIALISTES 
FRANCE  :   Le  XX^  Congrès  du  (c  Parti 

ouvrier  Français  ........     A.  Renard     .     .      1959 

ALLEMAGNE  :  Le  Congrès  des  socialis- 
tes Allemands  (fin)     Georges  Weill  .     1967 

ESPAGNE  :   Le  Vie  Congrès  du  «  Parti 

socialiste  ouvrier  Espagnol  »    ....     Pablo  Iglesl\s    .      1982 

LES  SYNDICATS  OUVRIERS 
ANGLETERRE  :  Le  Congrès  desTrades- 

Unions  (suite) •     M.  A,  Macpherson  1985 

LES  QUESTIONS  ÉCONOMIQUES 
ALLEMAGNE  :  La  disette  de  la  viande    .     A.  Bluijer     .     .      1994 

BIBLIOGR.\PHIE 
NOTICES  :  Les  Livres.  —  Les  Publica- 
tions socialistes     ........     Les  Rédacteurs.     2005 

CORRESPONDANCE  :  Rectification     .     J.-B.  Askew  .  2007 

L'ART,  LA  LITTÉRATURE 
CRITIQUE   D'ART  :  L'Exposition  des 

Primitifs  flamands Jules  Destrée     .     2008 

LE    MOUVEMENT    ARTISTIQUE    : 

Les  Théâtres lacques  Bizet     .     2015 


X"    108.    —    15    NOVEMBRE 

Les  Scandales  capitalistes  et  administratifs 

de  la  Martinique .1.  Lagrosillière     2017 

J.e  scrutin  de  liste P.-G.  LaChesnais  2o38 

Enquête  sur  l'Anticléricalisme  et  le  Socialisme 

RÉPONSES  DE      VI Pablo  Iglesi.\s    .     2043 

VII H.  GuELCH    .     .     2044 

VIII Karl  Kautsky     .     2045 

LES  FAITS  POLITIQUES 
FRANCE  :  Au  Parlement Emile  Blré    .     .     2058 


QUATRIÈME    ANNÉE    ig02  ^5 

Pages 
LES  SYNDICATS  OUVRIERS 
FR.VNCE  :  Le  X''  Congrès  des  Bourses  du 

Travail Georges  Yvetot.     2074 

ANGLETERRE  :  Le  Congrès  des  Trades 

Unions  (tin; M.  A.  Macpherson  2091 

LES  COOPÉRATIVES 
ALLEMAGNE  :  Un  coup  d'état  coopéra- 
tif. Le  Congrès  de  Kreuznach  .     .      .     .     C.  AIutscher       .     2098 

BIBLIOGRAPHIE 
NOTICES  :  Les  Livres.  —  Les  Pubîica- 
*   tions  socialistes Les  Rédacteurs.     2104 

L'ART,  LA  LITTÉRATURE 
Emile  Zola M.  Le  Blond      .     2107 

•S°    109.    —    !«'■  OKCEHBRE 

L'État  et  les  Charbonnages  en  Belgique    .     E.  \'ANnER\ELDE     2113 
Les  Scandales  capitalistes  et  administratifs 
de  la  Martinique  (suite) J .  Lagrosillière      2 1 24 

Enquête  sur  l'Anticléricalisme  et  le  Socialisme 

RÉPONSES  DE  :  VIII  (suite)  .     .     .     .     Karl  Kautsky     .     2137 

LES  SYNDICATS  OUVRIERS 
FRANCE  :  Le  X«  Congrès  des  Bourses  du 

Travail  (suite) Georges  Yvetot      2153 

ITALIE  :  Organisation  ouvrière     .     .     .     Alessandro  Schiavi  2169 

LES  COOPÉRATIVES 

FRANCE  :  Sur  «  r Union  »  d'Amiens.     .     Wartei,    .     .     .     2170 

LES  GRÈVES 
FRANCE  :  La  Grève  d'Ourscamp  .     .     .     Compère-Morel  .     2174 
ITALIE  :  Les  Grèves  de  igoo  d'après  la 

statistique  officielle Alessandro  Schiavi  2179 

LES  QUESTIONS  AGRAIRES 
FRANCE  :  La  coopération  dans  la  Viti- 
culture (fin) Maurice  Olivier.     2181 

VARIÉTÉS 
FRANCE  :  Le  Nationalisme  de  M.  Jules 

Sourv Henri  Dagan.     .     2193 


46  LE    MOUVEMENT    SOCIALISTE 

Pages 
BIBLIOGRAPHIE 

NOTICES  :  Les  Livres.  —  Les  Publica- 
tions socialistes Les  Rédacteurs.     2198 

L'ART,  LA  LITTÉRAl  URE 

Emile  Zola  (fin) Maurice  Le  Blond  3200 

W   110   —    15   I>ECEMBKE 

L'idéal  social  de  la  Nouvelle-Zélande   .     .  M.  Béer   .      .     .  2209 

L'Etat  et  les  charbonnages  en  Belgique  (fin;  E.  Vandervelde  2223 
Les  scandales  capitalistes  et  administratifs 

à  la  Martinique  (fin) J.  Lagrosilljère  2262 

Enquête  sur  l'Anticléricalisme  et  le  Socialisme 

RÉPONSES  DE  :  VllI  (fin)     ....     Karl  Kautsky     .     2286 

LES  SYNDICATS  OUVRIERS 
FRANCE  :  Le  X«  Congrès  des  Bourses 

du  Travail  (fin) G.  Yvetot     .     .     2286 

VARIÉTÉS 
FRANCE  :  Le  Nationalisme  de  M.  Jules 

Soury  (fin) .     .     Henri  Dagan.     .     3301 

BIBLIOGRAPHIE 
NOTICES  :  Les  Livres.  —  Les  Publica- 
tions Socialistes Les  Rédacteurs.     2310 

Table    des    Matières  du    2^    semestre  de 

l'année  1902 2314 


ÉDITIONS 

DU 

Mouvement  Socialiste 


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[janvier  1  903) 

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Edouard  Dolléans.  —  Prostitution  et  Socialisme 

à  fr.   0,15 

Jules  Destrée.  —  Révolution  verbale  et  Révolution 
pratique 

à  fr.  0,25 
Karl  Kautsky.  —  L'Eglise  et  le  Socialisme 

à  fr.  0,50 
Maurice  Le  Blond.  —  Emile  Zola 

Volumes  à  fr.  2,50 

Emile  Vandervelde.  —  Essais  sur  la  Question  agraire 
en  Belgique. 

Karl  Kautsky.  —  La  Révolution  Sociale 

Volumes  à  fr.  4,— 

Jules  Uhry.  —  Les  grèves  en  France  et  leur  solution 


Librairie 


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Mouvement  Socialiste 


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cations de  toute  nature  : 

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vement Socialiste. 


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UNIVERSITY  OF  TORONTO  LIBRARY 


-^  Vandervelde,   Emile 

t>95  Sssais  sur  la  question 

V25  agraire  en  Belgique 


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